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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2433283

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2433283

jeudi 26 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2433283
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS (SELARL)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B, ressortissant nigérian, contestant le refus du ministre de l'intérieur de l’admettre sur le territoire au titre de l’asile. Le tribunal a écarté les moyens soulevés, estimant que la confidentialité de la demande d’asile n’avait pas été violée et que l’intéressé avait bénéficié d’un entretien en anglais, langue qu’il comprenait. La solution retenue confirme la légalité de la décision ministérielle fondée sur le caractère manifestement infondé de la demande d’asile, en application des articles L. 352-1 et L. 352-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 décembre 2024, M. C B, retenu en zone d'attente de l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 décembre 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a refusé l'admission sur le territoire au titre de l'asile ;

2°) d'enjoindre au ministre de mettre fin à la mesure de privation de liberté et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a pas bénéficié d'un interprète en langue anglaise lors de l'entretien avec l'agent de l'OFPRA et n'a pas été informé de la possibilité de solliciter un interprète dans sa langue maternelle ;

- la décision est entaché d'une erreur de droit, le ministre ayant outrepassé le contrôle du caractère manifestement infondé de la demande d'asile ;

- Elle viole l'article 33 de la convention de Genève ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le ministre de l'intérieur a produit des pièces enregistrées le 24 décembre 2024.

Le ministre de l'intérieur, représenté par la SELARL Centaure Avocats, a produit un mémoire enregistré le 26 décembre 2024. Il conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- La convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- La convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- Le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- Le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Nikolic en application de l'article L. 922.2 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- Le rapport de Mme Nikolic,

- Les observations orales de Me Chelly, avocat du requérant, assisté de M. A, interprète en langue anglaise, qui conclut aux mêmes fins et soutient en outre que la confidentialité n'a pas été respectée lors de l'entretien, que la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- Et les observations orales de Me Ill, représentant le ministre de l'intérieur qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité nigériane, né le 27 juin 1991, demande l'annulation de la décsion du 16 décembre 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande d'entrée en France au titre de l'asile.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Si la confidentialité des éléments d'information détenus par l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) relatifs à la personne sollicitant en France la qualité de réfugié est une garantie essentielle du droit d'asile, ce principe ne fait pas obstacle à ce que les agents habilités à mettre en œuvre le droit d'asile aient accès à ces informations. Ainsi, et dans la mesure où le ministre chargé de l'immigration est l'autorité compétente pour décider de refuser l'admission sur le territoire français au titre de l'asile, la circonstance que le ministre de l'intérieur ait eu connaissance du compte-rendu de l'entretien réalisé entre l'agent de l'OFPRA par télécopie et le demandeur d'asile ne porte pas atteinte au principe précité. En outre, lorsque le ministre de l'intérieur notifie sa décision à l'intéressé par l'intermédiaire d'agents de police et du ministère, il ne méconnaît pas non plus ce principe. Il s'ensuit que le moyen tiré de la violation du principe de confidentialité de la demande d'asile doit être écarté.

3. Si le requérant soutient que l'entretien avec l'officier de protection de l'OFPRA a été réalisé sans le concours d'un interprète, il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions de l'avis du 16 décembre 2024 de l'OFPRA sur la demande d'asile présentée par l'intéressé que son entretien s'est déroulé en anglais, langue qu'il a déclaré comprendre. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas bénéficiée, ni été mise à même de bénéficier, d'un interprète dans sa langue maternelle.

4. Aux termes de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : / () / 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. ". L'article L. 352-2 de ce même code prévoit que : " Sauf dans le cas où l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat, la décision de refus d'entrée ne peut être prise qu'après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui rend son avis dans un délai fixé par voie réglementaire et dans le respect des garanties procédurales prévues au titre III du livre V. L'office tient compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile. L'avocat ou le représentant d'une des associations mentionnées au huitième alinéa de l'article L. 531-15, désigné par l'étranger, est autorisé à pénétrer dans la zone d'attente pour l'accompagner à son entretien dans les conditions prévues au même article / Sauf si l'accès de l'étranger au territoire français constitue une menace grave pour l'ordre public, l'avis de l'office, s'il est favorable à l'entrée en France de l'intéressé au titre de l'asile, lie le ministre chargé de l'immigration ".

5. Le requérant soutient que le ministre de l'intérieur aurait entaché sa décision d'une erreur de droit en ne se limitant pas à examiner le caractère manifestement infondé de sa demande d'asile, et se serait livré à un examen au fond de sa demande aux fins de procéder à une véritable détermination du statut de réfugié. Il ressort des pièces du dossier que, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 213-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le requérant a été entendu par un représentant de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, lequel a donné un avis défavorable à son admission au séjour. Il ne ressort pas du procès-verbal de cet entretien et de l'avis émis par le représentant de l'Office que ce dernier soit allé au-delà de l'appréciation du caractère manifestement infondé de la demande. Le ministre compétent, qui prend la décision après avoir eu connaissance de cet avis, s'est également borné à relever le caractère manifestement infondé de ladite demande. Ainsi, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

6. Aux termes de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés : " Aucun des Etats Contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. () ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " Enfin, aux termes des stipulations du paragraphe 1 de l'article 2 de la même convention : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. () ".

7. La décision attaquée indique que le requérant sera réacheminé vers tout pays où il sera légalement admissible. Il ressort du procès-verbal d'audition précité que le requérant a fait état de menaces qu'il subirait de la part d'un groupe d'individus armés dans l'Etat de l'Anambra sans être en mesure d'expliciter les raisons pour lesquelles il serait particulièrement visé ; qu'en outre, il s'est montré peu concret sur le ciblage dont il ferait l'objet suite à son installation dans la ville de Lagos ; enfin, il s'est borné à alléguer qu'il ne pourrait avoir recours aux autorités de son pays. Le requérant ne justifie pas être visé par une menace grave, directe et individuelle contre sa vie ou sa personne en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, en considérant que la demande d'asile du requérant était manifestement infondée et en décidant qu'il serait réacheminé vers son pays d'origine, le ministre de l'intérieur n'a méconnu ni le principe de prohibition du refoulement des réfugiés, ni le droit de ne pas faire l'objet de traitements inhumains ou dégradants garanti par les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces moyens doivent dès lors être écartés. Il n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C B doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions aux fins d'injonction et celles qu'il a présentées au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur.

Décision rendue le 26 décembre 2024.

La magistrate désignée,

F. NIKOLICLa greffière,

A. HEERALALL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2433283/8

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