LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2000046

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2000046

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2000046
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantSPAGNOL DESLANDES MELO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 janvier 2020 et 20 décembre 2021, Mme B E épouse F, représentée par Me Deslandes, demande au tribunal :

1) de condamner la société anonyme Gaz réseau distribution France (ci-après GRDF) à lui verser une indemnité de 39 421,38 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi en raison d'un accident survenu le 8 septembre 2017 ;

2) de condamner la SA GRDF aux dépens ;

3) de mettre à la charge de la SA GRDF la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4) de déclarer le jugement à intervenir commun à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure ;

Elle soutient que :

- les préjudices qu'elle invoque ont été causés par une chute elle-même consécutive au mauvais entretien de l'ouvrage public que constitue le compteur sur lequel elle a buté ;

- elle justifie de ses préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 octobre 2021 et 11 janvier 2022, la SA GRDF, représentée par Me Buffetaud, conclut à titre principal au rejet de la requête et des conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie, à titre subsidiaire à ce que les prétentions de celles-ci soient ramenées à de plus justes proportions et en tout état de cause à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme E épouse F sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SA GRDF fait valoir que :

- la requérante ne rapporte pas la preuve, qui lui incombe, des circonstances de la chute qu'elle invoque ;

- la chute alléguée, à la supposer établie, n'est imputable qu'à la négligence de Mme E épouse F ;

- les préjudices sont inexistants ou exagérés.

Par des mémoires enregistrés les 20 novembre 2021 et 28 janvier 2022, ce dernier non communiqué, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure, représentée par Me Bourdon, demande au tribunal :

1) de condamner la société GRDF à lui verser une indemnité de 33 772,54 euros ainsi que les intérêts au taux légal à compter du jugement à intervenir en réparation des débours qu'elle a exposés au profit de Mme E épouse F, son assurée ;

2) de condamner la SA GRDF à lui verser l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;

3) de condamner la SA GRDF aux dépens et de mettre à sa charge la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les débours qu'elle expose ont été validés par le médecin-conseil.

En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, une demande d'éléments complémentaires a été adressée à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure, qui y a répondu par un mémoire enregistré le 28 février 2022, communiqué aux autres parties sur le même fondement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code du travail ;

- la convention collective nationale des assistants maternels du particulier employeur du 1er juillet 2004 étendue par arrêté du 17 décembre 2004 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mulot, premier conseiller ;

- et les conclusions de Mme Cazcarra, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que Mme E épouse F, née en 1986 et qui exerce la profession d'assistante maternelle, indique avoir chuté le 8 septembre 2017 vers 8h35 sur un compteur de gaz situé dans la rue Henri Dunant à Evreux, et subi à cette occasion des dommages. Estimant que les préjudices qu'elle invoque sont imputables au mauvais entretien dudit compteur, elle a saisi le juge des référés du tribunal de grande instance d'Evreux, qui a décliné la compétence de l'ordre de juridiction à laquelle il appartient, puis le juge des référés du tribunal administratif, qui par une ordonnance du 14 mars 2019 a désigné un expert, lequel a remis son rapport le 20 mai 2015.

2. Par la présente requête, Mme E épouse F recherche la responsabilité de la société GRDF.

Sur les conclusions principales de la requête et celles de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure relatives à la rente d'accident du travail servie à Mme E épouse F :

En ce qui concerne la responsabilité :

3. Il appartient à l'usager d'un ouvrage public qui demande réparation d'un préjudice qu'il estime imputable à cet ouvrage de rapporter la preuve de l'existence d'un lien de causalité entre le préjudice invoqué et l'ouvrage. Le maître de l'ouvrage ne peut être exonéré de l'obligation d'indemniser la victime qu'en rapportant, à son tour, la preuve soit de l'entretien normal de l'ouvrage, soit que le dommage est imputable à une faute de la victime ou à un cas de force majeure.

