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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2003748

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2003748

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2003748
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantNICOLAI LOTY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 septembre 2020 et des mémoires complémentaires enregistrés le 20 juin 2022 et les 7 et 11 juillet 2022, Mme D B, représentée par la SELARL Nicolaï-Loty-Salaün, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande indemnitaire préalable qui lui a été opposée par le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine ;

2°) de condamner in solidum le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine et son assureur, la société AXA France IARD à lui verser la somme totale de 160 052,03 euros en indemnisation de ses préjudices résultant de sa prise en charge médicale fautive dans cet établissement, somme assortie des intérêts et de la capitalisation de droit ;

3°) de condamner le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine et la société AXA France IARD aux entiers dépens ;

3°) de mettre à la charge du Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine et de la société AXA France IARD la somme de 3 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- sa prise en charge par le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine, le 24 mars 2009 n'a pas été conforme aux règles de l'art médical ;

- le praticien qui l'a opérée en raison d'une souffrance du nerf médian droit du canal carpien a partiellement sectionné le nerf médian, lors de l'intervention ;

- cette maladresse opératoire présente un caractère fautif, selon les conclusions de l'expertise judiciaire ;

- il en a résulté une algodystrophie temporaire, puis un syndrome du canal carpien permanent ;

- elle n'a jamais pu reprendre ses activités professionnelles ;

- cette maladresse opératoire fautive est de nature à engager la responsabilité de l'établissement, à hauteur de 75% des dommages en résultant ;

- elle est fondée à solliciter l'indemnisation de ses préjudices, lesquels s'établissent comme suit :

* 1 067,76 euros au titre des dépenses de santé actuelles ;

* 1 179,61 euros au titre des frais divers

* 1 560 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;

* 750 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;

* 7 500 euros au titre des souffrances endurées ;

* 10 800 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;

* 1 125 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;

* 3 500 euros au titre du préjudice d'agrément ;

* 95 069,66 euros au titre des pertes de gains professionnels futurs ;

* 37 500 euros au titre de l'incidence professionnelle.

Par un mémoire enregistré le 6 novembre 2021, la Caisse primaire d'assurance-maladie (CPAM) de l'Eure, représentée par Me Vincent Bourdon, demande au tribunal :

1°) de condamner le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine à lui verser la somme totale de 63 943,30 euros au titre de ses débours, somme assortie des intérêts de droit à la date du jugement à intervenir ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner l'établissement à lui verser 75% de cette somme, correspondant à la fraction des dommages imputable au geste fautif ;

3°) de condamner le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine aux dépens ;

4°) de condamner le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine à lui verser l'indemnité forfaitaire de gestion telle que réglementairement fixée au jour du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge du Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La CPAM de l'Eure soutient que :

- le caractère fautif du geste opératoire à l'origine des dommages est clairement établi par les conclusions de l'expertise judiciaire ;

- la responsabilité de l'établissement est dès lors engagée ;

- ses débours, qui s'élèvent à la somme totale de 63 943,30 euros, résultent intégralement des soins dispensés à son assurée aux fins de traiter les suites de la maladresse opératoire ;

- elle est donc fondée à solliciter le remboursement de l'intégralité de ses débours ;

- à titre subsidiaire, cette indemnisation pourra être ramenée à 75% de ce montant total ;

- elle est également fondée à solliciter le versement de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 mars 2022, un mémoire complémentaire enregistré le 24 juin 2022 et un mémoire enregistré le 25 juillet 2022, ce dernier, non communiqué, le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine et son assureur, la société AXA France IARD, représentés par la SELARL Fabre et Associées, demandent au tribunal de ramener les prétentions indemnitaires de la requérante et de la CPAM de l'Eure à de plus justes proportions.

