mercredi 30 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2005078 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | LOGOS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires enregistrés les 22 décembre 2020, 27 octobre 2022 et 28 février 2023, puis par un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 19 juin 2023, la SA Léon Grosse, représentée par la SELARL de Bézenac et associés, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal :
a) de condamner la commune de Mont-Saint-Aignan à lui verser une somme de 1 664 868,70 euros HT, assortie des intérêts au taux directeur semestriel de la Banque centrale européenne augmenté de 8 points, à compter du 8 novembre 2018, date du mémoire en réclamation, eux-mêmes capitalisés au titre du solde du lot n° 1 " clos - couvert " du marché de travaux pour la construction et la réhabilitation du centre culturel Marc Sangnier, et en réparation des préjudices subis ;
b) de la décharger de l'obligation de payer les pénalités de retard mises à sa charge ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner in solidum Mme D E, la société ID+ Ingénierie, devenue société Pax Ingénierie, et la société TPF Ingénierie à lui verser la somme de 1 377 572 euros HT en réparation des préjudices subis du fait de l'allongement des délais d'exécution et de la désorganisation du chantier ;
3°) à titre infiniment subsidiaire, d'ordonner une expertise avant dire droit afin d'examiner les préjudices qu'elle a subis ;
4°) en toute hypothèse, de mettre à la charge de la commune de Mont-Saint-Aignan ou toute autre partie succombante une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, elle a droit à la réparation des préjudices résultant de l'allongement de la durée du chantier, imputable à des fautes du maître d'ouvrage, d'une part, dans la conception de l'ouvrage et d'autre part, dans le choix de maintenir la maîtrise d'œuvre en dépit des difficultés rencontrées à l'occasion des défaillances du précédent attributaire ;
- à titre subsidiaire, elle est fondée à demander réparation des préjudices résultant de l'allongement de la durée du chantier, à l'égard de Mme D E, en raison de ses fautes dans la direction de l'exécution des travaux, de la société Pax Ingénierie, pour les erreurs de conception, s'agissant des fondations, et la transmission tardive des plans d'exécution, et enfin de la société TPF Ingénierie, faute de pilotage opérant du chantier ;
- ses préjudices s'élèvent à la somme de 1 377 572 euros HT ;
- en toute hypothèse, le maître d'ouvrage n'était pas fondé à lui appliquer des pénalités pour un montant total de 168 300 euros dès lors que les retards relevés ne lui sont pas imputables ;
- il a appliqué des réductions injustifiées sur les avenants au marché ;
- elle a droit à une indemnisation au titre des sujétions imprévues.
Par cinq mémoires en défense enregistrés les 14 septembre 2021, 3 juin 2022, 24 février, 16 mars et 13 avril 2023, puis un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, et un mémoire enregistrés les 22 mai 2023 et 27 juin 2024, la commune de Mont-Saint-Aignan, représentée par la SCP Emo Avocats, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de rejeter la requête de la société Léon Grosse ;
2°) à titre subsidiaire de condamner in solidum Mme D E, la société ID+ Ingénierie, devenue société Pax Ingénierie, M. A B et l'EURL Peytavin Yvan, en leur qualité de membre du groupement de maîtrise d'œuvre, ainsi que la société TPF Ingénierie à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;
3°) en toute hypothèse, de mettre à la charge de la société Léon Grosse, ou à défaut, les appelés en garantie, une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, elle est fondée à avoir appliqué les pénalités litigieuses à la société Léon Grosse ;
- celle-ci n'est pas fondée à solliciter sa condamnation au titre des sujétions imprévues, faute de caractère imprévisible des travaux en cause ;
- elle n'a pas commis les fautes alléguées par ladite société dans la conception de l'ouvrage et dans le maintien du groupement de maîtrise d'œuvre ;
- la société Léon Grosse ne justifie pas de la réalité des préjudices exposés ;
- à titre subsidiaire, elle est fondée à demander à être garantie par Mme D E, mandataire du groupement de maîtrise d'œuvre, et par la société TPF Ingénierie en raison des fautes dans l'exécution de leurs missions respectives ayant conduit à un allongement de la durée du chantier, tant au titre du solde du marché que de l'allongement de la durée du chantier.
Par deux mémoires enregistrés les 18 janvier et 16 mars 2023, puis par un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 16 juin 2023, Mme D E et l'EURL Peytavin Yvan, représentés par Me Caron, associé du cabinet CLL Avocats, demandent au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal :
a) de rejeter la demande de la société Léon Grosse formée à l'encontre de Mme D E ;
b) de rejeter la demande d'appel en garantie formée par la commune de Mont-Saint-Aignan à leur encontre ;
2°) à titre subsidiaire :
a) de condamner la société Apave Nord-Ouest, devenue société Apave Infrastructures et Construction France, la société TPF Ingénierie et la société ID+ Ingénierie, devenue société Pax Ingénierie, à les garantir de toute condamnation à leur encontre ;
b) de rejeter les demandes de la société Apave Nord-Ouest, devenue société Apave Infrastructures et Construction France, et de la société ID+ Ingénierie, devenue société Pax Ingénierie, formées à leur encontre ;
3°) à titre infiniment subsidiaire, d'arrêter un partage de responsabilité entre les différentes parties condamnées à hauteur des manquements qui leur auront été éventuellement imputés ;
4°) en toute hypothèse, de mettre à la charge de la société Léon Grosse une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- à titre principal, seul le maître d'ouvrage peut être redevable des sommes dues au titre des sujétions imprévues ;
- elles n'ont commis aucune faute dans l'exercice de leur mission de maîtrise d'œuvre ayant conduit à l'allongement de la durée du chantier ;
- le cas échéant, aucun lien de causalité n'est établi avec les préjudices exposés par la société Léon Grosse, dont le caractère certain n'est en tout état de cause pas établi ;
- à titre subsidiaire, en l'absence de faute de leur part, le maître d'ouvrage n'est pas fondé à solliciter leur condamnation à le garantir des condamnations prononcées à son encontre ;
- à titre infiniment subsidiaire, eu égard aux fautes des autres membres du groupement de maîtrise d'œuvre et du contrôleur technique, ils doivent être condamnés à les garantir de toute condamnation prononcée à leur encontre.
