mercredi 30 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2100222 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | LOGOS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires enregistrés les 22 janvier 2021, 27 février et 24 avril 2023, puis par un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 2 juin 2023, la SA Axima Concept, représentée par la SELARL Lexavoue Normandie, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal :
a) de condamner la commune de Mont-Saint-Aignan à lui verser une somme de 167 289,74 euros HT, soit 200 747,69 euros TTC en réparation du préjudice subi en raison de l'allongement de la durée du chantier ;
b) de la décharger de l'obligation de payer les pénalités de retard mises à sa charge ;
c) de condamner la commune de Mont-Saint-Aignan à lui verser la somme de 6 350 euros au titre des pénalités indues ;
c) de fixer le montant du décompte général à la somme de 920 366,44 euros HT, soit 1 104 439,73 euros TTC ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner in solidum Mme D E, la société ID+ Ingénierie, devenue société Pax Ingénierie, M. A B, l'EURL Peytavin Yvan et la société TPF Ingénierie à lui verser la somme de 200 747,69 euros en réparation du préjudice subi en raison de l'allongement de la durée du chantier ;
3°) en toute hypothèse, de mettre à la charge de tout succombant une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, elle a droit à la réparation des préjudices résultant de l'allongement de la durée du chantier, imputable à des fautes du maître d'ouvrage, d'une part, dans la supervision du chantier et de la maîtrise d'œuvre, et d'autre part, dans le choix du précédent attributaire des lots nos 13 et 14, qui s'est avéré défaillant ;
- en toute hypothèse, le retard d'exécution ayant entraîné une pénalité de 6 200 euros est imputable à d'autres intervenants au chantier et les deux autres pénalités ne sont justifiées par aucune pièce et elle n'a reçu aucune information sur les difficultés ainsi sanctionnées ;
- le décompte général doit en conséquence être fixé à la somme de 920 366,44 euros HT, soit 1 104 439,73 euros TTC ;
- à titre subsidiaire, elle est fondée à demander réparation des préjudices résultant de l'allongement de la durée du chantier, à l'égard des membres du groupement de maîtrise d'œuvre en raison de leurs fautes commises dans l'exercice de leurs missions respectives ;
- ses préjudices s'élèvent à la somme de 200 747,69 euros TTC.
Par quatre mémoires en défense enregistrés les 21 septembre 2021, 17 juin 2022 et les 24 mars et 19 avril 2023, puis un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, et un mémoire, enregistrés les 11 mai 2023 et 27 juin 2024, la commune de Mont-Saint-Aignan, représentée par la SCP Emo Avocats, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de rejeter la requête de la société Axima Concept ;
2°) à titre subsidiaire de condamner in solidum Mme D E, la société ID+ Ingénierie, devenue SAS Pax Ingénierie, M. A B et l'EURL Peytavin Yvan, en leur qualité de membre du groupement de maîtrise d'œuvre, ainsi que la société TPF Ingénierie à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;
3°) en toute hypothèse, de mettre à la charge de la société Axima Concept, ou, à défaut, les appelés en garantie, une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, elle est fondée à avoir appliqué la pénalité litigieuse pour retard d'exécution à la société Axima concept ;
- elle n'a pas commis les fautes alléguées par ladite société dans la conception de l'ouvrage et dans le maintien du groupement de maîtrise d'œuvre ;
- la société Axima Concept ne justifie pas de la réalité des préjudices exposés ;
- à titre subsidiaire, elle est fondée à demander à être garantie par Mme D E, mandataire du groupement de maîtrise d'œuvre, et par la société TPF Ingénierie en raison des fautes dans l'exécution de leurs missions respectives ayant conduit à un allongement de la durée du chantier, tant au titre du solde du marché que de l'allongement de la durée du chantier.
Par deux mémoires enregistrés les 19 février et 31 mars 2023, puis par un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 9 mai 2023, la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics, assureur de la société ID+ Ingénierie, devenue société Pax Ingénierie, et de M. A B, représentée par la SELARL Gray et Scolan, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de rejeter l'ensemble des demandes formées à son encontre, en sa qualité d'assureur de la société ID+ Ingénierie, devenue société Pax Ingénierie et de M. A B, comme présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître ;
2°) à titre subsidiaire, de rejeter l'ensemble des demandes formées à son encontre ;
3°) à titre infiniment subsidiaire, de condamner Mme D E, la Mutuelle des architectes de France, son assureur, la société TPF Ingénierie et la société Allianz IARD, son assureur, la société Axa France IARD SA, assureur de la SARL Grand Ouest Construction, la société Apave Nord-Ouest, devenue société Apave Infrastructures et Construction France, et la commune de Mont-Saint-Aignan à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;
4°) en toute hypothèse, de mettre à la charge de la commune de Mont-Saint-Aignan ou tout succombant une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, elle n'est pas concernée par les demandes présentées par la société Axima Concept à l'égard de la commune de Mont-Saint-Aignan ;
- à titre subsidiaire, les conclusions à fin d'appel en garantie dirigées contre elle doivent être rejetées comme étant présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître ;
- à titre infiniment subsidiaire, sa responsabilité ne pourra pas être retenue dès lors que les demandes de la société Axima Concept ne sont pas garanties par le contrat la liant à la société Pax Ingénierie, son assurée, et à défaut, la responsabilité de cette dernière doit être exclue compte tenu de la cause prépondérante du retard du chantier, imputable aux défaillances de la société précédemment attributaire du lot n° 1 et des fautes commises par les autres membres du groupement de maîtrise d'œuvre.
