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Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2612332

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2612332
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3e Section - 3e Chambre
Avocat requérantORHANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 avril 2026, et des mémoires, enregistrés le 29 juillet 2026 et le 24 août 2026, M. B... A..., représenté par Me Orhant, demande au tribunal :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;


2°) d’annuler l’arrêté du 27 mars 2026 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d’enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour « vie privée et familiale » dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant le réexamen de sa situation, dans le même délai et sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat (préfet de police) une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, ce conseil renonçant dès lors à l’indemnité versée au titre de l’aide juridictionnelle ; ou à titre subsidiaire, à lui verser directement en cas de refus d’admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

M. A... soutient que :

En ce qui concerne le refus de délivrance d’un titre de séjour :
- la décision est insuffisamment motivée et entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d’un vice de procédure en ce que le préfet ne prouve ni que le médecin instructeur n’a pas siégé parmi le collège des médecins de l’OFII, ni que ce collège ait rendu son avis au terme d’une délibération collégiale ;
- elle méconnaît l’article 6-7 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences excessivement graves sur la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :
- la décision est illégale par la voie de l’exception ;
- elle méconnaît le 9° de l’article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation en ce que le traitement est indisponible en Egypte.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mai 2026, le préfet de police, représenté par la Selarl Actis Avocats, agissant par Me Termean, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 août 2026, l’office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une décision du 4 juin 2026, M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Rannou a été entendu au cours de l’audience publique, les parties n’étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B... A..., ressortissant algérien né le 1er septembre 1992 à Tizi Ouzou (Algérie), entré en France le 25 février 2024 sous couvert d’un visa « C », a sollicité le 31 mars 2025 son admission au séjour dans le cadre des stipulations du paragraphe 7 de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 27 mars 2026, le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. A... demande l’annulation de cette décision.

Sur l’aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 4 juin 2026, M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, il n’y a pas lieu de l’admettre à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne le refus de délivrance d’un titre de séjour :

3. En premier lieu, d’une part, l’arrêté contenant la décision contestée mentionne les textes dont il fait application et notamment le 3° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ainsi que les stipulations de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et des articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. D’autre part, il mentionne différents éléments relatifs aux situations médicale, familiale et personnelle de M. A.... Par suite, l’arrêté en litige comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Dès lors, le moyen tiré de l’insuffisante motivation de l’arrêté doit être écarté pour toutes ses décisions, tout comme celui tiré du défaut d’examen particulier de la situation du requérant, qui ne ressort pas des pièces du dossier.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et en particulier de l’avis du collègue des médecins de l’OFII en date du 7 octobre 2025 produit par l’OFII en défense, que le médecin instructeur n’a pas siégé parmi le collège des médecins de l’OFII et que ce collège a rendu son avis au terme d’une délibération collégiale. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure manque en fait dans ses deux branches. Il doit, par suite, être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 28 décembre 1968 : « Le certificat de résidence d'un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit : (...) / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ».

6. D’une part, il appartient à l’autorité administrative, lorsqu’elle envisage de refuser la délivrance ou le renouvellement d’un certificat de résident à un ressortissant algérien qui se prévaut de ces stipulations de vérifier que cette décision ne peut avoir de conséquences d’une exceptionnelle gravité sur l’état de santé de l’intéressé et, en particulier, d’apprécier, sous le contrôle du juge de l’excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu’entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays d’origine. D’autre part, s’il est saisi, à l’appui de conclusions tendant à l’annulation de la décision de refus, d’un moyen relatif à l’état de santé du demandeur, aux conséquences de l’interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d’en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l’avis médical rendu par le collège des médecins de l’OFII. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l’ensemble des éléments pertinents.

7. En l’espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A..., qui a levé le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, est atteint d’une neuro-myopathie par gamma-sarcoglycanopathie responsable d’une paralysie totale des membres inférieures et partielle des membres supérieurs, d’une myiocardiopathie et d’une insuffisance respiratoire restrictive, pour lesquels il a été suivi en 2025 et 2026 à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine), et à l’hôpital de la Pitié-Salpétrière à Paris (75013). Par un avis en date du 7 octobre 2025, le collège des médecins de l’OFII a estimé que son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d’une exceptionnelle gravité.

8. Pour contester cette appréciation, M. A... produit une attestation médicale datée du 9 avril 2026 par laquelle le docteur D... C..., praticien hospitalier dans le service de réanimation adulte à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine), atteste que M. A... est « dépendant d’une tierce personne pour les actes quotidien » et que sa « paraplégie des muscles respiratoires (…) nécessite une assistance par ventilation non invasive pendant la nuit ». Si cette attestation est postérieure au 27 mars 2026, date de la décision attaquée, elle fait état d’une condition existante lorsque le préfet l’a édictée. Toutefois, d’une part, ainsi que le soutient l’OFII en défense, le fait de dépendre d’une personne tierce pour l’ensemble des gestes de la vie quotidienne ne relève pas de la prise en charge médicale. D’autre part, M. A... ne justifie ni que l’assistance par ventilation non invasive dont il bénéficie la nuit lui ait été prescrite par un médecin, ni en tout état de cause que son absence soit susceptible d’entraîner des conséquences d’une exceptionnelle gravité. Le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 6-7 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doit, dès lors, être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ».

10. Il ressort des pièces du dossier que M. A... n’était présent en France que depuis deux ans et huit mois à la date de la décision en litige, qu’il est divorcé et sans enfant à charge en France et qu’il a vécu dans son pays de naissance jusqu’à l’âge de trente-et-un ans. En outre, M. A... ne justifie d’aucune insertion particulière en France. Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir que l’arrêté attaqué, en l’obligeant à quitter le territoire français et en fixant pour pays de destination son pays d’origine, a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être écarté.

11. En cinquième lieu, pour les motifs exposés aux points 8 et 10, M. A... n’est pas fondé à soutenir que le préfet a entaché sa décision d’une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, le moyen doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation de la décision par laquelle le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n’étant pas illégale, comme indiqué au point précédent, le moyen selon lequel la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par la voie de l’exception ne peut qu’être écarté.

14. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne comprend pas de 9° : « L'étranger mineur de dix-huit ans ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ».

15. Il est constant que M. A... n’est pas un étranger mineur. Dans ces conditions, il n’est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu les dispositions citées au point précédent. Dès lors, le moyen doit être écarté.

16. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A..., qui est algérien, puisse être renvoyé vers l’Egypte. Dans ces conditions, le moyen tiré de l’erreur manifeste d'appréciation ne peut qu’être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 27 mars 2026 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte doivent être rejetées, ainsi que celles relatives aux frais du litige.


D E C I D E :

Article 1er : Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. A... tendant à son admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A... est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., à Me Orhant et au préfet de police.

Délibéré après l’audience du 15 septembre 2026, à laquelle siégeaient :

- M. Gracia, président,
- M. Claux, premier conseiller,
- M. Rannou, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.


Le rapporteur,




G. RANNOU
Le président,




J-Ch. GRACIA



La greffière,




S. LOUISOR

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.