Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2612338
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2612338 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CALVO-PARDO |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 avril 2026, M. A... B..., représenté par Me Calvo Pardo, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 30 mars 2026 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d’enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B... soutient que :
- la décision lui refusant la délivrance d’un titre de séjour est entachée d’un défaut d’examen sérieux de sa demande ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2026, le préfet de police, représenté par la SELARL Actis Avocats, agissant par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus, au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Rannou,
- les observations de Me Calvo Pardo, représentant M. B...,
- le préfet de police n’étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. A... B..., ressortissant algérien né le 21 février 1997 à Bejaïa (Algérie), entré en France le 7 février 2019 selon ses dires, a sollicité le 28 octobre 2025 son admission exceptionnelle au séjour comme salarié. Par un arrêté du 30 mars 2026, le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. B... demande l’annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne le refus de délivrance d’un titre de séjour :
2. En premier lieu, la décision en litige mentionne différents éléments relatifs aux situations personnelle et professionnelle de M. B..., dont le fait qu’il a produit « une promesse d’embauche pour le métier de laveur automobile ». M. B... soutient qu’il n’a pas produit un tel document, mais uniquement des bulletins de paie et des contrats de travail pour cet emploi. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu’il a effectivement produit une demande d’autorisation de travail en tant que laveur automobile. Au demeurant, il ressort des termes mêmes de l’arrêté en litige que le préfet a procédé à l’examen « de son expérience et de ses qualifications professionnelles ». Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit qu'une carte de séjour temporaire peut être délivrée à l'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir. Cet article, dès lors qu'il est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cependant, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d’admission exceptionnelle au séjour, un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
4. En l’espèce, il ressort des termes de la décision attaquée, en particulier de ses troisième et quatrième considérant, que le préfet de police, après avoir rappelé que M. B... ne pouvait se prévaloir de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a entendu examiner le droit au séjour comme salarié de celui-ci au regard de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.
5. M. B... justifie au moyen de fiches de paie, de contrats de travail et d’avis d’impôts sur le revenu avoir travaillé pour une même société en qualité de laveur-rénovateur de juin 2022 à octobre 2023 et depuis mai 2024, pour des revenus au niveau du SMIC, soit trois ans et deux mois de travail déclaré à la date de la décision attaquée, d’abord en CDD puis dans le cadre d’un CDI depuis le 29 août 2025. En outre, il produit les témoignages d’un collègue et de deux clients louant ses qualités professionnelles, et il est constant que son employeur a rempli une demande d’autorisation de travail, ce qui témoigne d’un réel effort d’insertion par le travail. Toutefois, cette durée de travail dans un emploi peu qualifié ne saurait suffire en elle-même à caractériser des motifs susceptibles de justifier son admission au séjour sur le fondement du pouvoir discrétionnaire du préfet. Dès lors, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :
6. Aux termes de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ».
7. M. B..., qui soutient être entré en France depuis février 2019, soit six ans et un mois à la date de la décision attaquée, se prévaut de l’intensité de ses liens privés et familiaux sur le territoire national. Toutefois, d’une part, s’il justifie de la présence de sa sœur, étudiante, et de sa tante en France, il ne justifie pas suffisamment de l’intensité de ses liens avec elles et plus généralement de ses liens privés en France. D’autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier qu’il soit dépourvu d’attaches dans son pays d’origine, où résident ses parents et où il a vécu jusqu’à l’âge de vingt-deux ans. Dans ces conditions, M. B... n’est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, ce moyen ne peut qu’être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à solliciter l’annulation de l’arrêté du 30 mars 2026 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. Par suite, ses conclusions à fins d’injonction et d’astreinte doivent être rejetées, tout comme celles relatives aux frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet de police.
