mercredi 30 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2100332 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | FROMONT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 29 janvier 2021, 7 octobre 2022 et 13 janvier 2023, puis un mémoire récapitulatif, produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 16 février 2023, et un mémoire, enregistré le 7 mars 2023, la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie, représentée par Me Crapart, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, d'arrêter le décompte général et définitif du marché portant sur le lot n°9 " Chauffage - Rafraichissement - Ventilation - Désenfumage " confié par l'EHPAD La résidence des reflets d'argent à la somme de 2 406 605,66 euros HT, soit 2 887 926,79 euros TTC, de condamner solidairement les défenderesses à lui verser la somme de 1 101 201,70 euros TTC, assortie des intérêts moratoires à compter du 6 août 2020 et de la capitalisation de ces intérêts ;
2°) à titre subsidiaire, d'arrêter le décompte général et définitif de son marché à la somme de 1 834 656,48 euros HT, soit 2 201 587,78 euros TTC, de condamner solidairement les défenderesses à lui verser la somme de 414 862,69 euros TTC, assortie des intérêts moratoires à compter du 6 août 2020 et de la capitalisation de ces intérêts ;
3°) de mettre à la charge des parties succombantes la somme de 10 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie soutient que :
- la juridiction administrative est compétente pour connaître des demandes dirigées à l'encontre des codéfendeurs de l'EHPAD La résidence des reflets d'argent sur le fondement de la responsabilité quasi-délictuelle ;
- les effets éventuels de l'acceptation par l'EHPAD La résidence des reflets d'argent des prestations de la société Apave Nord-Ouest, et du règlement de ses prestations, ne lui sont pas opposables dès lors qu'elle est tiers à ce contrat ;
- elle n'a pas renoncé à son recours dès lors que la portée des clauses de renonciation à recours au contrat est limitée aux seules questions réglées par les avenant n° 1 à n° 6, c'est-à-dire au prix convenu pour la réalisation des travaux concernés ;
- la responsabilité contractuelle de l'EHPAD La résidence des reflets d'argent, en tant que maître d'ouvrage, est engagée à son égard du fait des fautes résultant :
o des modifications du projet demandées par l'EHPAD La résidence des reflets d'argent en cours de chantier, à l'origine de travaux modificatifs et supplémentaires sans rémunération et excédant les aléas normaux à assumer par les entreprise ;
o des erreurs de conception du projet par l'EHPAD La résidence des reflets d'argent dans l'estimation initiale de ses besoins ;
o de la décision de poursuivre le chantier en dépit de la désorganisation et des difficultés induites par la survenance de l'incendie sur le chantier en mars 2019 ;
- elle est fondée à être indemnisée par l'EHPAD La résidence des reflets d'argent des difficultés d'exécution qui constituent des sujétions exceptionnelles, imprévisibles, et extérieures aux parties, ayant entrainé un bouleversement réel de l'économie du marché à hauteur de 375 178,19 euros HT, soit 29,3% du montant initial du marché :
o du fait de la survenance de l'incendie criminel en cours de chantier au mois de mars 2019 ;
o du fait des erreurs et des omissions de conception, des défaillances dans la synthèse et le suivi des travaux attribuées à la maîtrise d'œuvre ;
o de la réception des travaux prononcée assortie de réserves en janvier 2020, avec effet au 13 décembre 2019, soit avec un retard de vingt mois par rapport au planning indice 1 ;
- la responsabilité quasi-délictuelle des sociétés Artefact, Otéis, et Verdi Bâtiment Cœur de France (BCF), membres du groupement de maîtrise d'œuvre, est engagée au regard des difficultés rencontrées sur le chantier du fait :
o de l'insuffisance des études préalables du lot n°9 ;
o des problèmes et des retards dans leur mission de réalisation des plans d'exécution EXE ;
o de la défaillance dans leur mission synthèse SYN ;
o de la défaillance dans leur mission d'assistance lors des opérations de réception AOR ;
o de l'absence d'avis sur les réclamations des entreprises ;
o de la défaillance dans la mission de direction de l'exécution des marchés DET ;