Par trois mémoires enregistrés les 7 février, 28 février et 12 mai 2023, puis un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, et un mémoire enregistrés les 30 mai 2023 et 28 juin 2024, la société Apave Infrastructures et Construction France, venant aux droits de la société Apave Nord-Ouest, représentée par la SELARL Sandrine Marié, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de rejeter l'ensemble des demandes formées à son encontre ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner in solidum M. A B, la société ID+ Ingénierie, devenue société Pax Ingénierie, la société Léon Grosse, Mme D E, l'EURL Peytavin Yvan et la société TPF Ingénierie à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;
3°) en toute hypothèse, de mettre à la charge in solidum de Mme D E, de l'EURL Peytavin Yvan et de tout succombant à lui verser une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, toute demande dirigée contre elle est irrecevable dès lors qu'un décompte général et définitif est intervenu en ce qui la concerne ;
- à titre subsidiaire, elle n'a pas commis de faute dans sa mission de contrôle technique tant pour la conception des fondations et l'exécution des travaux en vue de leur réalisation par le précédent attributaire du lot n° 1, que pendant la deuxième phase du chantier ;
- la société Léon Grosse est à l'origine des préjudices qu'elle allègue avoir subis, faute de s'être engagée sans désignation préalable d'un contrôleur technique, ni réalisation d'investigations complémentaires sur les fondations ;
- la société Léon Grosse ne justifie pas de la réalité des préjudices exposés ;
- à titre infiniment subsidiaire, les conclusions à fin d'appel en garantie présentées par les membres du groupement de maîtrise d'œuvre sont infondées compte tenu des fautes qu'ils ont commises dans l'exécution de leur mission ;
- ils doivent être condamnés, pour les mêmes motifs, à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre.
Par un mémoire enregistré le 16 mars 2023, puis un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 2 juin 2023 et non communiqué, la SAS Pax Ingénierie, venant aux droits de la SAS ID+ Ingénierie, représentée par Me Barrabé, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter l'ensemble des demandes formées à son encontre ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner Mme D E, l'EURL Peytavin Yvan, la société Apave Nord-Ouest, devenue société Apave Infrastructures et Construction France, et la société TPF Ingénierie à la garantir de toute condamnation à son encontre ;
3°) en toute hypothèse, de mettre à la charge de la société Léon Grosse et de la commune de Mont-Saint-Aignan une somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, elle n'a commis aucune faute, tant dans la conception de l'ouvrage, s'agissant des fondations, que dans la remise des plans d'exécution, ayant conduit à l'allongement de la durée du chantier ;
- la société Léon Grosse ne justifie pas de la réalité des préjudices exposés.
- à titre subsidiaire, elle doit être garantie de toute condamnation à son encontre par Mme D E, l'EURL Peytavin Yvan et la société TPF Ingénierie eu égard à leurs fautes respectives dans la mission de maîtrise d'œuvre.
Par un mémoire enregistré le 14 avril 2023, la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics, assureur de la société ID+ Ingénierie, devenue société Pax Ingénierie, et de M. A B, représentée par la SELARL Gray et Scolan, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de rejeter l'ensemble des demandes formées à son encontre, en sa qualité d'assureur de la société ID+ Ingénierie, devenue société Pax Ingénierie, et de M. A B, comme présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître ;
2°) à titre subsidiaire, de rejeter l'ensemble des demandes formées à son encontre ;
3°) à titre infiniment subsidiaire, de condamner Mme D E, la Mutuelle des architectes, son assureur, la société TPF Ingénierie, la société Allianz IARD, son assureur, la société Axa France IARD SA, assureur de la société Grand Ouest Construction, la société Apave Nord-Ouest, devenue société Apave Infrastructures et Construction France, et la commune de Mont-Saint-Aignan à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;
4°) en toute hypothèse, de mettre à la charge de la commune de Mont-Saint-Aignan ou tout succombant une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, elle n'est pas concernée par les demandes présentées par la société Léon Grosse à l'égard de la commune de Mont-Saint-Aignan ;
- à titre subsidiaire, les conclusions à fin d'appel en garantie dirigées contre elle doivent être rejetées comme étant présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître ;
- à titre infiniment subsidiaire, sa responsabilité ne pourra pas être retenue dès lors que les demandes de la société Léon Grosse ne sont pas garanties par le contrat la liant à la société Pax Ingénierie, son assurée, et à défaut, la responsabilité de cette dernière doit être exclue compte tenu de la cause prépondérante du retard du chantier, imputable aux défaillances de la société précédemment attributaire du lot n° 1 et des fautes commises par les autres membres du groupement de maîtrise d'œuvre.
Par un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 5 juin 2023, la SA Allianz IARD, assureur de la société TPF Ingénierie, représentée par Souron Solassol SCP, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter les conclusions dirigées contre elle comme présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner in solidum Mme D E, l'EURL Peytavin Yvan, la Mutuelle des architectes, leur assureur, M. A B et la société ID+ Ingénierie, devenue société Pax Ingénierie, la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics, leur assureur, la société Apave Nord-Ouest, devenue société Apave Infrastructures et Construction France, et la commune de Mont-Saint-Aignan à la garantir de toute condamnation à son encontre ;
3°) en toute hypothèse, de mettre à la charge de la commune de Mont-Saint-Aignan une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, les conclusions à fin d'appel en garantie dirigées contre elle doivent être rejetées comme étant présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître ;
- à titre subsidiaire, les demandes de la société Léon Grosse ne sont pas couvertes par les garanties du contrat la liant à son assurée ;
- le retard du chantier n'est pas imputable à une faute de la société TPF Ingénierie.
