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Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2629598

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2629598
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER (AARPI)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 septembre 2026, M. C... A..., représenté par Me Hug, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d’enjoindre à la ville de Paris d’assurer son hébergement dans une structure adaptée à son âge et à son état psychique, de prendre en charge ses besoins alimentaires et sanitaires quotidiens et pourvoir à son éducation, dans un délai de 24 heures à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, jusqu’à ce que l’autorité judiciaire ait définitivement statué sur son recours fondé sur les articles 375 et suivants du code civil, ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de la ville de Paris la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761‑1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l’Etat, ou, si le bénéfice de l’aide juridictionnelle ne lui est pas accordé à titre définitif, de lui verser directement cette somme sur le fondement de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que, bien que mineur, il vit dans une situation de grande vulnérabilité ;
- la condition d’urgence est remplie, dès lors qu’il n’a ni ressource, ni logement ;
- cette situation porte une atteinte grave et manifestement illégale à son intérêt supérieur garanti par l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, à son droit à la vie et à la dignité, à son droit de ne pas subir de traitements inhumains et dégradants et à son droit à un recours effectif et suspensif ;
- la décision par laquelle la ville de Paris a refusé de l’admettre au bénéfice de l’aide sociale à l'enfance est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu’il dispose d’une taskera attestant de l’authenticité de son état-civil en vertu de l’article 47 du code civil et qu’il n’existe aucune incohérence dans ses déclarations aux autorités françaises selon lesquelles il est encore mineur.


Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2026, la ville de Paris conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :
- la condition d’urgence n’est pas remplie dès lors que M. A... s’est fait adresser son passeport chez M. D... B..., résidant 6 rue Fontanelle à Bagnolet (Seine-Saint-Denis), de sorte qu’il n’est pas démuni de toute attache et de possibilité d’hébergement sur le territoire français ;
- il n’existe pas d’atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, dès lors que M. A..., qui ne démontre pas que la ville de Paris a porté une appréciation manifestement erronée sur son âge réel au seul vu d’une taskera non traduite et d’une demande de visa pour le Pakistan ne comportant pas de date de naissance, n’a pas été privé du droit à un recours effectif ; en tout état de cause, le juge des enfants n’a pas ordonné une des mesures permettant de confier provisoirement M. A... à l’aide sociale à l'enfance en réponse à sa requête, tandis que les éléments versés à l’instance n’expliquent pas les contradictions et l’imprécision du récit de M. A... transcrit dans le rapport d’évaluation.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code civil ;
- le code de l’action sociale et des familles ;
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Oriol, présidente de section, en application des dispositions de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique, qui s’est tenue le 30 septembre 2026 à 15 heures en présence de Mme Soppi Mballa, greffière d’audience :
- le rapport de Mme Oriol, juge des référés ;
- et les observations de Me Hug, représentant M. A..., qui conclut aux mêmes fins que ses écritures par les mêmes moyens en insistant sur le caractère probant des documents versés à l’instance pour justifier de la minorité de M. A... qui ne peut être hébergé ni par son cousin, qui réside dans un centre d’accueil, ni par M. B..., avec qui il n’a aucun lien de parenté ;
- la ville de Paris n’était ni présente, ni représentée.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1. M. C... A..., qui se présente comme ressortissant afghan âgé de dix-sept ans et six mois car né le 6 mars 2009, s’est présenté à l’accueil pour mineurs non accompagnés de Paris le 17 août 2026, pour bénéficier d’une évaluation de sa minorité et de son isolement. A la suite d’une mise à l’abri et d’une évaluation de sa situation, la direction des solidarités de la ville de Paris a décidé, le 21 août 2026, de ne pas le prendre en charge au titre de la protection de l’enfance, motif pris de ce qu’il ne pouvait être considéré comme mineur. M. A... a alors saisi le juge des enfants, le 25 août 2026, afin d’obtenir une mesure de protection. Par la présente requête, il demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, d’enjoindre à la ville de Paris d’assurer son hébergement dans une structure adaptée à son âge et à son état psychique, de prendre en charge ses besoins alimentaires et sanitaires quotidiens et pourvoir à son éducation, dans un délai de 24 heures à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, jusqu’à ce que l’autorité judiciaire ait définitivement statué sur son recours fondé sur les articles 375 et suivants du code civil, ou, à défaut, de réexaminer sa situation.

Sur la demande d’admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes des dispositions de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (...), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ».