L'établissement et son assureur soutiennent que :

- ils n'entendent pas contester le principe de la responsabilité du Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine s'agissant de la lésion fautive du nerf médian infligée à la patiente ;

- sur la base des conclusions de l'expertise judiciaire, il convient, cependant, de limiter l'indemnisation à 75% du montant des préjudices, correspondant à la fraction des dommages strictement imputable au geste fautif ;

- les prétentions indemnitaires des requérants sont, par ailleurs, excessives ;

- les dépenses de santé actuelles ont été prises en charge par la CPAM et ne peuvent, dès lors, donner lieu à indemnisation au bénéfice de Mme B ;

- les frais divers sont insuffisamment justifiés ;

- l'indemnisation du déficit fonctionnel temporaire partiel ne saurait excéder la somme de 725,63 euros ;

- l'indemnisation du préjudice esthétique temporaire devrait être fixée à 187,50 euros ;

- les souffrances endurées ne sauraient donner lieu à une indemnisation supérieure à 2 325 euros ;

- l'indemnisation du déficit fonctionnel permanent ne saurait excéder 9 000 euros ;

- l'indemnisation du préjudice esthétique permanent devrait être fixée à 750 euros ;

- l'indemnisation du préjudice d'agrément devrait être fixée à 750 euros ;

- le préjudice de pertes de gains professionnels futurs n'est pas établi, dans son principe ;

- à titre subsidiaire, ce préjudice ne saurait donner lieu au versement d'une somme excédant 1 279,50 euros ;

- l'indemnisation du préjudice d'incidence professionnelle sera limitée à 6 000 euros ;

- il conviendra, enfin, de déduire du montant total de l'indemnisation accordée à la requérante le montant de la provision allouée soit 12 958,75 euros ;

- l'indemnisation des débours de la CPAM de l'Eure sera limitée à la somme de 47 201 euros, après application du taux d'imputabilité de 75% retenu par l'expert judiciaire ;

- certains frais d'imagerie postérieurs à la consolidation, ainsi que les frais futurs occasionnels devront être exclus du champ de l'indemnisation.

Vu :

- l'ordonnance n°1704080 du président du tribunal administratif de Rouen en date du 19 novembre 2018 de taxation et liquidation des frais d'expertise du Dr C ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Cazcarra, rapporteure publique ;

- les observations de Me Salaün, pour Mme B ;

- les observations de Me Bourdon, pour la CPAM de l'Eure, qui indique que la Caisse est parvenue à une transaction avec le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine, non finalisée à ce stade.

- les observations de Me Boinet, pour le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine.

Considérant ce qui suit :

1. Le 24 mars 2009, Mme B, alors âgée de 52 ans a subi, au Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine, une intervention chirurgicale de neurolyse en raison d'une souffrance du nerf médian droit du canal carpien. Lors de l'intervention, ce nerf a été partiellement lésé par le chirurgien, lui occasionnant des troubles sensitifs et fonctionnels séquellaires qui, quoique pris en charge en peropératoire immédiat, demeurent, aujourd'hui encore. Saisi par la requérante, le juge des référés du tribunal administratif de Rouen a désigné, le 22 mai 2018, le Dr E C, neurochirurgien, en qualité d'expert aux fins de se prononcer sur la prise en charge médicale de l'intéressée. L'expert a déposé son rapport le 8 novembre 2018, concluant à l'existence de manquements imputables au Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine et fixant une date de consolidation au 26 août 2010. Mme B a adressé une demande indemnitaire préalable au Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine qui a été reçue par l'établissement le 3 juin 2020 et implicitement rejetée. Par la présente instance, Mme B demande l'indemnisation des préjudices résultant de sa prise en charge médicale au sein de cet établissement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La requête présentée par Mme B ne tend pas à la seule annulation de la décision implicite de rejet du Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine prise sur sa demande indemnitaire préalable, mais également à ce qu'il soit ordonné l'indemnisation de ses préjudices. La décision implicite de rejet précitée a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de Mme B qui, en formulant les conclusions susmentionnées, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressée à percevoir la somme qu'elle réclame, les vices propres dont serait entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Au demeurant, ces conclusions en annulation ne sont assorties d'aucun moyen soulevé à l'encontre de la décision contestée. En conséquence, ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité du Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine :

3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".

4. Il résulte de l'instruction que Mme B, qui souffrait d'une neuropathie canalaire droite, affection confirmée par examen électromyographique, a été opérée, le 24 mars 2009, au Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine par le Dr A aux fins de décompression chirurgicale du nerf médian du canal carpien droit. Si, aux termes de l'expertise judiciaire du Dr C, l'intervention était bien indiquée, l'exécution du geste opératoire a cependant été maladroite, le praticien ayant infligé une plaie partielle de la branche de ramification médiale du nerf médian à la patiente. Quoiqu'immédiatement prise en charge et suturée par l'équipe médicale du centre hospitalier, cette lésion a été à l'origine de troubles sensitifs séquellaires, de douleurs neuropathiques du troisième doigt de la main droite avec gêne fonctionnelle et d'une algoneurodystrophie survenue en phase ultérieure. Au regard de ces éléments, et dès lors, notamment, qu'il ne résulte pas de l'instruction que le tableau clinique et opératoire présenté par Mme B était d'une particulière difficulté, cette maladresse opératoire à l'origine de la lésion qui constitue elle-même la source totale ou partielle des dommages, revêt un caractère fautif de nature à engager la responsabilité du Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine qui n'en conteste d'ailleurs pas le principe, à hauteur de 75% des dommages en résultant, taux d'imputabilité retenu par l'expertise judiciaire, qui n'est pas davantage critiqué.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

