jeudi 3 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2001286 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | PAVIOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 avril 2020, 11 octobre 2021 et 4 décembre 2021, M. A E, Mme H J, Mme I F, M. C E et Mme G D, représentés par Me Paviot, demandent au tribunal :
1) de condamner le centre hospitalier universitaire de Rouen à leur verser la somme totale de 63 000 euros, en réparation du préjudice qu'ils estiment avoir subi en raison des fautes qu'ils imputent audit centre hospitalier dans la prise en charge de la dépouille de l'enfant B, décédé in utero le 16 décembre 2015 ;
2) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Rouen la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent dans le dernier état de leurs écritures que :
- le centre hospitalier universitaire a commis des fautes dans la prise en charge du corps du jeune B, mort-né le 16 décembre 2015, aux motifs que :
o les dispositions des articles R. 1112-76 et R. 1112-76-1 du code de la santé publique ont été méconnues ;
o le CHU était tenu d'attendre la décision du procureur de la République, qu'ils avaient saisi ;
o la volonté des parents n'a pas été respectée ;
o l'incinération du corps de B s'est faite sans respecter les dispositions de l'article R. 2213-39 du code général des collectivités territoriales, en l'absence de déclaration au maire ;
o le corps du jeune B a illégalement été assimilé à un déchet hospitalier ;
o ils ont perdu une chance de connaitre les causes du décès grâce à une autopsie ;
- ils justifient des préjudices qu'ils invoquent.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 mai 2020 et 4 novembre 2021, le centre hospitalier universitaire de Rouen, représenté par la SCP EMO Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge solidaire des requérants et, à titre subsidiaire, à ce que les prétentions indemnitaires de M. E et autres soient ramenées à de plus justes proportions.
Il fait valoir que :
- les parents n'ont pas réclamé le corps du jeune B dans le délai de dix jours prévu à l'article R. 1112-75 du code de la santé publique ;
- le procureur de la République n'a ni ordonné d'autopsie ni pris de réquisition aux fins de conservation du corps ;
- le préjudice tiré de la perte de chance de connaitre les causes du décès de l'enfant n'est pas établi, une autopsie ayant été réalisée par ses services ;
- les autres préjudices allégués sont exagérément évalués.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de procédure pénale ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Mulot, premier conseiller ;
- les conclusions de Mme Cazcarra, rapporteure publique ;
- les observations de Me Paviot, avocat de M. E et autres ;
- et les observations de Me Louiset, avocate du centre hospitalier de Rouen.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l'instruction que Mme H J, née en 1986, a débuté en 2015 une grossesse dont le terme était prévu vers le 20 décembre 2015. Elle a toutefois accouché le 17 décembre 2015 au centre hospitalier universitaire de Rouen d'un enfant mort-né, prénommé B, décédé in utero la veille. Par un courrier du 18 février 2019 adressé au centre hospitalier universitaire par l'intermédiaire de leur conseil, Mme J et M. E ont sollicité la restitution du corps de leur enfant, consécutivement au classement sans suite, par le procureur de la République, de la plainte qu'ils avaient déposée à l'encontre de l'établissement. Par un courrier du 1er avril 2019, la directrice des relations avec la patientèle et la médecine de ville les a informés que l'incinération du corps de B avait eu lieu le 6 juillet 2016 et que les cendres avaient été déposées dans un espace dédié du cimetière monumental de Rouen.
2. Par la présente requête, les parents et grands-parents du jeune B recherchent la responsabilité fautive du centre hospitalier universitaire de Rouen dans la prise en charge du corps de l'enfant.