4. Il résulte de l'instruction et notamment des pièces produites par l'intéressée, toutes concordantes sur ce point, que Mme E épouse F a bien chuté le 8 septembre 2017 au matin en butant sur l'ouvrage public que constitue le compteur de gaz qui dépassait de la chaussée. La circonstance que la seule attestation du dossier soit établie par son mari, qui présente un lien d'intérêts avec elle, n'est pas à elle seule de nature à faire regarder les faits comme insuffisamment établis, ceux-ci étant corroborés par les nombreuses autres pièces du dossier, notamment les photographies et documents médicaux. Par suite, contrairement à ce que fait valoir la société GRDF, Mme E épouse F doit être regardée comme rapportant la preuve, qui lui incombe, de l'existence d'un lien de causalité entre le préjudice invoqué et l'ouvrage en cause.

5. S'agissant des causes exonératoires, la société GRDF n'établit ni même n'allègue avoir normalement entretenu l'ouvrage public que constitue l'ouvrage en cause, dont il résulte de l'instruction et notamment des photographies produites qu'il dépasse de quelques centimètres du sol, au milieu d'un trottoir, sans être signalé.

6. En revanche, il résulte de l'instruction que la requérante, qui exerce la profession d'assistante maternelle, circulait sur un trajet qu'elle empruntait quotidiennement pour amener ses enfants au collège, situé à quelques centaines de mètres de son domicile, avec une poussette et un enfant dans un porte-bébé, et n'a pas fait preuve de la vigilance accrue nécessaire dans une telle situation. En outre, il résulte des photos produites et des propres déclarations de Mme E épouse F que cet ouvrage public était présent depuis longtemps à la date de l'accident, de sorte que la requérante ne pouvait en ignorer la présence. Il sera fait une juste appréciation des circonstances de l'espèce en mettant à la charge de la société GRDF un tiers des conséquences dommageables de l'accident.

En ce qui concerne les préjudices de Mme E épouse F :

7. L'expert désigné par le juge des référés, le Dr C, a fixé la date de la consolidation de l'état de santé de Mme E épouse F au 30 novembre 2018. En l'absence de contestation des parties sur ce point et d'éléments de nature à remettre en cause cette date, il y a lieu de la retenir.

Quant aux préjudices patrimoniaux temporaires :

8. En premier lieu, Mme E épouse F demande le remboursement de 88,06 euros de dépenses de santé qui seraient restés à sa charge. Les relevés de soins correspondant à la période du 10 septembre 2017 au 30 mars 2018 sont produits par la requérante sans être assortis d'aucune explication, comprennent des prestations correspondant à des soins prodigués à sa fille D et ne permettent pas de tenir pour établie l'existence de frais restés à la charge de Mme E épouse F. Le second relevé de soins produit fait état de dépenses de pharmacie exposées le 13 août 2018 et d'un " acte technique médical " du 11 septembre 2018 qui, en l'absence de justifications, ne peuvent être retenus comme des conséquences de l'accident dont a été victime la requérante.

9. Il résulte en revanche de l'instruction et notamment du relevé de débours de la caisse primaire d'assurance maladie que la somme des différentes franchises imputables à l'accident restées à la charge de Mme E épouse F s'élève à 15,50 euros. Compte-tenu du partage de responsabilité retenu ci-dessus, la société GRDF doit être condamnée à lui verser une somme de 5,12 euros, à ce titre.

10. En deuxième lieu, s'agissant des frais d'assistance par une tierce personne, l'expert désigné par le président du tribunal administratif a retenu la nécessité d'une assistance par une tierce personne à hauteur d'une heure par jour du 9 au 27 septembre 2017, soit 19 jours, et ce besoin qui est la conséquence de l'accident subi par Mme E épouse F résulte suffisamment de l'instruction.

11. Lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire permettant, dans les circonstances de l'espèce, le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime. En outre, afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par le code du travail, il y a lieu de calculer l'indemnisation de ces besoins sur la base d'une année de 412 jours.

