Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2432555
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2432555 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 1re Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9 décembre 2024, 19 juillet 2025 et 21 juillet 2025, M. A... B... demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 30 septembre 2024 par laquelle l’Office français de protection des réfugiés et apatrides a refusé de lui reconnaître la qualité d’apatride ;
2°) de mettre à la charge de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides une somme de 2 700 euros au titre des frais d’instance.
Il soutient que :
- il justifie d’un élément nouveau par rapport à la décision de rejet du 3 avril 2018 dès lors que les autorités lettones ont « clarifié » son ancien statut ;
- il remplit les conditions prévues par la convention de New York du 28 septembre 1954 pour se voir reconnaître la qualité d’apatride.
Une mise en demeure a été adressée à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides le 19 juin 2025.
Par une lettre du 31 juillet 2026, le tribunal a demandé au requérant de produire, pour compléter l’instruction, la pièce jointe n° 4 annoncée « certificat du service des migrations de l’Ukraine de la région de Tchernihiv ».
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de New York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Armoët,
- les conclusions de M. Raimbault, rapporteur public,
- et les observations de M. B....
Considérant ce qui suit :
1. M. B..., né le 1er juin 1961 à Novgorod-Siversky sur le territoire de l’ex Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) et de l’actuelle Ukraine, est entré en France au mois d’avril 2012, sous couvert du passeport pour apatride qui lui avait été délivré par les autorités de la Lettonie, pays où il résidait depuis 1987. A la suite du refus par les autorités lettones de renouveler son titre de voyage en raison de son installation en France pendant la durée de validité de celui-ci, M. B... a demandé à l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides de lui reconnaître la qualité d’apatride. Par une décision du 3 avril 2018, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande. Par un jugement n° 1808992/6-2 du 8 juillet 2019, devenu définitif, le tribunal a rejeté la requête formée par M. B... contre cette décision. M. B... a ensuite saisi l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides de deux demandes de réexamen qui ont été rejetées par des décisions des 20 octobre 2020 et 20 mai 2022. Le 6 juin 2024, M. B... a de nouveau demandé à l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides de lui reconnaître la qualité d’apatride. Par une décision du 30 septembre 2024, l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. B... demande au tribunal d’annuler cette décision.
2. Aux termes du paragraphe 1er de l’article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides : « Aux fins de la présente Convention, le terme "apatride" désigne une personne qu'aucun Etat ne considère comme son ressortissant par application de sa législation (...) ». Aux termes de l’article L. 581-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La qualité d'apatride est reconnue à toute personne qui répond à la définition de l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides. Ces personnes sont régies par les dispositions applicables aux apatrides en vertu de cette convention ». Aux termes de l’article L. 582-2 du même code : « L'Office français de protection des réfugiés et apatrides reconnaît la qualité d'apatride aux personnes remplissant les conditions mentionnées à l'article L. 582-1, au terme d'une procédure définie par décret en Conseil d'Etat ». La reconnaissance de la qualité d’apatride implique d’établir que l’Etat susceptible de regarder une personne comme son ressortissant par application de sa législation ne le considère pas comme tel.
3. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter la demande de reconnaissance de la qualité d’apatride de M. B..., l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a notamment relevé que ce dernier n’avait présenté, depuis sa première demande le 8 février 2017, aucun élément susceptible de démontrer, d’une part, qu’il ne pourrait pas prétendre à la nationalité ukrainienne en application de l’article 8 sur la nationalité ukrainienne n° 2235-III du 18 janvier 2001 modifiée et, d’autre part, que les autorités ukrainiennes auraient refusé de donner suite à ses démarches en ce sens.
