mardi 4 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2423406 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire complémentaire, enregistrés les 2, 11, 12 et 25 septembre 2024 et le 7 novembre 2024, Mme C, représentée par Me Le Roy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les arrêtés du 23 août 2024 par lesquels le préfet de police de Paris l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé, à son encontre, une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trois mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délais et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle méconnaît son droit à être entendue, en violation des dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle-même ne représente pas une menace à l'ordre public ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'elle n'est pas dépourvue de document de voyage ;
- elle méconnaît l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle pouvait prétendre à un titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet de police de Paris s'est estimé lié par les motifs justifiant son interpellation pour refuser automatiquement l'octroi d'un délai de départ volontaire, sans procéder à un examen de sa situation dans son ensemble ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire national :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus d'octroi du délai de départ volontaire ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation, dès lors qu'elle a développé des liens forts sur le territoire, son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public et elle ne s'est pas soustraite à une précédente mesure d'éloignement ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 octobre 2024, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par Mme B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 19 septembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au
15 novembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Le Roux.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante malienne née le 13 avril 1974 à Bamako, est entrée sur le territoire français il y a près de vingt ans selon ses déclarations. A la suite d'un placement en garde à vue le 22 août 2024, le préfet de police de Paris, par des arrêtés du 23 août 2024, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de l'éloignement et l'a interdite de retour sur le territoire pour une durée de vingt-quatre mois. Mme B demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
3. Lorsque l'administration oppose à un ressortissant étranger un motif lié à la menace à l'ordre public pour l'obliger à quitter le territoire français, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision. La menace pour l'ordre public s'apprécie au regard de l'ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant le comportement personnel de l'étranger en cause. Il n'est donc ni nécessaire, ni suffisant que le demandeur ait fait l'objet de condamnations pénales. L'existence de celles-ci constitue cependant un élément d'appréciation au même titre que d'autres éléments tels que la nature, l'ancienneté ou la gravité des faits reprochés à la personne ou encore son comportement habituel.
4. D'une part, Mme B justifie résider sur le territoire français depuis 2011, soit depuis plus de treize ans à la date des décisions attaquées. Elle justifie également, par 23 fiches de paie, travailler en tant qu'agent de service depuis le mois de juin 2022, d'abord auprès de la SARL IMBD, puis auprès de la SARL Confort Services. Si, contrairement à ce qui a été évoqué lors de son audition devant les services de police, elle n'est pas mariée et mère de quatre enfants, elle atteste, par la production de trois jugements d'assistance éducative en date des 8 avril 2021, 8 avril 2022 et 19 avril 2023, de son rôle quasi-maternel pour les quatre enfants de M. B, dont l'épouse est gravement handicapée, les jugements la désignant comme " parent au sens large " et lui reconnaissant un rôle dans l'éducation et l'environnement affectif des enfants. Enfin, contrairement à ce qu'avance le préfet de police de Paris, elle justifie d'une résidence stable au 36, rue de la Charbonnière à Paris, depuis 2011, comme en attestent divers courriers portant cette adresse, où résident également M. et Mme B avec leurs enfants. D'autre part, le préfet de police de Paris s'est fondé, pour obliger Mme B à quitter le territoire français, sur la circonstance que la requérante a été interpellée et placée en garde à vue le 22 août 2022 pour des faits, qu'elle conteste, de vente à la sauvette de maïs, en situation de récidive. Le préfet de police de Paris invoque également en défense la circonstance que Mme B a fait l'objet, le
2 décembre 2015, d'un signalement pour violences volontaires sur mineur, sans apporter davantage de précisions. Toutefois, ces actes, qui ne revêtent pas un caractère de gravité ou d'actualité suffisant pour faire regarder la présence sur le territoire de Mme B comme constitutive d'une menace actuelle pour l'ordre public, ne peuvent justifier l'atteinte portée au droit de la requérante de mener une vie privée et familiale normale en France. En outre, contrairement à ce qui est indiqué dans les décisions susvisées, Mme B, qui possède un passeport malien valide et qui a déposé le 22 mai 2024 une demande d'admission exceptionnelle au séjour, toujours en cours d'examen à la date des décisions préfectorales, ne s'est pas soustraite à la mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 11 septembre 2017, dès lors que cette dernière a été annulée par un jugement n° 1714195/8 de ce tribunal en date du 14 septembre 2017. Par suite, compte tenu notamment de la présence avérée sur le territoire français de Mme B pendant plus de treize années, de son insertion professionnelle et de l'intensité des liens familiaux qu'elle entretient sur le territoire, ainsi que de la faible gravité ou de l'ancienneté des faits qui lui sont reprochés, la requérante est fondée à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de police de Paris a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du préfet de police de Paris du 23 août 2024 portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée. Doivent également être annulées, par voie de conséquence, les décisions refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. "
7. Le présent jugement qui annule l'obligation de quitter le territoire français, implique seulement qu'il soit procédé au réexamen de la situation de Mme B. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de Paris ou à tout préfet territorialement compétent, de procéder à un tel réexamen dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour le temps du réexamen dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement.