12. Il ne résulte pas de l'instruction que l'aide dont a eu besoin Mme E épouse F, consistant en un appui pour, selon les termes du rapport d'expertise " les contraintes domestiques et une aide à la toilette ", d'ailleurs apportée sans l'aide d'un professionnel, revête un caractère spécialisé ou nécessite des compétences particulières. Par suite, en retenant un taux horaire de 14 euros, le montant du préjudice subi par Mme E épouse F peut être évalué à la somme de 300,25 euros. Compte-tenu du partage de responsabilité retenu ci-dessus, la société GRDF doit être condamnée à lui verser une somme de 99,08 euros, à ce titre.

13. En troisième lieu, Mme E épouse F soutient avoir subi des pertes de gains professionnels. Il résulte toutefois de l'examen des bulletins de salaire qu'elle produit que la requérante, qui n'établit d'ailleurs pas par la production de son agrément, comme le fait valoir la défenderesse, le nombre d'enfants qu'elle est en droit d'accueillir, accueillait trois enfants en septembre 2017, mois de survenance de l'accident, et qu'à sa reprise d'activité en février 2018, elle en accueillait quatre. En outre, si Mme E épouse F produit des lettres de rupture de contrat, trois d'entre elles résultent pour la première d'un retrait d'enfant suite au déménagement des parents, pour la deuxième de l'entrée à l'école maternelle de l'enfant et pour la dernière d'une perte d'emploi d'un parent. S'agissant du jeune A, il résulte du courrier produit que la requérante a présenté sa démission. S'agissant enfin des ruptures datées du 1er février 2018 et du 29 mai 2018, le motif du licenciement n'est pas indiqué et le lien entre ces ruptures et le fait générateur ne résulte pas de l'instruction. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que Mme E épouse F a perçu l'allocation de retour à l'emploi d'août 2018 à mai 2019 au moins, ainsi que des indemnités journalières pour un montant de 5 599,91 euros. Enfin, pour démontrer l'existence d'un préjudice, la requérante intègre à ses calculs les indemnités d'entretien alors que celles-ci ont pour objet, aux termes des dispositions de l'article 8.1 de la convention collective visée ci-dessus alors en vigueur, de couvrir " les investissements, jeux et matériels d'éveil, ainsi que l'entretien du matériel utilisé, la part de consommation d'eau, d'électricité, de chauffage, etc ", et non de lui assurer une rémunération. Il en va de même, pour les mêmes motifs, des frais de repas versés par les parents des enfants accueillis et qui ne peuvent être intégrés à la détermination du préjudice. Il suit de là que l'existence d'un préjudice lié à des pertes de gains professionnels ne résulte pas de l'instruction, pas plus que le lien existant entre ce préjudice et le fait générateur. Par suite, la demande présentée à ce titre par Mme E épouse F doit être rejetée.

Quant aux préjudices patrimoniaux permanents :

S'agissant des dépenses de santé futures

14. Mme E épouse F réclame, à ce titre, l'indemnisation de frais médicaux et notamment de franchises restées à sa charge postérieurement à la consolidation de son état de santé. S'agissant du relevé de remboursements établi par la caisse primaire d'assurance maladie produit par Mme E épouse F, la consultation chez un ophtalmologue le 7 mars 2019 apparait dépourvue de lien avec le fait générateur, et les autres frais qui y sont relatés sont antérieurs à la date de consolidation. Par ailleurs, aucun autre justificatif des frais dont Mme E épouse F demande la prise en charge n'est produit. Par suite, la demande de la requérante présentée à ce titre ne peut qu'être rejetée.

S'agissant des pertes de gains professionnels futurs et de l'incidence professionnelle :

15. Mme E épouse F sollicite l'indemnisation de pertes de gains professionnels postérieurs à la consolidation de son état de santé, ainsi qu'une somme au titre de l'incidence professionnelle.

