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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2428721

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2428721

mardi 16 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2428721
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4e Section - 2e Chambre - R.222-13
Avocat requérantVERNON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a condamné l’État à verser 400 euros à M. C... pour la période du 23 décembre 2023 au 27 mars 2025, en raison de la carence fautive à exécuter une décision de la commission de médiation le reconnaissant prioritaire pour un relogement d’urgence. La responsabilité de l’État a été engagée sur le fondement de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation, faute d’offre de relogement dans le délai légal de six mois. Le préjudice, incluant les troubles dans les conditions d’existence et le préjudice moral, a été évalué à 400 euros, tous intérêts compris.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 octobre 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 7 juillet 2025, M. B... C..., représenté par Me Vernon, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l’État à lui verser une somme de 2 500 euros, augmentée des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, en réparation des préjudices résultant de son absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l’État le versement à son conseil d’une somme de 1300 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

3°) de mettre à la charge de de l’Etat la somme de 13 euros au titre des droits de plaidoirie non compris dans le frais de justice en application de l’article R. 723-26-1 du code de la sécurité sociale.

Il soutient que :
- la responsabilité de l’État est engagée sur le fondement de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation dès lors qu’il n’a reçu aucune offre de relogement alors qu’il a été reconnu prioritaire par une décision de la commission de médiation ;
- il subit des troubles dans ses conditions d’existence et un préjudice moral du fait de la carence fautive de l’État à le reloger.

La requête a été communiquée au préfet de la région Ile-de-France, qui n’a pas produit d’observation.

M. C... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 15 octobre 2024.

Vu les pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Claux en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Claux a été entendu au cours de l’audience publique.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :


Sur la responsabilité :

2. Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d’urgence par une décision d’une commission de médiation en application des dispositions de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l’égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l’intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l’État prévu par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’État, qui court à compter de l’expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.

3. M. C..., qui a présenté une demande de logement social sur le fondement de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, a été reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence par une décision du 26 juillet 2013 de la commission de médiation du département de Paris au motif qu’il résidait « dans un logement de transition depuis plus de dix-huit mois ». Cette décision précisait qu’elle était valable pour « une personne ». En outre, par un jugement n°1401645 du 15 avril 2014, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Paris a enjoint au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris de reloger M. C... sous astreinte de 200 euros par mois de retard à compter du 1er juillet 2014. Or, le préfet de la région d’Ile-de-France, préfet de Paris n’a pas proposé à M. C... un relogement dans le délai de six mois imparti par le code de la construction et de l’habitation à compter de l’édiction de la décision de la commission de médiation ni d’avantage exécuté le jugement lui enjoignant d’assurer le relogement de l’intéressé. Cette double carence est constitutive d’une faute de nature à engager la responsabilité de l’État à compter du 26 janvier 2014 à l’égard de M. C....

Sur le préjudice :


3. D’une part, par un jugement n°2212014 du 22 décembre 2023, le tribunal administratif de Paris a condamné l’Etat à réparer les préjudices qu’il a subis du fait de la carence fautive de l’Etat pour la période allant du 26 janvier 2014 au 22 décembre 2023. D’autre part, il résulte également de l’instruction que M. C... a été relogé à compter du 27 mars 2025 dans un logement qui répond à ses besoins et capacités. Ainsi, le préjudice réparé par le présent jugement porte sur la période allant du 23 décembre 2023 au 27 mars 2025.

4. Or, il résulte de l’instruction que pendant cette période le requérant était logé dans un logement de transition situé dans la résidence sociale ARPAVIE 1, rue Jules Romain dans le 19ème arrondissement de Paris. Compte tenu de ses conditions de logement qui ont perduré, du fait de la carence de l’État, jusqu’à son relogement et de la durée de cette carence, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature subis par M. C... dans ses conditions d’existence, y compris de son préjudice moral, en lui allouant une somme de 400 euros, tous intérêts compris à la date de lecture du présent jugement. Il ne résulte par ailleurs pas de l’instruction, notamment du jugement du tribunal administratif de Paris n° 2412487 du 29 avril 2025 annulant la décision préfectorale refusant de faire droit à sa demande de regroupement familial, que le logement de transition occupé alors par l’intéressé était légalement de nature à faire obstacle une procédure de regroupement familial. Par suite, la carence de l’Etat à le reloger ne peut être regardée comme étant le fait générateur du préjudice invoqué par l’intéressé du fait de ce refus et sa demande d’indemnisation à ce titre doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :


5. D’une part, M. C... bénéficie de l’aide juridictionnelle totale. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire droit aux conclusions présentées par l’intéressée sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

6. D’autre part, les conclusions tendant au remboursement du droit de plaidoirie doivent, en tout état de cause, être rejetées, dès lors que s’il est au nombre des dépens en vertu du 7° de l’article 695 du code de procédure civile, le droit de plaidoirie ne figure pas sur la liste limitative des dépens telle qu’elle résulte de l’article R. 761-1 du code de justice administrative








D E C I D E :


Article 1 : L’État est condamné à verser à M. C... une somme de 400 euros, tous intérêts compris à la date de lecture du présent jugement.

Article 2 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C..., à la ministre, auprès du ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation, chargée du logement et à Me Veron.

Copie en sera adressée au préfet de la région d’Ile-de-France, préfet de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2025.


Le magistrat désigné,
JB. Claux
signé
La greffière,
M. A...
signé


La République mande et ordonne à la ministre, auprès du ministre de l’aménagement du territoire et de la décentralisation, chargée du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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