S'agissant des dépenses de santé actuelles :

5. Il ressort des écritures de la requérante elle-même que la somme de 1 067,76 euros exposée au titre des dépenses de santé actuelles a été prise en charge par la CPAM de l'Eure. Par suite, ce préjudice, qui n'est pas établi dans son principe ne peut donner lieu à indemnisation.

S'agissant des frais divers :

6. Mme B soutient avoir parcouru une distance cumulée de 2 617 kilomètres durant la période comprise entre le 10 avril 2009 et le 10 juillet 2019 afin de se rendre à des rendez-vous médicaux liés à l'accident médical fautif imputable au centre hospitalier. Si ce décompte, qui apparaît suffisamment précis, est exclusivement fondé sur les relevés et déclarations de la requérante elle-même, il n'est pas contesté en défense par le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que Mme B aurait perçu des prestations de transport de la part d'un tiers payeur. Par suite, compte tenu de la puissance fiscale du véhicule de la requérante, égale à 7 chevaux, et du taux d'imputabilité de 75%, la requérante se verra allouer la somme de 1 179,61 euros.

S'agissant de la perte de gains professionnels futurs :

7. Il résulte de l'instruction que Mme B n'a pas été en mesure de reprendre son poste d'assistante maternelle, à la suite de l'accident médical fautif qu'elle a subi, le 24 mars 2009. Toutefois, l'expert judiciaire a indiqué que la reprise d'activité de l'intéressée sur un poste adapté était possible et même souhaitable. Il est constant, à cet égard, que l'intéressée, qui s'est vue fixer un taux d'invalidité s'élevant à 10%, a été placée en invalidité de première catégorie, laquelle, en vertu de l'article L. 341-4 du code de la sécurité sociale, correspond aux invalides capables d'exercer une activité rémunérée. En outre, les trois pièces versées aux débats, à savoir deux refus d'embauche datés respectivement des 11 octobre 2012 et 29 juillet 2013, ainsi qu'une inscription à Pôle Emploi, le 7 octobre 2014, soit près de quatre ans après la date de consolidation, ne permettent pas, à elles seules, de démontrer le caractère infructueux de la tentative de reprise d'activité professionnelle dont se prévaut la requérante. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à se prévaloir de l'existence d'un préjudice de pertes de gains professionnels futurs, lequel ne peut être tenu pour établi dans son principe.

S'agissant de l'incidence professionnelle :

8. Il résulte de l'instruction, et il n'est pas contesté, que Mme B n'a pas été en mesure de reprendre son poste d'assistante maternelle dans les mêmes conditions en raison des séquelles de l'opération du 24 mars 2009. Il n'est pas sérieusement contestable, en outre, que l'intéressée a subi une dévalorisation sur le marché du travail en raison de cet accident médical. Enfin, la requérante fait valoir que ses qualifications professionnelles relevaient exclusivement du champ professionnel de la puériculture, rendant d'autant plus ardue une éventuelle reconversion. Toutefois, quoique la neuropathie du médius droit dont elle demeure affligée limite ses possibilités de reconversion professionnelle, les conclusions du rapport d'expertise font état de ce que la reprise d'une activité professionnelle était possible, sur un poste adapté. En outre, la Sécurité Sociale a reconnu à l'intéressée un taux d'invalidité de 10%, ainsi qu'il a été rappelé au point précédent. Compte tenu de l'ensemble de ces circonstances, de l'âge de Mme B, soit cinquante-deux ans, à la date de l'opération litigieuse, l'incidence professionnelle subie par la requérante sera justement évaluée à la somme de 10 000 euros. Par suite, après application du taux d'imputabilité de 75%, ce montant sera porté à 7 500 euros. Toutefois, en l'absence de perte de gains professionnels, la rente d'accident du travail servie à Mme B à hauteur de 28 104,81 euros doit être regardée comme réparant l'incidence professionnelle de l'intéressée qui ne peut, dès lors, prétendre à une indemnisation à ce titre du centre hospitalier défendeur.

