jeudi 12 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2003132 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | ALQUIER CLAUDIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 août 2020 et des mémoires complémentaires enregistrés respectivement les 31 mai 2021, 2 juillet 2021 et le 8 septembre 2021, M. et Mme B, représentés par la S.E.L.A.R.L Pierre-Xavier Boyer, demandent au tribunal :
1°) de condamner, solidairement, le Syndicat Mixte d'Eau et d'Assainissement du Caux Central, la S.N.C. Veolia Eau Exploitations Le Havre et la S.C.A. Sade Exploitation De Normandie, à leur verser la somme de 134.801,66 euros, à parfaire, en réparation des préjudices subis du fait de désordres sur un bien à usage d'habitation leur appartenant ;
2°) de condamner solidairement les défendeurs aux dépens, constitués par les frais d'expertise ;
3°) de mettre à la charge solidaire des défendeurs la somme de 7 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du Code de Justice Administrative.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité sans faute du Syndicat Mixte d'Eau et d'Assainissement du Caux Central, de la S.N.C. Veolia Eau Exploitations Le Havre et de la S.C.A. Sade Exploitation De Normandie est engagée à leur égard dès lors qu''ils sont tiers aux ouvrages et aux opérations de travaux publics à l'origine de leurs préjudices, lesquels revêtent un caractère anormal et spécial ;
- ils ont été victimes de préjudices à hauteur de 134.801,66 euros ;
- leur préjudice se décompose comme suit :
* 40 000 euros au titre de la perte à la vente des bureaux, ainsi que 11.118, 40 euros de frais annexes liés à la vente de ces derniers ;
* 53. 683, 26 euros au titre des travaux liés à l'infestation de mérule ;
* 20 000 euros en réparation du trouble de jouissance subi ;
* 10 000 euros en réparation de leur préjudice moral.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 11 décembre 2020 et le 10 août 2021, la S.C.A. Sade Exploitation De Normandie, représentée par Me Claudie Alquier-Tesson, conclut à titre principal, à l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des demandes présentées par les requérants, à titre subsidiaire au rejet de leur requête, et enfin en tout état de cause à ce que soit mise à leur charge solidaire une somme de 10 000 euros en application de l'article L 761-1 du Code de Justice Administrative.
La S.C.A. Sade Exploitation De Normandie soutient que :
- seules les juridictions judicaires sont compétentes pour connaître des demandes présentées par les requérants ;
- le recours de plein contentieux présenté par Monsieur et Madame B est irrecevable ;
- la responsabilité de la S.C.A. Sade Exploitation De Normandie ne peut être retenue.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2021, le syndicat mixte d'eau et d'assainissement du Caux central, représenté par la SCP Jean-François Leprêtre, conclut :
- au rejet de la requête ;
- à ce que soit mise à la charge solidaire des requérants la somme de 4 000 euros au titre des frais d'instance ;
- à titre subsidiaire, de ramener les prétentions indemnitaires à de plus justes proportions ;
- à la condamnation de la Sade Compagnie Generale Des Exploitations De Normandie à le garantir de l'intégralité des condamnations prononcées à son encontre.
Il fait valoir que :
- les époux B sont mal fondés à rechercher la responsabilité du syndicat mixte du fait des dommages survenus dans les immeubles situés 55 et 57 rue du Calvaire dans la commune d'Yvetot ;
- les conclusions indemnitaires des requérants doivent être rejetés ;
- il y a lieu de condamner la Sade Exploitation De Normandie à garantir le syndicat mixte d'eau et d'assainissement du Caux central de l'intégralité des condamnations prononcées à son encontre.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Mulot, premier conseiller ;
- les conclusions C Cazcarra, rapporteure publique,
- les observations de Me Boyer, avocat de M. et Mme B ;
- les observations de Me Alquier-Tesson pour la S.C.A. Sade Exploitation De Normandie.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l'instruction que Madame A était propriétaire d'une maison située rue du Calvaire à Yvetot, et qu'au cours de l'année 2010, la commune d'Yvetot a confié à la société Véolia des travaux de rénovation du réseau d'assainissement de cette voie. Le 23 mars 2011 et le 30 novembre 2011, les eaux usées de la rue se sont déversées dans la cave de Madame A. Celle-ci ayant saisi la commune de ces désordres, une expertise amiable a été organisée. Une seconde expertise a été organisée, au contradictoire de l'EPCI de gestion des eaux, en raison de la présence de mérule découverte dans l'habitation. L'expert a constaté que l'angle du salon au rez-de-chaussée ainsi que le parquet de chêne massif étaient affectés par la présence de champignons lignivores, que la contamination semblait s'être étendue à un mur contigu à la maison et que le collecteur avait été fragilisé à l'occasion de travaux réalisés à la demande de la collectivité compétente.
