jeudi 16 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2001634 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | BOURDON VINCENT |
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code civil ;
- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Cazcarra, rapporteure publique ;
- les observations de Me Monange, pour Mme C ;
- les observations de Me Noblet, pour le CHU de Rouen.
Considérant ce qui suit :
1. Alors âgée de 60 ans, Mme B C, a été admise, le 2 septembre 2012, à 21 heures 25, au service des urgences du CH de Dieppe, pour des douleurs du rachis lombaire, du bassin et de la hanche gauche, consécutives à une chute à son domicile survenue dans la nuit du 31 août au 1er septembre 2012. Les examens cliniques successivement entrepris au sein de cet établissement ont révélé une fracture de L1 dans un contexte d'ostéoporose avec recul du mur postérieur et un rétrécissement canalaire d'environ 50%. Une indication d'avis neurochirurgical ayant été posée, Mme C a été transférée, le 3 septembre au sein du service de neurochirurgie du CHU de Rouen. Le diagnostic réalisé sur place confirmait une fracture de L1, sans déficit sensitif ni moteur, et sans troubles sphinctériens. Une ostéosynthèse dorsolombaire par mise en place de crochets lamaires en L1-L3 et D11-D10 a été décidée par l'équipe médicale. Mme C a été opérée le 5 septembre 2012, au sein du service de neurochirurgie. Un déficit moteur du membre inférieur gauche étant apparu en phase post-opératoire immédiate, un premier examen scanner a été réalisé, qui n'a rien révélé. Un deuxième scanner réalisé le lendemain n'a pas permis d'exclure l'hypothèse d'un hématome intra-canalaire, du fait d'artefacts liés à la présence du matériel chirurgical sur l'imagerie, aucune intervention n'a cependant été décidée. Devant la majoration du déficit moteur associée à une hypoesthésie complète et des troubles sphinctériens, une reprise chirurgicale pour ablation du matériel et laminectomie a été entreprise, le 6 septembre 2012, laquelle n'a débouché sur aucune amélioration neurologique. Un examen par IRM pratiqué le 11 septembre 2012 a mis en évidence, outre un foyer de fracture important en L1, un second foyer de fracture en D8, non détecté jusqu'à lors, avec contusion médullaire en D8-D9 et hématome épidural postérieur, tableau évocateur d'une décompensation aigüe d'une fracture sous-jacente en D8 avec contusion médullaire, probablement favorisée par la mise en place du matériel d'ostéosynthèse, à l'origine de troubles neurologiques et sphinctériens majeurs. Devant ce tableau clinique, l'équipe médicale a décidé de ne plus tenter de reprise chirurgicale. La patiente a été transférée, le 15 octobre 2012, à l'hôpital maritime de Berck (62) pour rééducation, jusqu'au 24 avril 2014. Mme C qui a été hospitalisée à de multiples reprises depuis lors, présente à ce jour des séquelles neurologiques tenant, en particulier, à une paraplégie complète associée à des troubles urinaires et sphinctériens.
2. Le 8 février 2016, Mme C a saisi le juge des référés d'une demande d'expertise portant sur les conditions de sa prise en charge par le CHU de Rouen. Désigné par une ordonnance du 20 juillet 2016, le Pr A, neurochirurgien, a déposé un premier rapport, le 29 avril 2019, sans pouvoir se prononcer sur l'ensemble des préjudices, ni fixer de date de consolidation, la victime bénéficiant toujours de soins et d'hospitalisations, à la date de réalisation de l'expertise. Au vu de ce rapport, Mme C a adressé, le 28 janvier 2020, une demande indemnitaire préalable au CHU de Rouen. Cette réclamation, laissée sans réponse, a été implicitement rejetée. Par la présente requête, la requérante demande que le CHU de Rouen soit condamné à l'indemniser des conséquences dommageables résultant de sa prise en charge au sein de cet établissement.
Sur la responsabilité :
3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
4. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
5. Il résulte de l'instruction que Mme C, qui ne présentait aucun signe évocateur de troubles neurologiques à son admission au CH de Dieppe, ni plus qu'à son admission au sein du service de neurochirurgie du CHU de Rouen, a présenté, en post-opératoire immédiat d'ostéosynthèse dorsolombaire, le 5 septembre 2012, un déficit moteur du membre inférieur gauche. Si le premier examen par scanner effectué sitôt ce trouble apparu, n'a rien révélé d'anormal, le deuxième examen, réalisé le lendemain en raison de l'aggravation des symptômes neurologiques, évoluant vers une paraplégie, n'a pas permis d'exclure formellement l'apparition d'un hématome épidural de nature compressive, en raison de difficultés d'interprétation des images, elles-mêmes liées à la présence d'artefacts créés par le matériel d'ostéosynthèse implanté lors de l'intervention. Il ressort toutefois du rapport d'expertise du Pr A que l'équipe médicale, qui a décidé de ne pas procéder à des examens complémentaires aux fins de déterminer l'origine des troubles neurologiques, de gravité croissante, dont était atteinte la patiente, aurait dû " s'acharner à comprendre pourquoi l'apparition de ces signes bilatéraux " au travers, notamment, de la réalisation d'un examen par IRM, lequel aurait pu permettre de détecter la formation d'un hématome épidural à l'origine d'une contusion médullaire. L'expert ajoute qu'à supposer même cet examen infructueux, il aurait alors été nécessaire d'envisager une chirurgie de reprise " ultra précoce " afin de parvenir à déterminer l'origine du phénomène compressif. Il est constant, à cet égard, que le premier examen IRM réalisé en vue de déterminer l'étiologie des troubles présentés par la patiente n'a été entrepris que le 11 septembre 2012, soit six jours après l'apparition des premiers symptômes clairement évocateurs de lésions neurologiques et, postérieurement à la seconde intervention chirurgicale, réalisée le 6 septembre 2012, laquelle ne visait qu'à procéder à l'ablation du matériel d'ostéosynthèse. Dans ces conditions, l'abstention initiale, puis le retard, à effectuer des examens étiologiques complémentaires, imputables au CHU de Rouen, présentent un caractère fautif, à l'origine d'une perte de chances pour Mme C d'échapper aux séquelles dont elle demeure affligée. Cette faute est de nature à engager la responsabilité du CHU de Rouen, qui n'en conteste d'ailleurs pas le principe. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de fixer le taux de la chance ainsi perdue à 60 %.