- la responsabilité quasi-délictuelle de la société Léon Grosse est engagée au regard des difficultés dans la réalisation des travaux du lot gros-œuvre, imputable à une insuffisance des moyens de gardiennage et de la surveillance complémentaire ;
- la responsabilité quasi-délictuelle de la société Apave Nord-Ouest est engagée du fait de sa défaillance dans sa mission de contrôle résultant de la détection tardive de la non-conformité des systèmes de ventilation, consécutive à une erreur de conception de la société Otéis ;
- elle a subi un préjudice à raison de l'allongement de la durée du chantier d'un montant global de 547 830 euros, composé de :
o 285 790 euros HT au titre des surcoûts d'encadrement ;
o 12 130 euros HT au titre des surcoûts de matériel ;
o 180 540 euros HT au titre des sous-couverture des frais généraux ;
o 69 370 euros HT au titre des surcoûts liés à la participation " forcée " aux études de synthèse ;
-elle est fondée à demander à intégrer au décompte au titre de la rémunération supplémentaire et des travaux supplémentaires la somme, à titre principal, de 947'127,37 euros HT, à titre subsidiaire, de 375'178,19 euros HT ;
- elle évalue le montant des travaux supplémentaires consécutifs aux modifications du projet par la maîtrise d'ouvrage et aux défaillances de la maîtrise d'œuvre dans l'exercice de ses missions à un montant total de 371 711,14 euros comprenant :
o les travaux supplémentaires liés à la modification des radiateurs sèche-serviette ;
o les travaux supplémentaires liés à la modification de la taille des centrales de traitement d'air ;
o les travaux supplémentaires liés au déplacement de la gaine zone cuisine ;
o les travaux supplémentaires de calfeutrement des réservations dans les murs en béton ;
o les travaux supplémentaires de déplacement du coffret plancher chauffant au RDC ;
o les travaux supplémentaires de modification des tuyauteries EG ;
o les travaux supplémentaires de déplacement des batteries EG ;
o les travaux supplémentaires liés à l'augmentation du nombre de radiateurs ;
o les travaux supplémentaires liés à l'augmentation du nombre de panneaux rayonnants ;
o les travaux supplémentaires d'ajout de vannes d'arrêt / vannes de réglage ;
o les travaux supplémentaires de modification des gaines de ventilation dans les gaines techniques des chambres ;
o les travaux supplémentaires d'adaptation des réseaux au fur et à mesure des modifications apportées à l'ouvrage en cours de chantier ;
o les travaux supplémentaires d'installation de manchettes démontables sur les gaines de ventilation ;
o les travaux supplémentaires d'augmentation de la taille des pompes de chauffage ;
o les travaux supplémentaires d'incorporations en dalles ;
o l'augmentation des dépenses du compte prorata du fait de l'allongement de la durée du chantier ;
o le préfinancement des frais financiers ;
- l'EHPAD La résidence des reflets d'argent n'est pas fondé à réclamer l'application des pénalités contractuelles visées dans son courrier du 31 juillet 2020 dès lors que celles-ci n'ont pas été reprises dans son décompte général du 2 juin 2020 et, qu'au surplus, les pénalités visées sont dénuées de fondement ;
- elle est fondée à demander au titre du règlement du solde, la somme, à titre principal, de 1 101 201,70 euros TTC, à titre subsidiaire de 414 862,69 euros TTC.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 juillet 2022, 6 octobre 2022 et 13 janvier 2023, puis un mémoire récapitulatif, produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 16 février 2023 et des mémoires en défense, enregistrés les 8 mars 2023 et 7 avril 2023, l'EHPAD La résidence des reflets d'argent à Conches-en-Ouche, représenté par la SELARL Audicit, conclut :
- à titre principal, au rejet de la requête ;
- à titre subsidiaire, à la condamnation solidaire, et à défaut in solidum, des sociétés Artefact, Technic Metreurs Concept Prescript (TMCP), Oteis, Verdi BCF, Géodis, Albedo ingénierie environnementale et Mme A, constituées en groupement solidaire, ainsi que des sociétés Concept Ingénierie Bâtiment (CIB) et Apave Nord-Ouest à le garantir de toute condamnation susceptible d'être prononcée à son encontre ;
- à mettre à la charge de toute partie succombante la somme de 15 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la demande d'établissement du décompte général et définitif du marché de la société requérante à la somme de 2 406 605,66 euros HT est infondée :
o d'une part, sur l'allongement de la durée chantier :
