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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2000828

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2000828

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2000828
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantCHABERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 mars 2020 et un mémoire complémentaire enregistré le 24 janvier 2022, Mme E G, représentée par Me Chabert, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine à lui verser la somme totale de 78 016,77 euros au titre des préjudices subis résultant de sa prise en charge dans cet établissement ;

2°) de condamner le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine aux entiers dépens ;

3°) de déclarer le jugement commun et opposable aux organismes sociaux ;

4°) de mettre à la charge du Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme G soutient que :

- sa prise en charge par le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine le 17 août 2017 n'a pas été conforme aux règles de l'art médical ;

- durant l'intervention d'hystérectomie par célioscopie, une perforation de l'intestin a été constatée ;

- il en a résulté des complications ;

- l'établissement a ainsi commis une faute en manquant à son obligation de sécurité ;

- cette faute est de nature à engager la responsabilité de l'établissement ;

- elle a subi des préjudices dont la réparation incombe au Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine, lesquels se décomposent comme suit :

* 47,50 euros au titre des dépenses de santé actuelles ;

* 198,20 euros au titre des frais divers ;

* 2 850 euros au titre de l'assistance par tierce personne temporaire ;

* 2 799 euros au titre du " changement de bicyclette " ;

* 8 410,35 euros au titre des frais d'adaptation de son logement ;

* 531,72 euros au titre des pertes de gains professionnels actuelles ;

* 25 000 euros au titre de l'incidence professionnelle ;

* 2 280 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;

* 7 900 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;

* 8 000 euros au titre des souffrances endurées ;

* 3 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;

* 2 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;

* 7 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;

* 8 000 euros au titre du préjudice sexuel.

Par un mémoire en intervention volontaire enregistré le 8 avril 2022, M. B G, représenté par Me Chabert, demande au tribunal :

1°) de condamner le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine à lui verser la somme totale de 6 000 euros au titre des préjudices subis résultant de la prise en charge de son épouse, E, dans cet établissement ;

2°) de condamner le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine aux entiers dépens ;

3°) de déclarer le jugement commun et opposable aux organismes sociaux ;

4°) de mettre à la charge du Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. G soutient que :

- en sa qualité de victime indirecte, il a subi des préjudices résultant des manquements imputables au Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine dans la prise en charge de son épouse, lesquels se décomposent comme suit :

* 4 000 euros au titre du préjudice d'affection ;

* 2 000 euros au titre du préjudice sexuel.

Par des mémoires enregistrés les 16 novembre, 23 novembre, 24 novembre et 13 décembre 2021 et le 8 juin 2022, la Caisse Primaire d'Assurance-Maladie (CPAM) de l'Eure, représentée par Me Vincent Bourdon, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine à lui verser la somme de 136 588,37 euros au titre de ses débours, somme assortie des intérêts de droit à la date du jugement à intervenir ;

2°) de condamner le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine à lui verser le montant maximal réglementairement fixé à la date du jugement, au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ;

3°) de mettre à la charge du Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine la somme de 1 500 euros au titre des frais de l'instance.

La CPAM de l'Eure soutient que :

- les dommages subis par la patiente résultent d'une infection nosocomiale, à l'origine d'une péritonite, faisant suite à l'hystérectomie réalisée au Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine, laquelle a été marquée par une maladresse fautive ;

- en outre, il est établi par le rapport d'expertise que l'information préopératoire délivrée à Mme G n'a pas été complète ;

- il en a résulté, pour l'intéressée, une perte de chance de se soustraire au risque s'étant finalement réalisé ;

- elle est fondée à solliciter l'indemnisation de ses débours, en lien avec cette infection nosocomiale, lesquels s'élèvent à la somme totale de 136 588,37 euros ;

- il y a lieu, également, de lui verser la somme correspondant à l'indemnité forfaitaire de gestion à laquelle elle a droit, en application des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Par un mémoire enregistré le 19 avril 2022, la Mutuelle Nationale Territoriale (MNT), demande au tribunal de condamner le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine à lui verser la somme de 22 733,03 euros au titre des prestations versées à son assurée.