Par deux mémoires enregistrés les 27 février et 20 avril 2023, puis par un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 2 juin 2023, Mme D E et l'EURL Peytavin Yvan, représentés par Me Caron, associé du cabinet CLL Avocats, demandent au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal :
a) de rejeter la demande de la société Axima Concept formée à leur encontre ;
b) de rejeter la demande d'appel en garantie formée par la commune de Mont-Saint-Aignan à leur encontre ;
2°) à titre subsidiaire :
a) de condamner la société Apave Nord-Ouest, devenue société Apave Infrastructures et Construction France, la société TPF Ingénierie et la société ID+ Ingénierie, devenue société Pax Ingénierie, à les garantir de toute condamnation à leur encontre ;
b) de rejeter les demandes de la société Apave Nord-Ouest, devenue société Apave Infrastructures et Construction France, et de la société ID+ Ingénierie, devenue société Pax Ingénierie, formées à leur encontre ;
3°) à titre infiniment subsidiaire, d'arrêter un partage de responsabilité entre les différentes parties condamnées à hauteur des manquements qui leur auront été éventuellement imputés ;
4°) en toute hypothèse, de mettre à la charge de la société Axima Concept une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- à titre principal, elles n'ont commis aucune faute dans l'exercice de leur mission de maîtrise d'œuvre ayant conduit à l'allongement de la durée du chantier ;
- le cas échéant, aucun lien de causalité n'est établi avec les préjudices exposés par la société Axima Concept, dont le caractère certain n'est en tout état de cause pas établi ;
- à titre subsidiaire, en l'absence de faute de leur part, le maître d'ouvrage n'est pas fondé à solliciter leur condamnation à le garantir des condamnations prononcées à son encontre et à défaut, il n'y est pas fondé en raison de l'irrecevabilité de la requête de la société Axima Concept, faute de notification au maître d'œuvre de son mémoire en réclamation ;
- à titre infiniment subsidiaire, eu égard aux fautes des autres membres du groupement de maîtrise d'œuvre et du contrôleur technique, ils doivent être condamnés à les garantir de toute condamnation prononcée à leur encontre.
Par un mémoire enregistré le 27 février 2023, puis par un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 5 juin 2023, la SA Allianz IARD, assureur de la société TPF Ingénierie, représentée par Souron Solassol SCP, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter les conclusions dirigées contre elle comme présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner in solidum Mme D E, l'EURL Peytavin Yvan, la Mutuelle des architectes de France, leur assureur, M. A B et la société ID+ Ingénierie, devenue société Pax Ingénierie, la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics, leur assureur, la société Apave Nord-Ouest, devenue société Apave Infrastructures et Construction France, et la commune de Mont-Saint-Aignan à la garantir de toute condamnation à son encontre ;
3°) en toute hypothèse, de mettre à la charge de la commune de Mont-Saint-Aignan une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, les conclusions à fin d'appel en garantie dirigées contre elle doivent être rejetées comme étant présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître ;
- à titre subsidiaire, les demandes de la société Axima Concept ne sont pas couvertes par les garanties du contrat la liant à son assurée ;
- le retard du chantier n'est pas imputable à une faute de la société TPF Ingénierie.
Par deux mémoires enregistrés les 10 mars et 24 avril 2023, puis un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, et un mémoire enregistrés les 30 mai 2023 et 28 juin 2024, la SAS Apave Infrastructures et Construction France, venant aux droits de la SAS Apave Nord-Ouest, représentée par la SELARL Sandrine Marié, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de rejeter l'ensemble des demandes formées à son encontre ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner in solidum M. A B, la société ID+ Ingénierie, devenue société Pax Ingénierie, Mme D E, l'EURL Peytavin Yvan et la société TPF Ingénierie à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;
3°) en toute hypothèse, de mettre à la charge in solidum de Mme D E, de l'EURL Peytavin Yvan et de tout succombant à lui verser une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, toute demande dirigée contre elle est irrecevable dès lors qu'un décompte général et définitif est intervenu en ce qui la concerne ;
- à titre subsidiaire, elle n'a pas commis de faute dans sa mission de contrôle technique tant pour la conception des fondations et l'exécution des travaux en vue de leur réalisation par le précédent attributaire du lot n° 1, que pendant la deuxième phase du chantier ;
- la société Axima Concept ne justifie pas de la réalité des préjudices exposés, ni du lien de causalité avec les avis qu'elle a émis quant aux fondations ;
- à titre infiniment subsidiaire, les conclusions à fin d'appel en garantie présentées par les membres du groupement de maîtrise d'œuvre sont infondées compte tenu des fautes qu'ils ont commises dans l'exécution de leur mission ;
- ils doivent être condamnés, pour les mêmes motifs, à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre.
