mercredi 2 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2001827 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | PIERSON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 27 mai 2020 et le 1er juin 2022, Mme C D, représentée par Me N'Diaye, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du département de l'Eure a rejeté sa demande tendant à sa réintégration dans ses anciennes fonctions ;
2°) d'annuler l'arrêté du 8 juin 2020 par lequel le président du département de l'Eure a mis fin à sa mise à disposition à la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) et l'a affectée, à compter du 1er janvier 2019, sur un emploi de secrétaire à la délégation sociale de la direction des territoires, de l'inclusion et du développement social ;
3°) d'enjoindre au département de l'Eure de la réintégrer dans ses anciennes fonctions dans un délai de quinze jours sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre au département de l'Eure de la " régulariser au regard du grade d'attaché territorial (catégorie A) occupé depuis septembre 2015 " et de " régulariser la grille indiciaire rétroactivement au mois de février 2019 notamment la perte de bonification indiciaire de 117,15 €, les 15 points de NBI qui manquent (25-10) rétroactivement au 1er janvier 2019 au regard du grade d'attaché (catégorie A) occupé depuis septembre 2015, sous astreinte comminatoire de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir " ;
5°) de condamner le département de l'Eure à lui verser la somme de 5 000 euros au titre de son préjudice moral ;
6°) de mettre à la charge du département de l'Eure la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- son affectation sur un emploi de secrétaire constitue une sanction déguisée ;
- il traduit un acte de harcèlement moral prohibé par les dispositions de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 ;
- l'arrêté du 1er septembre 2015 vise une convention de mise à disposition conclue le 13 mai 2013 alors qu'elle a pris ses fonctions à la MDPH le 1er septembre 2015 ;
- elle n'a pas signé la convention de mise à disposition avec la MDPH ;
- elle n'a pas demandé à mettre un terme à sa mise à disposition ;
- elle n'a pas bénéficié d'un entretien préalable au moment de sa réintégration ;
- elle a été rétrogradée et déclassée sur un poste de secrétaire relevant de la catégorie C ;
- en ne lui offrant pas une affectation correspondant à son grade, l'administration a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;
- son préjudice moral s'élève à 5 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 janvier et 20 avril 2021 et le 8 juillet 2022, le département de l'Eure, représenté par Me Pierson, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 8 juin 2022, Mme D déclare se désister de sa demande tendant à sa réintégration dans les effectifs du département de l'Eure.
Par une lettre du 4 octobre 2022, Mme D a été invitée, en application de l'article R. 612-1 du code de justice administrative, à régulariser dans un délai de quinze jours les conclusions indemnitaires de sa requête par la production de la décision par laquelle l'administration a rejeté sa réclamation indemnitaire préalable ou, dans l'hypothèse où un rejet implicite aurait été opposé à cette demande, de la preuve de la réception par l'administration d'une telle réclamation.
Des observations présentées pour Mme D en réponse à cette lettre ont été enregistrées le 11 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 2008-580 du 18 juin 2008 ;
- le décret n° 2012-924 du 30 juillet 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les conclusions de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ancienne fonctionnaire territoriale, a été recrutée à compter du 1er septembre 2015, par voie de mutation par le département de l'Eure, au grade de rédacteur territorial principal de 1ère classe. Elle a été mise à disposition de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) le 1er septembre 2015 pour y exercer les fonctions de coordinatrice administrative et financière. Par un courrier du 7 janvier 2018, Mme D a demandé au président du département de mettre fin à sa mise à disposition à compter du 11 janvier 2019. Elle a été réintégrée en janvier 2019 dans les effectifs du département sur un emploi de secrétaire. Par une lettre du 11 février 2020, Mme D a fait sommation au département, par l'intermédiaire de son conseil, de la réintégrer dans " son ancienne fonction, dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ". Le 27 mai 2020, en l'absence de réponse de l'administration, elle a saisi le tribunal administratif d'une requête tendant à l'annulation de cette décision implicite de rejet. Par un arrêté du 8 juin 2020, communiqué à la requérante dans le cadre de la présente instance, le président du département de l'Eure a mis fin, à compter du 1er janvier 2019, à la mise à disposition de l'intéressée à la MDPH et l'a affectée au poste de secrétaire à la délégation sociale de la direction des territoires, de l'inclusion et du développement social. Mme D demande également, dans le dernier état de ses écritures, l'annulation de cet arrêté. Enfin, le 14 septembre 2021, le président du département de l'Eure a signé une convention de rupture conventionnelle avec Mme D qui a été radiée des cadres à compter du 6 octobre 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 12 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Le grade est distinct de l'emploi. / Le grade est le titre qui confère à son titulaire vocation à occuper l'un des emplois qui lui correspondent ". Aux termes de l'article 61 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " La mise à disposition est la situation du fonctionnaire qui demeure dans son cadre d'emplois ou corps d'origine, est réputé y occuper un emploi, continue à percevoir la rémunération correspondante, mais qui exerce ses fonctions hors du service où il a vocation à servir ". Aux termes de l'article 5 du décret du 18 juin 2008 relatif au régime de la mise à disposition applicable aux collectivités territoriales et aux établissements publics administratifs locaux : " II. - Lorsque cesse la mise à disposition, le fonctionnaire qui ne peut être affecté aux fonctions qu'il exerçait précédemment dans son service d'origine reçoit une affectation dans l'un des emplois que son grade lui donne vocation à occuper, dans le respect des règles fixées au deuxième alinéa de l'article 54 de la loi du 26 janvier 1984 ".