* la responsabilité pour faute de l'EHPAD La résidence des reflets d'argent ne peut être engagée au titre de l'allongement de la durée du chantier dès lors que :
* la société requérante ne démontre pas que l'allongement de la durée du chantier proviendrait d'une faute directe du maître de l'ouvrage dans l'estimation initiale de ses besoins et dans la conception même du marché ;
* la maîtrise d'œuvre est la principale responsable des difficultés rencontrées sur le chantier ;
* la société requérante ne justifie pas que les difficultés alléguées résulteraient de l'existence de sujétions présentant un caractère exceptionnel et imprévisible et dont la cause est extérieure aux parties, ni que le retard aurait eu pour effet de bouleverser l'économie du contrat dès lors qu'une partie non négligeable des retards est imputable au retard de la société requérante sur ses propres ouvrages, à la non-conformité des clapets coupe-feu sur ses installations et à l'absence de gardiennage ;
* les surcoûts en matière d'encadrement, matériels, frais généraux et études de synthèse sollicités par la société requérante sont réputés compris dans le prix global et forfaitaire ;
* la société requérante ne justifie pas de coûts supplémentaires au titre des frais généraux (perte chiffre d'affaires), ni du surcoût en matériel et en personnels ;
o d'autre part, sur les demandes au titre des travaux supplémentaires :
* la demande de rémunération complémentaire de la société requérante à hauteur de de 947 127,37 euros HT ainsi que la demande de fixation du montant du décompte général et définitif à la somme de 2 406 605,66 euros HT, soit 2 887 926,79 euros TTC sont infondées dès lors que :
* elle ne démontre pas que les travaux auraient été demandés par le maître d'ouvrage et/ou qu'ils n'étaient pas prévus initialement dans son marché forfaitaire ;
* elle ne justifie pas du caractère indispensable de ces travaux à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art ;
* elle ne justifie pas qu'elle aurait effectivement eu à supporter le coût de ces travaux ;
* à titre infiniment subsidiaire, seule la somme 37 890,58 euros TTC retenue initialement par l'expert judiciaire pourra être considérée comme imputable au maître d'ouvrage ;
- à titre subsidiaire, l'EHPAD La résidence des reflets d'argent est fondé à demander la condamnation solidaire, et à défaut in solidum, du groupement de maîtrise d'œuvre constitué des sociétés Artefact, TMCP, Otéis, Verdi BCF, Géodis, Albedo ingénierie environnementale et Mme A ainsi que des sociétés CIB et Apave Nord-Ouest à le garantir de toute condamnation susceptible d'être prononcée dès lors que :
o des travaux supplémentaires ont été entrepris conformément aux demandes de la maîtrise d'œuvre ;
o l'allongement de la durée du chantier est principalement dû à des défaillances dans le suivi et l'exécution du chantier par la maîtrise d'œuvre résultant :
* d'erreurs de conception ;
* de problèmes et de retards dans sa mission de réalisation des plans d'exécution (EXE) ;
* de la défaillance dans sa mission de synthèse (SYN) ;
* de la défaillance dans sa mission AOR ;
* de l'absence d'avis sur les réclamations des entreprises ;
* de la défaillance dans sa mission DET ;
* de la non-conformité des systèmes de ventilation ;
o la facture que la société Apave Nord-Ouest a émise le 2 décembre 2020, même si elle a été réglée par l'EHPAD La résidence des reflets d'argent, ne peut être regardée comme un décompte général et définitif au sens du CCAG-PI et au sens du CCAP applicable au marché de la société Apave Nord-Ouest ;
o la responsabilité de la société Apave Nord-Ouest est entière dans la non-conformité des systèmes de ventilation et l'allongement de la durée du chantier subséquent.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 mars 2021, 4 août 2022, 22 septembre 2022 et 13 décembre 2022, puis un mémoire récapitulatif, produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 18 janvier 2023, les sociétés Concept Ingénierie Bâtiment (CIB) et Technic Metreurs Concept Prescrit (TMCP), représentées par Me Joly, concluent :
- à titre principal :
o à l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des recours des sociétés Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie, Apave Nord-Ouest, Artefact et Mme A à leur encontre ;
o au rejet des demandes et appels en garantie présentés par l'EHPAD La résidence des reflets d'argent à leur encontre ;