Par un mémoire enregistré le 27 mars 2023, puis un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 2 juin 2023, la SAS Pax Ingénierie, venant aux droits de la SAS ID+ Ingénierie, représentée par Me Barrabé, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de rejeter l'ensemble des demandes formées à son encontre ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner la commune de Mont-Saint-Aignan, Mme D E, l'EURL Peytavin Yvan, la société TPF Ingénierie et M. A B à la garantir de toute condamnation à son encontre ;
3°) en toute hypothèse, de mettre à la charge de la société Axima Concept et de la commune de Mont-Saint-Aignan une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, elle n'a commis aucune faute, tant dans la conception de l'ouvrage, s'agissant des fondations, que dans la remise des plans d'exécution, ayant conduit à l'allongement de la durée du chantier ;
- la société Axima Concept ne justifie pas de la réalité des préjudices exposés.
- à titre subsidiaire, elle doit être garantie de toute condamnation à son encontre d'une part, par la commune de Mont-Saint-Aignan compte tenu des modifications programmatiques intervenues et d'autre part, par Mme D E, l'EURL Peytavin Yvan, M. A B et la société TPF Ingénierie eu égard à leurs fautes respectives dans la mission de maîtrise d'œuvre.
Par un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 1er février 2024, la SAS TPF Ingénierie, représentée par la SCP Logos, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter l'ensemble des demandes formées à son encontre ;
2°) à titre subsidiaire :
a) de condamner solidairement ou à défaut in solidum Mme D E et l'EURL Peytavin Yvan, la Mutuelle des architectes de France, leur assureur, M. A B et la société ID+ Ingénierie, devenue SAS Pax Ingénierie, la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics, leur assureur, la société Apave Nord-Ouest, devenue société Apave Infrastructures et Construction France, et la société Montmirail, son assureur, à la garantir de toute condamnation à son encontre ;
b) de condamner la société SA Allianz IARD, son assureur, à mobiliser ses garanties et à la garantir de toute condamnation à son encontre ;
3°) en toute hypothèse, de mettre à la charge de tout succombant une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, elle n'a commis aucune faute à l'origine du retard du chantier ;
- à titre subsidiaire, les demandes présentées par la société Axima Concept sont étrangères à sa mission et en tout état de cause, elle ne justifie pas de la réalité des préjudices exposés, dont elle est en tout état de cause responsable compte tenu son manque de productivité pendant le chantier ;
- à titre infiniment subsidiaire, son assureur doit prendre en charge les condamnations prononcées à son encontre et en raison de leurs fautes respectives, Mme D E et la société Pax Ingénierie, également membres du groupement de maîtrise doivent être condamnés à la garantir de celles-ci.
La procédure a été communiquée à M. A B et à la Mutuelle des architectes de France, qui n'ont pas produit d'observations.
Par courrier du 18 septembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office suivants :
- incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions à fin d'appel en garantie présentées par la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics, la société Allianz IARD et la société TPF Ingénierie à l'encontre de la Mutuelle des architectes de France, assureur de Mme D E et de l'EURL Peytavin Yvan, au titre de ses obligations de droit privé ;
- incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions à fin d'appel en garantie présentées par la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics à l'encontre de la société Axa France IARD SA, assureur de la société Grand Ouest Construction, au titre de ses obligations de droit privé ;
- incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions à fin d'appel en garantie présentées par la société TPF Ingénierie à l'encontre de la société Montmirail, assureur de la société Apave Infrastructures et Construction France, au titre de ses obligations de droit privé.
La société Allianz IARD a présenté des observations en réponse enregistrées le 30 septembre 2024.
Vu :
- le rapport du M. C F, expert, enregistré le 25 avril 2022 ;
- l'ordonnance du 19 mai 2022 par laquelle le président du tribunal administratif de Rouen a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expert à la somme de 49 920,63 euros TTC, dont 8 146,45 euros au titre de la taxe sur la valeur ajoutée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cotraud, premier conseiller,
- les conclusions de Mme Delacour, rapporteure publique,
- et les observations de Me Mosquet, représentant la société Axima Concept, de Me Gillet, représentant la commune de Mont-Saint-Aignan, de Me Leparc, représentant Mme D E et l'EURL Peytavin Yvan, de Me Barrabé, représentant la société Pax Ingénierie, de Me Noury, représentant la société Apave Infrastructures et Construction France, de Me Gray, représentant la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics, et de Me Bezer, représentant la société TPF Ingénierie.