4. Pour contester la décision attaquée, le requérant soutient que les services consulaires ukrainiens ont refusé de lui délivrer un « passeport ukrainien » en 2008 puis lui ont opposé l’absence de titre de séjour en France et qu’ils lui ont ensuite envoyé un certificat prouvant qu’il n’est pas un citoyen ukrainien. Toutefois, ces éléments ne permettent pas de contredire le motif de refus opposé par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides tenant à l’absence de démarches répétées pour se voir reconnaître la nationalité ukrainienne et au refus des autorités ukrainiennes de reconnaître à l’intéressé cette nationalité, à la suite d’un examen d’une demande en ce sens, en particulier au regard de l’article 8 de la loi sur la nationalité ukrainienne n° 2235-III du 18 janvier 2001 modifiée. A cet égard, alors qu’il est constant que le requérant est né sur le territoire de l’actuelle Ukraine et que ses parents se sont vus reconnaître la nationalité de ce pays, il n’indique pas les raisons pour lesquelles il ne pourrait pas bénéficier de la nationalité ukrainienne en application de l’article 8 de la loi sur la nationalité ukrainienne n° 2235-III du 18 janvier 2001 modifiée qui lui est opposé par l’administration française depuis l’année 2017. Enfin, si le requérant fait état de la guerre en Ukraine et de la circonstance que sa région d’origine dans ce pays pourrait devenir une « zone sanitaire », ces éléments n’expliquent pas en quoi le conflit armé en Ukraine constituait, à la date de la décision attaquée, un obstacle à ses démarches en vue de se voir reconnaître la nationalité de ce pays. Dans ces conditions, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides n’a pas commis d’erreur d’appréciation en retenant qu’il n’était pas établi que M. B... ne pourrait pas se voir reconnaître la nationalité ukrainienne. Dès lors que l’Office français de protection des réfugiés et apatrides pouvait, pour ce seul motif, refuser de reconnaître la qualité d’apatride à M. B..., ce dernier n’est pas fondé à demander l’annulation de la décision attaquée du 30 septembre 2024, alors même qu’il ne pourrait par ailleurs plus bénéficier du statut de « non-citoyen » en Lettonie.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d’annulation de la requête de M. B... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des frais d’instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Amat, présidente,
Mme Armoët, première conseillère,
Mme Mareuse, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La rapporteure,
signé
E. Armoët
La présidente,
signé
N. Amat
La greffière,
signé
L. Thomas
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9 décembre 2024, 19 juillet 2025 et 21 juillet 2025, M. A... B... demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 30 septembre 2024 par laquelle l’Office français de protection des réfugiés et apatrides a refusé de lui reconnaître la qualité d’apatride ;
2°) de mettre à la charge de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides une somme de 2 700 euros au titre des frais d’instance.
Il soutient que :
- il justifie d’un élément nouveau par rapport à la décision de rejet du 3 avril 2018 dès lors que les autorités lettones ont « clarifié » son ancien statut ;
- il remplit les conditions prévues par la convention de New York du 28 septembre 1954 pour se voir reconnaître la qualité d’apatride.
Une mise en demeure a été adressée à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides le 19 juin 2025.
Par une lettre du 31 juillet 2026, le tribunal a demandé au requérant de produire, pour compléter l’instruction, la pièce jointe n° 4 annoncée « certificat du service des migrations de l’Ukraine de la région de Tchernihiv ».
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de New York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Armoët,
- les conclusions de M. Raimbault, rapporteur public,
- et les observations de M. B....
Considérant ce qui suit :
1. M. B..., né le 1er juin 1961 à Novgorod-Siversky sur le territoire de l’ex Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) et de l’actuelle Ukraine, est entré en France au mois d’avril 2012, sous couvert du passeport pour apatride qui lui avait été délivré par les autorités de la Lettonie, pays où il résidait depuis 1987. A la suite du refus par les autorités lettones de renouveler son titre de voyage en raison de son installation en France pendant la durée de validité de celui-ci, M. B... a demandé à l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides de lui reconnaître la qualité d’apatride. Par une décision du 3 avril 2018, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande. Par un jugement n° 1808992/6-2 du 8 juillet 2019, devenu définitif, le tribunal a rejeté la requête formée par M. B... contre cette décision. M. B... a ensuite saisi l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides de deux demandes de réexamen qui ont été rejetées par des décisions des 20 octobre 2020 et 20 mai 2022. Le 6 juin 2024, M. B... a de nouveau demandé à l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides de lui reconnaître la qualité d’apatride. Par une décision du 30 septembre 2024, l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. B... demande au tribunal d’annuler cette décision.
