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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2100264

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2100264

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2100264
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantANDRIEUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 janvier 2021 et le 22 mars 2022, Mme A D, représentée par Me Andrieux, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de condamner le centre communal d'action sociale (CCAS) d'Evreux à lui verser la somme globale de 50 000 euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter de la réclamation préalable, à titre de réparation de l'ensemble des préjudices subis du fait de la gestion de sa carrière, notamment des conditions de son transfert au sein des effectifs au CCAS ;

2°) de mettre à la charge du CCAS d'Evreux une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le CCAS a commis une faute en raison de son placement puis de son maintien sur le poste d'adjoint territorial d'animation de catégorie C, alors qu'elle exerce des missions relevant d'un poste de catégorie B ;

- elle est victime de discrimination, dès lors que certains agents du CCAS, pourtant placés dans une situation identique à la sienne, ont été classés sur des postes de catégorie B ;

- son affectation à un poste où elle est conduite à exercer une activité d'encadrement d'agents de catégorie B révèle un dysfonctionnement dans l'organisation du service ;

- elle a subi un préjudice anormal et spécial qui engage la responsabilité sans faute du CCAS ;

- elle a subi un préjudice moral qui doit être évalué à la somme de 10 000 euros ;

- elle est fondée à solliciter la réparation du préjudice de perte de rémunération qui correspond à 400 euros net mois, sur une période de 70 mois, soit 30 000 euros sous réserve d'actualisation ;

- elle a subi un préjudice de carrière qui peut être estimé à la somme de 10 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2021, le CCAS d'Evreux conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme symbolique d'un euro soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 2006-1693 du 22 décembre 2006 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. À la suite d'un transfert de compétences au 1er janvier 2014, le personnel de l'association Amicale Laïque de la Madeleine, au sein de laquelle Mme D était salariée en qualité d'animatrice, a été transféré vers le centre communal d'action sociale d'Evreux. Ce dernier a recruté Mme D, par la voie d'un contrat à durée indéterminée signé le 22 janvier 2014, en qualité d'animatrice au grade d'adjoint territorial d'animation principal de 1ère classe, au 4ème échelon, emploi relevant de la catégorie C. Après avoir formulé une première demande de condamnation à l'encontre de la commune d'Evreux, rejetée par un jugement du tribunal administratif du 30 septembre 2019, Mme D a adressé une demande indemnitaire, restée sans réponse, le 30 octobre 2020 au CCAS d'Evreux. Mme D demande au tribunal, par la requête susvisée, de condamner le CCAS d'Evreux à lui verser la somme globale de 50 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de la gestion de sa carrière, et notamment des modalités de son transfert au sein des effectifs du CCAS.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article L. 1224-3 du code du travail, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque l'activité d'une entité économique employant des salariés de droit privé est, par transfert de cette entité, reprise par une personne publique dans le cadre d'un service public administratif, il appartient à cette personne publique de proposer à ces salariés un contrat de droit public, à durée déterminée ou indéterminée selon la nature du contrat dont ils sont titulaires. / Sauf disposition légale ou conditions générales de rémunération et d'emploi des agents non titulaires de la personne publique contraires, le contrat qu'elle propose reprend les clauses substantielles du contrat dont les salariés sont titulaires, en particulier celles qui concernent la rémunération. / En cas de refus des salariés d'accepter le contrat proposé, leur contrat prend fin de plein droit. La personne publique applique les dispositions relatives aux agents licenciés prévues par le droit du travail et par leur contrat. ".

3. Il résulte de ces dispositions que lorsque l'activité d'une entité économique employant des salariés de droit privé est reprise par une personne publique gérant un service public administratif et que ce transfert n'entraîne pas de changement d'identité de l'entité transférée, le contrat de droit public proposé aux intéressés doit reprendre les clauses substantielles de leur ancien contrat, dans la mesure où des dispositions législatives ou réglementaires n'y font pas obstacle.

4. En premier lieu, si Mme D soutient que le CCAS a commis une faute en la transférant sur un emploi de catégorie C, alors qu'elle assume des missions relevant d'un emploi de catégorie B, notamment d'enseignement au public de la langue française, elle n'établit aucunement la réalité de ces allégations. Par suite, en l'absence de faute établie, Mme D n'est pas fondée à engager la responsabilité de l'administration en raison des modalités de son transfert au sein des effectifs du CCAS.

5. En deuxième lieu, le juge, lors de la contestation d'une décision dont il est soutenu qu'elle serait empreinte de discrimination, doit attendre du requérant qui s'estime lésé par une telle mesure qu'il soumette au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une atteinte au principe de l'égalité de traitement des personnes. Il incombe alors au défendeur de produire tous ceux permettant d'établir que la décision attaquée repose sur des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si la décision contestée devant lui a été ou non prise pour des motifs entachés de discrimination, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. Mme D affirme que, si elle a été intégrée dans les effectifs du CCAS d'Evreux sur un poste d'adjointe territoriale d'animation principal de catégorie C, d'autres agents du CCAS exerçant des missions identiques ont bénéficié d'un transfert vers un poste de catégorie B. Toutefois, alors que lui incombe la charge d'établir les faits susceptibles de faire présumer l'existence d'une discrimination, l'intéressée, qui ne justifie pas au demeurant de la nature des missions qu'elle exerce, n'apporte aucun élément de nature à établir le sérieux et la vraisemblance de ces allégations. Par suite, Mme D ne peut être regardée comme ayant soumis au tribunal les éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'une situation de discrimination à son encontre.

7. En troisième lieu, Mme D soutient, sans apporter d'éléments démontrant la réalité de ce qu'elle invoque, qu'elle assure des missions d'encadrement d'agents qui relèvent de catégorie B, alors qu'elle exerce sur un poste de catégorie C. En tout état de cause, et à supposer même que cette circonstance soit établie, aucune disposition, ni aucun principe général applicable n'interdit à l'administration de confier à un agent public des missions d'encadrement d'un agent de grade supérieur au sien. Mme D n'établit, par suite, pas que le CCAS d'Evreux aurait commis une faute dans l'organisation du service.

8. En dernier lieu, si Mme D fait valoir qu'ayant subi un préjudice anormal et spécial, la responsabilité du CCAS pourrait être engagée sans faute, elle n'apporte aucune précision à l'appui de son argumentation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander la condamnation du CCAS d'Evreux à lui verser la somme de 50 000 euros en réparation des préjudices subis.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CCAS d'Evreux, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par Mme D au titre des frais de l'instance. En outre, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante une somme à verser au CCAS d'Evreux au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du CCAS d'Evreux tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D et au centre communal d'action sociale d'Evreux.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

La rapporteure,

H. B

La présidente,

C. BOYER Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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