Délibéré après l’audience du 15 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
- M. Gracia, président,
- M. Claux, premier conseiller,
- M. Rannou, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
Le rapporteur,
G. RANNOU
Le président,
J-Ch. GRACIA
La greffière,
S. LOUISOR
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Par une requête, enregistrée le 21 avril 2026, M. A... B..., représenté par Me Calvo Pardo, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 30 mars 2026 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d’enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros à lui verser au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B... soutient que :
- la décision lui refusant la délivrance d’un titre de séjour est entachée d’un défaut d’examen sérieux de sa demande ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2026, le préfet de police, représenté par la SELARL Actis Avocats, agissant par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus, au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Rannou,
- les observations de Me Calvo Pardo, représentant M. B...,
- le préfet de police n’étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. A... B..., ressortissant algérien né le 21 février 1997 à Bejaïa (Algérie), entré en France le 7 février 2019 selon ses dires, a sollicité le 28 octobre 2025 son admission exceptionnelle au séjour comme salarié. Par un arrêté du 30 mars 2026, le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. B... demande l’annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne le refus de délivrance d’un titre de séjour :
2. En premier lieu, la décision en litige mentionne différents éléments relatifs aux situations personnelle et professionnelle de M. B..., dont le fait qu’il a produit « une promesse d’embauche pour le métier de laveur automobile ». M. B... soutient qu’il n’a pas produit un tel document, mais uniquement des bulletins de paie et des contrats de travail pour cet emploi. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu’il a effectivement produit une demande d’autorisation de travail en tant que laveur automobile. Au demeurant, il ressort des termes mêmes de l’arrêté en litige que le préfet a procédé à l’examen « de son expérience et de ses qualifications professionnelles ». Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit qu'une carte de séjour temporaire peut être délivrée à l'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir. Cet article, dès lors qu'il est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cependant, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d’admission exceptionnelle au séjour, un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
4. En l’espèce, il ressort des termes de la décision attaquée, en particulier de ses troisième et quatrième considérant, que le préfet de police, après avoir rappelé que M. B... ne pouvait se prévaloir de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a entendu examiner le droit au séjour comme salarié de celui-ci au regard de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.
5. M. B... justifie au moyen de fiches de paie, de contrats de travail et d’avis d’impôts sur le revenu avoir travaillé pour une même société en qualité de laveur-rénovateur de juin 2022 à octobre 2023 et depuis mai 2024, pour des revenus au niveau du SMIC, soit trois ans et deux mois de travail déclaré à la date de la décision attaquée, d’abord en CDD puis dans le cadre d’un CDI depuis le 29 août 2025. En outre, il produit les témoignages d’un collègue et de deux clients louant ses qualités professionnelles, et il est constant que son employeur a rempli une demande d’autorisation de travail, ce qui témoigne d’un réel effort d’insertion par le travail. Toutefois, cette durée de travail dans un emploi peu qualifié ne saurait suffire en elle-même à caractériser des motifs susceptibles de justifier son admission au séjour sur le fondement du pouvoir discrétionnaire du préfet. Dès lors, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :
6. Aux termes de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ».
7. M. B..., qui soutient être entré en France depuis février 2019, soit six ans et un mois à la date de la décision attaquée, se prévaut de l’intensité de ses liens privés et familiaux sur le territoire national. Toutefois, d’une part, s’il justifie de la présence de sa sœur, étudiante, et de sa tante en France, il ne justifie pas suffisamment de l’intensité de ses liens avec elles et plus généralement de ses liens privés en France. D’autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier qu’il soit dépourvu d’attaches dans son pays d’origine, où résident ses parents et où il a vécu jusqu’à l’âge de vingt-deux ans. Dans ces conditions, M. B... n’est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, ce moyen ne peut qu’être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à solliciter l’annulation de l’arrêté du 30 mars 2026 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. Par suite, ses conclusions à fins d’injonction et d’astreinte doivent être rejetées, tout comme celles relatives aux frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet de police.
Délibéré après l’audience du 15 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
- M. Gracia, président,
- M. Claux, premier conseiller,
- M. Rannou, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
Le rapporteur,
G. RANNOU
Le président,
J-Ch. GRACIA
La greffière,
S. LOUISOR
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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