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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2531462

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2531462

lundi 30 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2531462
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantVERDIER

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Paris, statuant en référé, rejette la demande d'injonction d'hébergement d'urgence présentée par les requérants. La juridiction estime que la condition de délai de six semaines prévue par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation n'est pas remplie, la requête ayant été enregistrée avant l'expiration de ce délai à compter de la décision de la commission de médiation. Le tribunal rejette également la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle, faute de dépôt préalable d'une demande auprès du bureau compétent.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 octobre 2025, M. A... B... et Mme C... D..., représentés par Me Verdier, demandent au tribunal :

1°) d’ordonner à l’État de leur attribuer un hébergement tenant compte de leurs besoins dans le délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et par personne ;

2°) de les admettre, respectivement, au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale à titre provisoire ;

3°) de mettre à la charge de l’État, à titre principal, la somme de 1 500 euros, à verser à Me Verdier, leur conseil, en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu’il renonce à la part contributive de l’Etat et sous réserve de leur admission définitive au bénéficie de l’aide juridictionnelle.

4°) de mettre à la charge de l’Etat, à titre subsidiaire et en cas de non admission à l’aide juridictionnelle, la somme de 1 500 euros au profit de M. B... et 1 500 euros au profit de Mme D... en vertu des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- par une décision du 7 août 2025 de la commission de médiation de Paris, il a été désigné prioritaire et devant être accueilli en urgence dans une structure d’hébergement, un établissement ou logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale ; que, toutefois, aucune offre effective tenant compte de ses besoins ne lui a été faite dans le délai de six semaines à compter de cette décision ;
- en l’absence de domicile fixe, il est contraint de réserver à ses frais des locations saisonnières.

Par une ordonnance du 27 février 2026, prise en application de l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation, la clôture d’instruction a été fixée au 20 mars 2026 et les parties en ont été régulièrement informées.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Weidenfeld en application de l’article R. 778-1 du code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

Sur l’admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ».

M. B..., déjà représenté par un avocat, ne justifie pas avoir déposé une demande d’aide juridictionnelle auprès du bureau d’aide juridictionnelle et n’a pas joint à sa requête une telle demande. Par suite, il n’y a pas lieu de prononcer son admission provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.


Sur la demande d’injonction :

1.
Aux termes des dispositions du II. de l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation : « Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être accueilli dans une structure d'hébergement, un établissement ou logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale et qui n'a pas été accueilli, dans un délai fixé par décret, dans l'une de ces structures peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son accueil dans une structure d'hébergement, un établissement ou logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale. (…) Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne, lorsqu'il constate que la demande a été reconnue prioritaire par la commission de médiation et que n'a pas été proposée au demandeur une place dans une structure d'hébergement, un établissement ou logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, ordonne l'accueil dans l'une de ces structures et peut assortir son injonction d'une astreinte. Pour les seuls jugements prononcés après le 1er janvier 2016, le jugement prononçant l’astreinte mentionne que les sommes doivent être versées jusqu’au jugement de liquidation définitive. / Lorsqu'il est manifeste, au vu de la situation du demandeur, que son accueil dans l'une des structures mentionnées au quatrième alinéa du présent II doit être ordonné, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné peut y procéder par ordonnance, après avoir mis le représentant de l'Etat en mesure de présenter ses observations en défense et clôturé l'instruction. / Le produit de l'astreinte est versé au fonds national d’accompagnement vers et dans le logement, institué en application de l’article L. 300-2. / Pour les seules astreintes prononcées après le 1er janvier 2016, tant que l’astreinte n’est pas liquidée définitivement par le juge, le versement de l’astreinte au fonds est effectué deux fois par an, le premier versement devant intervenir à la fin du sixième mois qui suit le mois à compter duquel l’astreinte est due en application du jugement qui l’a prononcée. Toute astreinte versée en application du jugement la prononçant reste acquise au fonds. Lorsque l’astreinte a été liquidée définitivement, le versement du solde restant dû, le cas échéant, est effectué dans le mois qui suit la notification de la décision de liquidation définitive. ».

Il résulte des dispositions précitées de l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation que le juge saisi sur leur fondement doit, s’il constate qu’un demandeur d’hébergement a été reconnu par une commission de médiation comme prioritaire et devant être hébergé d’urgence et que ne lui a pas été offert un hébergement tenant compte de ses besoins définis par la commission, ordonner à l’administration de proposer un hébergement à l’intéressé conformément à la décision de cette commission, sauf si l’urgence a ultérieurement disparu. Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné peut y procéder par ordonnance, en application du II de l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation précité, lorsque le prononcé d'une injonction s'impose avec évidence au vu de la situation du requérant.

Par décision du 7 août 2025, la commission de médiation de Paris a désigné M. B... comme prioritaire et devant être accueilli en urgence dans une structure d’hébergement, un établissement ou logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale. Cette décision vaut pour deux personnes.

Il résulte de l’instruction que M. B... et sa conjointe sont sans domicile fixe. Par suite, sa demande doit être satisfaite avec une urgence toute particulière. Il n’a reçu aucune offre d’hébergement tenant compte de ses besoins. Dans ces conditions, il y a lieu d’enjoindre au préfet de la région d’Île-de-France, préfet de Paris d’assurer l’accueil en urgence de M. B... et de sa conjointe dans une structure d’hébergement.

Sur l’astreinte

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir l’injonction décidée au point 4 ci-dessus de l’astreinte prévue par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation, dont le montant doit être fixé, pour deux personnes, à 100 euros par jour de retard à compter du 1er mai 2026. Cette astreinte sera versée par les services de l’État au fonds national d’accompagnement vers et dans le logement selon les modalités prévues par l’article L. 441-2-3-1 précité du code de la construction et de l'habitation, jusqu’à sa liquidation définitive par le juge.

Sur les conclusions tendant à l’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 800 euros, au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



ORDONNE :


Article 1er : Les conclusions tendant à l’admission de M. B... et Mme D... à l’aide juridictionnelle provisoire sont rejetées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la région d’Île-de-France, préfet de Paris d’assurer l’accueil en urgence de M. B... et sa conjointe dans une structure d’hébergement adaptée à ses besoins, sous une astreinte destinée au fonds national d’accompagnement vers et dans le logement.

Article 3 : L’astreinte, d’un montant de 100 euros par jour de retard à compter du 1er mai 2026, sera versée par les services de l’État au fonds national d’accompagnement vers et dans le logement selon les modalités prévues par l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation, jusqu’à sa liquidation définitive par le juge.

Article 3 : L’Etat versera une somme de 800 euros à M. B..., requérant unique, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B... est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B..., à Me Verdier et au ministre de la ville et du logement.

Copie en sera adressée au préfet de la région d’Île-de-France, préfet de Paris.


Fait à Paris le 30 mars 2026.


La magistrate désignée,


K. Weidenfeld




La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.


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