3. Eu égard aux circonstances de l’espèce et aux délais dans lesquels la juge des référés doit se prononcer, il y a lieu d’admettre M. A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

En ce qui concerne le cadre juridique applicable :

4. D’une part, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ».

5. Les dispositions précitées de l’article L. 521-2 du code de justice administrative subordonnent la possibilité pour le juge des référés de faire usage des pouvoirs qu’elles lui confèrent à la double condition, d’une part qu’une autorité administrative ait porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, d’autre part, qu’une urgence particulière rende nécessaire l’intervention du juge des référés dans de très brefs délais, sous réserve que le requérant ne se soit pas placé lui-même dans la situation d’urgence qu’il invoque.

6. D’autre part, aux termes de l’article 375 du code civil : « Si la santé, la sécurité ou la moralité d'un mineur non émancipé sont en danger, ou si les conditions de son éducation ou de son développement physique, affectif, intellectuel et social sont gravement compromises, des mesures d'assistance éducative peuvent être ordonnées par justice à la requête des père et mère conjointement, ou de l'un d'eux, de la personne ou du service à qui l'enfant a été confié ou du tuteur, du mineur lui-même ou du ministère public (…) ». Selon l’article 375-3 du même code : « Si la protection de l'enfant l'exige, le juge des enfants peut décider de le confier : / (…) 3° A un service départemental de l'aide sociale à l'enfance (…) ». Les deux premiers alinéas de l’article 375-5 du même code disposent que : « A titre provisoire mais à charge d'appel, le juge peut, pendant l'instance, soit ordonner la remise provisoire du mineur à un centre d'accueil ou d'observation, soit prendre l'une des mesures prévues aux articles 375-3 et 375-4. / En cas d'urgence, le procureur de la République du lieu où le mineur a été trouvé a le même pouvoir, à charge de saisir dans les huit jours le juge compétent, qui maintiendra, modifiera ou rapportera la mesure. (…) ».

7. Aux termes de l’article L. 221-1 du code de l’action sociale et des familles : « Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre (…) / ; 3° Mener en urgence des actions de protection en faveur des mineurs mentionnés au 1° du présent article ; / 4° Pourvoir à l'ensemble des besoins des mineurs confiés au service et veiller à leur orientation (…) ». L’article L. 222-5 du même code dispose que : « Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : (…) / 3° Les mineurs confiés au service en application du 3° de l’article 375-3 du code civil (…) ». L’article L. 223-2 de ce code dispose que : « Sauf si un enfant est confié au service par décision judiciaire ou s'il s'agit de prestations en espèces, aucune décision sur le principe ou les modalités de l'admission dans le service de l'aide sociale à l'enfance ne peut être prise sans l'accord écrit des représentants légaux ou du représentant légal du mineur ou du bénéficiaire lui-même s'il est mineur émancipé. / En cas d'urgence et lorsque le représentant légal du mineur est dans l'impossibilité de donner son accord, l'enfant est recueilli provisoirement par le service qui en avise immédiatement le procureur de la République. / (…) Si, dans le cas prévu au deuxième alinéa du présent article, l'enfant n'a pas pu être remis à sa famille ou le représentant légal n'a pas pu ou a refusé de donner son accord dans un délai de cinq jours, le service saisit également l'autorité judiciaire en vue de l'application de l'article 375-5 du code civil. ».

8. L’article R. 221-11 du même code, dans sa rédaction issue du décret n° 2023-1240 du 22 décembre 2023, dispose que : « I.- La durée de l'accueil provisoire d'urgence prévu au I de l'article L. 221-2-4 est de cinq jours à compter du premier jour de la prise en charge de la personne se déclarant mineure et privée temporairement ou définitivement de la protection de sa famille. L'accueil peut être prolongé deux fois pour la même durée. Le président du conseil départemental informe sans délai le procureur de la République de cet accueil et de ses éventuelles prolongations. / II.- L'évaluation de la minorité et de l'isolement prévue au II de l'article L. 221-2-4 est réalisée pendant la période d'accueil provisoire d'urgence et après que la personne accueillie a bénéficié d'un temps de répit. / III.- Au cours du temps de répit, le président du conseil départemental identifie les besoins en santé de la personne accueillie en vue, le cas échéant, d'une orientation vers une prise en charge adaptée. Les éléments obtenus à cette occasion ne peuvent pas être utilisés pour évaluer la minorité et la situation d'isolement de la personne accueillie. / La durée du temps de répit est déterminée par le président du conseil départemental en fonction de la situation de la personne accueillie au moment où elle se présente, en particulier de son état de santé physique et psychique ainsi que du temps nécessaire pour que la personne soit informée, dans une langue qu'elle comprend, des modalités et des enjeux attachés à l'évaluation. / IV.- L'évaluation de la minorité et de l'isolement est organisée selon les modalités précisées dans un référentiel national fixé par arrêté des ministres de la justice et de l'intérieur ainsi que des ministres chargés de l'enfance, des collectivités territoriales et de l'outre-mer. / (…) VI.- Au terme du délai mentionné au I ou avant l'expiration de ce délai si l'évaluation a été conduite avant son terme, le président du conseil départemental rend la décision prévue par le septième alinéa du II de l'article L. 221-2-4 et, le cas échéant, saisit le procureur de la République en vertu du quatrième alinéa de l'article L. 223-2 aux fins d'application du deuxième alinéa de l'article 375-5 du code civil. Dans ce cas, l'accueil provisoire d'urgence mentionné au I se prolonge jusqu'à la décision de l'autorité judiciaire. Si le président du conseil départemental estime que la situation de la personne accueillie ne justifie pas la saisine de l'autorité judiciaire, il notifie à cette personne une décision de refus de prise en charge délivrée dans les conditions de l'article R. 223-2 du code de l'action sociale et des familles. Dans ce cas, l'accueil provisoire d'urgence prend fin. / VII.- Lorsqu'une personne qui a été évaluée majeure saisit l'autorité judiciaire en application de l'article 375 du code civil, le président du conseil départemental, dès qu'il en a connaissance, en informe le préfet de département et, à Paris, le préfet de police, et lui notifie la date de la mesure d'assistance éducative éventuellement prononcée par l'autorité judiciaire. ».