Sur les conclusions principales de la requête :
3. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article R. 1112-75 du code de la santé publique : " La famille ou, à défaut, les proches disposent d'un délai de dix jours pour réclamer le corps de la personne décédée dans l'établissement. La mère ou le père dispose, à compter de l'accouchement, du même délai pour réclamer le corps de l'enfant pouvant être déclaré sans vie à l'état civil ". L'article R. 1112-76 du même code prévoit que : " I.-Dans le cas où le corps du défunt ou de l'enfant pouvant être déclaré sans vie à l'état civil est réclamé, il est remis sans délai aux personnes visées à l'article R. 1112-75. / II.-En cas de non-réclamation du corps dans le délai de dix jours mentionné à l'article R. 1112-75, l'établissement dispose de deux jours francs () 2° Pour prendre les mesures en vue de procéder, à sa charge, à la crémation du corps de l'enfant pouvant être déclaré sans vie à l'état civil ou, lorsqu'une convention avec la commune le prévoit, en vue de son inhumation par celle-ci. / III.-Lorsque, en application de l'article L. 1241-5, des prélèvements sont réalisés sur le corps d'un enfant pouvant être déclaré sans vie à l'état civil, les délais mentionnés aux I et II du présent article sont prorogés de la durée nécessaire à la réalisation de ces prélèvements sans qu'ils puissent excéder quatre semaines à compter de l'accouchement ". Enfin, l'article R. 1112-76-1 du code de la santé publique fait obligation aux établissements de santé de tenir un registre mentionnant les informations permettant le suivi du corps des personnes décédées et des enfants pouvant être déclarés sans vie à l'état civil, depuis le constat du décès des personnes ou de la date de l'accouchement des enfants pouvant être déclarés sans vie à l'état civil et jusqu'au départ des corps de l'établissement.
4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le 17 décembre 2015, M. E et Mme J ont remis au centre hospitalier universitaire de Rouen le document de l'établissement dénommé " Document d'accord parental pour la prise en charge du corps (décès prénatal) " en ayant coché la case " souhaitons confier le corps de notre enfant à l'hôpital pour crémation ". Le même document les informait de ce qu'en l'absence de choix entre la crémation et la réclamation du corps de l'enfant dans les dix jours suivant le décès, l'hôpital serait tenu de faire procéder à la crémation du corps. Le même jour en fin de journée ou le lendemain, les parents du jeune B ont remis au centre hospitalier universitaire un nouvel exemplaire dudit formulaire, comportant toujours la case cochée " souhaitons confier le corps de notre enfant à l'hôpital pour crémation " et accompagnée de la mention manuscrite " j'interdis la crémation de mon enfant dans l'attente de la décision du Procureur de la République ".
5. Il résulte toutefois des dispositions citées au point 3 du présent jugement que le centre hospitalier universitaire était tenu, si les parents de l'enfant né sans vie ne réclamaient pas le corps dans les dix jours suivant le décès, délai prolongé de quelques jours en application du III de l'article R. 1112-76 compte-tenu des prélèvements réalisés le 24 décembre 2015 sur le corps de l'enfant, avec l'accord des parents, de procéder à la crémation de celui-ci. Contrairement à ce que soutiennent M. E et autres, les parents du jeune B ont été informés des conséquences de l'absence de réclamation du corps et le centre hospitalier universitaire de Rouen ne pouvait légalement conserver le corps du jeune B que dans les conditions, délais et limites prévues par les dispositions précitées. En outre, là encore contrairement à ce que soutiennent les requérants, le centre hospitalier universitaire de Rouen n'était pas tenu de prendre à nouveau leur attache pour les interroger sur le sort qu'ils souhaitaient réserver au corps de leur enfant, dès lors qu'ils avaient signé à deux reprises le formulaire de l'établissement qui leur délivrait l'ensemble des informations utiles. Par suite, c'est sans commettre les fautes qui lui sont reprochées que le centre hospitalier universitaire de Rouen a pu décider de procéder à la crémation du corps du jeune B.