2. Le 19 juin 2017, Monsieur B, voisin mitoyen C A, a lui aussi découvert la présence de mérule. Mme A a alors saisi le tribunal de grande instance de Rouen d'une demande de désignation d'un expert. Par une ordonnance du 26 octobre 2017, le président de cette juridiction a décliné la compétence de l'ordre de juridiction auquel il appartient. Concomitamment, Madame A a cédé sa maison à Monsieur B, qui s'est trouvé propriétaire de l'ensemble immobilier. C'est dans ses conditions que le 27 mars 2018, Madame A a souhaité conjointement avec le bénéficiaire de la promesse, Monsieur B, saisir le Tribunal administratif de Rouen de la demande d'expertise, qui a été ordonnée en référé le. 28 novembre 2018. Le 23 décembre 2019, l'expert, Jean-Michel Reymond a déposé son rapport définitif.
3. Sur la base de ce rapport, les requérants demandent à titre principal au tribunal de condamner les défendeurs à les indemniser de leurs préjudices.
Sur les conclusions principales :
4. Aux termes de l'article L. 2224-11 du code général des collectivités territoriales : " Les services publics d'eau et d'assainissement sont financièrement gérés comme des services à caractère industriel et commercial ". Il résulte de ces dispositions que ces services publics revêtent un caractère industriel et commercial.
5. Eu égard aux rapports de droit privé qui lient le service public industriel et commercial de l'assainissement à l'usager, il n'appartient qu'à la juridiction de l'ordre judiciaire de connaître des dommages causés à ce dernier à l'occasion de la fourniture de la prestation due par le service à l'intéressé, alors même que ces dommages trouvent leur origine dans un incident survenu en amont du branchement particulier.
6. Si les travaux mentionnés au point 1 du présent jugement ont été réalisés sur le réseau d'assainissement, qui constitue un ouvrage public, et s'il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que les dommages dont se plaignent les requérants sont apparus, en partie, consécutivement à ces travaux, ils l'ont été, en tout état de cause, à l'occasion de la fourniture des prestations aux requérants.
7. Il n'appartient, dès lors, qu'à la juridiction judiciaire de connaitre du litige opposant M. et Mme B, qui ont la qualité d'usager du service industriel et commercial d'assainissement, aux défendeurs. Les conclusions principales de la requête tendant à la réparation des préjudices subis doivent donc être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Sur les autres conclusions :
8. En premier lieu, aux termes des deux premiers alinéas de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties ".
9. Aux termes des dispositions de l'article R. 621-13 du même code : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance () Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires. Elle est exécutoire dès son prononcé, et peut être recouvrée contre les personnes privées ou publiques par les voies de droit commun. Elle peut faire l'objet, dans le délai d'un mois à compter de sa notification, du recours prévu à l'article R. 761-5 / Dans le cas où les frais d'expertise mentionnés à l'alinéa précédent sont compris dans les dépens d'une instance principale, la formation de jugement statuant sur cette instance peut décider que la charge définitive de ces frais incombe à une partie autre que celle qui a été désignée par l'ordonnance mentionnée à l'alinéa précédent ou par le jugement rendu sur un recours dirigé contre cette ordonnance ".
10. Par une ordonnance du 15 juillet 2020, la présidente du tribunal administratif de Rouen a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expert à la somme de 18 000,19 euros, et mis ces frais à la charge de M. et Mme B et C Mme A. Il résulte des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative citées ci-dessus qu'il n'appartient qu'à la formation de jugement saisie au principal, qui ainsi qu'il a été exposé ci-dessus, ne peut être que la juridiction judiciaire, de décider que charge définitive de ces frais incombe à une partie autre que celle qui a été désignée par l'ordonnance du président du tribunal du 15 juillet 2020.
11. En dernier lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du Syndicat Mixte d'Eau et d'Assainissement du Caux Central, de la S.N.C. Veolia Eau Exploitations Le Havre et de la S.C.A. Sade Exploitation De Normandie, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, la somme demandée par M. et Mme B au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. et Mme B la somme demandée par le Syndicat Mixte d'Eau et d'Assainissement du Caux Central et par la S.C.A. Sade Exploitation De Normandie.
D E C I D E :
Article 1er: Les conclusions indemnitaires de M. et Mme B sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaitre.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête et les conclusions des défendeurs relatives aux frais de procès sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B, au Syndicat Mixte d'Eau et d'Assainissement du Caux Central, à la S.N.C. Veolia Eau Exploitations Le Havre et à la S.C.A. Sade Exploitation De Normandie.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Gaillard, présidente,
MM. Bouvet et Mulot, premiers conseillers,
Assistés de M. Tostivint, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.
Le rapporteur,
signé
Robin Mulot
La présidente,
signé
Anne Gaillard Le greffier,
signé
Henry Tostivint
La République mande et ordonne au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce quiconcerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
signé
S. Combes
N°200313
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026