9. Il résulte de ces dispositions qu’il incombe aux autorités du département, et, à Paris, à la ville de Paris, le cas échéant dans les conditions prévues par la décision du juge des enfants ou par le procureur de la République ayant ordonné en urgence une mesure de placement provisoire, de prendre en charge l’hébergement et de pourvoir aux besoins des mineurs confiés au service de l’aide sociale à l’enfance. A cet égard, une obligation particulière pèse sur ces autorités lorsqu’un mineur privé de la protection de sa famille est sans abri et que sa santé, sa sécurité ou sa moralité est en danger. Lorsqu’elle entraîne des conséquences graves pour le mineur intéressé, une carence caractérisée dans l’accomplissement de cette mission porte une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. Il incombe au juge des référés d’apprécier, dans chaque cas, les diligences accomplies par l’administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l’âge, de l’état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

10. Il en résulte également que, lorsqu’il est saisi par un mineur d’une demande d’admission à l’aide sociale à l’enfance, le président du conseil départemental peut seulement, au‑delà de la période provisoire de cinq jours prévue par l’article L. 223‑2 du code de l’action sociale et des familles, décider de saisir l’autorité judiciaire mais ne peut, en aucun cas, décider d’admettre le mineur à l’aide sociale à l’enfance sans que l’autorité judiciaire l’ait ordonné. L’article 375 du code civil autorise le mineur à solliciter lui-même le juge judiciaire pour que soient prononcées, le cas échéant, les mesures d’assistance éducative que sa situation nécessite. Lorsque le département refuse de saisir l’autorité judiciaire à l’issue de l’évaluation mentionnée au point 8 ci-dessus, au motif que l'intéressé n'aurait pas la qualité de mineur isolé, l’existence d’une voie de recours devant le juge des enfants par laquelle le mineur peut obtenir son admission à l’aide sociale rend irrecevable le recours formé devant le juge administratif contre la décision du département.

11. Il appartient toutefois au juge du référé, statuant sur le fondement de l’article L. 521‑2 du code de justice administrative, lorsqu’il lui apparaît que l'appréciation portée par le département sur l’absence de qualité de mineur isolé de l'intéressé est manifestement erronée et que ce dernier est confronté à un risque immédiat de mise en danger de sa santé ou de sa sécurité, d’enjoindre au département de poursuivre son accueil provisoire.

12. Enfin, l’article 47 du code civil dispose que : « Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. (…) ». Il résulte de ces dispositions que la force probante d’actes d’état-civil étrangers peut être combattue par tout moyen, notamment au vu de données extérieures, le juge formant sa conviction au vu de l’ensemble des éléments produits par les parties.

En ce qui concerne l’urgence :

13. M. A..., qui indique être né le 6 mars 2009, ne bénéficie d’aucun hébergement pérenne, dès lors qu’il résulte de l'instruction, notamment de l’attestation d’hébergement du 28 septembre 2026 versée à l’instance, que son cousin est lui-même logé en centre d’hébergement chez Coallia à Colombes (Hauts-de-Seine) depuis le 25 juin 2025 tandis que M. B..., chez qui son passeport a été livré, n’a avec lui aucun lien de parenté démontré. Il résulte également de l’instruction, ce qui n’est pas sérieusement contesté en défense, que M. A... est contraint de vivre à la rue dans le secteur de la Porte de la Chapelle (18ème arrondissement), sous le pont du métro, avec des adultes, sans aucune ressource. Dans ces conditions, la condition d’extrême urgence requise par les dispositions précitées de l’article L. 521-2 du code de justice administrative doit être considérée comme remplie.

