mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2427270 |
| Type | Décision |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | CABINET ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 octobre 2024, M. C B A, retenu au centre de rétention administrative de Paris demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination vers lequel il sera éloigné et a pris à son encontre une décision d'interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :
- Ces décisions violent le principe du contradictoire et son droit d'être informé et de présenter des observations préalables
- Elles sont insuffisamment motivées et révèlent un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
Sur la décision faisant obligation de quitter le territoire français :
- Cette décision viole l'article 27 de la directive 200-4/38/CE du 29 avril 2004 et le 2° de l'article L. 251-1 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- Elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
- Cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- Cette décision viole le droit à la libre circulation des citoyens de l'Union européenne
- Elle est entachée d'un défaut de base légale ;
- Elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- La convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- Le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- Le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Matalon en application de l'article L. 922.2 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- Le rapport de M. Matalon ;
- Les observations orales de Me Togola, représentant M. B A qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens ;
- Et les observations orales de Me Jacquard représentant la préfète du Val-de-Marne, qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par le requérant sont infondés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A ressortissant portugais, né le 25 janvier 2003 demande l'annulation de l'arrêté du 10 octobre 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination vers lequel il sera éloigné et a pris à son encontre une décision d'interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de trois ans.
Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :
2. D'une part, les décisions contestées comportent l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles elles ont été prises et notamment, de la situation personnelle, familiale et administrative du requérant. Contrairement à ce que soutient le requérant, la préfète du Val-de-Marne n'était pas tenue de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle dont elle entendait se prévaloir mais seulement des faits qu'elle jugeait pertinents pour justifier le sens de sa décision. D'autre part, il ressort de la motivation même de l'arrêté attaqué que la préfète du Val-de-Marne s'est livrée à un examen circonstancié de la situation du requérant. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées seraient insuffisamment motivées.
3. Le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français et les décisions liées, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En l'espèce, si M. B A soutient que les décisions attaquées ont été adoptées en méconnaissance de son droit à être entendu ainsi que du principe du contradictoire, il n'établit pas qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance des services de la préfecture des informations utiles avant que ces décisions ne soient prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à être entendu ne peut qu'être écarté, de même que ceux tirés de la violation du caractère contradictoire de la procédure préalable.
Sur la décision faisant obligation de quitter le territoire français :
4. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ".
5. Pour édicter la mesure d'éloignement contestée à l'encontre de M. B A, la préfète du Val-de-Marne a constaté que l'intéressé a été écroué au Centre pénitentiaire de Fresnes le 11 janvier 2024 et condamné par la Cour d'Appel de Paris le 1er mars 2024 à une peine de six mois d'emprisonnement pour dégradation et détérioration d'un bien appartenant à autrui et violation de l'interdiction de paraître dans les lieux où l'infraction a été commise prononcée de peine en récidive et à une peine de six mois d'emprisonnement pour violence aggravés par trois circonstances suivie d'incapacité supérieure à huit jours et détention non autorisée d'arme, munition ou de leurs éléments de catégorie B, que ces faits constituent, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française. Dans ces conditions, nonobstant la circonstance que l'intéressé serait arrivé en France alors qu'il était mineur, en tout état de cause, la préfète du Val-de-Marne a pu, à bon droit, estimer que le comportement de M. B A était de nature à constituer, du point de vue de l'ordre public, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, justifiant une mesure d'éloignement prise sur le fondement des dispositions précitées du 2° de l'article L. 251-1.
6. Par suite, M. B A n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait, en prenant l'arrêté attaqué, entaché celui-ci d'une erreur manifeste d'appréciation. Ce moyen sera donc écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :
7. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable aux citoyens de l'Union européenne et aux membres de leur famille : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".
8. Si M. B A fait valoir qu'il n'y a aucune urgence à l'éloigner du territoire français au regard de l'article L. 251-3 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a purgé ses peines, il est constant qu'il a été condamné à une peine de six mois d'emprisonnement pour dégradation et détérioration d'un bien appartenant à autrui et violation de l'interdiction de paraître dans les lieux où l'infraction a été commise prononcée de peine en récidive et à une peine de six mois d'emprisonnement pour violence aggravés par trois circonstances suivie d'incapacité supérieure à huit jours et détention non autorisée d'arme, munition ou de leurs éléments de catégorie B, constitue une menace pour l'ordre public à laquelle il est urgent de mettre fin. Par suite, la préfète, pouvait sans méconnaitre l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile refuser à M. B A, un délai de départ volontaire.
Sur la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français :
9. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français prononcée en application des 2° et 3° de l'article
L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".
10. En l'espèce, la préfète du Val-de-Marne a assorti l'obligation de quitter le territoire français d'une décision d'interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de trois ans. Cette décision est motivée par la menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française représentée par le comportement de M. B A. S'il se prévaut du droit à la libre circulation des citoyens européens, le requérant ne conteste pas que ce droit puisse connaître des restrictions, notamment lorsque le comportement de l'intéressé représente une menace pour un intérêt fondamental de la société. Dès lors, les moyens tirés de la violation du droit à la libre circulation et de l'erreur d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B A et à la préfète du Val-de-Marne.
Décision rendue le 22 octobre 2024.
Le magistrat désigné,La greffière
D. MATALOND. PERMALNAICK
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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