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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2507745

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2507745

jeudi 26 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2507745
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre - R.222-13

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de M. A... qui contestait les décisions de recouvrement d'indus de prestations sociales (RSA et primes exceptionnelles de fin d'année). La juridiction estime que les procédures de contrôle et de recouvrement menées par la CAF de Paris, fondées sur l'absence de résidence effective en France du requérant, sont régulières et que les moyens soulevés (défaut d'information, vice de forme, erreur d'appréciation) ne sont pas fondés. Les décisions implicites de rejet des recours administratifs et des demandes de remise gracieuse sont ainsi confirmées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 mars 2025, M. B... A... demande au tribunal :

1°) d’annuler les décisions implicites par lesquelles la Ville de Paris d’une part et la caisse d’allocations familiales (CAF) de Paris d’autre part ont rejeté son recours administratif préalable obligatoire du 17 décembre 2024 formé contre la décision du 9 novembre 2024 portant notification d’un trop perçu de prestations familiales et contre les deux décisions du 16 novembre 2024 portant notification de deux indus au titre de la prime exceptionnelle de fin d’année 2022 et de la prime exceptionnelle de fin d’année 2023 ;

2°) de le décharger du paiement de la somme de 17 575,14 euros correspondant à l’ensemble des indus notifiés ;

3°) à titre subsidiaire, d’annuler les décisions par lesquelles la Ville de Paris et la CAF de Paris ont rejeté sa demande de remise gracieuse ;

4°) de prononcer la remise de l’ensemble des indus ;

5°) de mettre à la charge de la Ville de Paris et de la CAF à lui verser la somme de 1 200 euros toutes taxes comprises sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 75 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S’agissant de l’ensemble des décisions attaquées :
elle ont été prises en méconnaissance des dispositions de l’article L. 114-21 du code de la sécurité sociale, dès lors qu’il n’a pas été informé de l’exercice effectif du droit de communication par l’agent de contrôle avant la mise en recouvrement ;
elles ont été prises en méconnaissance du principe du contradictoire ;

S’agissant de l’indu de revenu de solidarité active (RSA) :
la décision mettant à sa charge l’indu de RSA est insuffisamment motivée ;
elle est irrégulière en l’absence de consultation de la commission de recours amiable pour avis ;
elle est entachée d’une erreur d’appréciation, dès lors que ni le principe ni le quantum de l’indu ne sont établis et que les faits qui lui sont reprochés ne sont pas établis ;

S’agissant des indus de prime exceptionnelle de fin d’année :
les décisions mettant à sa charge des indus de prime exceptionnelle de fin d’année n’ont pas été notifiées ni signées par le directeur de la caisse d’allocations familiales de Paris ;
elles sont insuffisamment motivées et les modalités de liquidation ne sont pas précisées ;
ni le principe ni le montant des indus réclamés ne sont établis ;

S’agissant des décisions rejetant sa demande de remise gracieuse :
elles sont entachées d’erreur de droit et d’erreur d’appréciation, dès lors que la fraude alléguée n’est pas établie.


Par un mémoire en défense, enregistré le 18 décembre 2025, la Ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.


Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2025, la caisse d’allocations familiales de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
le code de l’action sociale et des familles,
le code de la sécurité sociale,
le code des relations entre le public et l'administration,
le décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du RSA et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite,
le décret n° 2022-1568 du 14 décembre 2022 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite,
le décret n° 2023-1184 de 14 décembre 2023 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite,
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique,
le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Berland en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Berland a été entendu au cours de l’audience publique.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

M. A... a été bénéficiaire du revenu de solidarité active (RSA) du mois de septembre 2018 au mois de septembre 2024. A la suite d’un contrôle de sa situation par un agent assermenté le 24 septembre 2024, la caisse d’allocations familiales de Paris a relevé qu’il avait résidé à l’étranger 210 jours pour l’année 2021, 365 jours pour l’année 2022, 317 jours pour l’année 2023 et 104 jours entre les mois de janvier et juin 2024. Après avoir procédé à la régularisation de sa situation, la caisse d'allocations familiales de Paris a mis à sa charge, au titre de la période allant du 1er septembre 2021 au 31 mai 2024, un indu de prestations familiales n° INK 002 de 17 270,33 euros notifié par courrier du 9 novembre 2024. Par deux courriers du 16 novembre 2024, elle a également mis à la charge de M. A... deux indus de 152,45 euros chacun au titre de la prime exceptionnelle de fin d’année (PEFA) 2022 (n° ING 003) et de la PEFA 2023 (n° ING 004). Par un courrier du 17 décembre 2024, M. A... a formé auprès de la caisse d’allocations familiales de Paris un recours administratif préalable contre ces trois décisions. D’une part, la caisse d’allocations familiales de Paris a reçu ce recours le 8 janvier 2025 et une décision implicite de rejet est née le 8 mars 2025. D’autre part, le silence gardé par la Ville de Paris sur ce recours a fait naître une décision implicite de rejet le 17 février 2025. M. A... demande au tribunal l’annulation des décisions implicites rejetant son recours administratif préalable obligatoire formé à l’encontre des notifications d’indus.