- à titre subsidiaire, au rejet des demandes et appels en garantie présentés par les sociétés Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie, Apave Nord-Ouest, Artefact et Mme A à leur encontre ;
- à mettre à la charge de la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie la somme de 2 500 euros à leur verser chacune au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles font valoir que :
- le juge administratif n'a pas vocation à juger des rapports contractuels ou quasi-délictuels existant entre des personnes morales de droit privé, ni des actions et recours exercés entre ces personnes morales de droit privé, même si ces rapports et ces recours trouvent leur source dans l'exécution d'un marché public, les juridictions de l'ordre judiciaire étant seules compétentes ;
- la société CIB a pu justifier du parfait accomplissement de ses missions d'OPC, en particulier dans le cadre du sinistre " incendie " survenu en cours de chantier ;
- aucun manquement ne peut être imputé à la société TMCP.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 juillet 2022 et 21 décembre 2022, puis un mémoire récapitulatif, produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 16 février 2023, la société Apave Nord-Ouest, aux droits de laquelle vient la société Apave Infrastructures et Construction France, représentée par Me Marié, conclut :
- à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et des appels en garantie dirigés à son encontre ;
- à titre subsidiaire, au rejet de la requête ;
- à titre infiniment subsidiaire à la condamnation in solidum des sociétés Artefact, TMCP, Verdi BCF, Otéis, Géodis, Albedo ingénierie environnementale, CIB, Léon Grosse, Fouchard et Mme A à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;
- à mettre à la charge in solidum de toute partie succombante la somme de 5 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les demandes dirigées à son encontre sont irrecevables au regard de la réception sans réserve et du règlement total de ses honoraires ;
- sa responsabilité n'est pas engagée dès lors que :
o le contrôleur technique émet des avis indépendants au maître d'ouvrage et ne participe pas à la direction des travaux ;
o la responsabilité du contrôleur technique ne peut être engagée que s'il a manqué à sa mission de prévention des aléas techniques ;
o le lien entre le défaut de conformité des clapets et la réclamation de la société requérante n'est pas établi ;
o les conditions d'une condamnation solidaire de l'ensemble des défendeurs ne sont pas remplies en l'espèce.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 septembre 2022 et 13 janvier 2023, puis un mémoire récapitulatif, produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 18 janvier 2023 et un mémoire, enregistré le 7 avril 2023, les sociétés Artefact et Mme A, venant aux droits de la société BET Acoustique A, représentées par la SELARL Symchowicz-Weissberg, concluent :
- au rejet de la requête ;
- à la condamnation des sociétés Otéis, Verdi BCF, Géodis, Albedo ingénierie environnementale, TMCP, CIB, Apave Nord-Ouest, Fouchard, Léon Grosse et l'EHPAD La résidence des reflets d'argent à la garantir de toute condamnation susceptible d'être prononcée à son encontre ;
- de mettre à la charge de toute partie succombante la somme de 5 000 euros à leur verser chacune au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles font valoir que :
- la société requérante n'établit pas les surcoûts matériels et humains résultant des allongements de durée d'exécution dont elle se prévaut ;
- les postes de réclamation pour travaux supplémentaires doivent être rejetés en l'absence de demande de la maîtrise d'œuvre et du maître d'ouvrage, de preuve de leur réalisation effective et de démonstration de leur caractère indispensable au regard du marché et des règles de l'art ;
- la validation de travaux supplémentaires par la société Otéis à hauteur de 13 7741,76 euros ne permet pas d'établir le caractère indispensable des travaux supplémentaires ou le présence de sujétions imprévues dont la société requérante entend se prévaloir au titre de l'allongement de la durée du chantier ;
- aucune faute ne peut être imputée à la société Artefact dans les évènements qui seraient à l'origine des demandes de rémunération formulées par la société requérante ;