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

9. Il résulte de l'instruction que Mme B a subi un déficit fonctionnel temporaire partiel de 25% pendant deux mois, du 25 mars 2009 au 25 mai 2009, puis un déficit fonctionnel temporaire de 15% du 26 mai 2009 au 26 août 2010, date de consolidation, soit durant 458 jours. Selon l'expert, il convient toutefois de déduire une période de déficit fonctionnel temporaire d'un mois de classe I, soit 10%, qui serait intervenue en post-opératoire, même en l'absence de faute. Par suite, sur la base d'une indemnisation journalière de 20 euros Mme B est fondée à solliciter le versement d'une somme totale de 1 201 euros au titre de ce préjudice.

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

10. Le Dr C a évalué à 12 % le déficit fonctionnel subi de façon permanente par Mme B en conséquence de la maladresse fautive commise lors de l'opération du 24 mars 2009. Compte tenu son âge de cinquante-trois ans au 26 août 2010, date de consolidation de son état de santé et du taux d'imputabilité de 75%, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 9 000 euros.

S'agissant des souffrances endurées :

11. Le rapport d'expertise a évalué à 3 sur une échelle de 1 à 7 les souffrances endurées par Mme B en lien avec les manquements fautifs imputables au Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine. Par suite, il sera fait une juste appréciation du préjudice global subi en allouant à Mme B une somme totale de 3 000 euros.

S'agissant du préjudice esthétique :

12. L'expert a évalué à 1 sur une échelle de 0 à 7 le préjudice esthétique subi de façon temporaire par Mme B et à 1 sur une échelle de 0 à 7 son préjudice esthétique subi de façon permanente. Par suite, il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique ainsi subi par Mme B en l'évaluant à la somme de 900 euros.

S'agissant du préjudice d'agrément :

13. Mme B fait valoir que la gêne fonctionnelle du médius droit dont elle demeure affectée ne lui permet plus de continuer à pratiquer des travaux de couture. Le principe même de ce préjudice, justifié par la requérante, et qui a été retenu par l'expert, n'est pas contesté en défense. Par suite, après application du taux d'imputabilité, il sera alloué une somme de 1 000 euros à Mme B au titre de ce poste de préjudice.

14. Il résulte de tout ce qui précède que le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine et son assureur la société AXA France IARD doivent être solidairement condamnés au versement d'une somme totale de 16 280,61 euros à Mme B en indemnisation de ses préjudices. Il y a lieu, cependant, de déduire de ce montant la somme de 12 958,75 euros que la société AXA France IARD établit avoir versé à la requérante, à titre de provision, pour le compte de son assuré.

Sur les débours de la CPAM de l'Eure :

15. Intervenant dans la présente instance, la CPAM de l'Eure exerce sur les réparations dues au titre des préjudices subis par Mme B le recours subrogatoire prévu à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

16. Par la production de son relevé des débours et de l'attestation de son médecin-conseil, la CPAM de l'Eure justifie du versement de prestations pour un montant de 63 943,30 euros à Mme B.

17. La CPAM de l'Eure est tout d'abord fondée à solliciter l'indemnisation des dépenses de santé de Mme B résultant de l'accident médical du 24 mars 2009 jusqu'à la date de consolidation, à hauteur de 831,57 euros.

18. La Caisse est également fondée à solliciter l'indemnisation des indemnités journalières versées à Mme B soit 16 615,32 euros.

19. La CPAM de l'Eure est fondée à solliciter, enfin, l'indemnisation des dépenses de santé futures en lien avec l'accident médical d'un montant total de 12 045,77 euros au titre

20. En revanche, ainsi qu'il a été dit au point n°7, le préjudice tenant aux pertes de gains professionnels futures n'est pas établi dans son principe. Il n'est pas davantage établi que la perte d'emploi subie par Mme B résulte directement et exclusivement des séquelles de l'opération réalisée au Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine. Dans ces conditions, nonobstant la circonstance que Mme B s'est vue reconnaître le statut de travailleur handicapé, les prestations versées ou à verser par la CPAM de l'Eure au titre des préjudices professionnels futurs, d'un montant de 6 345,83 euros et 28 104,81 euros, soit un montant cumulé de 34 450,64 euros, ne peuvent être tenues pour imputables au Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine. Ces débours ne peuvent dès lors donner lieu à indemnisation. Il y a lieu, cependant, d'accorder la somme de 10 000 euros à la CPAM de l'Eure, correspondant à l'évaluation, avant application du taux de 75%, de l'incidence professionnelle subie par la victime dans les conditions décrites au point n°8 et indemnisée par l'octroi de la rente d'accident du travail.