Sur l’office du juge :

Lorsqu’il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l’administration, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d’un indu de RSA ou de PEFA, il entre dans l’office du juge d’apprécier, au regard de l’argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d’ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d’indu. Il lui appartient, s’il y a lieu, d’annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l’exercice de son office, de régler le litige.

En ce qui concerne l’ensemble des décisions attaquées :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 114-19 du code de la sécurité sociale : « Le droit de communication permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires : 1° Aux agents des organismes chargés de la gestion d'un régime obligatoire de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations servies par lesdits organismes ; (…) ». Aux termes de l’article L. 114-21 du même code : « L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande ».

Il résulte de ces dispositions que les caisses d'allocations familiales et les caisses de mutualité sociale agricole, chargées du service du RSA, réalisent les contrôles relatifs à cette prestation d’aide sociale selon les règles, procédures et moyens d’investigation applicables aux prestations de sécurité sociale, au nombre desquels figurent le droit de communication instauré par l’article L. 114-19 du code de la sécurité sociale au bénéfice des organismes de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations qu’ils servent, ainsi que les garanties procédurales qui s’attachent, en vertu de l’article L. 114-21 du même code, à l’exercice de ce droit par un organisme de sécurité sociale. Il incombe ainsi à l’organisme ayant usé du droit de communication, avant la suppression du service de la prestation ou la mise en recouvrement, d’informer l’allocataire à l'encontre duquel est prise la décision de supprimer le droit au RSA ou de récupérer un indu de RSA, tant de la teneur que de l’origine des renseignements qu'il a obtenus de tiers par l'exercice de son droit de communication et sur lesquels il s’est fondé pour prendre sa décision. Cette obligation a pour objet de permettre à l’allocataire, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la récupération de l’indu ou la suppression du service de la prestation, afin qu’il puisse vérifier l’authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée. Les dispositions de l’article L. 114-21 du code de la sécurité sociale instituent ainsi une garantie au profit de l’intéressé. Toutefois, la méconnaissance de ces dispositions par l’organisme demeure sans conséquence sur le bien-fondé de la décision prise s’il est établi qu’eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l’allocataire, celui-ci n’a pas été privé, du seul fait de l’absence d’information sur l’origine du renseignement, de cette garantie.

En l’espèce, il résulte de l’instruction, en particulier du courrier de procédure contradictoire signé par M. A... le 23 septembre 2024 ainsi que du rapport d’enquête du 24 septembre 2024, que le requérant a bien été informé de la mise en œuvre du droit dévolu à la caisse par la consultation de ses relevés bancaires auprès de la Société générale, de Revolut et de Nickel. Par suite, le moyen tiré de l’illégalité de la décision en litige faute d’information sur la mise en œuvre des dispositions de l’article L. 114-21 du code de la sécurité sociale doit être écarté.

En second lieu, d’une part, il résulte de l’instruction que l’édiction des décisions initiales du 9 novembre 2024 mettant à la charge de M. A... un indu de RSA et du 16 novembre 2024 mettant à sa charge des indus de PEFA a été précédée d’une procédure contradictoire, le requérant ayant formulé des observations le 23 septembre 2024, après avoir pris connaissance des constats du contrôleur assermenté. D’autre part, alors qu’aucune disposition légale ou règlementaire n’impose la communication du rapport d’enquête, les écritures produites par M. A... dans le cadre de son recours administratif préalable obligatoire exercé le 17 décembre 2024 à l’encontre de la décision lui notifiant l’indu de RSA démontrent qu’il a eu connaissance des motifs de cette décision, fondée sur le rapport d’enquête, et en particulier, du fait qu’il avait effectué de fréquents séjours à l’étranger à compter du 4 juin 2021, et qu’il a ainsi pu faire valoir ses observations à l’occasion de son recours. Par suite, le moyen tiré de la violation du principe du contradictoire doit être écarté.