- la responsabilité de l'architecte dans la conception, le suivi d'exécution des lots techniques, notamment des lots n°1 " gros œuvre " et n°9 " chauffage et rafraichissement, ventilation et désenfumage ", ne peut être engagée compte-tenu des missions exclusives dévolues aux sociétés Verdi BCF et Otéis ;
- la société requérante n'établit pas de manquement de la société Artefact en sa qualité d'architecte mandataire du groupement dans la conception et l'exécution de sa mission DET, concernant les retards liés aux gros œuvre, aux difficultés diverses et au sinistre ;
- l'appel en garantie présenté par l'EHPAD La résidence des reflets d'argent à son encontre est infondé dès lors que les demandes de rémunération pour travaux supplémentaires, se rapportant à des modifications de programme, sont exclusivement à la charge du maître d'ouvrage ;
- la société Artefact et Mme A sont fondées à appeler en garantie leur cotraitants dès lors que les surcoûts identifiés relèvent de la seule responsabilité de la société Otéis.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2022, puis un mémoire récapitulatif, produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 15 février 2023, la société Otéis, représentée par Me Briand, conclut :
- à titre principal, au rejet de la requête ;
- à titre subsidiaire, à limiter le montant de sa condamnation à la somme de 9 430,54 euros HT et à condamner Mme A, les sociétés Artefact, Verdi BCF, Géodis, Albedo ingénierie environnementale, TMCP, CIB, Apave Nord-Ouest, Fouchard et Léon Grosse ainsi que l'EHPAD La résidence des reflets d'argent à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;
- à mettre à la charge de toute partie succombante la somme de 10 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la société requérante n'établit pas que les prestations fournies dans le cadre de la phase synthèse excèderaient le cadre de sa rémunération forfaitaire et constituerait une sujétion technique imprévue ;
- la société requérante ne justifie ni de l'engagement effectif des travaux, ni de leur nécessité au regard des règles de l'art ou des exigences du marché, ni même du fait qu'ils résulteraient d'une demande de la maîtrise d'ouvrage ou du maître d'œuvre ;
- le rapport d'expertise judiciaire est affecté d'insuffisances et d'imprécisions ;
- aucun manquement ne peut être imputé à la société Otéis dès lors que :
o les entreprises ont commis des manquements dans la communication de leurs plans de réservation ;
o l'appréciation du retard doit être examiné à l'aune des intempéries ;
o le décalage de la synthèse demeure sans incidence financière ;
o un retard de synthèse n'est pas susceptible d'être qualifié de sujétion imprévue ouvrant droit à indemnisation des entreprises dans le cadre de leur marché à forfait ;
o la non-conformité des systèmes de ventilation relève de la responsabilité prépondérante du contrôleur technique qui n'a formulé aucune remarque sur la conception et avait sollicité la suppression de certains clapets.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2022, puis un mémoire récapitulatif, produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 10 février 2023, la société Léon Grosse, représentée par Me Mahiu, conclut :
- à titre principal, au rejet de la requête ;
- à titre subsidiaire, à réduire à de plus justes proportions les prétentions indemnitaires de la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie et à condamner solidairement, ou in solidum, les sociétés Artefact, TMCP, Otéis, Verdi BCF, Géodis, Albedo ingénierie environnementale, Fouchard et Mme A à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;
- de mettre à la charge de la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie la somme de 2 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- aucun manquement, tant dans la réalisation des travaux de gros-œuvre que dans le gardiennage du site, ne peut être imputé à la société Léon Grosse, laquelle a respecté ses obligations contractuelles ;
- l'allongement de la durée du chantier n'est pas dû aux conséquences de l'incendie mais aux retards des entreprises ;
- la société Léon Grosse est fondée à appeler en garantie la maîtrise d' œuvre et l'OPC pour ne pas l'avoir alertée sur les prétendues insuffisances du gardiennage du chantier ;
- aucun travaux supplémentaire n'est imputable à la société Léon Grosse.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2023, la société Fouchard conclut à son absence de mise en cause.