Par un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 1er février 2024, la SAS TPF Ingénierie, représentée par la SCP Logos, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter l'ensemble des demandes formées à son encontre ;
2°) à titre subsidiaire :
a) de condamner solidairement ou à défaut in solidum Mme D E et l'EURL Peytavin Yvan, la Mutuelle des architectes, leur assureur, M. A B et la société ID+ Ingénierie, devenue société Pax Ingénierie, la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics, leur assureur, la société Apave Nord-Ouest, devenue société Apave Infrastructures et Construction France, et la société Montmirail, son assureur, à la garantir de toute condamnation à son encontre ;
b) de condamner la société Allianz IARD, son assureur, à mobiliser ses garanties et à la garantir de toute condamnation à son encontre ;
3°) en toute hypothèse, de mettre à la charge de tout succombant une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, elle n'a commis aucune faute à l'origine du retard du chantier ;
- à titre subsidiaire, les demandes présentées par la société Léon Grosse sont étrangères à sa mission et en tout état de cause, elle ne justifie pas de la réalité des préjudices exposés ;
- à titre infiniment subsidiaire, son assureur doit prendre en charge les condamnations prononcées à son encontre et en raison de leurs fautes respectives, Mme D E et la société Pax Ingénierie, également membres du groupement de maîtrise d'œuvre doivent être condamnés à la garantir de celles-ci.
Par un courrier du 17 mai 2023, le tribunal a demandé à la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics de produire, dans un délai d'un mois, un mémoire récapitulatif en application du second alinéa de l'article R. 811-8-1 du code de justice administrative.
Par une ordonnance du 30 août 2024, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat.
La Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics a produit un mémoire enregistré le 3 octobre 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, qui n'a pas été communiqué.
La procédure a été communiquée à M. A B et à la Mutuelle des architectes de France, qui n'ont pas produit d'observations.
Par courrier du 18 septembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office suivants :
- incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions à fin d'appel en garantie présentées par la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics, la société Allianz IARD et la société TPF Ingénierie à l'encontre de la Mutuelle des architectes de France, assureur de Mme D E et de l'EURL Peytavin Yvan, au titre de ses obligations de droit privé ;
- incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions à fin d'appel en garantie présentées par la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics à l'encontre de la société Axa France IARD SA, assureur de la SARL Grand Ouest Construction, au titre de ses obligations de droit privé ;
- incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions à fin d'appel en garantie présentées par la société TPF Ingénierie à l'encontre de la SAS Montmirail, assureur de la SAS Apave Infrastructures et Construction France, au titre de ses obligations de droit privé.
Par courrier du 27 septembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office suivants :
- désistement d'office des conclusions reconventionnelles de la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics, faute d'avoir produit le mémoire récapitulatif demandé ;
- incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions à fin d'appel en garantie présentées par la société Allianz IARD et la société TPF Ingénierie à l'encontre de la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics, assureur de la société ID+ Ingénierie, devenue Pax Ingénierie, au titre de ses obligations de droit privé.
La société Allianz IARD a présenté des observations en réponse enregistrées le 30 septembre 2024.
Vu :
- le rapport du M. C F, expert, enregistré le 25 avril 2022 ;
- l'ordonnance du 19 mai 2022 par laquelle le président du tribunal administratif de Rouen a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expert à la somme de 49 920,63 euros TTC, dont 8 146,45 euros au titre de la taxe sur la valeur ajoutée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cotraud, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Delacour, rapporteure publique,
- et les observations de Me Muta, représentant la société Léon Grosse, de Me Gillet, représentant la commune de Mont-Saint-Aignan, de Me Leparc, représentant Mme D E et l'EURL Peytavin Yvan, de Me Barrabé, représentant la société Pax Ingénierie, de Me Noury, représentant la société Apave Infrastructures et Construction France, de Me Bezer, représentant la société TPF Ingénierie, et de Me Gray, représentant la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics.
Les autres parties n'étaient pas présentes, ni représentées.
Une note en délibéré a été présentée par Mme D E et l'EURL Peytavin Yvan, enregistrée le 7 octobre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Après le placement en liquidation judiciaire, au mois de mai 2014 du précédent attributaire et la résiliation du marché qui lui était confié, et par un acte d'engagement du 1er octobre 2015, la commune de Mont Saint Aignan a confié à la SA Léon Grosse, avec la SAS Joly, le lot n° 1 " Clos et couvert ", d'un montant de 3 836 339,70 euros TTC, dans le cadre du marché public de travaux pour la construction et la réhabilitation du centre culturel Marc Sangnier. Le marché pour ce lot a fait l'objet de six avenants pour un montant total de 1 339 706,25 euros TTC. Le chantier ayant subi un retard de vingt-deux mois, l'ouvrage a été réceptionné avec réserves le 24 juin 2019. La société Léon Grosse avait auparavant notifié à la commune de Mont Saint Aignan, le 13 février 2020, un projet de décompte final d'un montant de 1 168 974,91 euros TTC, avec un solde de 1 997 624,55 euros TTC à son crédit. Par une ordonnance n° 1901605 du 20 février 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Rouen a, sur demande de la commune de Mont-Saint-Aignan, ordonné une expertise visant notamment à déterminer les désordres ayant affecté les fondations et le gros œuvre du projet, le coût des travaux de reprise et d'identifier l'origine de l'ensemble des retards qu'a connus le chantier, leur imputabilité et les surcoûts en résultant. L'expert a remis son rapport le 25 avril 2022. La commune de Mont Saint Aignan avait auparavant notifié à la société Léon Grosse, le 30 juin 2020, le projet de décompte général pour le lot n° 1, avec un solde de 115 140,21 euros HT au débit de cette dernière. Par un courrier du 30 juillet 2020, la société Léon Grosse a adressé à la commune un mémoire en réclamation. Par sa requête, ladite société demande au tribunal de la décharger de l'obligation de payer l'ensemble des pénalités appliquées et de condamner la commune de Mont-Saint-Aignan à lui verser une somme de 1 664 868,70 euros TTC au titre du solde du marché.
