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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2422583

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2422583

vendredi 30 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2422583
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantCABINET ACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris, statuant en formation de juge unique, a rejeté les requêtes de M. D, ressortissant luxembourgeois, contestant les arrêtés du préfet de police des 22 et 23 août 2024 l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence de l'auteur de l'acte, la signataire bénéficiant d'une délégation régulière. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sans qu'il soit nécessaire d'examiner les autres moyens, sur le fondement des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une première requête, enregistrée sous le numéro 2422583, et un mémoire enregistré le 24 et le 28 août 2024, M. A D, retenu au centre de rétention de Paris-Vincennes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 23 août 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné et a prononcé une interdiction de circuler sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

M. D soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- l'arrêté est entaché d'une incompétence de son auteur ;

- les décisions sont entachées d'une insuffisance de motivation et d'examen de sa situation personnelle ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une violation des articles L. 233-1 et L. 251-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une violation de l'article L. 251-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une violation de l'article 27 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 et de l'article L. 251-1 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne l'interdiction de circuler sur le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de base légale ;

- elle est entachée d'une violation de son droit à la libre circulation.

II. Par une deuxième requête, enregistrée sous le numéro 2422635, M. D demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 22 août 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné et a prononcé une interdiction de circuler sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois suivant notification du jugement délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai d'une semaine sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'une semaine sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de se mettre en relation avec le juge judicaire de Paris aux fins d'information sur sa situation ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient en outre que :

- les décisions attaquées violent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Martin-Genier en application de l'article

R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martin-Genier ;

- les observations de Me Belyaletdinova, avocate commise d'office, représentant M. D,

- et les observations de Me Jacquard, du cabinet Actis avocats, représentant le préfet de police.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant luxembourgeois né le 4 février 1996 demande au tribunal d'annuler les arrêtés datés du 22 et du 23 août 2024, par lesquels le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé le bénéfice d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit de circuler sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois.

Sur la jonction :

2. Les deux affaires enregistrées sous les numéros 2422635 et 2422583 concernent le même requérant et les mêmes décisions, malgré leurs dates différentes, et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-000924 du 8 juillet 2024 publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de police a donné à Mme C B, attachée d'administration de l'Etat, signataire de l'arrêté litigieux, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relèvent les décisions de maintien en rétention, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

4. Aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

5. L'obligation de quitter le territoire français comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait en application desquelles elle a été prise et indique également avec suffisamment de précisions les circonstances de fait sur lesquelles elle est fondée, tirées notamment de la circonstance que M. D a été signalé par les services de police le 22 août 2024 pour vol avec violences et usage d'une arme dans un lieu d'accès à un moyen de transport collectif de voyageurs, que ces faits constituent une menace pour l'ordre public, qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement du 22 septembre 2015, ne justifie pas d'une résidence effective, se déclare célibataire et père de quatre enfants non à charge, n'établit pas que son état de vulnérabilité s'opposerait à son placement en rétention. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée et du défaut d'examen de sa situation personnelle doit être écarté.

6. Les faits pour lesquels il a été signalé suffisent à établir que l'intéressé représente une menace pour l'ordre public outre qu'il s'est déjà soustrait à une précédente mesure d'éloignement. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de sa situation personnelle doivent être écartés.

7. M. D n'allègue pas s'occuper de ses quatre enfants et n'établit aucune vie privée et familiale intense en France. Dès lors, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

8. M. D a été condamné pour des faits graves, ne dispose d'aucune ressource, ne justifie pas de son adresse, ses enfants ne sont pas à sa charge et il ne justifie pas de son état médical alors qu'il fait valoir qu'il est suivi pour une pathologie. Par suite, les moyens tirés de la violation des articles L. 233-1 et L. 251-1 1°, L. 251-1 3°, L. 251-1 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, 27 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés dans leur intégralité.

Sur le refus d'octroi de délai de départ volontaire :

9. En l'absence de toute illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français soulevé à l'appui de la demande d'annulation du refus d'octroi de délai de départ volontaire doit être écarté.

Sur le pays de destination :

10. Le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est dépourvu de toute précision et doit, dès lors, être écarté.

Sur l'interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de trente-six mois :

11. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 5 à 7, les moyens tirés du défaut de base légale de la décision attaquée et de la violation de son droit à la libre circulation doivent être écartés.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2422583 et n°2422635 de M. D sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de police.

Décision rendue le 30 août 2024.

Le magistrat désigné,

P. MARTIN-GENIERLa greffière,

L. POULAIN

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui lea concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2422583/8 - N°2422635/8

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