16. L'incidence professionnelle peut notamment inclure la perte d'une chance professionnelle, l'augmentation de la pénibilité de l'emploi occupé, les dépenses exposées en vue du reclassement professionnel, de la formation et de l'adaptation au poste occupé ou à un nouveau poste et la perte d'une pension de retraite.

17. Il appartient aux juges du fond de déterminer, en premier lieu, si l'incapacité permanente conservée par la victime entraîne des pertes de revenus professionnels et une incidence professionnelle et, dans l'affirmative, d'évaluer ces postes de préjudice sans tenir compte, à ce stade, du fait qu'ils donnent lieu au versement d'une pension d'invalidité. Pour déterminer dans quelle mesure ces préjudices sont réparés par la pension, il y a lieu de regarder cette prestation comme réparant prioritairement les pertes de revenus professionnels et, par suite, comme ne réparant tout ou partie de l'incidence professionnelle que si la victime ne subit pas de pertes de revenus ou si le montant de ces pertes est inférieur au capital représentatif de la pension. Dès lors qu'il a été définitivement jugé que les fautes commises engageaient son entière responsabilité, le montant intégral des pertes de revenus et de l'incidence professionnelle doit être mis à la charge de la personne responsable et la victime doit se voir allouer, le cas échéant, une somme correspondant à la part de ces postes de préjudice non réparée par la pension, évaluée, le solde étant versé à la caisse.

18. Contrairement à ce que soutient Mme E épouse F, l'expert désigné par le juge des référés n'a pas retenu l'existence de ces chefs de préjudice, se contentant de retranscrire les déclarations de l'intéressée et de préciser " sous réserve de justificatifs ". Or, Mme E épouse F ne justifie pas, par les pièces qu'elle produit, de l'existence d'une baisse de ses revenus tirés de son activité professionnelle, ni avant ni après la date de consolidation de son état de santé.

19. En revanche, il résulte suffisamment de l'instruction et notamment des éléments médicaux produits que les séquelles qu'elle conserve de l'accident sont de nature à rendre plus pénible l'exécution de ses missions professionnelles ou à en limiter, dans certaines circonstances, l'ampleur et l'intensité. Elle justifie ainsi suffisamment de l'existence d'un préjudice d'incidence professionnelle, dont il sera fait une juste appréciation en l'estimant à 9 000 euros.

20. En pareil cas, en ce qui concerne les droits respectifs de la victime et de la caisse primaire d'assurance maladie, l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale dispose que : " Lorsque, sans entrer dans les cas régis par les dispositions législatives applicables aux accidents du travail, la lésion dont l'assuré social ou son ayant droit est atteint est imputable à un tiers, l'assuré ou ses ayants droit conserve contre l'auteur de l'accident le droit de demander la réparation du préjudice causé, conformément aux règles du droit commun, dans la mesure où ce préjudice n'est pas réparé par application du présent livre ou du livre Ier / Les caisses de sécurité sociale sont tenues de servir à l'assuré ou à ses ayants droit les prestations prévues par le présent livre et le livre Ier, sauf recours de leur part contre l'auteur responsable de l'accident dans les conditions ci-après. / Les recours subrogatoires des caisses contre les tiers s'exercent poste par poste sur les seules indemnités qui réparent des préjudices qu'elles ont pris en charge, à l'exclusion des préjudices à caractère personnel. / Conformément à l'article 1346-3 du code civil, la subrogation ne peut nuire à la victime subrogeante, créancière de l'indemnisation, lorsqu'elle n'a été prise en charge que partiellement par les prestations sociales ; en ce cas, l'assuré social peut exercer ses droits contre le responsable, par préférence à la caisse subrogée. / Cependant, si le tiers payeur établit qu'il a effectivement et préalablement versé à la victime une prestation indemnisant de manière incontestable un poste de préjudice personnel, son recours peut s'exercer sur ce poste de préjudice ".