Elle fait valoir qu'un accord amiable avec l'EHPAD La résidence des reflets d'argent a été conclu.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2023, la société Verdi Bâtiment Cœur de France (BCF), représentée par Me Fromont, conclut :
- à titre principal, à l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des demandes présentées à son encontre ;
- à titre subsidiaire, au rejet de la requête ;
- à titre infiniment subsidiaire, à limiter toute condamnation à son encontre à la somme de 940,89 euros HT ;
- mettre à la charge de la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie la somme de 3 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que sa responsabilité quasi-délictuelle n'est pas engagée en l'absence de manquement à ses obligations contractuelles.
La société Géodis, représentée par Me Hocquard, a présenté un mémoire, enregistré le 30 septembre 2024, non communiqué.
La procédure a été communiquée à la société Albedo ingénierie environnementale, laquelle n'a pas produit à l'instance.
Vu :
- l'ordonnance n° 2001865 du 1er décembre 2020 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Rouen a désigné l'expert judiciaire ;
- le rapport de l'expert judicaire enregistré le 1er décembre 2022 ;
- l'ordonnance du 19 décembre 2022 par laquelle le président du tribunal administratif de Rouen a taxé et liquidé les frais et honoraires de l'expert judiciaire à la somme de 14 982,46 euros ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'ordonnance n° 2015-899 du 23 juillet 2015 relative aux marchés publics ;
- le décret n° 2016-360 du 25 mars 2016 relatif aux marchés publics ;
- l'arrêté du 21 décembre 1993 précisant les modalités techniques d'exécution des éléments de mission de maîtrise d'œuvre confiés par des maîtres d'ouvrage publics à des prestataires de droit privé ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Favre, conseillère,
- les conclusions de Mme Delacour, rapporteur publique,
- et les observations de Me Malet, représentant l'EHPAD La résidence des reflets d'argent, de Me Keravel, représentant la société Artefact et Mme A, de Me Barbier, représentant la société Oteis, de Me Noury représentant la société Apave Infrastructures et Construction France et de Me Muta représentant la société Léon Grosse.
