lundi 20 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2500826 |
| Type | Décision |
| Formation | 8e Section - MESD |
| Avocat requérant | CABINET ETHIKA AVOCATS (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 janvier 2025, M. B A, retenu au centre de rétention de Vincennes, demande au tribunal :
1°) transmettre une question préjudicielle au juge des enfants, compétent pour statuer sur sa minorité et son isolement et surseoir à statuer dans l'attente de cette décision ;
2°) d'annuler les décisions du 10 janvier 2025, notifiées le 11 janvier 2025, par lesquelles le préfet de police a prononcé une obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de vingt-quatre mois ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de le prendre en charge en tant que mineur isolé par les services de l'aide sociale à l'enfance ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-qu'il est mineur et âgé de quatorze ans ;
Sur l'ensemble des décisions attaquées :
-les décisions sont entaches d'une incompétence de leur auteur ;
- les décisions sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
-les décisions sont entachées d'une violation du principe du contradictoire dans la procédure préalable ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
-la décision est entachée d'une violation des articles L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 388 du code civil ;
-la décision est entachée d'une violation de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
Sur le refus de délai de départ volontaire :
-la décision est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
-la décision est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
-la décision est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
-la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Vu, les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Martin-Genier en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martin-Genier,
- les observations de Me Ambroselli, avocate commise d'office, représentant M. A,
- et les observations de Me Floret, représentant le préfet de police.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant sénégalais né le 10 août 2004, se disant né le 10 août 2010, demande au tribunal d'annuler les décisions du 10 janvier 2025, par lesquelles le préfet de police a prononcé une obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination, ainsi que l'arrêté du même jour prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois.
Sur l'âge de M. A :
2. Il ressort des pièces du dossier notamment de son passeport de sa pièce d'identité du Sénégal, mais aussi des documents judicaires, soit l'ordonnance du 17 janvier 2025 du juge judiciaire de Paris que M. A est né le 10 août 2004, est âgé de vingt ans et que c'est l'année de naissance de 2004 qui est utilisée pour prendre des rendez-vous médicaux sur le site Doctolib, que cette date du 10 août 2004 est celle qui a été indiquée au juge judiciaire ; qu'ainsi, " sa majorité est amplement démontrée " selon le juge judiciaire. Dès lors, les conclusions tendant à ce que le juge des enfants soit saisie d'une question préjudicielle au motif de son âge, doivent être rejetées.
Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00349 en date du 15 juin 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de police, le préfet de police a donné à Mme C D, attachée d'administration d'état, délégation à l'effet de signer les décisions et arrêtés ressortissants à leurs attributions respectives. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, les décisions litigieuses énoncent l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement en mesure M. A de discuter les motifs de cette décision et permettre au juge de vérifier que l'administration préfectorale a procédé à un examen de la situation particulière de l'intéressé au regard des stipulations et des dispositions législatives et réglementaires applicables. Elles mentionnent notamment que l'intéressé a été signalé par les services de police le 8 janvier 2025 pour offre, cession, acquisition, détention et transport non autorisé de stupéfiants (crack), que ces faits constituent une menace pour l'ordre public, ne présente pas de garanties suffisantes de représentation suffisantes, se déclare célibataire et sans charge de famille, allègue être entré sur le territoire français en 2024, qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et ne peut qu'être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police ne se serait pas livré à un examen de la situation personnelle de M. A.
6. En dernier lieu, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français et les décisions liées, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En l'espèce, si M. A soutient que les décisions attaquées ont été adoptées en méconnaissance de son droit à être entendu ainsi que du principe du contradictoire, il n'établit pas qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance des services de la préfecture des informations utiles avant que ces décisions ne soient prises. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier et notamment des procès-verbaux d'interpellation et d'audition du janvier 2025 que M. A a été entendu sur sa situation administrative et qu'il a ainsi eu la possibilité de faire état de ses observations utiles et pertinentes de nature à influer sur les décisions prises à son encontre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à être entendu ne peut qu'être écarté, de même que ceux tirés de la violation du caractère contradictoire de la procédure préalable.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
7. M. A est majeur. Dès lors, les moyens tirés de la violation de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté ainsi que celui tiré de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Sur le refus de délai de départ volontaire :
8. L'obligation de quitter le territoire français n'est entachée d'aucune illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions aux fins d'annulation du refus de délai de départ volontaire doit être écarté.
Sur la décision fixant le pays de destination :
9. L'obligation de quitter le territoire français n'est entachée d'aucune illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions aux fins d'annulation de la décision fixant le pays de renvoi ne peut qu'être écarté.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
10. L'obligation de quitter le territoire français n'est entachée d'aucune illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions aux fins d'annulation de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
11. Les faits pour lesquels M. A a été signalé constituent des menaces graves à l'ordre public. Dès lors, la durée de vingt-quatre mois de l'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas disproportionnée. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de cette décision doit dès lors être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède, que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris les conclusions aux fins d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.
Décision rendue le 20 janvier 2025.
Le magistrat désigné,
Signé
P. MARTIN-GENIERLa greffière,
Signé
A. HEERALALL
La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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