En ce qui concerne l’indu de RSA :

S’agissant de la régularité de la procédure :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent.
A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : (…) 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; (…). ». D’une part, la décision par laquelle l’autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l’allocation de RSA est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration. Il en résulte qu’une telle décision doit comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l’autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. D’autre part, aux termes de l’article L. 232-4 du même code : « Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n’est pas illégale du seul fait qu’elle n’est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l’intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués (…) ».

La décision implicite attaquée prise sur recours administratif préalable obligatoire s’est substituée à la décision initiale de la caisse d'allocations familiales de Paris du 9 novembre 2024 mettant à la charge de M. A... un indu de prestations familiales de 17 270,24 euros pour la période de septembre 2021 à mai 2024. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que la décision de notification d’indu de RSA est insuffisamment motivée. Par ailleurs, le requérant n’établit pas avoir demandé la communication des motifs de la décision attaquée prise sur recours administratif préalable obligatoire. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

En second lieu, aux termes de l’article L. 262-47 du code de l’action sociale et des familles : « Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale. (...) », laquelle est composée et constituée au sein du conseil d'administration de la caisse d’allocations familiales. Aux termes de l’article R. 262-60 du même code : « La convention prévue à l'article L. 262-25 comporte des dispositions générales relatives à : (...) 4° Les conditions et limites dans lesquelles la commission de recours amiable de ces organismes rend un avis sur les recours administratifs adressés au président du conseil départemental ; ces stipulations portent notamment sur l'objet et le montant des litiges dont la commission est saisie et les conditions financières de cette intervention (...) ». Aux termes de l’article 9 de la convention de gestion du revenu de solidarité active du 23 novembre 2021 conclue entre la Ville de Paris et la caisse d’allocations familiales de Paris : « Recours administratifs. Les recours administratifs préalables prévus à l’article L. 262-47 du CASF examinés par la commission de recours amiable prévue à l’article L. 142-1 du code de la sécurité sociale sont : - l’évaluation forfaitaire des revenus visée à l’article L. 262-41 du CASF ; - les conditions de résidence en France prévues à l’article L. 262-2 du CASF. / La commission de recours amiable (CRA) rend, sur sa demande, sous un mois, un avis motivé à la maire de Paris. / La maire de Paris statue sous deux mois sur toutes les autres décisions sans avis préalable de la commission visée à l’article R. 142-1 du code de la sécurité sociale (CRA) ». Aux termes de l’article R. 262-90 du code de l’action sociale et des familles : « Lorsqu'elle est saisie, la commission de recours amiable se prononce dans un délai d'un mois à compter de la date de saisine. A réception de l'avis, le président du conseil général statue, sous un mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Si elle ne s'est pas prononcée au terme du délai mentionné au précédent alinéa, son avis est réputé rendu et le président du conseil général statue, sous un mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé (…) ».

Il résulte de l’instruction que le recours amiable présenté par M. A... le 17 décembre 2024 porte sur les conditions de sa résidence en France. La Ville de Paris, saisie de ce recours, l’a communiqué, pour avis, à la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiale de Paris le 14 novembre 2025, laquelle a émis un avis de rejet le 15 décembre 2025 produit à l’instance par la Ville de Paris. Le requérant n’est donc pas fondé à soutenir que la décision attaquée a été prise à la suite d’une procédure irrégulière.

S’agissant du bien-fondé de l’indu :

Aux termes de l’article L. 262-2 du code de l’action sociale et des familles : « Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active (…) ». Aux termes de l’article R. 262-5 du même code : « Pour l’application de l’article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n’excède pas trois mois (…) / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l’allocation n’est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire. ». Aux termes de l’article R. 262-37 du code : « Le bénéficiaire de l’allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l’organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l’un ou l’autre de ces éléments. ».

Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l’allocation de RSA, une personne doit remplir la condition de ressources qu’elles mentionnent et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d’éventuels séjours à l’étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l’allocation de RSA a droit, lorsqu’elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n’excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation. En revanche, lorsque ses séjours à l’étranger excèdent cette durée de trois mois, le RSA ne lui est versé que pour les mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du RSA est tenu de faire connaître à l’organisme chargé du service de la prestation, outre l’ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu’aux dates et motifs de ses séjours à l’étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.