21. Eu égard à sa finalité de réparation d'une incapacité permanente de travail, qui lui est assignée par l'article L. 431-1 du code de la sécurité sociale, et à son mode de calcul, appliquant au salaire de référence de la victime le taux d'incapacité permanente défini par l'article L. 434-2 du même code, la rente d'accident du travail doit être regardée comme ayant pour objet exclusif de réparer, sur une base forfaitaire, les préjudices subis par la victime dans sa vie professionnelle en conséquence de l'accident, c'est-à-dire ses pertes de gains professionnels et l'incidence professionnelle de l'incapacité. Dès lors, le recours subrogatoire exercé par une caisse de sécurité sociale au titre d'une rente d'accident du travail ne saurait, pour l'application des règles ci-dessus énoncées, s'exercer que sur ces deux postes de préjudice.

22. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, Mme E épouse F n'établit pas l'existence de pertes de gains professionnels postérieurs à la date de la consolidation de son état de santé. Il résulte en outre de qui a été exposé au point précédent que la rente et l'indemnité qui lui ont été versées par la caisse primaire d'assurance maladie ont réparé le préjudice subi par Mme E épouse F au titre de l'incidence professionnelle de l'accident survenu le 8 septembre 2017, celle-ci n'établissant ni même n'alléguant que son préjudice réel, tel qu'il a été évalué au point 19 ci-dessus, dépasserait celui réparé par le versement de ces sommes. Elle n'est, par suite, pas fondée à demander une indemnisation à ce titre.

23. En revanche, il résulte là encore des règles exposées ci-dessus que la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure, subrogée dans les droits de son assurée, peut exercer à l'encontre de la société GRDF un recours sur ce poste de préjudice, dans la limite du préjudice réellement subi.

24. Si la société GRDF conteste l'octroi par la caisse primaire d'assurance maladie des sommes accordées à Mme E épouse F au motif que l'expert désigné par le juge des référés n'a retenu qu'un taux de déficit fonctionnel permanent de 3 %, il résulte du point 1.1.2 de l'annexe 1 à l'article R. 434-32 du code de la sécurité sociale que ces dispositions imposent un barème différent de celui utilisé habituellement dans le cadre de la réparation du dommage corporel, et il ne résulte pas de l'instruction que la caisse primaire d'assurance maladie aurait commis à cet égard une erreur de droit ou une erreur d'appréciation en estimant que l'état de santé de Mme E épouse F, caractérisé par une limitation des mouvements de son bras non dominant majorée en raison d'une perte de force caractérisait un taux d'incapacité justifiant l'octroi d'une indemnité.

25. Il résulte de ce qui précède que la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure est seulement fondée à demander la condamnation de la société GRDF à l'indemniser des sommes versées à Mme E épouse F dans la limite du préjudice subi, soit 9 000 euros. Compte-tenu du partage de responsabilité retenu ci-dessus, la société GRDF doit être condamnée à lui verser une somme de 2 970 euros.

Quant aux préjudices extra-patrimoniaux temporaires :

26. L'expert désigné par le juge des référés a retenu l'existence d'un déficit fonctionnel temporaire (DFT) total pour la journée du 8 septembre 2017, puis un DFT de 20 % du 9 au 27 septembre 2017, soit 19 jours, puis de 8 % du 28 septembre 2017 au 29 novembre 2018 veille de la consolidation de son état de santé, soit 428 jours. En prenant comme référence un montant journalier de référence de 20 euros, le préjudice subi par Mme E épouse F à ce titre s'élève à 780,80 euros. Compte-tenu du partage de responsabilité retenu ci-dessus, la société GRDF doit être condamnée à lui verser une somme de 257,66 euros.

27. S'agissant ensuite des souffrances endurées par Mme E épouse F avant la consolidation de son état de santé, cotées à 2/7 par l'expert, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par la requérante en le fixant à la somme, prise par référence au barème de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, de 1 800 euros. Compte-tenu du partage de responsabilité retenu ci-dessus, la société GRDF doit être condamnée à lui verser une somme de 594 euros, à ce titre.