Sur le désistement d'office :
2. Aux termes de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative : " Le président de la formation de jugement ou le président de la chambre chargée de l'instruction peut demander à l'une des parties de reprendre, dans un mémoire récapitulatif, les conclusions et moyens précédemment présentés dans le cadre de l'instance en cours, en l'informant que, si elle donne suite à cette invitation, les conclusions et moyens non repris seront réputés abandonnés. () / Le président de la formation de jugement ou le président de la chambre chargée de l'instruction peut en outre fixer un délai, qui ne peut être inférieur à un mois, à l'issue duquel, à défaut d'avoir produit le mémoire récapitulatif mentionné à l'alinéa précédent, la partie est réputée s'être désistée de sa requête ou de ses conclusions incidentes. La demande de production d'un mémoire récapitulatif informe la partie des conséquences du non-respect du délai fixé ".
3. Il résulte de l'instruction que par un courrier du 17 mai 2023, dont la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics a pris connaissance le 24 mai, le tribunal lui a demandé de produire, en application du second alinéa de l'article R. 611-8-1 précité, un mémoire récapitulatif dans un délai d'un mois. Ce courrier mentionnait les conséquences du non-respect de ce délai. Dans ces conditions et alors même qu'elle aurait manifesté, par un courrier enregistré le 9 janvier 2024, son accord pour l'engagement d'une médiation, faute d'avoir produit le mémoire récapitulatif demandé, la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics est réputée, ainsi que l'a relevé d'office le tribunal, avoir abandonné les conclusions incidentes exposées dans son mémoire enregistré le 14 avril 2023. Il y a dès lors lieu de donner acte du désistement d'office desdites conclusions.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
4. Si l'action directe ouverte par l'article L. 124-3 du code des assurances à la victime d'un dommage ou à l'assureur de celle-ci subrogé dans ses droits, contre l'assureur de l'auteur responsable du sinistre, tend à la réparation du préjudice subi par la victime, elle se distingue de l'action en responsabilité contre l'auteur du dommage en ce qu'elle poursuit l'exécution de l'obligation de réparer qui pèse sur l'assureur en vertu du contrat d'assurance. Il s'ensuit qu'il n'appartient qu'aux juridictions de l'ordre judiciaire de connaître des actions tendant au paiement des sommes dues par un assureur au titre de ses obligations de droit privé, alors même que l'appréciation de la responsabilité de son assuré dans la réalisation du fait dommageable relèverait de la juridiction administrative.
5. En premier lieu, il résulte du principe précité, ainsi que la société Allianz IARD l'oppose, les conclusions à fin d'appel en garantie de la société TPF Ingénierie dirigées contre elles doivent être rejetées comme étant présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître. Il en va de même, ainsi que le tribunal l'a relevé d'office, des conclusions à fin d'appel en garantie de la société Allianz IARD et la société TPF Ingénierie à l'encontre de la Mutuelle des architectes de France et de la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics. Il en va également de même des conclusions en ce sens présentées par la société TPF Ingénierie à l'encontre de la société Montmirail.
6. En second lieu, ainsi que la société Allianz IARD l'oppose, les conclusions présentées par la société TPF Ingénierie, son assuré, tendant à ce qu'elle soit condamnée à mobiliser ses garanties en cas de condamnation prononcée à son encontre sont présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Sur les conclusions présentées par la société Léon Grosse :
7. L'ensemble des opérations auxquelles donne lieu l'exécution d'un marché public est compris dans un compte dont aucun élément ne peut être isolé et dont seul le solde arrêté lors de l'établissement du décompte général et définitif détermine les droits et obligations définitifs des parties. Toutes les conséquences financières de l'exécution du marché sont retracées dans ce décompte même lorsqu'elles ne correspondent pas aux prévisions initiales. Il revient notamment aux parties d'y mentionner les conséquences financières de retards dans l'exécution du marché ou de manquements de son titulaire à ses obligations contractuelles.
8. Il appartient au juge du contrat, en l'absence de décompte général devenu définitif, de statuer sur les réclamations pécuniaires présentées par chacune des deux parties pour déterminer le solde de leurs obligations contractuelles respectives.
En ce qui concerne les pénalités :
9. Aux termes de l'article 4.2.2 du cahier des clauses administratives particulières du lot n° 1 " Clos - couvert " : " Par dérogation à l'article 20.1 du CCAG, les dispositions suivantes sont appliquées lot par lot, en cas de retard dans l'exécution des travaux, comparativement au calendrier détaillé d'exécution élaboré et éventuellement modifié () / 4.2.2.1 Retard sur le délai d'exécution propre au lot concerné / Il est fait application de la pénalité journalière indiquée dans le tableau ci-après () / 4.2.3 Récapitulatif des pénalités / Outre les retenues provisoires en cas de retards évoqués ci-dessus, les retenues forfaitaires provisoires décrites ci-après sont applicables dans le cadre de la réalisation de l'opération. () ". Le tableau récapitulatif figurant à l'article 4.2.3 précité prévoit notamment une pénalité par jour ouvré, de niveau 1, pour retard de production de documents susceptibles de bloquer la synthèse, une pénalité par jour ouvré, de niveau 2, pour retard d'exécution décompté suivant le calendrier transmis par ordre de service et une pénalité par jour ouvré, de niveau 3, pour retard dans la levée des réserves en particulier suivant proposition du maître d'œuvre. L'article 4.2.3 précité stipule que le montant pour une pénalité de niveau 1 est de 50 euros, celui pour une pénalité de niveau 2 de 100 euros, et celui pour une pénalité de niveau 3 de 250 euros.