La MNT soutient que :

- la responsabilité du Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine est pleinement engagée à raison des dommages subis par son assurée ;

- elle est fondée à solliciter l'indemnisation de ses débours en lien avec cet accident, lesquels s'élèvent à la somme de 22 733,03 euros.

Par des mémoires en défense enregistrés le 28 août 2020, le 25 novembre 2021, le 23 mars 2022 et le 8 juin 2022, le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine, représenté par Me Campergue, associée du Cabinet EMO Avocats, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de rejeter les conclusions indemnitaires formées par M. G en tant qu'elles sont irrecevables ;

2°) de ramener les prétentions indemnitaires de Mme G à de plus justes proportions ;

3°) de ramener les prétentions indemnitaires de la CPAM de l'Eure à de plus justes proportions ;

4°) de rejeter les conclusions indemnitaires de la Mutuelle Nationale Territoriale ;

Le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine soutient que :

- l'intervention de M. G n'est pas recevable, faute d'avoir été présentée par mémoire distinct ;

- les conclusions indemnitaires formées par M. G sont irrecevables, faute de liaison du contentieux ;

- il n'entend pas contester le principe de sa responsabilité s'agissant de l'infection nosocomiale contractée au cours de la prise en charge de Mme G ;

- en revanche, les prétentions indemnitaires de la requérante au titre de la réparation des conséquences dommageables de cette infection sont excessives ;

- ainsi, l'indemnisation des frais divers ne saurait excéder 700 euros ;

- l'assistance par tierce personne antérieure à la consolidation n'est pas en rapport avec les deux infections nosocomiales et ne saurait donc donner lieu à indemnisation ;

- il en va de même s'agissant de l'assistance par tierce personne postérieure à la consolidation ;

- le préjudice tenant aux frais d'adaptation du domicile n'est établi ni dans son principe, ni dans son montant ;

- l'indemnisation du déficit fonctionnel temporaire ne saurait excéder 2 780,05 euros ;

- l'existence d'un déficit fonctionnel permanent imputable aux deux infections nosocomiales n'est pas démontrée ;

- l'indemnisation des souffrances endurées ne saurait excéder 8 000 euros ;

- l'indemnisation du préjudice esthétique temporaire ne saurait excéder 500 euros ;

- l'indemnisation du préjudice esthétique permanent ne saurait excéder 800 euros ;

- le préjudice d'agrément n'est établi ni dans son principe, ni dans son montant ;

- le préjudice d'établissement n'est établi ni dans son principe, ni dans son montant et n'a, d'ailleurs, pas été retenu par les experts ;

- les débours de la MNT sont sans lien avec l'accident médical.

La requête a été communiquée à la Caisse des écoles de Gravigny qui n'a pas produit d'observations.

Par une ordonnance du 8 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 juin 2022 à 12 heures.

Un mémoire, présenté pour Mme G le 23 juin 2022 a été enregistré au greffe du tribunal mais n'a pas été communiqué.

Vu :

- l'ordonnance du 11 février 2021 de la présidente du tribunal administratif de Rouen de liquidation et de taxation des frais d'expertise ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Cazcarra, rapporteure publique,

- les observations de Me Gillet, pour le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine.

Considérant ce qui suit :

1. En raison d'hémorragies utérines chroniques, Mme E G, alors âgée de 49 ans, a subi, le 17 août 2017, une hystérectomie par cœlioscopie au sein du service de chirurgie du Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine. Les suites de cette intervention ont été marquées, dès le 21 août suivant, par l'apparition d'un syndrome inflammatoire du péritoine d'origine bactérienne, en lien avec une perforation colique survenue en peropératoire, laquelle a nécessité une reprise chirurgicale avec lavage et drainage abdominal et colostomie de décharge, réalisée au centre hospitalier le jour même. Mme G a pu regagner son domicile, le 31 août suivant. La patiente a de nouveau dû être hospitalisée du 21 au 27 novembre 2017 aux fins de fermeture de colostomie et cure d'éventration péristomiale. Mme G est demeurée astreinte au port d'une ceinture abdominale jusqu'au mois de février 2018. L'intéressée demeure affligée de séquelles neuropathiques et psychologiques, consécutives à cet accident médical.