Sur les préjudices :
6. A la date de réalisation de l'expertise médicale du Pr A, l'état de santé de Mme C n'était pas consolidé. Ainsi, le tribunal ne trouve pas au dossier de l'instruction, les éléments permettant d'apprécier la réalité et l'étendue des préjudices subis par l'intéressée, qui n'a, par ailleurs, formé aucune demande indemnitaire à titre provisionnel, du fait de l'accident médical dont elle a été victime, le 5 septembre 2012. Il y a lieu, dès lors, avant dire droit, de désigner un expert dont la mission sera précisée à l'article 2 du présent jugement.
7. Pour les mêmes motifs, les droits et moyens de la CPAM de Rouen-Elbeuf-Dieppe-Seine-Maritime sont réservés jusqu'en fin d'instance. En outre, compte tenu du droit de priorité accordé à la victime, il ne peut être fait droit, dans les circonstances de l'espèce, à la demande de condamnation, à titre provisionnel, du CHU de Rouen, formée par la CPAM.
D É C I D E :
Article 1er : La responsabilité du CHU de Rouen est engagée, à hauteur de 60%, à raison de l'accident médical fautif dont Mme C a été victime, le 5 septembre 2012.
Article 2 : Il sera procédé, avant dire droit, à une expertise portant sur la réalité et l'étendue des préjudices subis par Mme C à la suite de son accident :
L'expert aura pour mission :
1°) de convoquer l'ensemble des parties ;
2°) de se faire communiquer l'ensemble des éléments qu'il estimera utiles au bon accomplissement de sa mission et d'entendre tout sachant ;
3°) de procéder à l'examen médical de Mme C et de décrire son état de santé, en particulier de décrire la nature des lésions présentées par cette dernière en lien avec l'accident dont elle a été victime le 5 septembre 2012, de les distinguer de l'état qu'elle présentait éventuellement antérieurement, ainsi que les soins qui lui ont été prodigués et ses conditions de vie actuelles ;
4°) de fixer, le cas échéant, la date de consolidation de l'état de santé de Mme C ou, à défaut, de donner son avis sur la date prévisible de consolidation ;
5°) d'évaluer les chefs de préjudices suivants :
a. Préjudices patrimoniaux temporaires :
- Dépenses de santé actuelles ;
- Pertes de gains professionnels actuels ;
- Frais liés au handicap, notamment les besoins en aide d'une tierce personne ;
- Frais divers.
b. Préjudices patrimoniaux permanents :
- Dépenses de santé futures ;
- Frais de logement adapté ;
- Frais de véhicule adapté ;
- Besoins d'assistance par une tierce personne ;
- Pertes de gains professionnels futurs ;
- Incidence professionnelle ;
- Préjudice scolaire, universitaire ou de formation.
c. Préjudices extrapatrimoniaux temporaires :
- Déficit fonctionnel temporaire ;
- Souffrances endurées ;
- Préjudice esthétique temporaire.
d. Préjudices extrapatrimoniaux permanents :
- Déficit fonctionnel permanent ;
- Préjudice d'agrément ;
- Préjudice sexuel ;
- Préjudice d'établissement ;
- Préjudice esthétique permanent ;
- Préjudices permanents exceptionnels.
6°) de prendre connaissance et/ou de se faire communiquer le relevé des débours de l'organisme de sécurité sociale auquel est affiliée Mme C et d'indiquer si les frais qui y sont inclus sont en relation directe avec les préjudices subis.
Article 3 : L'expert sera désigné par le président du Tribunal. Il accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il rendra son rapport dans un délai fixé par le président du Tribunal dans sa décision le désignant.
Article 4 : Par application de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, une ordonnance du président du tribunal fixera les frais de l'expertise et désignera la ou les parties qui en assumeront la charge.
Article 5 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à la caisse primaire d'assurance maladie de Rouen-Elbeuf-Dieppe-Seine-Maritime et au centre hospitalier universitaire de Rouen.
Délibéré après l'audience du 26 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Gaillard, présidente,
M. Bouvet, premier conseiller,
M. Mulot, premier conseiller,
Assistés de M. Tostivint, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.
Le rapporteur,
C. BOUVET
La présidente,
A. GAILLARD
Le greffier,
H. TOSTIVINT
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026