10. Il résulte de l'instruction, en particulier du décompte général du marché, que des pénalités ont été mises à la charge de la société Léon Grosse, d'un montant total de 168 300 euros. Celle-ci en demande la décharge en ce qui concerne la pénalité d'un montant de 11 800 euros pour retard de production de documents susceptibles de bloquer la synthèse, celle d'un montant de 40 000 euros pour retard dans la levée des réserves suivant la proposition du maître d'œuvre, et enfin celle d'un montant de 92 200 euros pour retard d'exécution décompté suivant le calendrier transmis par ordre de service.
11. En premier lieu, contrairement à ce que soutient la société Léon Grosse, il résulte de l'instruction, en particulier du décompte général et du décompte des pénalités établis par la commune, ainsi que du rapport d'expertise, qu'aucune pénalité provisoire en cas de retard d'exécution partiel ne lui a été appliquée, notamment en cours de chantier. Les pénalités infligées dans le décompte général l'ont été, après analyse des retards, sur le fondement des seules stipulations de l'article 4.2.3 du cahier des clauses administratives particulières.
12. En deuxième lieu, contrairement à ce qu'a estimé l'expert dans son rapport, l'article 4.2.3 précité prévoit que le retard d'exécution s'apprécie par rapport au calendrier transmis par ordre de service. Est ainsi sans incidence, à la supposer même établie, l'absence d'un calendrier annexé au marché. Il résulte en outre de l'instruction que le 22 janvier 2016, la société Léon Grosse a reçu par ordre de service n° 02, signé sans réserve, le calendrier d'exécution indice A du 11 décembre 2015. Elle a reçu en dernier lieu, le 8 octobre 2018, par ordre de service n° 61, signé avec réserves, un calendrier d'exécution indice F du 1er octobre 2018. La société Léon Grosse n'allègue pas que les réserves formulées par le courrier mentionné sur l'ordre de service, qu'elle ne produit pas, portaient sur les délais prescrits par le nouveau calendrier. Contrairement à ce que la société Léon Grosse soutient, le délai d'exécution était ainsi contractuellement fixé, de sorte que des pénalités pouvaient être appliquées en raison de son non-respect. Ladite société n'allègue au demeurant pas qu'elles n'auraient pas été calculées pour un retard constaté à partir des dates fixées par ce calendrier.
13. En dernier lieu, lorsque le cocontractant n'est que partiellement responsable d'un retard dans l'exécution du contrat, les pénalités applicables doivent être calculées seulement d'après le nombre de jours de retard imputables au cocontractant lui-même.
14. Toutefois, en se bornant à soutenir, sans autre précision, que les pénalités décrites au point 10 ne peuvent lui être infligées dès lors que les retards en cause ne lui sont pas imputables, la société Léon Grosse n'assortit pas ses allégations des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.
15. Il résulte de ce qui précède que la société Léon Grosse, qui ne conteste pas les modalités de calcul des pénalités infligées ni n'en demande au demeurant la modération pour un autre motif que celui décrit au point 13, n'est pas fondée à en solliciter la décharge.
En ce qui concerne les avenants :
16. Si la société Léon Grosse soutient que la commune de Mont-Saint-Aignan a appliqué aux différents avenants des réfactions injustifiées, pour un montant global de 239 370,57 euros HT, elle n'assortit ses allégations d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'indemnisation présentées, à titre principal, contre la commune de Mont-Saint-Aignan :
S'agissant de la responsabilité pour faute :
17. En premier lieu, la société Léon Grosse soutient que la commune a commis une faute dans la définition du projet de construction, objet du marché en litige, et dans l'estimation de ses besoins, à la suite du constat des malfaçons imputables au précédent titulaire du marché dans la réalisation des fondations. Il fait valoir à cet égard que, en dépit des informations en sa possession, la commune n'a pas diligenté d'étude géotechnique complémentaire, ni intégré, dans les prestations dues au titre du marché conclu au terme de la seconde consultation, la démolition des fondations. Toutefois, il résulte de l'instruction que si, dans une note, datée du 15 septembre 2014, sur les malfaçons constatées et leurs conséquences, l'architecte a précisé qu'il convenait d'envisager la " démolition des ouvrages réalisés en superstructure " et que " pourraient être conservées les fondations sous réserve d'une validation du contrôleur technique et du bureau d'études ", la date à laquelle la commune en a eu connaissance n'est pas établie. Il en est de même du rapport d'analyse établi auparavant le 7 juillet 2014 par la société ID+ Ingénierie, bureau d'études techniques, où il est fait état des " potentiels désordres portant sur les fondations ", leur démolition n'étant pas à exclure, adressé au seul architecte, ainsi que du rapport de la même société daté du 23 avril 2015, faisant état de la nécessité de réaliser des sondages complémentaires sur les " éléments porteurs du gros œuvre ". A l'inverse, dans un courrier du 12 janvier 2015, reçu par la commune le même mois, celui-ci l'a informée que les " craintes évoquées " ont été confirmées, imposant la démolition de " tous les ouvrages en superstructures (constructions neuves hors fondations coulées au sol) ", l'hypothèse d'une démolition des fondations n'étant pas abordée. Celle-ci n'est évoquée que dans le rapport initial du contrôleur technique dressé le 5 février 2016, adressé à la commune et postérieur à la signature, tant par la société requérante que par la commune, de l'acte d'engagement pour le lot n° 1 " clos - couvert ", assorti d'un avis suspendu, et recommandant la réalisation d'une étude géotechnique complémentaire concernant les " puits en gros béton prévus conservés sous les fondations ". Dès le 7 mars 2016, un devis en ce sens était adressé par la société Léon Grosse, approuvé par un avenant du 10 avril 2017, de même que les travaux de remédiation, ordonnés le 20 juin 2016 par un ordre de service n° 9. Ainsi, au vu des informations dont il avait connaissance et alors en outre que l'expert n'a pas conclu à l'existence d'une faute de sa part, la société Léon Grosse n'établit pas que le maître d'ouvrage ait commis une faute dans la définition du projet et de ses besoins, notamment en ce qui concerne les travaux portant sur les fondations préalablement à la nouvelle attribution du lot n° 1 " clos - couvert ".
