jeudi 20 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-1904143 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | HOCQUET-BERG |
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de Mme Cazcarra, rapporteure publique,
- les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A E, atteinte depuis sa naissance, le 1er mars 2000, d'une scoliose congénitale, a fait l'objet d'une épiphysiodèse en 2003, en dépit de laquelle sa pathologie s'est aggravée, accompagnée d'un syndrome restrictif pulmonaire sévère. En avril 2015, le professeur F, chirurgien orthopédiste, chef de service de la clinique chirurgicale infantile du centre hospitalier universitaire de Rouen, a informé les parents de la jeune A des modalités d'une intervention chirurgicale devenue nécessaire, consistant en une arthrodèse postérieure étendue de C5 à L4, laquelle a eu lieu le 20 août 2015. Très rapidement, une absence de réponse du monitoring médullaire est constatée, l'intervention est néanmoins poursuivie et, au réveil, une tétraplégie de C5 est constatée. La patiente demeure intubée douze jours puis fait l'objet d'une trachéotomie le 2 septembre 2015. Elle séjournera dans un centre de rééducation du 28 septembre 2015 au 19 décembre suivant. M. D E, père de la patiente, a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) de Normandie le 16 mai 2017, laquelle a désigné le professeur C, neurochirurgien, en qualité d'expert. Le rapport d'expertise a été remis le 3 janvier 2019, et, le 17 avril suivant, la CCI rejetait la demande d'indemnisation des consorts E au motif qu'" aucun des éléments constitutifs nécessaires à l'engagement de la responsabilité du CHU de Rouen ou à la mise en œuvre de la solidarité nationale " n'était réuni.
Sur l'engagement de la solidarité nationale :
2. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé G décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé G décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé G ledit décret ". Et aux termes de l'article D. 1142-1 du même code : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. / Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 %. / A titre exceptionnel, le caractère de gravité peut être reconnu : / 1° Lorsque la victime est déclarée définitivement inapte à exercer l'activité professionnelle qu'elle exerçait avant la survenue de l'accident médical, de l'affection iatrogène ou de l'infection nosocomiale ; / 2° Ou lorsque l'accident médical, l'affection iatrogène ou l'infection nosocomiale occasionne des troubles particulièrement graves, y compris d'ordre économique, dans ses conditions d'existence. ".
3. Au sens des dispositions citées au point précédent, la condition d'anormalité du dommage doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé G sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Ainsi, elles ne peuvent être regardées comme anormales au regard de l'état du patient lorsque la gravité de cet état a conduit à pratiquer un acte comportant des risques élevés dont la réalisation est à l'origine du dommage. Une probabilité de survenance du dommage qui n'est pas inférieure ou égale à 5 % ne présente pas le caractère d'une probabilité faible, de nature à justifier la mise en œuvre de la solidarité nationale.
4. Il résulte de l'instruction, spécialement du rapport d'expertise du professeur C, qu'aucune faute n'est à relever dans la prise en charge médico-chirurgicale de la patiente, conforme aux règles de l'art en tout point. L'expert précise qu'il s'agit d'un accident médical non fautif, que l'état antérieur de Mme E a contribué à provoquer pour 25%. Il indique également que ce type de tétraplégie réversible ne se produit que dans moins de 1% des cas. Le taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique est fixé à 10%, et l'expert retient une période de déficit fonctionnel temporaire de 50% d'une durée de sept mois et douze jours. G suite, sans que cela ne soit contesté G l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, Mme E remplit les conditions pour bénéficier d'une indemnisation au titre de la solidarité nationale.
5. A cet égard, et contrairement à ce qu'indique l'expert, qui souligne que le dommage est lié pour 25 % à l'état antérieur de la requérante, il convient d'envisager une réparation intégrale du dommage au titre de la solidarité nationale, dans la mesure où la tétraplégie réversible dont la requérante a été atteinte, ainsi que la baisse de sa capacité respiratoire, n'ont été provoquées ou révélées que G l'accident médical en cause.
Sur l'évaluation des préjudices affectant Mme A E :
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux temporaires:
S'agissant de l'assistance d'une tierce personne :
6. Il résulte de l'expertise que cette assistance G une tierce personne non spécialisée a été effectuée à hauteur d'1h30 G jour sur les périodes de déficit fonctionnel temporaire de 50 %, soit durant sept mois et douze jours. Sur la base d'une aide non spécialisée, évaluée à 14 euros de l'heure et de quatre-cent douze jours annuels, considération prise des congés payés, dimanches et jours fériés, un montant 5 357,13 euros sera retenu.