2. Le 7 octobre 2019, Mme G a adressé une demande indemnitaire préalable au Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine qui l'a expressément rejetée, le 6 janvier 2020. Saisi par la patiente, le juge des référés du tribunal administratif de Rouen a désigné, le 24 août 2020, le Dr F C, gynécologue-obstétricien, en qualité d'expert aux fins de se prononcer sur la prise en charge médicale. L'expert a déposé son rapport le 9 décembre 2020, concluant à l'existence d'une perforation colique iatrogène, à l'origine d'une infection nosocomiale et fixant la date de consolidation au 5 juin 2018. Par la présente instance, Mme G demande l'indemnisation de ses préjudices résultant de sa prise en charge au sein du Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine.

Sur l'intervention de M. G :

3. Aux termes de l'article R. 632-1 du code de justice administrative : " L'intervention est formée par mémoire distinct. ".

4. Est recevable à former une intervention devant le juge du fond toute personne qui justifie d'un intérêt suffisant eu égard à la nature et à l'objet du litige. Toutefois, l'intervention formée dans le cadre d'un recours indemnitaire n'est recevable que si l'issue du contentieux indemnitaire lèse de façon suffisamment directe les intérêts de l'intervenant.

5. L'intervention de M. B G, qui se prévaut de préjudices propres, en sa qualité de victime indirecte et a, dès lors, intérêt à agir, a été présentée par mémoire distinct, enregistré au greffe du tribunal le 8 avril 2022. Par suite, cette intervention doit être admise.

Sur la recevabilité des conclusions indemnitaires formées par M. G :

6. Aux termes de l'article R.421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

7. Les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du CJA n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.

8. Il résulte de l'instruction que M. G a adressé, en cours d'instance, le 29 mars 2022, une demande indemnitaire préalable au Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine tendant à la réparation des préjudices personnels qu'il estime avoir subis, en sa qualité de victime indirecte, résultant de la prise en charge médicale de son épouse, dans cet établissement. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par l'établissement tirée du défaut de liaison du contentieux doit être rejetée.

Sur les conclusions en déclaration de jugement commun :

9. La Caisse Primaire d'Assurance Maladie (CPAM) de l'Eure, a été appelée à l'instance en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et y a présenté ses observations et conclusions, de même que la Mutualité Nationale Territoriale (MNT). Le présent jugement leur est donc opposable. Il n'y a pas lieu, dès lors, d'accueillir les conclusions en déclaration de jugement commun formées par les consorts G.

Sur la responsabilité :

En ce qui concerne l'information préopératoire :

10. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. () En cas de litige, il appartient au professionnel ou à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée à l'intéressé dans les conditions prévues au présent article. Cette preuve peut être apportée par tout moyen. "

11. Il résulte de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question.

12. S'appropriant les conclusions de l'expertise du Dr C, la CPAM de l'Eure fait valoir que l'information délivrée à Mme G préalablement à l'intervention chirurgicale en litige sur les risques y étant associés n'a pas été complète, ce défaut d'information ayant entraîné une perte de chance d'échapper à la réalisation de ces risques. Il résulte à cet égard de l'instruction que Mme G s'est vue remettre par le Dr A, dans les jours précédant l'opération, la fiche d'intervention rédigée en 1999 par le Collège national des gynécologues et obstétricien français faisant en particulier état de la possibilité d'une blessure d'un organe de voisinage de l'utérus, notamment viscéral, risque s'étant réalisé, en l'espèce. Il résulte cependant des conclusions de l'expertise précitée que Mme G n'a pas été informée de ce qu'une hystérectomie subtotale, c'est-à-dire sans ablation du col utérin, et non une hystérectomie totale, serait pratiquée, le schéma dressé par le Dr A figurant un utérus rayé en totalité, et non partiellement. De la même manière, aucune pièce versée aux débats ne permet d'établir que l'information délivrée à la patiente a également porté sur la salpingectomie effectivement pratiquée. Enfin, le rapport d'expertise fait état de ce que l'approche de la voie d'abord et la technique opératoire, notamment l'utilisation d'un morcellateur, n'ont fait l'objet d'aucune discussion avec la patiente.