18. En second lieu, la société Léon Grosse soutient que la commune a commis une faute en ayant maintenu sa confiance au groupement de maîtrise d'œuvre, dont l'incapacité à accomplir sa mission était manifeste. Toutefois, si, ainsi que l'expert l'a estimé dans son rapport, la maîtrise d'œuvre s'est rendue coupable de nombreux manquements et défaillances, il ne résulte pas de l'instruction que, eu égard à la gravité de ces derniers, la poursuite de l'exécution du marché ait été manifestement contraire à l'intérêt général. Ainsi, la société Léon Grosse n'est pas fondée à soutenir qu'elle a commis une faute en ne mettant pas fin au marché de maîtrise d'œuvre.
19. Il résulte de ce qui précède que la société Léon Grosse n'est pas fondée à engager la responsabilité de la commune de Mont-Saint-Aignan en raison d'une faute dans l'exécution du marché.
S'agissant de la responsabilité sans faute au titre des sujétions imprévues :
20. Même si un marché public a été conclu à prix forfaitaire, son titulaire a droit à être indemnisé des dépenses exposées en raison de sujétions imprévues, c'est-à-dire de sujétions présentant un caractère exceptionnel et imprévisible et dont la cause est extérieure aux parties, si ces sujétions ont eu pour effet de bouleverser l'économie générale du marché.
21. La société Léon Grosse soutient qu'elle a droit à une indemnisation au titre des sujétions imprévues survenues lors de l'exécution du marché. Toutefois, il résulte de l'instruction que ce marché a fait l'objet de six avenants prenant en compte des travaux supplémentaires résultant d'une part, de la nécessité de reprendre les malfaçons affectant les fondations et d'autre part, des changements programmatiques apportés par le maître d'ouvrage. Une telle circonstance fait à elle seule obstacle à ce que ces sujétions puissent être regardées comme présentant un caractère imprévisible. Il résulte par ailleurs de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, non contredit sur ce point, que la société Léon Grosse n'ignorait pas les doutes pesant sur l'intégrité des fondations lors de la présentation de sa seconde offre. Cette circonstance fait également obstacle à ce que les travaux supplémentaires requis puissent être regardés comme ayant répondu à des sujétions imprévues. Ainsi, la société Léon Grosse n'est pas fondée à engager la responsabilité du maître d'ouvrage sur ce fondement.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'indemnisation présentées à titre subsidiaire :
22. Dans le cadre d'un litige né de l'exécution de travaux publics, le titulaire du marché peut rechercher la responsabilité quasi-délictuelle des autres participants à la même opération de construction avec lesquels il n'est lié par aucun contrat, notamment s'ils ont commis des fautes qui ont contribué à l'inexécution de ses obligations contractuelles à l'égard du maître d'ouvrage, sans devoir se limiter à cet égard à la violation des règles de l'art ou à la méconnaissance de dispositions législatives et réglementaires. Il peut en particulier rechercher leur responsabilité du fait d'un manquement aux stipulations des contrats qu'ils ont conclus avec le maître d'ouvrage.
23. Au titre de la responsabilité quasi-délictuelle des membres du groupement de maîtrise d'œuvre, la société Léon Grosse soutient que Mme D E, architecte, la société Pax Ingénierie, bureau d'études techniques tous corps d'état, et la société TPF Ingénierie, chargée de la mission ordonnancement, pilotage et coordination, ont chacune commis une faute ayant entraîné un allongement de la durée du chantier, qui lui a causé un préjudice.
24. Il est à cet égard constant que le chantier s'est achevé avec un retard de vingt-deux mois. L'expert a estimé, dans son rapport, que l'allongement de la durée du chantier a été dû de manière prépondérante aux malfaçons dans la réalisation des travaux de réalisation des fondations et du gros œuvre par la société précédemment attributaire du lot n° 1 " clos - couvert ", les défaillances du groupement de maîtrise d'œuvre quant à la conception du projet de construction, à travers le choix d'un mode de fondations non conforme aux conclusions de l'étude géotechnique, à l'établissement des documents contractuels des différents lots et des plans d'exécution, la préparation du chantier et son organisation, et enfin, aux retards pris par les entreprises dans l'exécution de leurs prestations.
