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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2429210

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2429210

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2429210
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantCABINET ACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris annule l'arrêté du 5 octobre 2024 par lequel le préfet de police avait interdit le retour sur le territoire français de Mme C, ressortissante algérienne, pour une durée de vingt-quatre mois. La solution retenue se fonde sur l’article L. 612-7 du CESEDA, le préfet n’ayant pas établi la notification régulière de l’obligation de quitter le territoire français antérieure, rendant ainsi la décision d’interdiction de retour illégale. Le tribunal admet également provisoirement Mme C au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Texte intégral

Vu la procédure suivante:

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 1er et 21 novembre 2024, Mme B C, représenté par Me Lemichel, avocat, demande au Tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 5 octobre 2024 par lequel le préfet de police lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois ;

3°) d'enjoindre au préfet compétent de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au bénéfice de Me Lemichel en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans le cas où le bénéfice de l'aide juridictionnelle serait refusé, de lui verser directement ladite somme.

Mme C soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'insuffisance de motivation et n'a pas été précédée d'un examen individuel de sa situation ;

- elle viole son droit à être entendue ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale, l'obligation de quitter le territoire français étant devenue caduque ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA).

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2024, le préfet de police, représenté par le cabinet Actis avocats, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marik-Descoings,

- et les observations de Me Frydryszak, avocat substituant Me Lemichel, représentant Mme C, assistée de Mme A interprète en langue arabe.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante algérienne née le 13 mars 1989, a fait l'objet le 5 octobre 2024 d'un arrêté par lequel le préfet de police lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois, dont il demande l'annulation par ma présente requête.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle:

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991: " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a eu lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête :

3. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour.". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

4. Pour faire interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois à Mme C, le préfet de police s'est fondé sur la circonstance que l'intéressée a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 26 avril 2022, Toutefois, le préfet de police, qui produit une pièce illisible, n'établit pas la notification de ladite obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, l'intéressée est fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français du 26 avril 2022 ne lui a pas été régulièrement notifiée et que le délai de départ volontaire, qui court à compter de la notification de l'obligation de quitter le territoire français, n'avait pas expiré à la date de l'arrêté litigieux, qui méconnait par suite les dispositions précitées de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme C est fondée à demander l'annulation de l'arrêté en date du 5 octobre 2024 par lequel le préfet de police lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par la requérante ne peuvent donc qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance:

7. Sous réserve de l'admission définitive de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle, accordée à titre provisoire par le présent jugement, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Lemichel, avocat de Mme C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Lemichel de la somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E

Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté en date du 5 octobre 2024 par lequel le préfet de police a interdit à Mme C le retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois est annulé.

Article 3: L'Etat versera une somme de 1 000 euros à Me Lemichel au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au préfet de police et à Me Lemichel.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

La magistrate désignée,

N. MARIK-DESCOINGS

La greffière,

N. TABANI

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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