13. Toutefois il ne résulte pas de l'instruction, et n'est d'ailleurs pas allégué par la requérante, que, même mieux informée sur les risques de l'intervention et sur ses modalités, elle n'aurait pas consenti à sa réalisation, eu égard, notamment, à la persistance des métrorragies malgré un traitement hormonal, un stérilet hormonal et une hystéroscopie opératoire, ainsi qu'à sa volonté exprimée lors des consultations préopératoires, de ne plus avoir d'enfants. En outre, la réalisation d'une hystérectomie par voie coelioscopique, technique retenue en l'espèce, est, aux dires mêmes du Dr C, préférable à une hystérectomie par laparotomie. Enfin, et en tout état de cause, la réalisation d'une hystérectomie subtotale, et non d'une hystérectomie totale, de même que la réalisation d'une salpingectomie, sont sans rapport avec la survenue des dommages à l'origine des préjudices dont il est demandé indemnisation, lesquels résultent ab initio, de la perforation intestinale intervenue en péropératoire, qui n'est pas spécifiquement liée au choix de ces interventions et à la définition de leurs modalités d'exécution. Dans ces conditions, les manquements relatifs à l'information préopératoire, quoiqu'établis, n'ont pas privé Mme G d'une chance de se soustraire à l'intervention et, ainsi, d'échapper aux dommages. La responsabilité du Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine ne saurait dès lors être engagée sur ce fondement.

En ce qui concerne la perforation colique :

14. Aux termes de l'article L.1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () "

15. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise du Dr C, que Mme G a subi, lors de l'intervention d'hystérectomie pratiquée le 17 août 2017 au Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine par le Dr D, substituant le Dr A, une lésion du côlon transverse résultant d'une perforation. Si l'expert indique, dans son rapport, que le mécanisme à l'origine de cette perforation ne peut être précisément déterminé, celle-ci pouvant résulter d'une blessure mécanique, électrique ou thermique de la musculeuse du tube digestif, il est néanmoins établi que cette lésion a été infligée en peropératoire, ce qui n'est, au demeurant, contesté par aucune des parties. Il ressort en outre du rapport d'expertise précité que la réalisation de l'intervention a été excessivement longue, nécessitant 2 heures et 52 minutes, contre environ 90 minutes en moyenne, pour des utérus plus volumineux, et ce, alors même que le tableau clinique et opératoire présenté par Mme G ne présentait pas de difficultés particulières, son utérus étant de volume normal. Cette durée d'intervention anormalement longue révèle, par elle-même, des difficultés dans la réalisation de l'acte chirurgical à l'origine d'une majoration du risque de blessure viscérale, selon l'expert. Le Dr C souligne, enfin, la réalisation d'un compte rendu opératoire lacunaire et non conforme aux règles de l'art, par le praticien. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, eu égard aux éléments précédemment exposés, à la nature de l'intervention, à l'absence de circonstances particulières ayant créé un risque opératoire inhabituel, et en l'absence de tout autre facteur causal pouvant expliquer la survenue de cette blessure, il doit être tenu pour établi que la lésion du côlon transverse subie par Mme G, résulte d'une maladresse technique commise par le praticien hospitalier et constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité du Centre hospitalier.

En ce qui concerne l'infection bactérienne :

16. Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. () "

17. Doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial, une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.