3. Aux termes de l'article 1er du décret du 30 juillet 2012 portant statut particulier du cadre d'emplois des rédacteurs territoriaux : " Les rédacteurs territoriaux constituent un cadre d'emplois administratif de catégorie B au sens de l'article 5 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée () ". L'article 3 du même décret dispose : " I. - Les rédacteurs territoriaux sont chargés de fonctions administratives d'application. Ils assurent en particulier des tâches de gestion administrative, budgétaire et comptable, et participent à la rédaction des actes juridiques. Ils contribuent à l'élaboration et à la réalisation des actions de communication, d'animation et de développement économique, social, culturel et sportif de la collectivité. / Les rédacteurs peuvent se voir confier des fonctions d'encadrement des agents d'exécution. / Ils peuvent être chargés des fonctions d'assistant de direction ainsi que de celles de secrétaire de mairie d'une commune de moins de 2 000 habitants. / II. - Les rédacteurs principaux de 2e classe et les rédacteurs principaux de 1re classe ont vocation à occuper les emplois qui, relevant des domaines d'activité mentionnés au I, correspondent à un niveau d'expertise acquis par la formation initiale, par l'expérience professionnelle ou par la formation professionnelle tout au long de la vie. / Ils peuvent à ce titre réaliser certaines tâches complexes de gestion administrative, budgétaire et comptable, être chargés de l'analyse, du suivi ou du contrôle de dispositifs ou assurer la coordination de projets. / Ils peuvent également se voir confier la coordination d'une ou de plusieurs équipes, et la gestion ou l'animation d'un ou de plusieurs services ".
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme D, qui disposait du grade de rédacteur territorial principal de 1ère classe, a été affectée, à la suite de sa réintégration dans les effectifs du département, sur un emploi de secrétaire à la délégation sociale de la direction des territoires, de l'inclusion et du développement social. Ce poste, ainsi qu'en atteste la fiche de poste produite par la requérante, correspond à un emploi de catégorie C et implique l'accueil physique et téléphonique du public ainsi que l'orientation des usagers au sein de la maison départementale des solidarités d'Evreux, l'affichage de l'information à destination du public et la gestion des salles de réunion et des bureaux. Or, ainsi que le soutient la requérante, ces tâches administratives ne correspondent pas à un emploi que son grade de rédacteur territorial principal de 1ère classe lui donnait vocation à occuper. Si le département fait valoir que Mme D a conservé son grade et son échelon, ainsi que son traitement de base, cette circonstance demeure sans incidence sur l'illégalité de cette affectation qui porte atteinte à ses droits statutaires. Par suite, la décision implicite par laquelle le président du département a rejeté la demande de la requérante tendant à être affectée sur un emploi correspondant à son grade et l'arrêté du 8 juin 2020 portant affectation au poste de secrétaire sont entachés d'illégalité.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision implicite de rejet du président du département de l'Eure et de son arrêté du 8 juin 2020 en tant qu'il l'affecte sur un poste de secrétaire.
Sur la demande d'injonction :
6. Par un mémoire du 8 juin 2022, Mme D a déclaré se désister de ses conclusions tendant à être réintégrée dans les anciennes fonctions qu'elle occupait dans un délai de quinze jours sous astreinte de 500 euros par jour de retard. Dès lors, rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.
7. Par ailleurs, eu égard à ses motifs, l'annulation prononcée par le présent jugement n'implique pas qu'il soit enjoint au département de l'Eure de procéder à une régularisation administrative et financière de la situation de la requérante au grade des attachés territoriaux relevant de la catégorie A, grade dont au demeurant elle n'était pas titulaire. Ces conclusions à fin d'injonction, qui sont sans rapport avec la demande d'annulation présentée à titre principal, doivent, en tout état de cause, être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
8. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " () Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif.
9. Mme D demande la condamnation du département de l'Eure à lui verser la somme de 5 000 euros à raison de son affectation illégale. Toutefois, malgré la demande de régularisation adressée par le tribunal, la requérante ne justifie pas, à l'expiration du délai de quinze jours qui lui était imparti, avoir régularisé sa requête par la production de la décision, explicite ou implicite, du président du département rejetant sa réclamation indemnitaire préalable. Par suite, faute pour l'intéressée d'avoir lié le contentieux, la demande qu'elle présente à ce titre n'est pas recevable et ne peut, dès lors, qu'être rejetée.
10. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas recevable à demander la condamnation du département à lui verser la somme de 5 000 euros.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de l'Eure la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme D et non compris dans les dépens. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la requérante, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le département demande au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions de Mme D tendant à être réintégrée dans les anciennes fonctions qu'elle occupait dans un délai de quinze jours sous astreinte de 500 euros par jour de retard.
Article 2 : La décision implicite par laquelle le président du département de l'Eure a rejeté la demande formée le 11 février 2020 par Mme D et l'arrêté du 8 juin 2020 en tant que le président du département l'a affectée sur un poste de secrétaire, sont annulés.
Article 3 : Le département de l'Eure versera à Mme D la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Les conclusions du département de l'Eure tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au département de l'Eure.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Boyer, présidente,
- M. Guiral, conseiller,
- Mme Boucetta, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2022.
Le rapporteur,
S. A
La présidente,
C. BOYER
Le greffier,
J.-L. MICHEL
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026