mercredi 20 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2425239 |
| Type | Décision |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | CABINET ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 septembre et 20 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Galindo Soto, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 19 septembre 2024 par lequel le préfet de police a prolongé de 24 mois la durée d'une interdiction de retour sur le territoire français ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de deux jours ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur manifeste d'appréciation, au vu de sa vulnérabilité et de circonstances humanitaires ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- elle méconnaît son droit au séjour qu'il détient en raison de son état de santé qui nécessite une prise en charge dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et dont les soins ne sont pas disponibles dans son pays d'origine ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 novembre 2024, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par un courrier du 2 novembre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué, dès lors que la décision attaquée ne comporte pas la mention de la qualité de son auteur, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration.
M. B a produit des observations enregistrées le 7 novembre 2024 et qui ont été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. C.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien, a fait l'objet d'un arrêté du 19 septembre 2024, par lequel le préfet de police a prolongé de 24 mois une interdiction de retour de 12 mois supplémentaires pour la porter à une durée totale de 36 mois. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".
3. M. B s'est vu octroyer le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 novembre 2024. Par suite, il n'y plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2.
3.
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte la signature et l'indication, en caractères lisibles, des prénom et nom (Mme E D) de l'autorité dont il émane. Ces éléments, auxquels il faut ajouter la mention du préfet de police, de la préfète déléguée à l'immigration, du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, permettaient au requérant d'identifier sans ambiguïté et, par suite, de vérifier la compétence de son auteure, qui, a reçu délégation de signature à l'effet de signer, au nom du ministre de l'intérieur, tous actes, arrêtés, décisions, réglementaires ou nominatifs, aux termes de l'article 17 de l'arrêté n° 2024-01258 de délégation de signature du préfet de police du 22 août 2024 régulièrement publié au journal officiel de la République française. Dans ces conditions, alors même qu'elle ne mentionne pas la qualité de son auteure, la décision en cause ne saurait être regardée comme étant entachée d'un vice substantiel de nature à l'entacher d'illégalité. Le moyen tiré du vice d'incompétence doit par suite être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants :1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; (). Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
6. Pour prolonger de 24 mois l'interdiction de retour de M. B, initialement fixée à 12 mois par un arrêté du préfet de Seine Saint-Denis du 13 novembre 2023, la portant à une durée totale de 36 mois, le préfet de police s'est fondé sur le fait que l'intéressé s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai. Pour fixer la durée de l'interdiction, le préfet de police a pu légalement prendre en compte l'absence de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France, étant constaté que le requérant déclare être célibataire sans enfant à charge, la circonstance qu'il déclare être entré en France en 2020 et le fait qu'il se soit s'est soustrait à une mesure d'éloignement du 13 novembre 2023 édictée par le préfet de Seine Saint-Denis. Le requérant s'est déclaré célibataire et sans enfant auprès des forces de l'ordre et n'établit pas, comme allégué dans la requête, être en couple ni avoir des enfants. Le requérant invoque son état de vulnérabilité et des circonstances humanitaires tenant à son état de santé mentale, mais n'établit pas ses allégations et, à les supposer établies, il n'établit pas ne pas pouvoir bénéficier du traitement adéquat dans son pays d'origine.
7. Le préfet a estimé que le requérant constituait une menace pour l'ordre public. Toutefois la circonstance qu'il a été signalé par les services de police le 18 septembre 2024 pour vol et vol précédé de dégradation ne permet pas, au regard de ce seul signalement, d'estimer que le requérant constituerait une telle menace. Le préfet aurait toutefois pris la même décision sans retenir ces faits, dès lors que la mesure litigieuse peut être prise au seul motif de l'absence d'exécution d'une décision d'obligation de quitter le territoire et qu'eu égard aux faits mentionnés au point précédent, la durée d'augmentation de l'interdiction de retour pouvait être fixée à deux années sans commettre d'erreur d'appréciation.
8. Compte tenu des éléments des points 6 et 7, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'erreur d'appréciation ni d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vulnérabilité.
9. En troisième lieu, le requérant invoque son droit au séjour tenant à son état de santé mentale, mais n'établit pas ses allégations et, à les supposer établies, il n'établit pas ne pas pouvoir bénéficier du traitement adéquat dans son pays d'origine.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
11. M. B ne justifie pas d'une importante durée de séjour sur le territoire français. Il s'est déclaré célibataire et sans enfant auprès des forces de l'ordre et n'établit pas, comme allégué dans la requête, être en couple ni avoir des enfants. Ainsi il ne ressort pas des pièces du dossier, que la décision litigieuse ait porté au droit de celui-ci au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de cette décision. Le préfet de police n'a donc pas commis d'erreur d'appréciation dans l'application de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation de la décision du 19 septembre 2024 doivent être rejetées, ainsi que celles aux fins d'injonction, d'astreinte, et celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de police et à Me Galindo Soto.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2024.
Le magistrat désigné,
T. CLa greffière,
N. TABANI
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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