Il résulte de l’instruction que la maire de Paris a remis en cause une partie des prestations de RSA ayant été versées à M. A... au titre de la période comprise entre les mois de septembre 2021 et mai 2024, en conséquence du fait qu’il a séjourné à l’étranger (Afrique du Sud, Allemagne, Grèce…) pendant les périodes, identifiées dans le rapport d’enquête, du 4 juin 2021 au 31 décembre 2021, du 1er janvier 2022 au 31 décembre 2022, du 1er janvier 2023 au 9 juin 2023, du 26 juillet 2023 au 10 décembre 2023, du 12 décembre 2023 au 31 décembre 2023, du 1er janvier 2024 au 4 mars 2024 , du 9 avril 2024 au 2 mai 2024, du 19 mai 2024 au 6 juin 2024, soit 210 jours au cours de l’année 2021, 365 jours au cours de l’année 2022, 317 jours au cours de l’année 2023 et 104 jours entre le 1er janvier 2024 et le 6 juin 2024. Le requérant, qui se borne à soutenir que les faits ne sont pas établis, ne produit aucun élément de nature à contester ni la réalité, ni la durée de ces séjours à l’étranger, ni le fait qu’il n’a pas averti la caisse d'allocations familiales de ses séjours à l’étranger. Dès lors, c’est à bon droit que la maire de Paris a limité l’étendue de ses droits à RSA, comme le prévoit le second alinéa de l’article R. 262-5 du code de l’action sociale et des familles en cas d’absence du territoire pendant plus de trois mois, aux seuls mois civils complets de présence de sa part sur le territoire durant la période correspondant au contrôle. Dans ces conditions, M. A... n’est pas fondé à contester le bien-fondé de l’indu de prestations de RSA dont la récupération lui est demandé. Le moyen tiré de l’erreur de droit et d’appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne les indus de PEFA :

En premier lieu, les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, M. A... ne peut utilement se prévaloir, à l’encontre des décisions mettant à sa charge des indus de PEFA, de l’absence de notification par le directeur de la caisse d’allocations familiales.

En deuxième lieu, aux termes de l’article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale : « I. - L'action en recouvrement de prestations indues prévue à l'article L. 133-4-1 s'ouvre par l'envoi à l'assuré par le directeur de l'organisme créancier, par tout moyen donnant date certaine à sa réception, d'une notification constatant, sur la base des informations dont dispose l'organisme, que l'assuré a perçu des prestations indues. (…) ». Aux termes de l’article L. 243-1 du code des relations entre le public et l'administration : « Un acte réglementaire ou un acte non réglementaire non créateur de droits peut, pour tout motif et sans condition de délai, être modifié ou abrogé sous réserve, le cas échéant, de l'édiction de mesures transitoires dans les conditions prévues à l'article L. 221-6. »

D’une part, il résulte de l’instruction que les indus de PEFA ING 003 et ING 004 ont été notifiés à M. A... par deux courriers datés du 16 novembre 2024 signés par le directeur de la caisse d’allocations familiales de Paris.

D’autre part, il résulte de l’instruction que l’indu de PEFA 2021 ING 002 a été notifié à M. A... par courrier électronique du 19 décembre 2025 annulant et remplaçant la notification d’indu du 9 novembre 2024 uniquement en ce qu’elle portait sur l’indu de PEFA de 2021. Ce courrier a été signé par M. C..., audiencier, lequel disposait d’une délégation de signature du directeur de la caisse d’allocations familiales de Paris signée le 28 avril 2025 à effet notamment de gérer toutes les opérations liées à la détection, la notification et au recouvrement des créances relevant de la responsabilité du directeur de l’organisme. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence des signataires des décisions attaquées doit être écarté.

En troisième lieu, ainsi qu’il a été dit au point 7 du présent jugement, la décision par laquelle l’autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre d’aides exceptionnelles de solidarité et de fin d’année est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration. Il en résulte qu’une telle décision doit comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l’autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n’est pas tenue d’indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l’indu.

Les trois décisions notifiant des indus de PEFA au titre des années 2021, 2022 et 2023 mentionnent, d’une part, les textes sur lesquelles elles se fondent, à savoir respectivement le décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021, le décret n° 2022-1568 du 14 décembre 2022 et le décret n° 2023-1184 de 14 décembre 2023 susvisés. Elles indiquent également la prestation concernée, le montant total des indus, à savoir 152,45 euros au titre de la PEFA 2021, 152,45 euros au titre de la PEFA 2022 et 152,45 euros au titre de la PEFA 2023, ainsi que le motif tiré de ce que M. A... n’était pas bénéficiaire de l’allocation de RSA au cours des mois de novembre et décembre des années concernées et n’avait donc pas droit à ces prestations. Par ailleurs, en application des principes énoncés au point 18 du présent jugement, ces décisions n’avaient pas à établir les bases de liquidation des indus réclamés à M. A.... Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées doit être écarté.

