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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2426072

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2426072

mardi 4 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2426072
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 1re Chambre - R.222-13
Avocat requérantBROCHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2024, Mme A C, représentée par Me Brochard, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser une somme de 68 000 euros, en réparation des préjudices résultant de son absence de relogement jusqu'en janvier 2024, date de son relogement effectif et d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter de la réception de sa demande préalable indemnitaire ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme 1 800 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la responsabilité de l'État est engagée sur le fondement de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation dès lors qu'elle n'a reçu aucune offre de relogement alors qu'elle a été reconnue prioritaire par une décision de la commission de médiation ;

- elle subit des troubles dans ses conditions d'existence du fait de la carence fautive de l'État à la reloger.

La requête a été communiquée au préfet de la région Ile-de-France, qui n'a pas produit d'observation.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la responsabilité :

1. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une décision d'une commission de médiation en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'État prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à compter de l'expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.

2. Mme C, qui a présenté une demande de logement social sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, a été reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence par une décision du 8 octobre 2010 de la commission de médiation du département de Paris qu'elle était logée dans un hôtel. En outre, par un jugement du 10 novembre 2011, le tribunal administratif de Paris a enjoint au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, de reloger Mme C sous astreinte de 900 euros par mois de retard à compter du 1er décembre 2011. Or, le préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, n'a pas proposé à Mme C un relogement dans le délai de six mois imparti par le code de la construction et de l'habitation à compter de l'édiction de la décision de la commission de médiation ni davantage exécuté le jugement lui enjoignant d'assurer le relogement de l'intéressée. Cette double carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'État à compter du 8 avril 2011.

Sur les préjudices :

3. D'une part, par un jugement du 8 juillet 2013, le tribunal a condamné l'Etat à réparer les préjudices subis par Mme C du 8 avril 2011 au 31 mai 2013 du fait de la carence fautive de l'Etat. Par un jugement du 18 mars 2021, le tribunal a condamné l'Etat, sur le même fondement, à réparer le préjudice de la requérante du 1er juin 2013 au 18 mars 2021. D'autre part, Mme C s'est vu attribuer un logement social répondant à ses besoins et à ses capacités à compter du 8 janvier 2024. Par suite, le préjudice réparé par le présent jugement court à compter du 19 mars 2021 jusqu'au 7 janvier 2024.

4. Il résulte de l'instruction que, après avoir été expulsée en octobre 2019 d'un logement relevant du dispositif " Solibail ", Mme C, souffrant d'un handicap lui ouvrant droit à l'attribution d'une carte de mobilité inclusion, a été hébergée, ainsi que son fils majeur vivant avec elle, par son frère dans l'appartement de trois pièces qu'il occupait avec son épouse et leurs deux enfants. En raison de la suroccupation de ce logement, elle a été amenée à le quitter et a été successivement hébergée de façon temporaire par plusieurs personnes jusqu'à son relogement effectif en janvier 2024. Compte tenu de ces conditions de logement inadaptées à son état de santé et de la durée de la carence, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature subis par Mme C dans ses conditions d'existence depuis le 19 mars 2021 en lui allouant la somme de 2 000 euros.

Sur les frais liés au litige :

5. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme C la somme de 2 000 (deux mille) euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation.

Copie en sera adressée au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mars 2025.

La magistrate désignée,

Signé

C. BLe greffier,

signé

J. IANNIZZI

La République mande et ordonne et au ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la décision.

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