lundi 23 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2433321 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS (SELARL) |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 18 décembre 2024, M. J A B, retenu en zone d'attente de l'aéroport de Roissy Charles de Gaulle, représenté par Me Messi, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 17 décembre 2024 par lequel le ministre de l'intérieur lui a refusé l'admission sur le territoire français au titre de l'asile ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur mettre fin à la mesure de privation de liberté et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le principe de la confidentialité des éléments d'information de la demande d'asile a été méconnu ;
- il n'a pas été tenu compte des conditions matérielles de l'entretien avec l'officier de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans l'appréciation de la crédibilité de son récit ;
- sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte en méconnaissance de l'article L. 352-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 33 de la convention de Genève de 1951 ainsi que les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle méconnait le principe de non-refoulement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2024, le ministre de l'intérieur, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par M. A B ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée le 18 décembre 2024, Mme I E H, retenue en zone d'attente de l'aéroport de Roissy Charles de Gaulle, représentée par Me Messi, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 17 décembre 2024 par lequel le ministre de l'intérieur lui a refusé l'admission sur le territoire français au titre de l'asile ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de mettre fin à la mesure de privation de liberté et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le principe de la confidentialité des éléments d'information de la demande d'asile a été méconnu ;
- il n'a pas été tenu compte des conditions matérielles de l'entretien avec l'officier de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans l'appréciation de la crédibilité de son récit ;
- sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte en méconnaissance de l'article L. 352-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 33 de la convention de Genève de 1951 ainsi que les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle méconnait le principe de non-refoulement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2024, le ministre de l'intérieur, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par Mme E H ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Mareuse en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Mareuse ;
- les observations de Me Messi, avocat commis d'office, représentant M. A B et Mme E H, assistés de M. F, interprète en langue espagnole. Il reprend les conclusions et les moyens développés dans les requêtes ;
- et les observations de Me Chikaoui, représentant le ministre de l'intérieur, qui conclut au rejet des deux requêtes au motif que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par les présentes requêtes, M. J A B et Mme I E H, ressortissants colombiens nés respectivement les 2 octobre 2001 et 18 janvier 2005, demandent au tribunal l'annulation des décisions du 17 décembre 2024 par lesquelles le ministre de l'intérieur a rejeté leur demande d'admission sur le territoire français au titre de l'asile.
Sur la jonction :
2. Les requêtes enregistrées sous les n°s 2433321 et 2433322 présentent à juger des questions analogues et ont fait l'objet d'une instruction commune. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur les demandes d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Les requérants ont été assistés par un avocat commis d'office lors de l'audience publique. Par suite, il n'y a pas lieu de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, si les requérants invoquent la méconnaissance du principe de confidentialité des éléments de leur demande d'asile, au motif que l'OFPRA transmet par télécopie ou courrier électronique ses avis qui comprennent le compte-rendu de l'audition à des agents du ministère de l'intérieur, il ne ressort pas des pièces du dossier que, comme le soutiennent les requérants, ces agents ne seraient pas " personnellement habilités ". Si les requérants soutiennent, en outre, que ces agents reprennent les déclarations des demandeurs d'asile dans leurs décisions avant de les transmettre en zone d'attente par télécopie à l'officier de quart qui notifie la décision, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que les décisions prises par le ministre de l'intérieur en la matière sont mises à la portée de l'ensemble des agents de la police aux frontières, par ailleurs astreints au secret professionnel. Par suite, le moyen doit être écarté.
5. En deuxième lieu, si les requérants invoquent les conditions matérielles des entretiens qui se sont tenus le 17 décembre 2024, ils n'apportent aucune précision, ni aucun élément de nature à considérer que ces entretiens n'auraient pas été effectués dans le respect des garanties prévues par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 352-2 du même code : " Sauf dans le cas où l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat, la décision de refus d'entrée ne peut être prise qu'après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui rend son avis dans un délai fixé par voie réglementaire et dans le respect des garanties procédurales prévues au titre III du livre V. L'office tient compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile () ".
7. Il ne ressort d'aucune des pièces versées au dossier et, notamment, des transcriptions des entretiens dont les requérants ont bénéficié le 17 décembre 2024 que l'OFPRA n'aurait pas tenu compte de la vulnérabilité éventuelle de M. A B et de Mme E H. Par suite, le moyen tiré de l'absence de prise en compte de la vulnérabilité des intéressés, en méconnaissance de l'article L. 352-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : / () 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves ".
9. Il résulte des dispositions précitées que le ministre chargé de l'immigration peut rejeter la demande d'asile présentée par un étranger se présentant à la frontière du territoire national lorsque ses déclarations, et les documents qu'il produit à leur appui, sont sans pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou, du fait notamment de leur caractère inconsistant ou trop général, incohérent ou très peu plausible, sont manifestement dépourvus de crédibilité et font apparaître comme manifestement dénuées de fondement les craintes de persécutions ou d'atteintes graves alléguées par l'intéressé au titre de l'article 1er, A, 2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ou de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatif à la protection subsidiaire.
10. D'une part, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'en appréciant la crédibilité de la demande d'asile de M. A B et de celle de Mme E H, le ministre de l'intérieur aurait excédé la compétence que lui confèrent les dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entaché d'une erreur de droit doit être écarté.
11. D'autre part, les requérants font valoir les menaces dont ils feraient l'objet de la part d'un groupe de malfaiteurs nommé " Immaculada " qui extorque de l'argent auprès de la population locale. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment des comptes rendus des entretiens qui se sont tenus avec un officier de protection de l'OFPRA, que les requérants ont tenu des propos particulièrement sommaires et peu circonstanciés sur les risques qu'ils encourent en cas de retour dans leur pays d'origine. En particulier, ils se sont montrés confus s'agissant de la raison pour laquelle ce groupe de malfaiteurs a d'abord approché la sœur du requérant avant de se retourner contre eux. En outre, ils n'ont fourni aucune précision sur ce groupe, leur motivation et leur mode opératoire, et la nature des menaces dont ils ont fait l'objet reste vague. Enfin, ils n'apportent que peu d'éléments sur les deux plaintes qu'ils auraient déposés auprès des autorités locales. Dans ces circonstances, en rejetant les demandes d'entrée en France au titre de l'asile au motif que les demandes d'asile des requérants sont manifestement infondées, le ministre de l'intérieur n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 352-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. En dernier lieu, aux termes de l'article 33 de la Convention de Genève de 1951 : " Aucun des Etats Contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. / () ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
13. Les requérants n'apportent aucune précision crédible, ni aucun document probant de nature à établir la réalité, l'intensité et le caractère personnel des persécutions dont ils allèguent avoir fait l'objet en Colombie ou à justifier des risques qu'ils prétendent encourir en cas de retour dans ce pays. Par ailleurs, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'un réacheminement vers tout autre pays où ils seraient légalement admissibles les exposerait à des traitements prohibés par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ils ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées, en ce qu'elles prescrivent leur réacheminement vers tout pays où ils sont légalement admissibles, méconnaîtraient les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés qui garantit le principe de non-refoulement.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des requêtes doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. A B et de Mme E H sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. J A B, à Mme I E H et au ministre de l'intérieur.
Décision rendue le 23 décembre 2024.
La magistrate désignée,
S. MareuseLa greffière,
A. Heeralall
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/8 et 2433322/8
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2613663
01/07/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2615032
01/07/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2615045
01/07/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2615253
01/07/2026