Les autres parties n'étaient pas présentes, ni représentées.
Une note en délibéré a été présentée par Mme D E et l'EURL Peytavin Yvan, enregistrée le 7 octobre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Après le placement en liquidation judiciaire, au mois d'août 2016 du précédent attributaire, et par un acte d'engagement du 19 décembre 2016, la commune de Mont-Saint-Aignan a confié à la SA Axima Concept le lot n° 13 " Plomberie - sanitaires - chauffage - ventilation - climatisation ", d'un montant de 898 740 euros TTC, dans le cadre du marché public de travaux pour la construction et la réhabilitation du centre culturel Marc Sangnier. Le marché pour ce lot a fait l'objet de quatre avenants pour un montant total de 72 896,55 euros TTC. Le chantier ayant subi un retard de vingt-deux mois, l'ouvrage a été réceptionné avec réserves le 24 juin 2019, levées pour le lot en cause le 12 mars 2020. La société Axima Concept avait auparavant notifié à la commune de Mont-Saint-Aignan, le 11 décembre 2019, un projet de décompte final d'un montant de 1 141 830,97 euros TTC, avec un solde de 217 541,64 euros TTC à son crédit, incluant un surcoût lié à l'allongement de la durée du chantier. Par une ordonnance n° 1901605 du 20 février 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Rouen a, sur demande de la commune de Mont-Saint-Aignan, ordonné une expertise visant notamment à déterminer les désordres ayant affecté les fondations et le gros œuvre du projet, le coût des travaux de reprise et à identifier l'origine de l'ensemble des retards qu'a connus le chantier, leur imputabilité et les surcoûts en résultant. L'expert a remis son rapport le 25 avril 2022. La commune de Mont-Saint-Aignan avait auparavant notifié à la société Axima Concept, le 20 avril 2020, le projet de décompte général pour le lot n° 13. Par un courrier du 5 avril 2020, la société Axima Concept a adressé à la commune un mémoire en réclamation. Par sa requête, ladite société demande au tribunal de la décharger de l'obligation de payer l'ensemble des pénalités appliquées et de condamner la commune de Mont-Saint-Aignan à lui verser une somme de 200 747,69 euros TTC en réparation du préjudice subi du fait de l'allongement de la durée du chantier.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
2. Si l'action directe ouverte par l'article L. 124-3 du code des assurances à la victime d'un dommage ou à l'assureur de celle-ci subrogé dans ses droits, contre l'assureur de l'auteur responsable du sinistre, tend à la réparation du préjudice subi par la victime, elle se distingue de l'action en responsabilité contre l'auteur du dommage en ce qu'elle poursuit l'exécution de l'obligation de réparer qui pèse sur l'assureur en vertu du contrat d'assurance. Il s'ensuit qu'il n'appartient qu'aux juridictions de l'ordre judiciaire de connaître des actions tendant au paiement des sommes dues par un assureur au titre de ses obligations de droit privé, alors même que l'appréciation de la responsabilité de son assuré dans la réalisation du fait dommageable relèverait de la juridiction administrative.
3. En premier lieu, il résulte du principe précité, ainsi que la société Allianz IARD l'oppose, les conclusions à fin d'appel en garantie de la société TPF Ingénierie dirigées contre elles doivent être rejetées comme étant présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître. Il en va de même, ainsi que la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics l'oppose, des conclusions à fin d'appel en garantie de la société Allianz IARD et la société TPF Ingénierie dirigées contre elle. Il en va enfin de même, ainsi que le tribunal l'a relevé d'office, des conclusions à fin d'appel en garantie de la société Allianz IARD et la société TPF Ingénierie à l'encontre de la Mutuelle des architectes de France et de celles de la société TPF Ingénierie dirigées contre la société Montmirail.
4. En second lieu, ainsi que la société Allianz IARD l'oppose, les conclusions présentées par la société TPF Ingénierie, son assuré, tendant à ce qu'elle soit condamnée à mobiliser ses garanties en cas de condamnation prononcée à son encontre sont présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Sur l'établissement du décompte général du marché :
5. L'ensemble des opérations auxquelles donne lieu l'exécution d'un marché public est compris dans un compte dont aucun élément ne peut être isolé et dont seul le solde arrêté lors de l'établissement du décompte général et définitif détermine les droits et obligations définitifs des parties. Toutes les conséquences financières de l'exécution du marché sont retracées dans ce décompte même lorsqu'elles ne correspondent pas aux prévisions initiales. Il revient notamment aux parties d'y mentionner les conséquences financières de retards dans l'exécution du marché ou de manquements de son titulaire à ses obligations contractuelles.
6. Il appartient au juge du contrat, en l'absence de décompte général devenu définitif, de statuer sur les réclamations pécuniaires présentées par chacune des deux parties pour déterminer le solde de leurs obligations contractuelles respectives.
