Le Tribunal Administratif de Paris a examiné la requête de Mme D... épouse B..., reconnue prioritaire pour un relogement d'urgence, qui demandait réparation pour l'absence de relogement par l'État. La responsabilité de l'État a été engagée sur le fondement de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation en raison de sa carence fautive à exécuter la décision de la commission de médiation dans le délai imparti. Le tribunal a limité la période d'indemnisation à compter du 15 décembre 2023, une précédente indemnité ayant déjà été allouée pour la période antérieure. Compte tenu de la situation de sur-occupation persistante et du loyer disproportionné (62 % des ressources), le préjudice moral et les troubles dans les conditions d'existence ont été évalués à une somme dont le montant est déterminé par le tribunal.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 21 novembre 2024 et 13 octobre 2025, Mme A... D... épouse B..., représentée par Me Cousin C..., demande au tribunal :
1°) de condamner l’Etat à lui verser une somme de 8 000 euros, augmentée des intérêts de retard et de leur capitalisation, en réparation des préjudices résultant de son absence de relogement ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat le versement d’une somme de 1 296 euros à Me Cousin C... son avocat, au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la responsabilité de l’Etat est engagée sur le fondement de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation, dès lors qu’elle n’a pas été relogée ;
- elle subit des troubles dans ses conditions d’existence, du fait de la carence fautive de l’Etat à la reloger.
Par une décision du 16 juin 2025, Mme D... épouse B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l’habitation,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Beugelmans-Lagane en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Beugelmans-Lagane a été entendu au cours de l’audience publique.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la responsabilité :
Aux termes de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le droit à un logement décent et indépendant (…) est garanti par l’État à toute personne qui (…) n’est pas en mesure d’y accéder par ses propres moyens ou de s’y maintenir. (…) ».
2. Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d’urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l’égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l’intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l’Etat prévu par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’Etat, qui court à compter de l’expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement. En outre, il y a lieu de tenir compte, pour les évaluer, de l’évolution de la composition du foyer au cours de cette période. La circonstance que l’absence de relogement a contraint le demandeur à supporter un loyer manifestement disproportionné au regard de ses ressources, si elle ne peut donner lieu à l’indemnisation d’un préjudice pécuniaire égal à la différence entre le montant du loyer qu’il a payé durant cette période et celui qu’il aurait acquitté si un logement social lui avait été attribué, doit, si elle est établie, être prise en compte pour évaluer le préjudice résultant des troubles dans les conditions d’existence.
3. Mme D... épouse B..., qui a présenté une demande de logement social sur le fondement de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, a été reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence par une décision du 15 octobre 2020 de la commission de médiation du département de Paris, au titre du II de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, dans un logement correspondant à ses besoins et capacités, au motif qu’elle occupe un logement sur-occupé avec personne handicapée à charge ou avec enfant mineur à charge ou vous êtes handicapée. Le préfet de la région d’Ile-de-France, préfet de Paris, n’a pas proposé à Mme D... épouse B... un relogement dans le délai de six mois imparti par l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation à compter de l’édiction de la décision de la commission de médiation. Cette carence est constitutive d’une faute de nature à engager la responsabilité de l’Etat à compter du 15 avril 2021 à l’égard de Mme D... épouse B.... Toutefois, l’intéressée a déjà été indemnisée pour la période du 15 avril 2021 au 15 décembre 2023, ainsi qu’il ressort du jugement n° 2227043 du 15 décembre 2023 produit au dossier. Par conséquent, la responsabilité de l’Etat ne court qu’à partir de cette date.
Sur les préjudices :
Mme D... épouse B... occupe avec son époux et ses cinq enfants nés en 2004, 2005, 2010, 2013 et 2018 déclarés à charge de son foyer fiscal un logement dans le parc privé d’une superficie de 62 m², pour un loyer mensuel de 1 700 euros charges comprises. La sur-occupation n’est donc plus caractérisée. Le loyer représente 62% des ressources de la famille, soit un montant disproportionné au regard des ressources du foyer. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation des troubles subis par Mme D... épouse B..., y compris de son préjudice moral, depuis le 15 décembre 2023 en lui allouant une somme de 2 700 euros, tous intérêts compris à la date de lecture du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
Mme D... épouse B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de mettre à la charge de l’État la somme demandée au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : L’Etat est condamné à verser à Mme D... épouse B... une somme de 2 700 (deux mille sept cents) euros, tous intérêts compris à la date de lecture du présent jugement.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... D... épouse B..., au ministre de la ville et du logement et à Me Cousin C....
Copie en sera adressée au préfet de la région d’Ile-de-France, préfet de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2025.
La magistrate désignée,
N. BEUGELMANS-LAGANE
La greffière,
K. DESSAINT
La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.