2. Aux termes du paragraphe 1er de l’article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides : « Aux fins de la présente Convention, le terme "apatride" désigne une personne qu'aucun Etat ne considère comme son ressortissant par application de sa législation (...) ». Aux termes de l’article L. 581-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La qualité d'apatride est reconnue à toute personne qui répond à la définition de l'article 1er de la convention de New York du 28 septembre 1954 relative au statut des apatrides. Ces personnes sont régies par les dispositions applicables aux apatrides en vertu de cette convention ». Aux termes de l’article L. 582-2 du même code : « L'Office français de protection des réfugiés et apatrides reconnaît la qualité d'apatride aux personnes remplissant les conditions mentionnées à l'article L. 582-1, au terme d'une procédure définie par décret en Conseil d'Etat ». La reconnaissance de la qualité d’apatride implique d’établir que l’Etat susceptible de regarder une personne comme son ressortissant par application de sa législation ne le considère pas comme tel.
3. Il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter la demande de reconnaissance de la qualité d’apatride de M. B..., l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a notamment relevé que ce dernier n’avait présenté, depuis sa première demande le 8 février 2017, aucun élément susceptible de démontrer, d’une part, qu’il ne pourrait pas prétendre à la nationalité ukrainienne en application de l’article 8 sur la nationalité ukrainienne n° 2235-III du 18 janvier 2001 modifiée et, d’autre part, que les autorités ukrainiennes auraient refusé de donner suite à ses démarches en ce sens.
4. Pour contester la décision attaquée, le requérant soutient que les services consulaires ukrainiens ont refusé de lui délivrer un « passeport ukrainien » en 2008 puis lui ont opposé l’absence de titre de séjour en France et qu’ils lui ont ensuite envoyé un certificat prouvant qu’il n’est pas un citoyen ukrainien. Toutefois, ces éléments ne permettent pas de contredire le motif de refus opposé par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides tenant à l’absence de démarches répétées pour se voir reconnaître la nationalité ukrainienne et au refus des autorités ukrainiennes de reconnaître à l’intéressé cette nationalité, à la suite d’un examen d’une demande en ce sens, en particulier au regard de l’article 8 de la loi sur la nationalité ukrainienne n° 2235-III du 18 janvier 2001 modifiée. A cet égard, alors qu’il est constant que le requérant est né sur le territoire de l’actuelle Ukraine et que ses parents se sont vus reconnaître la nationalité de ce pays, il n’indique pas les raisons pour lesquelles il ne pourrait pas bénéficier de la nationalité ukrainienne en application de l’article 8 de la loi sur la nationalité ukrainienne n° 2235-III du 18 janvier 2001 modifiée qui lui est opposé par l’administration française depuis l’année 2017. Enfin, si le requérant fait état de la guerre en Ukraine et de la circonstance que sa région d’origine dans ce pays pourrait devenir une « zone sanitaire », ces éléments n’expliquent pas en quoi le conflit armé en Ukraine constituait, à la date de la décision attaquée, un obstacle à ses démarches en vue de se voir reconnaître la nationalité de ce pays. Dans ces conditions, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides n’a pas commis d’erreur d’appréciation en retenant qu’il n’était pas établi que M. B... ne pourrait pas se voir reconnaître la nationalité ukrainienne. Dès lors que l’Office français de protection des réfugiés et apatrides pouvait, pour ce seul motif, refuser de reconnaître la qualité d’apatride à M. B..., ce dernier n’est pas fondé à demander l’annulation de la décision attaquée du 30 septembre 2024, alors même qu’il ne pourrait par ailleurs plus bénéficier du statut de « non-citoyen » en Lettonie.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d’annulation de la requête de M. B... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des frais d’instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Amat, présidente,
Mme Armoët, première conseillère,
Mme Mareuse, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La rapporteure,
signé
E. Armoët
La présidente,
signé
N. Amat
La greffière,
signé
L. Thomas
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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