En dernier lieu, aux termes de l’article 3 du décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 : « Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2021 ou, à défaut, du mois de décembre 2021, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul. (…) ». Aux termes de son article 4 : « Le montant de l’aide mentionnée à l’article 3 est égal à 152,45 € pour une personne seule (…) ». Aux termes de l’article 3 du décret n° 2022-1568 du 14 décembre 2022 : « Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2022 ou, à défaut, du mois de décembre 2022, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul. (…). ». Aux termes de son article 4 : « Le montant de l'aide mentionnée à l'article 3 est égal à 152,45 € pour une personne seule (…). ». Aux termes de l’article 3 du décret n° 2023-1184 de 14 décembre 2023 : « Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2023 ou, à défaut, du mois de décembre 2023, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul. (…). ». Aux termes de son article 4 : « Le montant de l'aide mentionnée à l'article 3 est fixé en fonction de la composition du foyer selon le barème suivant : (…) personne seule sans enfant à charge : 152,45 € (…). ».

Il résulte de l’instruction que la maire de Paris a remis en cause une partie des prestations de RSA ayant été versées à M. A... au titre de la période comprise entre les mois de septembre 2021 et mai 2024, en conséquence du fait qu’il avait séjourné à l’étranger, pendant les périodes, identifiées dans le rapport d’enquête, mentionnées au point 13 du présent jugement, soit 210 jours au cours de l’année 2021, 365 jours au cours de l’année 2022, 317 jours au cours de l’année 2023 et 104 jours entre le 1er janvier 2024 et le 6 juin 2024. Le requérant, qui se borne à soutenir que les faits ne sont pas établis, ne produit aucun élément de nature à contester ni la réalité, ni la durée de ces séjours à l’étranger, ni le fait qu’il n’a pas averti la caisse d'allocations familiales de ses séjours à l’étranger. Par suite, M. A... qui ne pouvait bénéficier du RSA au titre des mois de novembre et décembre pour l’année 2021, de novembre et décembre pour l’année 2022 et de de novembre et décembre pour l’année 2023, ne pouvait bénéficier de la PEFA au titre des années 2021, 2022 et 2023. Dans ces conditions, le requérant n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que la caisse d'allocations familiales de Paris a mis à sa charge la somme de 152,45 euros pour un indu de PEFA au titre de l’année 2021, de 152,45 euros pour un indu de PEFA au titre de l’année 2022 et de 152,45 euros pour un indu de PEFA au titre de l’année 2023.

En ce qui concerne les décisions de rejet de demande de remise gracieuse :

D’une part, aux termes de l’article L. 262-46 du code de l’action sociale et des familles : « Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l’organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / (…) La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. (…) ».

D’autre part, aux termes de l’article 6 du décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 : « I. - Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle l'aide exceptionnelle a été perçue. (….) ». Aux termes de l’article 6 du décret n° 2022-1568 du 14 décembre 2022 : « I. - Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle l'aide exceptionnelle a été perçue. (…). » Aux termes de l’article 7 du décret n° 2023-1184 du 14 décembre 2023 : « I. - Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. La dette correspondante peut être remise ou réduite par cet organisme dans les conditions applicables au recouvrement des indus de l'allocation au titre de laquelle l'aide exceptionnelle a été perçue. (…). ».

Lorsqu’il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d’un indu de RSA ou de PEFA, il appartient au juge administratif d’examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre partie à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise.

En l’espèce, il résulte de l’instruction que M. A... n’a déclaré aucune de ses absences de France, alors qu’il ne pouvait méconnaître ni la règle de résidence permanente en France, ni celle de déclaration obligatoire à la caisse d’allocations familiales de tout changement de situation, et alors, au demeurant, qu’il résulte de l’instruction que dans son contrat d’engagements réciproques signé le 19 avril 2023, l’intéressé a déclaré avoir séjourné dans le Loiret au cours des deux années précédentes. Dans ces conditions, M. A... n’établit pas sa bonne foi et ne justifie donc pas qu’une remise gracieuse lui soit accordée.

Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée dans toutes ses conclusions.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., à la Ville de Paris et à la caisse d’allocations familiales de Paris.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2026.


La magistrate désignée,
F. Berland
La greffière,
K. Bak-Piot



La République mande et ordonne au préfet de la région d’Ile-de-France, préfet de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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