6. En deuxième lieu, si M. E et autres soutiennent que le centre hospitalier universitaire aurait été tenu d'attendre les suites données à la plainte qu'ils avaient déposé auprès du procureur de la République, il ne résulte pas de l'instruction que ce magistrat aurait pris, notamment sur le fondement de l'article 74 du code de procédure pénale ou d'une autre disposition, une quelconque réquisition ordonnant à l'établissement de conserver le corps de l'enfant, ni ordonné une autopsie. Par suite, en l'absence d'une telle instruction d'un magistrat du parquet, le centre hospitalier universitaire de Rouen était tenu de se conformer aux dispositions citées au point 3 et, en l'absence de réclamation par les parents du corps de B, de procéder à sa crémation. Pour les mêmes motifs, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le centre hospitalier universitaire aurait commis une faute en ne respectant pas leur volonté quant au sort à réserver au corps de leur enfant né sans vie, dont les dispositions impératives citées au point 3 du présent jugement règlent la situation.
7. En troisième lieu, si M. E et autres soutiennent que la crémation du corps de leur enfant aurait été faite en méconnaissance des dispositions de l'article R. 2213-39 du code général des collectivités territoriales, qui prévoient que " () la dispersion des cendres, dans un cimetière ou un site cinéraire faisant l'objet de concessions, sont subordonnés à l'autorisation du maire de la commune où se déroule l'opération ", l'éventuelle faute qu'aurait commise le centre hospitalier universitaire de Rouen en ne recueillant pas l'accord du maire est en tout état de cause dépourvue de tout lien avec les préjudices dont se plaignent les requérants. Il en va de même, pour les mêmes motifs, des éventuelles irrégularités qui affecteraient le registre prévu à l'article R. 1112-76-1 du code de la santé publique, qui sont dépourvues de tout lien avec les préjudices allégués par M. E et autres.
8. En quatrième lieu, dès lors qu'il résulte de l'instruction que le centre hospitalier universitaire de Rouen s'est conformé aux dispositions des articles du code de la santé publique mentionnés au point 3 du présent jugement, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le corps du jeune B aurait été illégalement assimilé à une pièce anatomique dont l'incinération est rendue obligatoire par les dispositions de l'article R. 1335-11 du code de la santé publique.
9. En cinquième lieu, il résulte de l'instruction que, comme il a été dit au point 5 du présent jugement, des prélèvements ont été effectués le 24 décembre 2015 sur le corps de l'enfant, pour lesquels les parents du jeune B avaient expressément donné leur autorisation le 17 décembre 2015, aux fins de pratiquer des examens à visée diagnostique, une autopsie et des prélèvements à visées génétiques. Des comptes rendus de ces examens ont été établis les 24 décembre 2015 et 11 mars 2016. Par suite, et alors qu'ainsi qu'il a été dit le procureur de la République n'a ordonné aucune mesure, M. E et autres ne sont pas fondés à soutenir qu'ils ont été privés d'une chance de connaitre les causes du décès du jeune B, alors en outre qu'il résulte de l'instruction et notamment du compte rendu de consultation du 11 mars 2016 que le chef du service de gynécologie obstétrique a reçu M. E et Mme J pour échanger avec eux sur ces résultats et leur indiquer qu'il était très probable que la cause du décès soit lié à une pathologie vasculaire placentaire, dans un contexte de diabète gestationnel insuffisamment équilibré.
10. Il résulte de ce qui précède que M. E et autres ne sont pas fondés à demander l'engagement de la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Rouen. Les conclusions principales de leur requête doivent, par suite, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier universitaire de Rouen, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. E et autres au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme demandée par le centre hospitalier universitaire de Rouen au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E et autres est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier universitaire de Rouen présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, premier requérant dénommé, en application du dernier alinéa de l'article R. 751-3 du code de justice administrative et au centre hospitalier universitaire de Rouen.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Gaillard, présidente,
MM. Bouvet et Mulot, premiers conseillers,
Assistés de M. Boulay, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.
Le rapporteur,
R. MULOT
La présidente,
A. GAILLARD
Le greffier,
N. BOULAY
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2001286
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026