lundi 14 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2423133 |
| Type | Décision |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | CABINET ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 août 2024, M. A B, assigné à résidence, représenté par Me Alaimo, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 29 août 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné ;
2°) d'enjoindre au préfet de police, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen au regard de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article 1er de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision de refus d'octroi de délai de départ volontaire :
- elle méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence de menace pour l'ordre public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2024, le préfet de police, représenté par le cabinet Actis Avocats conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Hémery en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Hémery ;
- les observations de Me Elharrar, avocat, substituant Me Alaimo, représentant M. B, ,
- le préfet de police n'était ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 7 mars 1998, a fait l'objet le 29 août 2024 d'un arrêté par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise notamment l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et mentionne que M. B était titulaire d'un titre de séjour arrivé à expiration le 25 avril 2022, n'a pas sollicité son renouvellement dans les délais mentionnés aux articles R. 431-4 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et s'est maintenu sur le territoire français à l'expiration de ce titre, comporte les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle est fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ".
4. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas examiné le droit au séjour de l'intéressé, apprécié dans les conditions énoncées à l'article cité au point précédent. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
6. En l'espèce, M. B soutient qu'il est entré en France à l'âge de trois ans où il a poursuivi l'intégralité de sa scolarité, qu'il vit avec sa mère, que l'intégralité de sa fratrie réside en France et que son père est décédé. Si M. B produit à l'appui de ses dires des certificats de scolarité démontrant une présence sur le territoire français depuis l'école maternelle en décembre 2002 jusqu'à l'obtention de son bac professionnel en décembre 2019, le titre de séjour de sa mère en cours de validité, les cartes d'identité de ses deux sœurs de nationalité française ainsi que l'acte de décès de son père en date du 2 novembre 2020, il est constant que l'intéressé est célibataire et sans charge de famille. Par ailleurs, il ne démontre pas la nécessité de rester auprès des membres de sa famille présents en France. En outre, s'il fait valoir qu'il a été titulaire d'un titre de séjour pluriannuel valable du 20 avril 2018 au 20 avril 2022 dont il n'a pu obtenir le renouvellement en raison des " atermoiements de l'administration ", il n'apporte aucun élément attestant les démarches qu'il aurait engagées en vue du renouvellement de ce titre. De plus, il ne justifie pas d'une insertion particulière dans la société française par la seule production d'un certificat de travail et de bulletins de paye couvrant la période des mois de septembre à décembre 2019. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. B a été signalé par les services de police le 26 août 2024 pour transport, acquisition, détention, offre ou cession et usage de produits stupéfiants, outrage sur personne titulaire de l'autorité publique et rébellion, qu'il est défavorablement connu des services police pour des faits de vols avec violences en réunion (décembre 2015), vos en réunion (février 2016) et qu'il a été condamné le 11 décembre 2023 par le tribunal correctionnel de Paris pour des faits d'usage illicite de stupéfiants. Dans ces conditions, malgré la présence ancienne de M. B sur le territoire français, le préfet de police n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision contestée a été prise. Le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être rejeté.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 1er de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains résidant en France et titulaires, à la date d'entrée en vigueur du présent accord, d'un titre de séjour dont la durée de validité est égale ou supérieure à trois ans bénéficient de plein droit, à l'expiration du titre qu'ils détiennent, d'une carte de résident valable dix ans. / Cette carte est renouvelable de plein droit pour une durée de dix ans. Elle vaut autorisation de séjourner sur le territoire de la République française et d'exercer, dans ses départements européens, toute profession salariée ou non ".
8. S'il ressort des pièces du dossier que M. B a bénéficié d'une carte de résident valable du 20 avril 2018 au 20 avril 2022, il ne saurait toutefois utilement se prévaloir des dispositions de l'article 1er de l'accord franco-marocain dès lors qu'il ne justifie pas avoir été titulaire, à la date d'entrée en vigueur de l'accord le 1er janvier 1994, d'un titre de séjour d'une durée de trois ans ou plus.
En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ", de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () ;3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " et de l'article L. 612-3 dudit code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour (.) ; 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ().".
10. Si M. B fait valoir que le préfet de police ne caractérise nullement un risque de fuite, il résulte de ce qui a été exposé au point 6, au regard de la nature des faits pour lesquels il a été signalé et condamné, que son comportement constitue une menace pour l'ordre public au sens des dispositions du 1° de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet pouvait pour ce seul motif refuser d'accorder à M. B un délai de départ volontaire. En outre, il ressort également de ce qui a été exposé précédemment que M. B s'est maintenu sur le territoire français sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Dans ces circonstances, le préfet de police a pu, sur ces motifs lui refuser un délai de départ volontaire. Il s'ensuit que le moyen tiré de la violation de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que celui de l'erreur de droit doivent être écartés.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024
Le magistrat désigné,
D. HEMERYLa greffière,
A. HEERALALL
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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