18. Il résulte de l'instruction, et il n'est contesté par aucune des parties, que la perforation du côlon transverse survenue en peropératoire, a entraîné un épanchement de son contenu, très concentré en bactéries, dans la cavité abdominale. Ce phénomène constitue la source de l'infection bactérienne nosocomiale, à l'origine de la péritonite constatée à J+4, subie par Mme G. Il suit de là que la responsabilité de l'établissement doit être engagée à raison des conséquences dommageables résultant de cet épisode infectieux.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la maladresse fautive et l'infection nosocomiale en ayant découlé, subis par Mme G, sont de nature à engager l'entière responsabilité du Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine en vertu des dispositions du premier et du deuxième alinéa de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne les préjudices de la victime directe :

S'agissant des préjudices patrimoniaux :

Quant aux dépenses de santé actuelles :

20. Il résulte de l'instruction, en particulier du relevé de débours produit par la CPAM de l'Eure, que Mme G a conservé à sa charge une franchise d'un montant de 47,50 euros sur le montant total des prestations qui lui ont été versées. Par suite, le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine sera condamné à lui verser cette somme, en indemnisation de ce poste de préjudice.

Quant aux frais divers :

21. Mme G fait valoir qu'elle a exposé une somme de 198,20 euros au titre de ses frais de déplacement pour se rendre à des rendez-vous médicaux en lien avec l'accident médical qu'elle a subi. Par suite, ce préjudice, qui est justifié dans son principe et dans son montant, sera indemnisé par l'établissement à concurrence de ce montant.

22. Si Mme G sollicite le versement d'une somme de 2 799 euros au titre de la nécessité d'acquérir un nouveau vélo, compte tenu des douleurs posturales qu'elle continue de subir, et si l'expert a indiqué, dans son rapport, qu'une bicyclette hollandaise pourrait être plus adaptée à son état, elle produit cependant un devis pour un vélo électrique au soutien de sa demande, ce qui ne correspond pas aux indications de l'expert. Par suite, ce préjudice, qui ne présente pas de caractère certain, ne peut donner lieu à indemnisation.

Quant à l'assistance par tierce personne :

23. Le rapport d'expertise du Dr C a retenu l'existence d'un besoin d'assistance par tierce personne du 1er septembre 2017 au 20 novembre 2017 (81 jours) et du 29 novembre 2017 au 5 février 2018 (69 jours), soit durant 150 jours, au total. Par suite, sur la base du salaire minimum horaire brut moyen, augmenté des cotisations sociales, soit une moyenne de 14 euros par jour, et en retenant une année de 412 jours pour tenir compte des congés payés, dimanches et jours fériés, le coût de cette assistance sera fixé à 2 370 euros.

Quant aux frais d'adaptation du logement :

24. Se prévalant d'un certificat de son médecin traitant faisant état de ses limitations fonctionnelles nécessitant l'aménagement de sa salle de bains, notamment la pose d'une douche de plain-pied, Mme G sollicite le versement d'une somme de 8 410,35 euros à ce titre. Toutefois, outre que la requérante ne produit qu'un devis, dont certains postes sont, au demeurant, sans rapport avec les limitations fonctionnelles précitées, le Dr C a expressément écarté tout besoin d'adaptation du logement dans les conclusions de son rapport d'expertise. Par suite, ce préjudice ne peut être regardé comme justifié dans son principe. Il ne saurait, dès lors, donner lieu à indemnisation.

Quant aux pertes de gains professionnels actuelles :

25. Mme G sollicite le versement d'une somme totale de 531,72 euros au titre de ce poste de préjudice. Il résulte cependant de l'instruction et des propres indications de la requérante qu'elle a été placée en congé de grave maladie à plein traitement du 16 août 2017 au 15 mars 2018 puis du 16 mars 2018 au 15 juin 2018 et a bénéficié d'indemnités journalières versées par la CPAM de l'Eure. Par suite, l'existence même d'un préjudice tenant à des pertes de gains professionnels actuelles n'est pas établie. Aucune indemnisation ne peut donc être prononcée à ce titre.

