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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2424078

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2424078

mardi 19 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2424078
TypeDécision
FormationSection 8 - Chambre 2
Avocat requérantCHAUVIN-HAMEAU-MADEIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 septembre et 4 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Chauvin, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 22 février 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'ordonner au préfet de réexaminer sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer sans délais une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au profit de son conseil sous réserve pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou directement à son profit en cas de rejet de sa demande d'aide.

Il soutient que :

- Sa requête n'est pas tardive

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière car le préfet n'a pas procédé à un examen circonstancié de sa situation ;

- le préfet a porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- l'obligation de quitter le territoire étant entachée d'illégalité, cette illégalité a pour effet d'entraîner son annulation pour défaut de base légale ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 octobre 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens présentés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Béal, en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Béal,

- les observations de Me Lemaire, représentant M. A ainsi que des observations de ce dernier et de son référent social qui s'est spécialement déplacé pour assister à l'audience.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 12 février 2024, le préfet de police a obligé M. A à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête :

2. D'une part, il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté par le préfet de police que M. A né en 2000 est entré en France en avril 2016 et a été placé du fait de sa minorité auprès de l'aide sociale à l'enfance de février 2017 à novembre 2018, qu'il est ensuite accueilli aux services de la croix rouge de 2019 à 2024, avant d'intégrer le CHRS Le Coin de Malte en avril 2024. Comme il l'a expliqué lors de l'audience publique, il n'a pas pu être régulièrement scolarisé du fait de ses lacunes tant en raison de sa mauvaise compréhension de la langue française que de son faible niveau en matière d'éducation. Ensuite, à sa majorité, il ne fait l'objet d'aucun suivi de la part des services de l'aide sociale à l'enfance qui ne le prend plus en charge à compter du 10 novembre 2018 et ne l'aide pas à engager des démarches en vue d'obtenir le titre de séjour auquel il pourrait prétendre. Toutefois, il a rencontré un employé de l'hôtel où il réside et qui lui apprend la peinture en bâtiment sur des chantiers. Il se forme ainsi à ce métier et durant cette période, il travaille comme homme de ménage pour gagner sa vie. Ensuite, en 2023 il rencontre un éducateur de rue de l'association Atoll75, qui lui propose de travailler en tant qu'ouvrier polyvalent en BTP à Travail et Vie puis d'être hébergé au CHRS au Coin de Malte et assure plusieurs missions de manutention en bâtiment ou de débarras pour des particuliers pour la société prestations service. Enfin, depuis le mois de décembre 2023, il travaille comme ouvrier polyvalent technicien pour un salaire d'environ 1350 euros pour la société travail et vie bâtiment qui a lui a fait délivrer une carte d'insertion professionnelle BTP par le ministère du travail, du plein emploi et de l'insertion, qui souhaite conclure avec lui un contrat à durée indéterminée et qui le soutient dans ses démarches ainsi que le CHRS Le Coin de Malte.

3. D'autre part, il justifie du décès de son père au Mali en 2016 et soutient que plusieurs membres de sa famille résideraient en France. Ensuite, il parle couramment le français comme il a pu en attester lors de cette audience, pratique le football dans un club amateur et n'a jamais troublé l'ordre public. Enfin, il justifie par les nombreux témoignages qu'il produit tant de son entourage amical que des éducateurs qui l'entourent et le soutiennent, l'un d'entre eux s'étant spécifiquement déplacé pour assister à l'audience publique, d'une vie privée sociale et amicale intense en France où il a recréé un tissus relationnel suite à son départ du Mali.

4. Par suite, il est fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire, le préfet de police a entaché son arrêté d'une erreur manifeste en appréciant les conséquences de sa décision sur sa situation personnelle, sociale et professionnelle et à en demander pour ce motif l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction ;

5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

6. Il y a lieu, en application des dispositions susvisées du code, d'enjoindre au Préfet territorialement compétent de se prononcer sur la situation de M A et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Le présent jugement, faute de conclusions du conseil du requérant, n'admet pas provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son conseil ne peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Chauvin de la somme de 2 000 euros qu'elle demande. Enfin, le conseil du requérant ne justifiant pas qu'une demande d'aide juridictionnelle a bien été déposé, il n'est pas plus possible de mettre cette somme à la charge de l'Etat directement à son profit au cas où le bureau d'aide juridictionnelle ne ferait pas droit à sa demande d'aide.

DECIDE

Article 1er : L'arrêté du 22 février 2024 du préfet de police est annulé

Article 2 : Il est enjoint au Préfet territorialement compétent d'examiner la situation de M. A au regard de son droit au séjour en France et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024

Le magistrat désigné,

A. Béal

La greffière

N. Tabani

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

La greffière

D. Permalnaick

N° 21

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