Quant au déficit fonctionnel permanent :

28. L'expert désigné par le juge des référés a retenu l'existence d'un déficit fonctionnel permanent de 3 %. Contrairement à ce que fait valoir la société GRDF, la rente d'accident du travail perçue par Mme E épouse F ne saurait s'imputer sur ce chef de préjudice qui revêt, pour l'application des dispositions mentionnées aux points 21 du présent jugement, un caractère purement personnel. Compte-tenu de l'âge de la victime à la date de la consolidation (32 ans), il sera fait une juste évaluation de son préjudice, en s'appuyant sur le référentiel de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, en estimant celui-ci à la somme de 3 550 euros. Compte-tenu du partage de responsabilité retenu ci-dessus, la société GRDF doit être condamnée à lui verser une somme de 1 168,20 euros, à ce titre.

En ce qui concerne les autres demandes de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure :

29. La caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure établit suffisamment, par la production de ses débours et de l'attestation de son médecin conseil, la réalité de ses dépenses et le lien de causalité entre celles-ci et le fait générateur. Il résulte de l'instruction que la caisse primaire d'assurance maladie a exposé, outre ce qui a été vu précédemment, des dépenses de santé actuelles, pour un montant de 453,81 euros, et versé à Mme E épouse F des indemnités journalières, pour un montant de 5 599,91 euros, soit une somme pour ces deux débours de 6 553,72 euros. Compte-tenu du partage de responsabilité retenu ci-dessus, la société GRDF doit être condamnée à lui verser une somme de 1 997,73 euros.

Sur les autres conclusions des parties :

30. En premier lieu, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure a droit à l'indemnité forfaitaire de gestion prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale. En application de l'arrêté du 14 décembre 2021 visé ci-dessus, la société GRDF doit être condamnée à lui verser la somme de 1 114 euros à ce titre.

31. En deuxième lieu, même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts au taux légal au jour de son prononcé jusqu'à son exécution. Ainsi la demande de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure tendant à ce que lui soit alloués, à compter de la date du présent jugement, des intérêts au taux légal sur les sommes que la défenderesse est condamnée à lui verser est dépourvue d'objet et doit donc être rejetée.

32. En troisième lieu, la société GRDF étant la partie perdante dans la présente instance, il y a lieu de mettre à sa charge les dépens, constitués par les frais d'expertise, taxés et liquidés par une ordonnance de la présidente du tribunal à la somme de 1 000 euros.

33. En quatrième lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme E épouse F, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société GRDF demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société GRDF, d'une part, une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme E épouse F et non compris dans les dépens et, d'autre part, une somme de 1 000 euros au titre des mêmes frais exposés par la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure.

34. En dernier lieu, les conclusions de Mme E épouse F tendant à ce que le présent jugement soit déclaré commun à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure sont irrecevables, celle-ci ayant été mise en cause et ayant produit un mémoire pour la défense de ses intérêts.

D E C I D E :

Article 1er: La société anonyme Gaz Réseau Distribution France est condamnée à verser à Mme E épouse F la somme de 2 124,06 euros.

Article 2 : La société anonyme Gaz Réseau Distribution France est condamnée à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure la somme de 4 967,73 euros.

Article 3 : La société anonyme Gaz Réseau Distribution France est condamnée à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 4 : Les frais de l'expertise sont mis à la charge de la SA GRDF.

Article 5 : La SA GRDF versera à Mme E épouse F une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : La SA GRDF versera à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Article 7 : Les conclusions de la requête et celles de la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure sont rejetées pour le surplus.

Article 8 : Les conclusions de la SA GRDF présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 9 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E épouse F, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure et à la société anonyme Gaz Réseau distribution France.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

MM. Bouvet et Mulot, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

Le rapporteur,

Robin Mulot

La présidente,

Anne Gaillard

Le greffier,

Jean-Luc Michel

La République mande et ordonne à la ministre de la transition énergétique et au préfet de l'Eure, chacun en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2000046

Décisions similaires

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

← Retour aux décisions