En ce qui concerne les pénalités :
7. Aux termes de l'article 4.2.2 du cahier des clauses administratives particulières du lot n° 1 " Clos - couvert " : " Par dérogation à l'article 20.1 du CCAG, les dispositions suivantes sont appliquées lot par lot, en cas de retard dans l'exécution des travaux, comparativement au calendrier détaillé d'exécution élaboré et éventuellement modifié () / 4.2.2.1 Retard sur le délai d'exécution propre au lot concerné / Il est fait application de la pénalité journalière indiquée dans le tableau ci-après () / 4.2.3 Récapitulatif des pénalités / Outre les retenues provisoires en cas de retards évoqués ci-dessus, les retenues forfaitaires provisoires décrites ci-après sont applicables dans le cadre de la réalisation de l'opération. () ". Le tableau récapitulatif figurant à l'article 4.2.3 précité prévoit notamment une pénalité par jour ouvré, de niveau 1, pour non-respect des dispositions de l'organisation du chantier, une pénalité de niveau 2, après constat, pour démontage non autorisé d'une partie de la clôture et une pénalité par jour ouvré, de niveau 2, pour retard d'exécution décompté suivant le calendrier transmis par ordre de service. L'article 4.2.3 précité stipule que le montant pour une pénalité de niveau 1 est de 50 euros et celui pour une pénalité de niveau 2 de 100 euros.
8. Il résulte de l'instruction, en particulier du décompte général du marché, que des pénalités ont été mises à la charge de la société Axima Concept, d'un montant total de 6 350 euros. Celle-ci en demande la décharge.
9. En premier lieu, lorsque le cocontractant n'est que partiellement responsable d'un retard dans l'exécution du contrat, les pénalités applicables doivent être calculées seulement d'après le nombre de jours de retard imputables au cocontractant lui-même.
10. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'analyse des retards établi par la société TPF Ingénierie, qu'il est reproché à la société Axima Concept un retard de soixante-deux jours dans la mise en service du traitement d'air dans la grande salle de spectacle. Contrairement à ce qu'a estimé l'expert dans son rapport, l'article 4.2.3 précité prévoit que le retard d'exécution s'apprécie par rapport au calendrier transmis par ordre de service. Est ainsi sans incidence, à la supposer même établie, l'absence d'un calendrier annexé au marché. Il résulte en outre de l'instruction que la société Axima Concept a reçu par ordre de service n° 11, signé sans réserve, le calendrier d'exécution indice F du 1er octobre 2018. Contrairement à ce que ladite société soutient, le délai d'exécution était ainsi contractuellement fixé, de sorte que des pénalités pouvaient être appliquées en raison de son non-respect. Elle n'allègue au demeurant pas qu'elles n'auraient pas été calculées pour un retard constaté à partir des dates fixées par ce calendrier.
11. Pour autant, il résulte de l'instruction, en particulier du procès-verbal de réunion de chantier n° C143, que d'une part, la mise en service du traitement d'air a été retardée par les interventions de la société Bonaud, les 4 et 25 février et du 4 mars au 1er avril 2019, laquelle n'a pas procédé au nettoyage des sols laissés sales qui lui incombait, en dépit des nombreuses demandes en ce sens, ainsi qu'en témoignent les ordres de service nos 14 et 18 des 28 février et 6 mai 2019 et le procès-verbal n° 170 de la réunion du 29 avril 2019. Le nettoyage n'a pu être fait en dernier lieu, par les soins de la société Axima Concept, qu'à cette dernière date au plus tard. D'autre part et surtout, si cette dernière ne conteste pas qu'une alimentation électrique provisoire avait été mise à sa disposition par le maître d'ouvrage, elle avait alerté à plusieurs reprises, avec la société Oisselec, que la mise en service du traitement d'air requérait l'alimentation électrique définitive, ainsi que cela ressort d'un courriel du 15 octobre 2018 et du procès-verbal n° C 144 du 8 avril 2019, sans que cela fasse l'objet de réserves ou d'observations de la part de la maîtrise d'œuvre ou du maître d'ouvrage. Il résulte enfin de l'instruction que le système de traitement d'air a été mis en service le 2 mai 2019, trois jours après l'installation, le 30 avril 2019, de l'alimentation électrique définitive. La société Axima Concept n'étant pas responsable du retard reproché, ce que confirme la note technique, non contestée, établie à sa demande par le cabinet Ciblexperts, elle est fondée à demander la décharge de la pénalité correspondante, à hauteur de 6 200 euros.
12. En second lieu, alors que la société Axima Concept soutient qu'elle n'a eu connaissance d'aucun reproche lui ayant été adressé quant à un non-respect des règles d'organisation du chantier et à un démontage non autorisé d'une partie de la clôture, la commune de Mont-Saint-Aignan n'apporte en défense aucune précision, ni ne verse à l'instance aucune pièce permettant de justifier l'application des pénalités à ces deux titres. La société Axima Concept est dès lors fondée à solliciter la décharge desdites pénalités pour un montant global de 150 euros.
