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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2516678

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2516678

jeudi 22 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2516678
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4e Section - 2e Chambre - R.222-13

Résumé IA

Cette décision du Tribunal Administratif de Paris, statuant en formation de juge unique sur le fondement de l’article R. 222-13 du code de justice administrative, rejette la requête de Mme A... Marquis. Celle-ci contestait le refus de la commission de médiation de Paris de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social, au motif que son hébergement était jugé acceptable. Le tribunal a appliqué les dispositions du II de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation, estimant que la commission n’avait pas commis d’erreur d’appréciation en ne caractérisant pas l’urgence. La solution retenue est donc le rejet des conclusions à fin d’annulation et d’injonction présentées par la requérante.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juin 2026, Mme B... A... Marquis demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 15 mai 2025 par laquelle la commission de médiation de Paris a refusé de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social en application des dispositions du II de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation ;

2°) d’enjoindre à la commission de médiation de réexaminer sa situation et de désigner sa demande de logement social comme prioritaire et urgente en application du II de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation ;

Elle soutient que la commission de médiation a commis une erreur d’appréciation.

Par un mémoire, enregistré le 7 juin 2025, le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, conclut au rejet de la requête.

Le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.




Vu :
le code de la construction et de l’habitation ;
le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Claux en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

M. Claux a donné lecture de son rapport au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

Mme Marquis a, le18 décembre 2024, saisi la commission de médiation de Paris en vue de la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social, en application des dispositions du II de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation. La commission de médiation de Paris a, par décision du 15 mai 2025, rejeté cette demande au motif que « si la situation d’hébergement est avérée, l’urgence n’est pas caractérisée, le requérant étant hébergé dans des conditions acceptables au regard de sa situation». Mme Marquis demande l’annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes du II de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation : « La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. (…) Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée. Elle peut faire toute proposition d'orientation des demandes qu'elle ne juge pas prioritaires. (…) ».

Aux termes de l’article R. 441-14-1 du même code : « La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; / - être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ; / - être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. (…) ; / - avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; / - être hébergées dans une structure d'hébergement ou une résidence hôtelière à vocation sociale de façon continue depuis plus de six mois ou logées temporairement dans un logement de transition ou un logement-foyer depuis plus de dix-huit mois, sans préjudice, le cas échéant, des dispositions du IV de l'article L. 441-2-3 ; / - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées au 2° de l'article D. 542-14 du code de la sécurité sociale, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ».

Il résulte des dispositions précitées que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d’urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d’accès au logement social et justifier qu’il se trouve dans une des situations prévues au II de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation et qu’il satisfait à un des critères définis à l’article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l’intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.

Lorsqu'une personne allègue devant la commission de médiation, qui examine le caractère prioritaire de sa demande de logement au titre du droit au logement opposable, qu'elle est dépourvue de logement, cette commission peut tenir compte, pour apprécier le caractère prioritaire de cette demande, de la circonstance que cette personne est logée par un de ses parents ou de ses enfants ainsi que des conditions dans lesquelles elle est ainsi logée.

Le demandeur qui forme un recours pour excès de pouvoir contre la décision par laquelle la commission de médiation a refusé de le déclarer prioritaire et devant être relogé en urgence peut utilement faire valoir qu’à la date de cette décision, il remplissait les conditions pour être déclaré prioritaire sur le fondement d’un autre alinéa du II de l’article L. 441-2-3 que celui qu’il avait invoqué devant la commission de médiation. Il peut également présenter pour la première fois devant le juge de l’excès de pouvoir des éléments de fait ou des justificatifs qu’il n’avait pas soumis à la commission, sous réserve que ces éléments tendent à établir qu’à la date de la décision attaquée, il se trouvait dans l’une des situations lui permettant d’être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence.

Il ressort des pièces du dossier qu’à la date de la décision contestée, l’intéressée, qui bénéficie de l’allocation adulte handicapé avec un taux d’incapacité supérieur à 50 et inférieur à 80%, était logée chez sa mère dans un appartement d’une surface de 51 m2 situé au Kremlin Bicêtre. Toutefois il ressort également des pièces du dossier, notamment d’une attestation de la mère de la requérante du 15 mai 2025 et d’une attestation d’hébergement d’un tiers en date du 1er juin 2025, qu’il était prévu que l’hébergement de l’intéressée chez sa mère prenne fin à la fin du mois de mai 2025 et qu’elle soit hébergée ensuite chez ce tiers, pour une durée d’un mois entre le 1er et le 30 juin 2025. Cette situation révèle ainsi une incertitude sur ses conditions de logement au-delà de cette date. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que la commission de médiation du département de Paris a commis une erreur d’appréciation en considérant qu’eu égard aux conditions matérielles de son hébergement, le caractère urgent de sa demande n’était pas caractérisé.

8.
Il résulte de ce qui précède que Mme Marquis, est fondée à demander l’annulation de la décision du 15 mai 2025, par laquelle la commission de médiation du département de Paris a refusé de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social en application des dispositions du II de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu d’enjoindre à celle-ci de réexaminer la demande de la requérante dans un délai de deux mois.



D E C I D E :

Article 1er : La décision du 15 mai 2025 rendue par la commission de médiation du département de Paris est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commission de médiation du département de Paris de procéder au réexamen de la demande de Mme Marquis dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... Marquis et à la ministre de la ville et du logement.

Copie en sera adressée au préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 janvier 2026



Le magistrat désigné,


signé


J. -B. Claux


La greffière,


signé


J. BordatLa République mande et ordonne à la ministre de la ville et du logement en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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