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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2423927

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2423927

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2423927
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantCABINET ACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B, ressortissant espagnol, contestant l'arrêté préfectoral constatant la caducité de son droit au séjour et prononçant son éloignement. Le tribunal a jugé que les conditions de notification de l'arrêté sont sans incidence sur sa légalité, celle-ci s'appréciant à la date de son édiction. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des demandes d'annulation, le tribunal n'ayant pas retenu les moyens soulevés par le requérant. Les textes appliqués incluent le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 9 et 20 septembre 2024, M. A B, assigné à résidence à Paris, représenté par Me Ducassoux, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 août 2024 par lequel le préfet de police a constaté la caducité de son droit au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination vers lequel il sera éloigné et a pris à son encontre une décision d'interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de trente-six mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

- La notification cet arrêté méconnait les articles L. 613-3, 614-1, R. 673-19 et R. 776-31 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de l'absence d'indication des voies et délais de recours contentieux ;

- Ces décisions sont insuffisamment motivées et révèlent un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- Elles violent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- Elles sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation en l'absence de menace réelle actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ;

Sur la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

- Cette décision est illégale en raison de l'illégalité qui affecte la décision constatant la caducité de son droit au séjour ;

- Cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- Elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

- Cette décision est illégale en raison de l'illégalité qui affecte la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- Elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- Elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- Cette décision est illégale en raison de l'illégalité qui affecte la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

Sur la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français :

- Cette décision est illégale en raison de l'illégalité qui affecte la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- Elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation ;

- Elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2024, le préfet de police, représenté par le Cabinet Actis Avocats conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- La convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- Le traité sur l'Union européenne ;

- Le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- Le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- Le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Matalon en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- Le rapport de M. Matalon ;

- Les observations orales de Me Ducassoux, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens ;

- Et les observations orales de Me Jacquard représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par le requérant sont infondés.

Considérant ce qui suit :

1. M. B ressortissant espagnol né le 1er décembre 2003 demande l'annulation de l'arrêté du 29 août 2024 par lequel le préfet de police a constaté la caducité de son droit au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination vers lequel il sera éloigné et a pris à son encontre une décision d'interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de trente-six mois.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder, en application des dispositions précitées, l'admission à titre provisoire de M. B à l'aide juridictionnelle.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

4. Le requérant soutient que l'arrêté attaqué lui a été notifié dans des conditions irrégulières et méconnait les articles L. 613-3, 614-1, R. 673-19 et R. 776-31 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de l'absence d'indication des voies et délais de recours contentieux. Toutefois, la légalité des décisions administratives s'appréciant à la date de leur édiction, les conditions de notification de celles-ci sont sans incidence sur leur légalité. Dès lors, ce moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.

5. D'une part, les décisions contestées comportent l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles elles ont été prises et notamment, de la situation personnelle, familiale et administrative du requérant. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de police n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle dont il entendait se prévaloir mais seulement des faits qu'il jugeait pertinents pour justifier le sens de sa décision. D'autre part, il ressort de la motivation même de l'arrêté attaqué que le préfet s'est livré à un examen circonstancié de la situation du requérant. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées seraient insuffisamment motivées ni que le préfet n'aurait pas procédé à un examen circonstancié de sa situation ou méconnu les dispositions susvisées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ".

7. Lorsqu'elle entend prendre une mesure d'éloignement sur le fondement du 2° des dispositions de l'article L. 251-1, il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

8. Pour édicter la mesure d'éloignement contestée à l'encontre de M. B, le préfet de police a estimé que le comportement de l'intéressé constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société.

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris le 22 novembre 2023 et écroué pour des faits de violence dans un moyen de transport collectif de voyageur suivis d'incapacité supérieure à huit jours et que par un jugement en date du 26 mars 2024, le juge d'application des peines a retiré la mesure de semi-liberté dont il bénéficiait. En outre, le 23 août 2024, l'intéressé a été réécroué après évasion. Il ressort de ces mêmes pièces que le comportement du requérant a été signalé le 31 janvier 2018 par la DTSP du 18ème arrondissement de Paris pour vol avec violence, le 28 juin 2019 par la DTSP du 18ème arrondissement de Paris pour participation avec arme à un attroupement, le 9 mars 2020 pour vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt, le 20 octobre 2023 par la DTS 93 Villepinte pour contrefaçon et détention non autorisée de stupéfiants. Dans ces conditions, le préfet de police a pu, à bon droit, estimer que le comportement de M. B était de nature à constituer, du point de vue de l'ordre public, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, justifiant une mesure d'éloignement prise sur le fondement des dispositions précitées du 2° de l'article L. 251-Par suite le moyen tiré de l'erreur de droit devra être écarté.

10. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

11. M. B fait valoir que sa vie sociale et familiale se trouve en France où il vit depuis l'âge de neuf ans et qu'il n'a plus aucun lien avec l'Espagne. Toutefois, ces circonstances sont sans incidence sur la légalité de l'acte attaqué dès lors que M. B est célibataire et sans charge de famille en France et n'établit pas être dépourvu de liens dans son pays d'origine. Dans ces conditions, au regard de son parcours délinquant tel qu'il ressort des pièces du dossier le requérant n'établit pas une insertion à la société française. Il n'établit pas plus qu'il aurait créé une vie privée en France telle que, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour, la décision du préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

Sur la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

13. Aucun des moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre la décision constatant la caducité de son droit au séjour n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

14. Ainsi qu'il a été dit au point 11, M. B est célibataire et sans charge de famille en France et n'établit pas être dépourvu de liens dans son pays d'origine. Dans ces conditions, au regard de son parcours délinquant tel qu'il ressort des pièces du dossier le requérant n'établit pas une insertion à la société française. Il n'établit pas plus qu'il aurait créé une vie privée en France telle que, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour, la décision du préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

15. Aucun des moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision refusant un délai de départ volontaire, ne peut qu'être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

16. Aucun des moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.

Sur l'interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de trente-six mois :

17. Aucun des moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français ne peut qu'être écarté.

18. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 7 à 9, les moyens tirés de l'erreur de droit de la décision attaquée et de la violation de son droit à la libre circulation doivent être écartés.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée y compris en ce qu'elle contient des conclusions à fin d'injonction et fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Ducassoux et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

Le magistrat désigné,La greffière

D. MATALONA. DEPOUSIER

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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