21. Par suite, après application du taux de 75%, mentionné au point n°4, le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine doit être condamné à verser à la CPAM de l'Eure une somme de 29 619,49 euros au titre de ces débours.

Sur les intérêts :

22. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ".

23. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'assortir les condamnations prononcées en faveur de Mme B des intérêts au taux légal à compter de la réception de sa demande indemnitaire préalable par le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine soit au 3 juin 2020. Par ailleurs, il y a lieu de faire droit à la demande de capitalisation des intérêts formée par la requérante à compter du 4 juin 2021, date à laquelle les intérêts étaient dus pour une année entière, et à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

24. La CPAM de l'Eure demande que l'indemnité qui lui est allouée au titre du remboursement de ses débours soit assortie des intérêts au taux légal à la date du jugement. Toutefois, même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts du jour de son prononcé jusqu'à son exécution. Par suite, les conclusions de la CPAM de l'Eure tendant à ce que les sommes qui lui sont allouées portent intérêts à compter de la date du jugement sont dépourvues de tout objet et doivent être rejetées.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :

25. En application de l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2022, et eu égard au montant de la somme allouée à la CPAM de l'Eure au titre de ses débours, il y a lieu de mettre à la charge du Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine le versement d'une somme de 1 114 euros à raison des frais engagés pour obtenir le remboursement des prestations servies à Mme B.

Sur les dépens :

26. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. L'Etat peut être condamné aux dépens. ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge saisi au fond du litige de statuer, au besoin d'office, sur la charge des frais de l'expertise ordonnée par la juridiction administrative.

27. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge solidaire du Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine et de la société AXA France IARD, l'intégralité des frais de l'expertise réalisée par le Dr C, liquidés et taxés à la somme de 1 600 euros par l'ordonnance susvisée du président du tribunal administratif de Rouen.

Sur les frais liés à l'instance :

28. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge solidaire du Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine et de la société AXA France IARD, le versement d'une somme de 1 500 euros à Mme B. Une somme de 800 euros sera mise à la charge de l'établissement au titre de ces mêmes frais au bénéfice de la CPAM de l'Eure.

D É C I D E :

Article 1er : Le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine et la société AXA France IARD sont condamnés solidairement à verser à Mme B une somme totale de 16 280,61 euros au titre de l'indemnisation de ses préjudices résultant de sa prise en charge au sein de cet établissement, sous déduction de la somme de 12 958,75 euros qui lui a été versée par la société AXA France IARD, à titre de provision, pour le compte de l'établissement. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 3 juin 2020. Les intérêts échus à la date du 4 juin 2021 seront capitalisés à cette date et à chaque échéance annuelle ultérieure pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : Le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine versera une somme de 29 619,49 euros à la Caisse primaire d'assurance maladie de l'Eure au titre du remboursement des débours exposés pour le compte de son assurée.

Article 3 : Les conclusions de la CPAM de l'Eure tendant à ce que les sommes qui lui sont allouées portent intérêts à compter de la date du jugement sont rejetées.

Article 4 : Le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine versera la somme de 1 114 euros à la CPAM de l'Eure au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 5 : Les frais et honoraires de l'expertise du Dr C, taxés et liquidés à la somme de 1 600 euros par l'ordonnance du président du tribunal administratif de Rouen en date du 19 novembre 2018, sont mis à la charge solidaire du Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine et de la société AXA France IARD.

Article 6 : Le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine et la société AXA France IARD verseront solidairement une somme de 1 500 euros à Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : Le Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine versera une somme de 800 euros à la CPAM de l'Eure au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 9 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à la Caisse Primaire d'Assurance Maladie de l'Eure, au Centre hospitalier intercommunal Eure-Seine et à la société AXA France IARD.

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Bouvet, premier conseiller,

M. Mulot, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

Le rapporteur,

C. BOUVET

La présidente,

A. GAILLARD

Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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