13. Il résulte de ce qui a été dit aux deux points précédents que la société Axima Concept est fondée à demander la décharge de l'ensemble des pénalités mises à sa charge, à hauteur de 6 350 euros.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'indemnisation présentées, à titre principal, contre la commune de Mont-Saint-Aignan :
14. La société Axima Concept soutient, de manière peu circonstanciée, que la commune a commis des fautes ayant provoqué l'allongement de la durée du chantier. Toutefois, la circonstance qu'elle lui ait commandé des travaux supplémentaires et qu'elle ait opéré des changements programmatiques ne révèlent pas l'existence de telles fautes. De la même façon, la circonstance que le précédent titulaire du lot en litige ait été placé en liquidation judiciaire ne témoigne pas d'une faute dans son attribution. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que la commune n'a été informée qu'à compter du rapport initial du contrôleur technique dressé le 5 février 2016, de la recommandation visant à la réalisation d'une étude géotechnique complémentaire concernant les " puits en gros béton prévus conservés sous les fondations ", et qu'elle a ordonnée, par un ordre de service n° 9, les travaux de remédiation dès le 20 juin 2016. Au vu des informations dont elle avait connaissance, l'expert n'ayant d'ailleurs pas conclu à l'existence d'une faute de sa part, la société Axima Concept n'établit pas qu'elle a commis une faute dans la définition du projet et de ses besoins. La commune justifie en outre de ses nombreuses diligences à l'égard de la maîtrise d'œuvre afin de remédier aux retards et dysfonctionnements constatés. Dans ces conditions, la société Axima Concept n'est pas fondée à engager la responsabilité de la commune de Mont-Saint-Aignan en raison d'une faute dans l'exécution du marché.
En ce qui concerne la détermination du solde du marché :
15. Il résulte de l'instruction et eu égard à ce qui a été dit au point 13, la société Axima Concept devant être déchargée de l'ensemble des pénalités mises à sa charge, que le montant du décompte général du marché de travaux doit être fixé à la somme de 901 733,22 euros TTC, révision comprise, non contestée. Eu égard aux acomptes déjà versés et aux sommes acquittées directement auprès des sous-traitants, à hauteur de 886 898,45 euros TTC, non contestés, le solde du marché en cause doit être arrêté à la somme de 14 834,77 euros, au crédit de la société Axima Concept.
16. Compte tenu du solde du marché de maîtrise d'œuvre ainsi déterminé au point précédent, il y a seulement lieu de condamner, à ce titre, la commune de Mont-Saint-Aignan à verser à la société Axima Concept une somme de 14 834,77 euros.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'indemnisation présentées à titre subsidiaire :
17. Dans le cadre d'un litige né de l'exécution de travaux publics, le titulaire du marché peut rechercher la responsabilité quasi-délictuelle des autres participants à la même opération de construction avec lesquels il n'est lié par aucun contrat, notamment s'ils ont commis des fautes qui ont contribué à l'inexécution de ses obligations contractuelles à l'égard du maître d'ouvrage, sans devoir se limiter à cet égard à la violation des règles de l'art ou à la méconnaissance de dispositions législatives et réglementaires. Il peut en particulier rechercher leur responsabilité du fait d'un manquement aux stipulations des contrats qu'ils ont conclus avec le maître d'ouvrage.
18. Au titre de la responsabilité quasi-délictuelle des membres du groupement de maîtrise d'œuvre, la société Axima Concept soutient que Mme D E, architecte, la société Pax Ingénierie, bureau d'études techniques tous corps d'état, et la société TPF Ingénierie, chargée de la mission Ordonnancement, pilotage et coordination, ont chacune commis une faute ayant entraîné un allongement de la durée du chantier, qui lui a causé un préjudice.
S'agissant de la faute de Mme D E :
19. Il résulte de l'instruction que, dès le 7 juillet 2014, Mme D E, architecte, s'est vue adresser un rapport d'analyse établi par la société ID+ Ingénierie, bureau d'études techniques faisant état de suspicions quant à l'existence de désordres affectant les fondations et de l'éventualité de leur démolition. Le 15 septembre 2014, l'architecte indiquait dans une note établie par ses soins que la conservation des fondations était envisageable sous réserve d'une validation du contrôleur technique. Dans un rapport du 23 avril 2015, le bureau d'études techniques indiquait la nécessité d'effectuer des sondages complémentaires sur les fondations. Ceux-ci ont été réalisés du 14 au 22 avril 2015 et faute pour sa mission d'avoir été renouvelée, le contrôleur technique n'a dressé son rapport initial de contrôle technique que le 5 février 2016, avec un avis suspendu quant aux fondations. Enfin, ce n'est que par un ordre de service n° 9 du 20 juin 2016, après retard pris dans la démolition du gros œuvre et réalisation d'une nouvelle étude géotechnique commandée seulement le 23 mars 2016, qu'il a été demandé à la société Léon Grosse de réaliser les micropieux pour les fondations de la grande salle. Dans ces conditions, Mme D E a commis une faute dans la direction de l'exécution du marché et une faute dans son devoir de conseil au maître d'ouvrage dans la définition des besoins préalablement à la seconde consultation, qui ont été de nature à susciter un allongement de la durée du chantier.