Quant aux pertes de gains professionnels futures :

26. Il résulte de l'instruction que Mme G présente un déficit fonctionnel permanent de 5 % et que les séquelles de l'accident médical réduisent, compte tenu de la limitation de sa faculté à se pencher en avant et à porter des charges supérieures à 4 kg, son aptitude à assurer les tâches requises par l'emploi qu'elle occupait d'agent polyvalent de restauration scolaire. S'il ressort des pièces versées aux débats que Mme G s'est vue reconnaître une invalidité de catégorie 1, à compter du 1er avril 2019, puis de catégorie 2 à compter du 1er octobre 2020, par la maison départementale des personnes handicapées de l'Eure et qu'elle a été déclarée inapte à son poste de façon totale et définitive par le médecin du travail, le 12 juillet 2019 ce qui a ultérieurement provoqué son licenciement pour inaptitude physique, faute de reclassement envisageable, le 16 janvier 2021, il ne résulte pas de l'instruction, toutefois, que cette inaptitude résulte de façon exclusive de l'accident médical subi le 17 août 2017 alors que ces mêmes pièces révèlent que la requérante souffrait d'autres pathologies, articulaires, notamment, sans rapport avec celui-ci. Au demeurant, l'absence de poste de reclassement envisageable constitue une cause exogène à l'accident médical litigieux, qui n'est nullement imputable au Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine. Enfin, le Dr C a estimé, dans son rapport d'expertise, que les décisions prises concernant l'invalidité et l'inaptitude de Mme G " dépassent " ses constatations et recommandations. Dans ces conditions, le préjudice tenant aux pertes de gains professionnels futures, qui ne peut être tenu pour justifié dans son principe, ne peut donner lieu à indemnisation.

Quant à l'incidence professionnelle :

27. Les séquelles de l'opération du 17 août 2017 ont rendu Mme G inapte à l'exercice d'activités professionnelles impliquant le port de charges supérieures à 4 kg. En outre, l'intéressée, ne possède aucune qualification professionnelle particulière, ce qui limite notablement ses possibilités de reconversion professionnelle. Dans ces conditions, et eu égard, en particulier à l'âge de la requérante à la date de l'accident médical en litige, soit 49 ans, il sera fait une juste appréciation de l'incidence professionnelle subie par Mme G en l'évaluant à la somme de 5 000 euros. Toutefois, en l'absence de perte de gains professionnels, la pension d'invalidité servie à Mme G à hauteur de 101 372,95 euros doit être regardée comme réparant l'incidence professionnelle de l'intéressée qui ne peut, dès lors, prétendre à une indemnisation à ce titre du centre hospitalier défendeur.

S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux :

Quant au déficit fonctionnel temporaire :

28. Le rapport d'expertise retient l'existence d'un déficit fonctionnel temporaire total du 21 août 2017, date de survenue de la péritonite, au 31 août 2017, soit durant 11 jours, un déficit fonctionnel temporaire de 30% du 1er septembre au 20 novembre 2017, soit durant 81 jours, un déficit fonctionnel temporaire total du 21 novembre 2017 au 28 novembre 2017, soit durant huit jours, un déficit fonctionnel temporaire de 30% du 29 novembre 2017 au 5 février 2018, soit durant 69 jours et, enfin, un déficit fonctionnel temporaire de 10% du 6 février 2018 au 5 juin 2018, date de consolidation, soit durant 120 jours. Par suite, sur la base d'une indemnisation journalière de 20 euros, il sera octroyé 1 520 euros à la requérante au titre de ce poste de préjudice.

Quant au déficit fonctionnel permanent :

29. Le Dr C a estimé à 5% le déficit fonctionnel permanent imputable à l'accident médical subi par Mme G. Dès lors, compte tenu de l'âge de la victime à la date de consolidation, soit 50 ans, le déficit fonctionnel permanent subi par l'intéressée ouvre droit à une indemnisation d'un montant de 5 600 euros.

Quant aux souffrances endurées :

30. Le rapport d'expertise estime à 3 sur une échelle de 1 à 7 les souffrances endurées par Mme G. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 4 000 euros.

Quant au préjudice esthétique :

31. Mme G sollicite le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de son préjudice esthétique temporaire, évalué à 3/7 par l'expert, pour la période du 21 août au 20 novembre 2017, et à 1,5/7 du 21 novembre 2017 au 5 juin 2018, ainsi qu'une somme de 2 000 euros au titre de son préjudice esthétique permanent, évalué à 1/7 par l'expert judiciaire. Il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique global subi par la requérante en l'évaluant à la somme totale de 3 500 euros.