S'agissant de la faute de Mme D E :
25. Comme le soutient la société Léon Grosse, il résulte d'une part de l'instruction que les faiblesses et l'hétérogénéité du sol relevées, en contradiction avec les conclusions de l'étude géotechnique, et les malfaçons dans la réalisation du gros œuvre et des fondations dont s'est rendu coupable le précédent attributaire du lot n° 1 " clos - couvert " n'ont été constatées que tardivement en raison d'une carence de Mme D E, architecte, dans la direction de l'exécution du chantier, qui n'a en particulier pas sollicité du prestataire la communication des bons d'enlèvement de terre qu'il lui appartenait de contrôler. D'autre part et ainsi qu'il a été dit au point 17, dès le 7 juillet 2014, l'architecte s'est vue adresser un rapport d'analyse établi par la société ID+ Ingénierie, bureau d'études techniques, faisant état de suspicions quant à l'existence de désordres affectant les fondations et de l'éventualité de leur démolition. Le 15 septembre 2014, l'architecte indiquait dans une note établie par ses soins que la conservation des fondations était envisageable sous réserve d'une validation du contrôleur technique. Dans un rapport du 23 avril 2015, le bureau d'études techniques indiquait la nécessité d'effectuer des sondages complémentaires sur les fondations. Ceux-ci ont été réalisés du 14 au 22 avril 2015 et faute pour sa mission d'avoir été renouvelée, le contrôleur technique n'a dressé son rapport initial de contrôle technique que le 5 février 2016, avec un avis suspendu quant aux fondations, alors même que l'acte d'engagement pour le lot n° 1 avait été signé le 17 juillet 2015 par la société requérante et le 1er octobre 2015 par le maître d'ouvrage. Enfin, ce n'est que par un ordre de service n° 9 du 20 juin 2016, après retard pris dans la démolition du gros œuvre et réalisation d'une nouvelle étude géotechnique commandée seulement le 23 mars 2016, qu'il a été demandé à la société requérante de réaliser les micropieux pour les fondations de la grande salle. Dans ces conditions, Mme D E a commis une faute dans la direction de l'exécution du marché et une faute dans son devoir de conseil au maître d'ouvrage dans la définition des besoins préalablement à la seconde consultation, qui ont été de nature à occasionner un allongement de la durée du chantier.
S'agissant de la faute de la société ID+ Ingénierie, devenue Pax Ingénierie :
26. D'une part et contrairement à ce que soutient la société Léon Grosse et ce qu'a relevé l'expert, il résulte de l'instruction que les difficultés rencontrées quant à la réalisation des fondations ont résulté, non d'une erreur de conception, mais d'erreurs d'exécution, faute pour le précédent attributaire du lot n° 1 d'avoir alerté sur les faiblesses et l'hétérogénéité du sol constatées lors du chantier, en contradiction avec les conclusions de l'étude géotechnique G11 initiale. A cet égard, le bureau d'études Ginger CEBTP n'a pas exclu, dans son rapport rendu en février 2011, dans le cadre d'une mission G12, la possibilité de recourir à des fondations sur semelles filantes mais s'est borné à préciser que leur ancrage devrait s'effectuer selon la résistance du sol observée, de même que dans le cas de fondations sur puits et longrines. Ce bureau d'études, ni celui auteur de l'étude géotechnique initiale, n'ont émis des doutes sur son hétérogénéité possible. Il n'est enfin pas sérieusement contesté que les ouvrages prévus dans le cahier des clauses techniques particulières du lot n° 1 sont conformes à ceux envisagés dans le rapport du bureau d'études Ginger CEBTP, ni que la société ID+ Ingénierie avait recommandé, dès le mois de mai 2011, de diligenter une étude géotechnique G2 complémentaire, réalisée avec retard par le maître d'ouvrage. La société Léon Grosse n'établit pas, dans cette mesure, l'existence d'une faute commise par le bureau d'études techniques.
27. D'autre part, et en revanche, s'il résulte de l'instruction que la société Léon Grosse a eu à sa charge la mission EXE, qu'elle a d'ailleurs sous-traitée à un bureau d'études à compter du 20 février 2017, il ne résulte pas de l'instruction, en particulier des pièces du marché de maîtrise d'œuvre et des différents avenants, que cette mission n'incombait plus à la maîtrise d'œuvre, et en son sein, au bureau d'études techniques. L'expert a d'ailleurs, à cet égard, relevé dans son rapport que la circonstance que les plans d'exécution étaient à la fois dus par la maîtrise d'œuvre et les entreprises avait été " à la base de la zizanie sur le chantier, car les uns et les autres n'ont pas fourni les prestations en temps voulu ou ont fini par les réaliser avec retard ". La société Pax Ingénierie ne conteste pas sérieusement que les plans d'exécution ont été remis par ses soins pour certains avec jusqu'à près d'un an de retard. Une telle défaillance dans la réalisation de sa mission EXE ayant été de nature à allonger la durée du chantier, la société Léon Grosse est fondée à soutenir que cette société a commis une faute.
S'agissant de la faute de la société TPF Ingénierie :
28. La société Léon Grosse soutient que, des retards dans l'exécution du chantier ayant été constatés, le suivi de chantier a en conséquence été manifestement défaillant, en particulier en l'absence de mise en œuvre de mesures coercitives visant à les résorber. Toutefois, si l'expert a relevé, dans son rapport, que la société TPFI, au titre de sa mission Ordonnancement, pilotage et coordination, n'avait pas " mis en œuvre tous les moyens nécessaires au pilotage " du chantier, il appartenait à la société Léon Grosse, qui a été pour partie à l'origine des retards constatés, d'exécuter ses prestations dans les délais prévus, sans qu'il soit besoin de lui appliquer des pénalités à cette fin. En outre, en plus de la lenteur des entreprises chargées des différents lots, ainsi qu'il a été dit aux points 25 et 27, l'allongement de la durée du chantier a été provoquée, de manière prépondérante, par la nécessité de réaliser des études complémentaires permettant de remédier aux malfaçons constatées sur les fondations, puis les travaux de reprise requis, ainsi que par les défaillances de la société Pax Ingénierie dans l'accomplissement de sa mission " Etudes d'exécution et de synthèse ". La société Léon Grosse, qui n'établit pas de faute de la société TPF Ingénierie ayant conduit à l'allongement de la durée du chantier, n'est pas fondée à engager sa responsabilité à ce titre.