S'agissant de la faute de la société ID+ Ingénierie, devenue Pax Ingénierie :
20. D'une part et contrairement à ce qu'a relevé l'expert, il ne résulte pas de l'instruction, en particulier de son rapport rendu en février 2011, dans le cadre d'une mission G12, que le bureau d'études Ginger CEBTP ait exclu la possibilité de réaliser des fondations sur semelles filantes. Il n'est en outre pas sérieusement contesté que les ouvrages prévus dans le lot relatif au gros œuvre étaient conformes à ceux envisagés dans ce rapport. Il résulte en revanche de l'instruction que les difficultés rencontrées quant à la réalisation des fondations ont résulté d'erreurs d'exécution du précédent attributaire du lot portant sur le gros œuvre, qui n'a pas alerté sur les faiblesses et l'hétérogénéité du sol constatées lors du chantier, en contradiction avec les conclusions de l'étude géotechnique G11 initiale, et sur lequel le bureau d'études précités n'avait pas émis de doutes.
21. D'autre part, et en revanche, il ne résulte pas de l'instruction, en particulier des pièces du marché de maîtrise d'œuvre et des différents avenants, que la mission EXE n'incombait plus à la maîtrise d'œuvre, et en son sein, au bureau d'études techniques. L'expert a d'ailleurs, à cet égard, relevé dans son rapport que la circonstance que les plans d'exécution étaient à la fois dus par la maîtrise d'œuvre et les entreprises avait été " à la base de la zizanie sur le chantier, car les uns et les autres n'ont pas fourni les prestations en temps voulu ou ont fini par les réaliser avec retard ". La société Pax Ingénierie ne conteste pas sérieusement que les plans d'exécution ont été remis par ses soins pour certains avec jusqu'à près d'un an de retard. Une telle défaillance dans la réalisation de sa mission EXE ayant été de nature à allonger la durée du chantier, la société Axima Concept est fondée à soutenir que cette société a commis une faute.
S'agissant des autres membres du groupement de maîtrise d'œuvre :
22. Les développements peu circonstanciés de la société Axima Concept quant aux causes de l'allongement de la durée du chantier ne permettent pas d'établir qu'une faute commise par M. A B, l'EURL Peytavin Yvan et la société TPF Ingénierie en serait à l'origine. Elle n'est dès lors pas fondée à engager leur responsabilité.
En ce qui concerne les préjudices :
23. La société Axima Concept fait état de frais supplémentaires liés à la prolongation de la mission d'un chargé d'affaire et d'un chef de chantier, de celle de la location de matériel et du suivi opérationnel, juridique et administratif, d'une perte de rendement, de frais de mobilisation et de démobilisation, d'une perte de marge et de non-couverture de frais généraux, ainsi que d'un décalage de la garantie des fournisseurs.
24. Lorsque, après avoir reconnu l'existence d'une faute de nature à engager la responsabilité d'une personne mise en cause, et qu'il n'est pas en mesure d'établir l'importance du préjudice indemnisable, il appartient au tribunal, afin de remplir complètement la mission juridictionnelle qui est la sienne, de faire usage de ses pouvoirs d'instruction pour que soit précisée l'étendue de ce préjudice.