8. Le présent jugement, qui annule l'interdiction de retour sur le territoire français, implique nécessairement l'effacement sans délai du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Il est par suite enjoint au préfet de police de Paris de prendre toute mesure pour procéder à l'effacement du signalement de Mme B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Il y a lieu d'accorder un délai d'un mois au préfet de police de Paris pour y procéder.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 200 euros à verser à Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E:
Article 1er : Les arrêtés du 23 août 2024 par lesquels le préfet de police de Paris a prononcé une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de Paris, ou à tout préfet territorialement compétent, de procéder à un réexamen de la situation de Mme B dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour le temps du réexamen dans un délai de sept jours à compter de la notification du présent jugement et de prendre toute mesure, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, pour procéder à l'effacement du signalement de Mme B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Article 3 : L'État versera à Mme B une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C et au préfet de police de Paris.
Délibéré après l'audience du 11 février 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Le Roux, présidente,
M. Amadori, premier conseiller,
Mme Alidière, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mars 2025.
La présidente-rapporteure,
Signé
M.-O. LE ROUX
L'assesseur le plus ancien,
Signé
A. AMADORILa greffière,
Signé
V. FLUET
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2400288
La société First Trading contestait devant le **Tribunal Administratif de Paris** des rappels d'impôts et pénalités suite à un contrôle fiscal. Le tribunal a **rejeté sa requête**, considérant que la proposition de rectification avait été régulièrement notifiée conformément aux articles L. 57 et L. 76 du livre des procédures fiscales, et que les autres moyens soulevés (prescription, qualification de la cession immobilière) n'étaient pas fondés.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2407139
**Sujet principal** : La requête de la SAS Etablissements A. Chollet contestant la réintégration fiscale de provisions pour dépréciation de ses stocks et demandant la décharge d'impositions supplémentaires sur les sociétés. **Juridiction** : Le Tribunal Administratif de Paris (1re Section - 2e Chambre). **Solution retenue** : Le tribunal rejette la demande de la société. Il estime que la méthode d'évaluation de la provision pour dépréciation appliquée au groupe de produits "V" n'est pas suffisamment précise et détaillée, car elle utilise un taux unique basé sur la durée de stockage pour des produits hétérogènes, sans justification d'une dépréciation homogène. **Textes appliqués** : Les articles 39-1 5° et 38-3 du Code général des impôts (CGI), en application de l'article 209 du CGI, ainsi que l'article 38 decies de l'annexe III au CGI, relatifs aux conditions de déductibilité des provisions pour dépréciation des stocks.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2418646
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler la décision du recteur de l'académie de Paris refusant la révision de l'affectation de sa fille en classe de première STMG. Le juge a estimé que l'administration n'avait pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en maintenant l'affectation initiale, les arguments fondés sur une prétendue erreur d'un conseiller principal d'éducation et sur les risques pour la scolarité de l'élève n'étant pas de nature à caractériser une situation exceptionnelle justifiant une révision. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'éducation et de l'arrêté académique fixant les procédures d'affectation.
31/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517216
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. C... A... visant à annuler plusieurs mesures d'éloignement (obligation de quitter le territoire, interdiction de retour, etc.) prises par le préfet de police. Le tribunal a jugé que le préfet était compétent pour signer ces décisions et que leur motivation était suffisante, notamment au regard de la menace pour l'ordre public. Il a également déclaré irrecevable le recours contre le signalement Schengen, cette inscription n'étant pas une décision susceptible de recours pour excès de pouvoir. Les textes appliqués incluent le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et la Convention européenne des droits de l'homme.
31/03/2026