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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2427289

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2427289

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2427289
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantCABINET ACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du 4 octobre 2024 par lequel le préfet de police avait interdit à M. A, ressortissant congolais, le retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois. La décision a été censurée au motif que le préfet n'avait pas suffisamment motivé sa décision en ne démontrant pas avoir pris en compte l'ensemble des critères légaux prévus à l'article L. 612-10 du CESEDA, notamment la durée de présence et les liens personnels de l'intéressé en France. Le tribunal a jugé que la simple mention d'une menace à l'ordre public et de l'absence de preuve de charge d'enfant ne suffisait pas à justifier la durée de l'interdiction. En conséquence, l'arrêté a été annulé sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées respectivement les 11 octobre et 15 novembre 2024, M. D A, représenté par Me Meliodon, avocat, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 4 octobre 2024 par lequel le préfet de police lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de procéder à l'effacement de son signalement au fichier du système d'information Schengen.

M. A soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard des articles L. 423-7, L. 612-6 et L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CEDH),

- elle viole l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, de l'article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 5 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil ;

- elle est entachée d'erreur de fait quant à la menace à l'ordre public et aux liens qu'il a noués en France ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés respectivement les 25 et 29 octobre 2024, le préfet de police, représenté par le cabinet Actis avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marik-Descoings,

- les observations de Me Gouysse, avocat substituant Me Meliodon, représentant M. A,

- et les observations de Me Termeau, avocat représentant le préfet de police, qui conclut au rejet de la requête au motif que ses moyens ne sont pas fondés.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant congolais né le 14 juin 1994, a fait l'objet le 4 octobre 2024 d'un arrêté par lequel le préfet de police lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois, dont il demande l'annulation par la présente requête.

Sur les conclusions à fin d'annulation et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête :

2. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

3. Il ressort de ces dispositions que l'autorité compétente, en l'absence de circonstance humanitaire, doit, pour fixer la durée de l'interdiction de retour qu'elle entend prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit, d'une part, comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs et, d'autre part, attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger et de faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

4. Il ressort des pièces du dossier que, pour interdire de M. A sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois, le préfet de police s'est notamment fondé sur les circonstances que la présence de l'intéressé en France constituait une menace à l'ordre public et qu'il n'apportait pas la preuve qu'il avait son enfant à charge. Toutefois d'une part, si M. A, inconnu des services de police précédemment, a fait l'objet d'un signalement le 4 octobre 2024 pour des faits d'usage de faux VTC et défaut d'assurance, ces faits délictuels n'ont à ce jour donné lieu à aucune mesure judiciaire. D'autre part, le requérant apporte de nombreux éléments sur sa présence en France depuis 2015 et sur les liens qu'il entretient avec son fils, B A né le 3 juillet 2020, notamment un jugement en date du 11 janvier 2024 par lequel le juge aux affaires familiales a accordé à M. A l'autorité parentale conjointe et un droit de visite hebdomadaire et pendant les vacances scolaires ainsi que plusieurs main-courantes pour non-présentation d'enfant attestant de sa volonté de rester présent dans la vie de son fils. Par ailleurs, si M. A n'établit pas verser depuis janvier 2024 à la mère de son enfant la somme mensuelle de 220 euros prévue par le jugement précité, il produit de nombreuses factures attestant qu'il a contribué financièrement aux besoins de son fils depuis sa naissance mais qu'il est dans une situation financière précaire depuis le refus de délivrance d'un titre de séjour pris à son encontre le 14 février 2024 par le préfet de la Sarthe qui lui interdit de travailler. Dans ces conditions, en faisant interdiction à M. A de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois, le préfet de police a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté en date du 4 octobre 2024 par lequel le préfet de police a interdit à M. A retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifié une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 20/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. / Les modalités de suppression du signalement de l'étranger en cas d'annulation ou d'abrogation de l'interdiction de retour sont fixées par voie réglementaire. ". Aux termes de l'article R. 613-7 du même code : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement. ". Aux termes de l'article 7 du décret du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées : " Les données à caractère personnel enregistrées dans le fichier sont effacées sans délai en cas d'aboutissement de la recherche ou d'extinction du motif de l'inscription () ".

7. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police de procéder à l'effacement du signalement Schengen de M. A dans un délai de deux mois, à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E

Article 1er : L'arrêté en date du 4 octobre 2024 par lequel le préfet de police a interdit à M. A le retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police de faire procéder, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, à la suppression, par les services compétents, du signalement de M. A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

La magistrate désignée,

N. MARIK-DESCOINGS

La greffière,

A. HEERALLAL

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision./8

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