25. Toutefois, pour établir les préjudices allégués, la société Axima Concept verse à l'instance ses deux mémoires en réclamation, sous forme de devis, l'un établi le 10 décembre 2019, l'autre joint à son courrier du 5 juin 2020. S'il ne ressort pas de leurs termes qu'ils étaient assortis de pièces justificatives, ladite société produit une " présentation des pièces justificatives utilisées ", ainsi que lesdites pièces, au nombre de huit. Au cours de l'expertise ordonnée par le tribunal, qui avait notamment pour objet d'identifier les surcoûts résultant du retard du chantier et d'établir les comptes entre les parties, Mme D E a sollicité l'analyse de ce mémoire par un cabinet d'experts en contentieux de la construction, qui a conclu au caractère non justifié ou vérifiable de cette réclamation, versée au contradictoire à cette occasion et à l'instance, sans contradiction de la part de la société Axima Concept, en particulier postérieurement à son dire n° 2 du 13 juillet 2021. L'expert, s'appropriant les conclusions de l'analyse précitée, a estimé non fondées la demande d'indemnité de la société Axima Concept. S'agissant du surcoût lié à la mobilisation d'un chargé d'affaire, cette analyse a souligné que l'absence de ce dernier à de nombreuses réunions de chantier démontrait l'absence de son affectation effective à hauteur de la quotité horaire alléguée par la société requérante et que ce surcoût résultait d'un défaut de budgétisation préalable suffisante pour l'ensemble de la période prévisionnelle du chantier et d'une augmentation, non justifiée, du coût horaire à compter de 2018, par rapport à celui retenu dans son offre. Elle apporte la même réserve quant au surcoût lié à la mobilisation d'un chef de chantier, eu égard aux nombreuses absences aux réunions de chantier et à la période considérée, qui couvre pour partie celle consacrée à la levée des réserves dans le cadre des opérations de réception de l'ouvrage. L'analyse indique que les surcoûts de location de matériel ne sont pas documentés, en particulier au regard des avenants intervenus. Elle relève le même défaut de budgétisation préalable suffisante concernant les pertes de rendement et les frais de mobilisation et de démobilisation. Elle souligne le manque de justificatifs et ainsi, de caractère certain de la sous-couverture des frais généraux, d'ailleurs évoquée au regard de la seule agence de Normandie et non de la société dans sa globalité. Elle précise qu'en l'absence de confirmation de commandes aux fournisseurs et de factures produites, le préjudice lié au décalage de périodes de garantie n'est pas établi. Les pièces produites par la société Axima Concept, jointes à son mémoire en réclamation, ne permettent pas à elles seules d'établir un lien de causalité certain entre les préjudices allégués et l'allongement de la durée du chantier, voire même leur réalité. Ladite société n'a par ailleurs produit à l'instance aucune autre pièce en réponse à la contestation sérieuse opposée en défense. En particulier et alors pourtant que la mission du cabinet Ciblexperts portait notamment sur l'identification des surcoûts résultant des retards du chantier, la note technique établie par ses soins, déjà mentionnée au point 11, ne fournit aucune précision sur ce point. La société Axima Concept ne peut pas davantage proposer une évaluation forfaitaire de ses préjudices à partir de coûts mensuels multipliés par le nombre de mois supplémentaires du chantier, sans apporter la preuve de la réalité desdits préjudices. Il résulte par ailleurs de l'instruction que le marché en cause a fait l'objet de quatre avenants et d'un marché complémentaire à l'occasion desquels au moins une partie des coûts exposés liés à cet allongement a pu être intégrée à la rémunération du titulaire, en particulier ceux liés au suivi opérationnel, juridique et administratif, par ailleurs non distingués de ceux incombant aux chargé d'affaire et chef de chantier, ainsi que l'a relevé l'analyse comptable diligentée par l'architecte susmentionnée. Dans ces conditions, la société Axima Concept n'établit pas le caractère réel et certain des préjudices exposés ni, pour ceux justifiés par des pièces, le lien de causalité avec le fait générateur.
26. Il résulte de ce qui précède, en l'absence d'utilité qui serait attachée à l'usage supplémentaire des pouvoirs d'instruction du tribunal et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par Mme D E et l'EURL Peytavin Yvan, que la société Axima Concept n'est pas fondée à engager leur responsabilité ainsi que celle de la société Pax Ingénierie, de M. A B et de la société TPF Ingénierie.
Sur les appels en garantie :
27. En l'absence de condamnation prononcée à l'encontre de la commune de Mont-Saint-Aignan, ses conclusions à fin d'appel en garantie ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, pour les mêmes motifs, des conclusions en ce sens présentées par Mme D E, l'EURL Peytavin Yvan, la société Pax Ingénierie, la société TPF Ingénierie, la société Apave Infrastructures et Construction France, la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics et la société Allianz IARD, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par la société Apave Infrastructures et Construction France.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
28. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions des parties au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions à fin d'appel en garantie dirigées contre la Mutuelle des architectes de France, la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics, la société Allianz IARD, la société Axa France IARD SA et à la société Montmirail sont rejetées comme étant présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Article 2 : Le montant du solde du marché public de travaux conclu entre la commune de Mont-Saint-Aignan et la société Axima Concept s'élève à la somme de 14 834,77 euros, au crédit de cette société.
Article 3 : La commune de Mont-Saint-Aignan est condamnée à verser une somme de 14 834,77 euros à la société Axima Concept au titre du solde du marché public de travaux.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Les frais d'expertise sont taxés et liquidés dans l'instance n° 2005078.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la SA Axima Concept, à la commune de Mont-Saint-Aignan, à Mme D E, à la SAS Pax Ingénierie, à M. A B, à l'EURL Peytavin Yvan, à la SAS TPF Ingénierie, à la SAS Apave Infrastructures et Construction France, à la Mutuelle des architectes de France, à la Société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics, à la SA Allianz IARD, à la société Axa France IARD SA et à la SAS Montmirail.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Van Muylder, présidente,
M. Cotraud, premier conseiller,
Mme Favre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 30 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé : J. Cotraud
La présidente,
Signé : C. Van MuylderLe greffier,
Signé : J.-B. Mialon
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J.-B. MIALON
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026