S'agissant des frais d'assistance d'un médecin-conseil :
7. La demande d'indemnisation de ces frais est dûment justifiée G la note d'honoraires produite et justifie le versement de la somme demandée de 1 920 euros.
S'agissant des frais divers :
8. La réalité de l'achat d'un ordinateur portable équipé d'un logiciel de reconnaissance vocale n'est pas établie et ne peut G conséquent donner lieu à indemnisation.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux permanents:
9. La réalité de l'achat d'un véhicule automobile équipé d'une boite automatique n'étant pas établie, il ne peut être donné suite à la demande de remboursement.
10. En ce qui concerne le préjudice invoqué au titre de l'incidence professionnelle, il convient de retenir que les difficultés respiratoires et la fatigabilité accrue dont reste affectée l'intéressée, ainsi qu'elle le soutient, impacteront nécessairement sa vie professionnelle. Considération prise, d'une part, du champ professionnel auquel elle peut se destiner, et, d'autre part, du déficit fonctionnel permanent de 10 % qu'elle conserve, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice à hauteur de 5 000 euros.
11. Il sera également fait une juste appréciation du préjudice scolaire lié à l'arrêt de sa scolarité durant neuf mois en retenant la somme de 1 000 euros, compte tenu du fait que la requérante a pu poursuivre sa scolarité.
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux temporaires:
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
12. Selon les périodes arrêtées G l'expert, il convient d'indemniser, sur la base de 20 euros G jour, cent jours de déficit fonctionnel temporaire total, deux cent vingt-six jours de déficit fonctionnel temporaire à 50 %, trente et un jours de déficit fonctionnel temporaire à 25 %, et trois cent cinquante-deux jours de déficit fonctionnel temporaire à 15 %, ce qui donne lieu à la somme totale de 5 471 euros.
S'agissant des souffrances endurées :
13. Les souffrances évaluées dans le rapport d'expertise à 4/7 donneront lieu à une indemnisation de 10 000 euros.
S'agissant du préjudice esthétique :
14. Evalué à 4 sur 7 G l'expert du fait de la ventilation, de la trachéotomie et de la paralysie nécessitant un fauteuil roulant, il en sera fait une juste appréciation en accordant à la requérante la somme de 3 500 euros.
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux permanents:
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
15. La requérante demeure affectée d'un tel déficit fonctionnel évalué G l'expert à 10 %. Sur la base du référentiel ONIAM et compte tenu du fait que l'intéressée était âgée de dix-sept ans à la date de consolidation, le 20 août 2017, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui accordant la somme de 20 000 euros.
S'agissant du préjudice d'agrément :
16. La pratique régulière d'une activité spécifique sportive ou de loisirs avant l'accident médical n'est pas démontrée et ne peut G conséquent donner lieu à indemnisation.
S'agissant du préjudice esthétique permanent :
17. Evalué à 1 sur 7 G l'expert en raison de la cicatrice de la trachéotomie et d'une zone d'alopécie occipitale postérieure, il en sera fait une juste appréciation en fixant la somme de 1 500 euros.
18. Il résulte de tout ce qui précède que le montant total de l'indemnité mise à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, au profit de Mme E, doit être établi à la somme de 53 748,13 euros.
Sur l'évaluation des préjudices affectant M. D E :
19. Les dispositions du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique citées au point 2 ne prévoient d'indemnisation au titre de la solidarité nationale que pour les préjudices du patient et, en cas de décès, de ses ayants droit. Elles excluent, lorsque la victime n'est pas décédée, l'indemnisation des victimes " G ricochet ". G suite, la demande relative aux préjudices de M. E doit être rejetée.
Sur les frais d'instance :
20. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales le versement à Mme E d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
21. En revanche, les requérants n'établissant pas avoir exposé des dépens dans le cadre de la présente instance, les conclusions aux fins que l'ONIAM supporte la charge des dépens doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : L'ONIAM versera à Mme E la somme de 53 748,13 euros en réparation des préjudices subis en lien avec l'accident médical intervenu le 20 août 2015. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 16 mai 2017, date d'introduction de la demande devant la commission de conciliation et d'indemnisation
Article 2 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales versera à Mme E une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E, à M. D E, à la caisse primaire d'assurance maladie de Rouen Elbeuf Dieppe Seine-Maritime, et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Anne Gaillard, présidente,
M. Cyrille Leduc, premier conseiller,
M. Robin Mulot, premier conseiller.
Rendu public G mise à disposition au greffe, le 20 octobre 2022.
Le rapporteur,
C. B
La présidente,
A. GAILLARD
La greffière,
A. HUSSEIN
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026