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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2500062

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2500062

lundi 6 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2500062
TypeDécision
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS (SELARL)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de M. B C, ressortissant ivoirien, qui contestait le refus du ministre de l'intérieur de l’admettre sur le territoire au titre de l’asile. Le tribunal écarte le moyen tiré d’un défaut de notification, la décision ayant été régulièrement notifiée le 31 décembre 2024. Il juge que le ministre a pu légalement rejeter la demande comme manifestement infondée, conformément aux articles L. 352-1 et L. 352-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après avis défavorable de l'OFPRA. Les déclarations du requérant, relatives à des mauvais traitements familiaux en Côte d'Ivoire, n'ont pas été jugées suffisamment crédibles pour établir un risque de persécutions.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 janvier 2025, M. B C, retenu en zone d'attente de l'aéroport d'Orly, représenté par Me Bisalu, demande au tribunal d'annuler la décision du 31 décembre 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer lui a refusé l'admission sur le territoire au titre de l'asile ;

Il soutient que :

-la décision ne lui pas été notifiée ;

- la décision fait une inexacte application de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'examen du ministre a dépassé le caractère manifestement infondé de la demande et est entachée d'une erreur de droit ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense enregistrés le 5 janvier 2025, le ministre de l'intérieur, représenté par la Selarl Centaures Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martin-Genier,

- les observations orales de Me Bassaler, avocate commise d'office représentant M. C,

- et les observations orales de Me Phalippou, représentant le ministre de l'intérieur.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant ivoirien né le 1er janvier 2008, demande l'annulation de la décision du 31 décembre 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a rejeté sa demande d'entrée en France au titre de l'asile.

2. La décision contestée a été notifiée le 31 décembre 2024 à 13h00 à l'intéressé qui a refusé de signer. Le procès-verbal du même jour de la décision mentionne que la demande de l'intéressée d'entrer en France au titre de l'asile est rejetée et est signée par un fonctionnaire d police dont le nom est inscrit en bas du procès-verbal. Dès lors, le moyen tiré du défaut de notification de la décision attaquée doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : / () / 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. ". L'article L. 352-2 de ce même code prévoit que : " Sauf dans le cas où l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat, la décision de refus d'entrée ne peut être prise qu'après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui rend son avis dans un délai fixé par voie réglementaire et dans le respect des garanties procédurales prévues au titre III du livre V. L'office tient compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile. L'avocat ou le représentant d'une des associations mentionnées au huitième alinéa de l'article L. 531-15, désigné par l'étranger, est autorisé à pénétrer dans la zone d'attente pour l'accompagner à son entretien dans les conditions prévues au même article / Sauf si l'accès de l'étranger au territoire français constitue une menace grave pour l'ordre public, l'avis de l'office, s'il est favorable à l'entrée en France de l'intéressé au titre de l'asile, lie le ministre chargé de l'immigration ".

4. Le droit constitutionnel d'asile, qui a le caractère d'une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. Ce droit implique que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit en principe autorisé à demeurer sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Toutefois, le ministre chargé de l'immigration peut, sur le fondement des dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rejeter la demande d'asile d'un étranger se présentant aux frontières du territoire national lorsque celle-ci présente un caractère manifestement infondé.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 352-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le requérant a été entendu par un représentant de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, lequel a donné un avis défavorable à son admission au séjour en raison du caractère manifestement infondé de la demande. Par suite, le ministre compétent, qui prend la décision après avoir eu connaissance de cet avis, a relevé le caractère manifestement infondé de ladite demande. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en lui refusant son admission au séjour, le ministre de l'intérieur a entaché sa décision d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation.

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des déclarations de M. C, telles qu'elles ont été consignées dans le compte-rendu d'entretien avec le représentant de l'OFPRA, que le requérant, de nationalité ivoirienne et originaire d'Abidjan, soutient que sa mère décède en 2022 puis a fait l'objet de mauvais traitements de la part d'une coépouse de son père lorsque celui-ci est en déplacement. Son père refuse de l'aider et le déscolarise, le contraignant à quitter le domicile familial puis le pays grâce à une amie de sa mère. Toutefois, les déclarations de l'intéressé sont dépourvues de tout élément circonstancié. Il reste très évasif sur les violences dont il aurait été victime de la part d'une coépouse de son père après le décès de sa mère, les modalités de vie au sein du foyer familial après le décès de cette dernière, pourquoi son père aurait refusé de lui apporter son soutien, les circonstances dans lesquelles une amie de sa mère aurait organisé son départ du pays vers la France. Ainsi, malgré son état de mineur âgé de dix-sept ans, les craintes invoquées en cas de retour dans son pays d'origine n'apparaissent pas crédibles. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation de la situation personnelle de M. C, au regard notamment de sa vulnérabilité, et sans méconnaître le principe de non-refoulement garanti par l'article 33 de la convention de Genève, et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, considérer que la demande de l'intéressé d'entrer sur le territoire français était manifestement infondée et qu'il serait réacheminé vers tout pays où il serait légalement admissible.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre l'intérieur.

Décision rendue le 6 janvier 2025.

Le magistrat désigné,

P. MARTIN-GENIER La greffière,

A. DEPOUSIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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