Quant au préjudice d'agrément :

32. Mme G indique ne plus pouvoir pratiquer la bicyclette, sauf à acquérir un vélo de type hollandais. Toutefois, elle ne fournit aucune indication portant sur la nature de sa pratique, ni la moindre pièce justificative de ce qu'elle utilisait effectivement un vélo en guise de moyen de locomotion. Par suite, ce préjudice, qui n'est pas justifié dans son principe, ne peut donner lieu à indemnisation.

Quant au préjudice sexuel :

33. Il résulte de l'instruction que Mme G a subi un préjudice sexuel en lien avec l'accident médical, qui sera justement apprécié à la somme de 1 500 euros.

34. Il résulte de tout ce qui précède que les préjudices subis par Mme G résultant de l'accident médical imputable au Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine s'élèvent à la somme totale de 18 735,70 euros.

En ce qui concerne les préjudices de la victime indirecte :

S'agissant du préjudice d'affection :

35. M. B G sollicite l'octroi d'une somme de 4 000 euros au titre du préjudice d'affection qu'il estime avoir subi. Toutefois, ces prétentions indemnitaires ne sont assorties d'aucun développement portant sur la nature et l'étendue de ce préjudice, qui ne résulte pas de l'instruction, aux fins de contextualisation de cette demande. Par suite, ce préjudice ne peut être regardé comme justifié dans son principe et ne peut, dès lors, donner lieu à indemnisation.

Quant au préjudice sexuel :

36. Il résulte de l'instruction, en particulier de l'attestation rédigée par l'intéressé, que M. G a subi un préjudice sexuel en lien avec l'accident médical subi par son épouse, qui sera justement apprécié à la somme de 1 500 euros.

37. Il résulte de ce qui a été exposé aux points n°35 et 36 que les préjudices subis par M. G résultant de l'accident médical imputable au Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine s'élèvent à la somme totale de 1 500 euros.

Sur les droits de la CPAM de l'Eure :

38. Par la production de son relevé des débours et de l'attestation de son médecin-conseil, la CPAM de l'Eure justifie du versement de prestations pour un montant de 136 588,37 euros au bénéfice de Mme G.

39. La CPAM de l'Eure est tout d'abord fondée à solliciter l'indemnisation des dépenses de santé de Mme G résultant de l'accident médical du 17 août 2017 jusqu'à la date de consolidation, à hauteur de 20 015,14 euros.

40. La Caisse se verra également allouer le montant correspondant aux indemnités journalières versées à Mme G durant 250 jours, du 29 septembre 2017 au 5 juin 2018, date de consolidation, soit 7 005 euros.

41. En revanche, ainsi qu'il a été dit au point n°26, le préjudice tenant aux pertes de gains professionnels futures n'est pas établi dans son principe. Il n'est pas davantage établi que la perte d'emploi subie par Mme G résulte directement et exclusivement des séquelles de l'opération du 17 août 2017 et des infections iatrogènes contractées à cette occasion. Dans ces conditions, nonobstant la circonstance que Mme G s'est vue reconnaître le statut de travailleur handicapé, les prestations versées ou à verser par la CPAM de l'Eure au titre des préjudices professionnels futurs, d'un montant de 8 195,28 euros, 27 177,53 euros et 74 195,42 euros, soit un montant cumulé de 109 568,23 euros, ne peuvent être tenues pour imputables au Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine. Ces débours ne peuvent dès lors donner lieu à indemnisation. Il y a lieu, cependant, d'accorder la somme de 5 000 euros à la CPAM de l'Eure, correspondant à l'évaluation de l'incidence professionnelle subie par la victime dans les conditions décrites au point n°27 et indemnisée par l'octroi de la pension d'invalidité.

42. Il résulte de ce qui a été exposé aux points n°38 à 41 que le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine doit être condamné à verser une somme totale de 32 020,14 euros à la CPAM de l'Eure en indemnisation des débours exposés par cet organisme social pour le compte de Mme G.