En ce qui concerne les préjudices :
29. En premier lieu, à supposer que la société Léon Grosse ait entendu le soutenir, les pénalités mises à sa charge dans le cadre du décompte du marché dont elle est titulaire ne peuvent être regardées comme un préjudice résultant des fautes constatées aux points 25 et 27.
30. En deuxième lieu, à supposer même cette circonstance établie, le préjudice résultant de réfactions injustifiées auxquelles il a été procédé sur les différents avenants au marché, eussent-ils été signés avec réserve par la société Léon Grosse, est dépourvu de causalité avec les fautes mentionnées au point précédent. Il en va de même du préjudice résultant de l'exécution de travaux supplémentaires non régularisés par avenant.
31. En dernier lieu, lorsque, après avoir reconnu l'existence d'une faute de nature à engager la responsabilité d'une personne mise en cause, et qu'il n'est pas en mesure d'établir l'importance du préjudice indemnisable, il appartient au tribunal, afin de remplir complètement la mission juridictionnelle qui est la sienne, de faire usage de ses pouvoirs d'instruction pour que soit précisée l'étendue de ce préjudice.
32. La société Léon Grosse fait état de frais d'encadrement de chantier et de main d'œuvre indirecte, et de frais liés aux installations de chantier, moyens de levage et matériels de production, du surcoût du compte prorata et de caution, ainsi que d'une perte de chiffre d'affaires et d'un manque à gagner pour marge non réalisée, des incidences financières sur les frais avancés et de la régularisation de prestations supplémentaires sur devis.
33. Toutefois, la société Léon Grosse n'avait pas assorti son mémoire en réclamation de pièces justificatives. Par ailleurs, au cours de l'expertise ordonnée par le tribunal, qui avait notamment pour objet d'identifier les surcoûts résultant du retard du chantier et d'établir les comptes entre les parties, Mme D E a sollicité l'analyse de ce mémoire par un cabinet d'experts en contentieux de la construction, versée au contradictoire à cette occasion et à l'instance, sans contradiction de la part de la société Léon Grosse, qui a conclu au caractère non justifié de cette réclamation. La société requérante, qui dispose de toutes pièces utiles à l'établissement de l'étendue des préjudices qu'elle aurait effectivement subis du fait de l'allongement de la durée du chantier, se borne, dans la présente instance, à produire des factures portant sur les consommations d'électricité et d'eau, des prestations de ménage et de location d'équipements, sans apporter aucune autre précision permettant d'établir un lien de causalité avec l'allongement de la durée du chantier, ni contradiction de l'analyse comptable versée de nouveau par les parties. Elle ne peut pas davantage proposer une évaluation forfaitaire de ses préjudices à partir de coûts mensuels multipliés par le nombre de mois supplémentaires du chantier, sans apporter la preuve de la réalité desdits préjudices. Dans ces conditions, la société Léon Grosse n'établit pas le caractère réel et certain des préjudices exposés ni, pour ceux justifiés par les factures produites, le lien de causalité avec le fait générateur.
34. Il résulte de ce qui précède, en l'absence d'utilité qui serait attachée à l'usage supplémentaire des pouvoirs d'instruction du tribunal, que les conclusions à fin d'indemnisation présentées, à titre subsidiaire, par la société Léon Grosse à l'encontre de Mme D E, l'EURL Peytavin, la société Pax Ingénierie et la société TPF Ingénierie doivent être rejetées.
Sur les appels en garantie :
35. En l'absence de condamnation prononcée à l'encontre de la commune de Mont-Saint-Aignan, de Mme D E, de l'EURL Peytavin Yvan, de la société Pax Ingénierie et de la société TPF Ingénierie, les conclusions à fin d'appel en garantie qu'elles présentent ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, pour les mêmes motifs, des conclusions reconventionnelles à fin d'appel en garantie présentées par la société Apave Infrastructures et Construction France et la société Allianz IARD.
Sur les dépens :
36. Par une ordonnance susvisée du 19 mai 2022 du président du tribunal administratif, les frais d'expertise ont été taxés et liquidés à hauteur de la somme de 49 920,63 euros TTC et mis à la charge provisoire de la commune de Mont-Saint-Aignan. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de maintenir lesdits frais à la charge définitive de celle-ci.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
37. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge d'une partie au titre des frais exposés par la société Léon Grosse, qui n'est pas la partie gagnante dans la présente instance, et non compris dans les dépens. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions des autres parties au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il est donné acte du désistement d'office des conclusions reconventionnelles de la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics, ainsi que de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 2 : Les conclusions à fin d'appel en garantie dirigées contre la Mutuelle des architectes de France, la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics, la société Allianz IARD, la société Axa France IARD SA et à la société Montmirail sont rejetées comme étant présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme de 49 920,63 euros sont maintenus à la charge définitive de la commune de Mont-Saint-Aignan.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SA Léon Grosse, à la commune de Mont-Saint-Aignan, à Mme D E, à la SAS Pax Ingénierie, à M. A B, à l'EURL Peytavin Yvan, à la SAS TPF Ingénierie, à la SAS Apave Infrastructures et Construction France, à la Mutuelle des architectes de France, à la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics, à la SA Allianz IARD, à la société Axa France IARD SA et à la SAS Montmirail.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Van Muylder, présidente,
M. Cotraud, premier conseiller,
Mme Favre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 30 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé : J. Cotraud
La présidente,
Signé : C. Van MuylderLe greffier,
Signé : J.-B. Mialon
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J.-B. MIALON
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026