En ce qui concerne l’atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :

14. Pour refuser d’admettre M. A... au bénéfice de l’aide sociale à l’enfance, la ville de Paris s’est fondée sur ce que ses propos concernant sa famille et son quotidien ne comportaient pas de repère temporel croisé et étaient insuffisamment précis pour permettre de les rattacher à son âge déclaré, tandis que le récit de son parcours migratoire manquait de clarté quant à la raison de son départ et aux conditions de financement de son trajet. La ville de Paris a également retenu que M. A... ne donnait pas d’éléments permettant d’attester de la prise en compte de sa minorité par les autorités locales des pays européen traversés pendant son parcours migratoire et qu’il avait déclaré qu’un membre de sa famille résidait en France. Toutefois, il n’est pas sérieusement contesté en défense que M. A..., qui ne peut pas être hébergé par son cousin ainsi qu’il a été dit au point 13 ci-dessus, a pu bénéficier du soutien logistique et matériel de sa famille restée en Afghanistan pour entreprendre puis mener à bien son parcours migratoire et se faire adresser des documents. De plus, il résulte de l’instruction que M. A..., pour justifier de sa minorité, a présenté aux services de l’accueil des mineurs non accompagnés un extrait d’acte d’état-civil (taskera) mentionnant, bien que non traduit, une date de naissance conforme à ses déclarations, attestée également par la date de naissance figurant sur son passeport versé à l’instance. Dans les circonstances de l’espèce, au vu des pièces produites par M. A... et de l’absence de production en défense d’une éventuelle décision de classement sans suite par le procureur de la République de sa demande de placement provisoire, les éléments sur lesquels s’est fondée la ville de Paris pour refuser de l’admettre au bénéfice de l’aide sociale à l'enfance sont insuffisants pour fonder le motif, manifestement erroné à la date de la présente ordonnance, qu’il ne justifierait pas de sa minorité. Dans ces conditions, eu égard à la situation de précarité dans laquelle se trouve M. A..., exposé à un risque immédiat de mise en danger de sa santé et de sa sécurité, la carence de la ville de Paris dans l’accomplissement de sa mission définie à l’article L. 221-1 du code de l’action sociale et des familles doit être regardée comme portant une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. Dès lors, les conditions requises par l’article L. 521‑2 du code de justice administrative doivent être regardées comme satisfaites.

15. Par suite, il y a lieu d’enjoindre à la ville de Paris d’assurer l’hébergement de M. A... dans une structure adaptée à son âge, ainsi que la prise en charge de ses besoins essentiels, alimentaires, vestimentaires, sanitaires et scolaires, dans un délai de 24 heures à compter de la notification de la présente ordonnance, jusqu’à ce que l’autorité judiciaire se prononce sur la question relative à sa minorité. A ce stade, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais de justice :

16. Dans les circonstances de l’espèce, sous réserve de l’admission de M. A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre définitif, il y a lieu de mettre à la charge de la ville de Paris la somme de 1 500 euros hors taxes qui sera versée à Me Hug, son conseil, au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu’elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle. Dans l’hypothèse où il ne serait pas admis à titre définitif au bénéfice de cette aide, la somme en cause sera versée directement à M. A... sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Il est enjoint à la ville de Paris d’assurer l’hébergement de M. A... dans une structure adaptée à son âge, ainsi que la prise en charge de ses besoins essentiels, alimentaires, vestimentaires, sanitaires et scolaires, dans un délai de 24 heures à compter de la notification de la présente ordonnance, jusqu’à ce que l’autorité judiciaire se prononce sur la question relative à sa minorité.

Article 3 : Sous réserve de l’admission de M. A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre définitif, il y a lieu de mettre à la charge de la ville de Paris la somme de 1 500 euros hors taxes qui sera versée à Me Hug, son conseil, au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu’elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle. Dans l’hypothèse où il ne serait pas admis à titre définitif au bénéfice de cette aide, la somme en cause sera versée directement à M. A... sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la requête de M. A... sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C... A..., à son conseil, Me Hug, et à la ville de Paris.

Fait à Paris, le 1er octobre 2026.

La juge des référés,

Signé

C. ORIOL

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Île-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.