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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2505744

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2505744

jeudi 26 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2505744
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3e Section - 1re Chambre - R.222-13
Avocat requérantGHERON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris a jugé une demande d'indemnisation pour absence de relogement. Le requérant, reconnu prioritaire par une commission de médiation, n'a pas reçu d'offre de relogement dans le délai légal, engageant la responsabilité de l'État. Le tribunal a condamné l'État à verser 1 400 euros en réparation des préjudices et 600 euros au titre des frais de l'instance, en application des articles L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er mars 2025 et 27 février 2026, M. B..., représenté par Me Gheron, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l’État à lui verser une somme de 7 800 euros à actualiser au jour du jugement et assortie des intérêts au taux légal à compter de sa demande préalable d’indemnisation en réparation des préjudices résultant de son absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l’État le versement à lui d’une somme de 1 500 euros au titre des frais de l’instance restés à sa charge, en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et le versement à son conseil d’un montant de 1 500 euros en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.



Il soutient que :
- la responsabilité de l’État est engagée sur le fondement de l’article L. 300-1 du code de la construction et de l’habitation dès lors qu’il n’a reçu aucune offre de relogement alors qu’il a été reconnu prioritaire par une décision de la commission de médiation ;
- il subit des troubles dans ses conditions d’existence et un préjudice moral du fait de la carence fautive de l’État à le reloger.

La procédure a été communiquée au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris qui n’a pas produit d’observations en défense.


M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle partielle au taux de 55% par une décision du 7 janvier 2025.



Vu :
- les autres pièces du dossier ;

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné Mme Grossholz, première conseillère en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.


La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Grossholz a été entendu au cours de l’audience publique.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :

1. Lorsqu’une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d’urgence par une décision d’une commission de médiation en application des dispositions de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, la carence fautive de l’État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l’égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d’existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l’intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l’État prévu par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l’État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l’État, qui court à compter de l’expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l’article R. 441-16-1 du code de la construction et de l’habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement.

2. M. B..., qui a présenté une demande sur le fondement de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, a été reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence dans un logement répondant à ses besoins et ses capacités par une décision du 16 juin 2022 de la commission de médiation du département de Paris, valant pour une personne, au motif qu’il est dépourvu de logement, hébergé chez un particulier.

3. Il résulte cependant de l’instruction que le préfet n’a pas proposé à l'intéressé un relogement dans le délai de six mois imparti par le code de la construction et de l’habitation à compter de l’édiction de la décision de la commission de médiation. Cette carence est constitutive d’une faute de nature à engager la responsabilité de l’État à compter du 17 décembre 2022 à l’égard de M. B....


4. Il résulte de l’instruction que la situation qui a motivé la décision de la commission de médiation perdure, M. B... justifiant louer un logement pour un loyer élevé par rapport à ses ressources dans lequel il n’établit toutefois pas vivre avec la compatriote qu’il a épousée le 10 avril 2024 et dont il n’établit d’ailleurs pas qu’elle serait autorisée à séjourner en France. Dans ces conditions, compte tenu de ses conditions de logement, qui perdurent du fait de la carence de l’État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes vivant au foyer de M. B... pendant la période en cause, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature subis par M. B... dans ses conditions d’existence, y compris de son préjudice moral, qui n’ont pas encore été indemnisés, en les fixant à 400 euros par personne et par année de carence, et partant en lui allouant une somme de 1 400 euros, tous intérêts compris au jour de la présente décision.

5. M. B... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle au taux de 55%. Il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat un montant de 600 euros au titre des frais de la présente instance restés à sa charge en application des dispositions des articles L. 761‑1 du code de justice administrative. Par ailleurs, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761‑1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Gheron, avocate de Mme B..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, de mettre à la charge de ce dernier la somme de 700 euros à verser à Me Abeberry.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : L’État est condamné à verser à M. B... une somme de 1 400 euros tous intérêts compris à la date de lecture du présent jugement.

Article 2 : L’Etat versera à M. B... une somme de 600 euros au titre des dispositions de l’article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : L’Etat versera à la Me Gueron, avocate de M. B..., une somme de 700 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette avocate renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.












Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au ministre chargé du logement.

Copie en sera adressée au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2026.


La magistrate désignée,
C. Grossholz
Le greffier,
J. Wolfman



La République mande et ordonne au ministre chargé du logement, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision


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