Sur les droits de la Mutuelle Nationale Territoriale :

43. Il ressort du relevé des débours produit par la MNT que les prestations servies à Mme G dont il est demandé indemnisation, pour un total s'élevant à 22 733,03 euros sont exclusivement constituées d'indemnités journalières versées à compter du 27 septembre 2018. Toutefois, ainsi qu'il a été exposé au point n°26, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise du Dr C, que les arrêts de travail postérieurs au 5 juin 2018, date de consolidation, ne sont pas en rapport avec les séquelles de l'accident médical subi par Mme G le 17 août 2017, au titre duquel la responsabilité du Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine est engagée. Par suite, la MNT n'est pas fondée à solliciter l'indemnisation de ces débours exposés pour le compte de son adhérente. Ses conclusions formées à cette fin doivent être rejetées.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :

44. Il résulte des dispositions du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale que le montant de l'indemnité forfaitaire qu'elles instituent est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un plafond dont le montant est révisé chaque année par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget.

45. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 110 € et 1 114 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2022. "

46. En application de ces dispositions, et eu égard au montant de la somme allouée à la CPAM de l'Eure au titre de ses débours, il y a lieu de mettre à la charge du Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine le versement d'une somme de 1 114 euros à raison des frais engagés pour obtenir le remboursement des prestations servies à Mme G.

Sur les dépens :

47. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. L'Etat peut être condamné aux dépens ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge saisi au fond du litige de statuer, au besoin d'office, sur la charge des frais de l'expertise ordonnée par la juridiction administrative.

48. Les frais et honoraires de l'expert ont été taxés et liquidés à la somme de 700 euros par une ordonnance de la présidente du tribunal du 11 février 2021. Le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine étant la partie perdante au sens des dispositions précitées, il y a lieu de condamner cet établissement aux dépens.

Sur les intérêts :

49. La CPAM de l'Eure demande que l'indemnité qui lui est allouée au titre du remboursement de ses débours soit assortie des intérêts au taux légal à la date du jugement. Toutefois, même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts du jour de son prononcé jusqu'à son exécution. Par suite, les conclusions de la CPAM tendant à ce que les sommes qui lui sont allouées portent intérêts à compter de la date du jugement sont dépourvues de tout objet et doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

50. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine le versement, à Mme G, de la somme de 1 500 euros. Il y a lieu, en outre, de faire droit aux conclusions formées par la CPAM de l'Eure au titre des frais exposés et non compris dans les dépens et de mettre à la charge de l'établissement la somme de 1 500 euros à ce titre. En revanche, M. G n'étant pas partie à l'instance mais intervenant, aucune somme ne peut être mise à son bénéfice sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'intervention de M. B G est admise.

Article 2 : Le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine est condamné à verser à Mme E G une somme de 18 735,70 euros au titre de l'indemnisation de ses préjudices résultant de sa prise en charge au sein de cet établissement.

Article 3 : Le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine est condamné à verser une somme de 1 500 euros à M. B G en indemnisation de ses préjudices, en qualité de victime indirecte.

Article 4 : Le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine versera une somme de 32 020,14 euros à la CPAM de l'Eure au titre de ses débours exposés pour le compte de son assurée.

Article 5 : Le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine versera la somme de 1 114 euros à la CPAM de l'Eure au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 6 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 700 euros par l'ordonnance du 11 février 2021 de la présidente du tribunal administratif de Rouen sont mis à la charge du Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine.

Article 7 : Le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine versera la somme de 1 500 euros à Mme G au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 8 : Le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine versera la somme de 1 500 euros à la CPAM de l'Eure au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 9 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté, ainsi que les conclusions de M. G présentées sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Article 10 : Le présent jugement sera notifié à Mme E G, à M. B G, à la Caisse Primaire d'Assurance-Maladie de l'Eure, à la Mutuelle Nationale Territoriale, à la Caisse des écoles de Gravigny et au Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Leduc, premier conseiller,

M. Bouvet, premier conseiller,

Assistés de M. Boulay, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

Le rapporteur,

C. BOUVET

La présidente,

A. GAILLARD

Le greffier,

N. BOULAY

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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