vendredi 27 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2430929 |
| Type | Décision |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires enregistrés le 21 décembre et le 12 décembre 2024, M. B C, représenté par Me Nancy, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 14 novembre 2024 par laquelle le préfet de police a prononcé une obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de vingt-quatre mois ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-les décisions sont entachées d'une incompétence de leur auteur ;
-les décisions sont entachées d'une violation de son droit à être entendu ;
- les décisions sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut de sa situation personnelle ;
-les mesures sont entachées d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-les décisions sont entachées d'une violation de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les décisions sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit.
Vu, les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Martin-Genier en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martin-Genier,
- les observations de Me Rivoal, avocat de permanence représentant M. C,
- et les observations de Me Khan, représentant le préfet de police, qui demande au tribunal de procéder à une substitution de base légale à la décision litigieuse.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant algérien né le 17 mai 1990, demande au tribunal d'annuler les décisions du 14 novembre 2024 par laquelle le préfet de police a prononcé une obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination, ainsi que l'arrêté du même jour prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois.
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00349 du 18 mars 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris, le préfet de police a donné délégation à M. D E, adjoint au chef de la division des examens administratifs et des expulsions, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré du défaut de compétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, les arrêtés litigieux énoncent l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles ils se fondent. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement en mesure M. C de discuter les motifs de cette décision et permettre au juge de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen de la situation particulière de l'intéressé au regard des stipulations et des dispositions législatives et réglementaires applicables. Elles mentionnent notamment que l'intéressé a été condamné à trois reprises par les tribunaux correctionnels de Bobigny et Paris, en dernier lieu le 30 septembre 2024 à huit mois d'emprisonnement pour des faits de vol en réunion, récidive, et que ces faits constituent une menace pour l'ordre public et qu'il existe un risque qu'il se soustrait à l'obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et ne peut qu'être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police ne se serait pas livré à un examen de la situation personnelle de M. C.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611- du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ".
6. Pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. C, le préfet de police s'est fondé, notamment, sur les dispositions de l'article L. 611-1 2° précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en faisant valoir qu'à l'expiration de son titre de séjour, il n'a pas sollicité son renouvellement et s'est maintenu sur le territoire français à l'expiration de ce titre. Le requérant justifie avoir déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour et le préfet de police l'a informé que cette demande était en cours de traitement par un courriel en date du 25 juillet 2024.
7. Lorsqu'il constate que la décision contestée aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur un autre fondement que celui sur la base duquel elle a été prise, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assorti le texte ou le pouvoir sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point. Cette substitution de base légale est demandée par le représentant du préfet de police à l'audience. Ainsi, il y a lieu de substituer l'article L. 611-5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au fondement initial de la décision, dès lors que le préfet de police pouvait fonder sa décision sur cette disposition, que M. C ne se trouve privé d'aucune garantie et qu'il est constant qu'il constitue une menace pour l'ordre public. Le moyen tiré du défaut de base légale doit dès lors être écarté.
8. M. C se déclare marié et père d'un enfant à charge sans pouvoir en apporter la preuve. En raison des faits graves pour lesquels il a été condamné qui constituent des menaces graves pour l'ordre public, dans les circonstances de l'espèce, alors que le fichier B2 fait apparaître quatre condamnations et son fichier FAED quatorze signalisations, qu'il verse au dossier plusieurs adresses antérieures à son incarcération, et n'apporte que peu d'éléments sur la contribution à l'entretien et à l'éducation de son fils ainsi que sur son insertion professionnelle, le moyen tiré de violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté. Pour le même motif, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.
9. L'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français mentionne que M. C constitue une menace pour l'ordre public, allègue être entre sur le territoire français en 2016 sans le justifier, ne peut se prévaloir de liens suffisamment forts et caractérisés avec la France. Il est suffisamment motivé et la durée de cette interdiction, au regard de ses condamnations et signalisations dont il a fait l'objet, n'est pas disproportionnée. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de cette décision doit dès lors être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B C doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2024.
Le magistrat désigné,
P. MARTIN-GENIERLa greffière,
A. HEERALALL
La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2613663
01/07/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2615032
01/07/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2615045
01/07/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2615253
01/07/2026