La société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie, la société CIB, la société TMCP, la société Fouchard, la société Verdi BCF, la société Géodis et la société Albedo ingénierie environnementale n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. L'EHPAD La résidence des reflets d'argent, à Conches-en-Ouche (27), a confié par acte d'engagement du 9 janvier 2015 la maîtrise d'œuvre du marché de travaux portant sur la reconstruction de l'établissement, décomposé en 20 lots, à un groupement solidaire constitué des sociétés Artefact, architecte et mandataire, Technic Métreurs Concept Prescript (TMCP), économiste, Verdi Bâtiment Cœur de France (BCF), BET structures, Oteis, BET fluides et électricité, SSI, Géodis, BET VRD, Albedo ingénierie environnementale, BET HCE thermique exploitation et A et BET acoustique. Par acte d'engagement du 27 octobre 2014, les missions de contrôle technique, des missions complémentaires et la mission de coordonnateur sécurité et protection de la santé ont été confiées à la société Apave Nord-Ouest. Par acte d'engagement du 17 juillet 2015, la mission d'ordonnancement, pilotage et coordination (OPC) du chantier a été confiée à la société Concept Ingénierie Bâtiment (CIB). Par un acte d'engagement du 26 octobre 2016, l'EHPAD La résidence des reflets d'argent a confié à la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie Energie Thermie Normandie le lot n°9 " Chauffage - Rafraichissement - Ventilation - Désenfumage " d'un marché à forfait pour un montant de 1 279 955,41 euros HT, augmenté par six avenants. L'EHPAD La résidence des reflets d'argent a par ailleurs confié les travaux du lot n°1 " Gros œuvre " à la société Léon Grosse qui, à ce titre, était en charge de la gestion du compte prorata et du gardiennage du chantier. Les travaux du lot n°9 ont été réceptionnés avec réserve le 13 décembre 2019. Le même jour, la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie a adressé à l'EHPAD La résidence des reflets d'argent un mémoire en réclamation provisoire avec une demande de rémunération complémentaire. Par courrier du 2 juillet 2020, la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie a adressé sa réclamation. Par ordonnance n°2001865 du 1er décembre 2020, le juge des référés a ordonné une expertise. L'expert judiciaire a déposé son rapport le 1er décembre 2022. Dans la présente instance, la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie demande, dans le dernier état de ses écritures, d'arrêter le décompte général et définitif du marché ainsi que la condamnation, d'une part, de l'EHPAD La résidence des reflets d'argent du fait des travaux supplémentaires et des surcoûts engendrés par l'allongement de la durée du chantier, et, d'autre part, des sociétés Artefact, Verdi BCF, Oteis, Léon Grosse et Apave Nord-Ouest au titre de la responsabilité quasi-délictuelle.
Sur les exceptions d'incompétence :
2. Le litige né de l'exécution d'un marché de travaux publics et opposant des participants à l'exécution de ces travaux, qui ne sont pas liés entre eux par un contrat de droit privé, relève de la compétence de la juridiction administrative, quel que soit le fondement juridique de l'action engagée.
3. Il ne résulte pas de l'instruction que les sociétés CIB, TMCP et Verdi BCF aient été liés à la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie par des contrats de droit privé. Par suite, les exceptions d'incompétence opposées par celles-ci doivent être écartées.
Sur l'établissement du décompte général et définitif du marché avec le maître d'ouvrage :
En ce qui concerne la renonciation au recours :
4. L'EHPAD La résidence des reflets d'argent oppose à la société requérante la signature sans réserve des avenants n°1 à n°6 des 21 juin 2018, 18 juillet 2018, 23 juillet 2018, 21 janvier 2019, 12 juillet 2019 et 5 novembre 2019. Toutefois, ces avenants, qui ont pour seul objet d'indemniser la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie des travaux modificatifs demandés, n'ont ni pour objet ni pour effet de compenser financièrement l'allongement de la durée du chantier. Dès lors, la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie est fondée à soutenir que la signature de ces avenants ne saurait valoir renonciation au recours tendant à l'indemnisation de l'allongement de la durée de chantier et ne fait ainsi pas obstacle à ce qu'elle réclame, au titre du solde du marché, les sommes susmentionnées.
En ce qui concerne les conclusions tendant au règlement des comptes du marché :
5. Le décompte général et définitif d'un marché de travaux retrace de manière indivisible et intangible les droits et obligations des parties au marché. Parmi les postes du décompte figurent des éléments qui ne présentent aucun caractère indemnitaire, tels les travaux réalisés par l'entreprise et non encore payés ou les conséquences de révisions de prix. Peuvent également y figurer les indemnités correspondant aux divers préjudices subis par le maître de l'ouvrage par la faute de l'entreprise ou réciproquement.
6. L'ensemble des opérations auxquelles donne lieu l'exécution d'un marché de travaux est compris dans un compte dont aucun élément ne peut être isolé et dont seul le solde arrêté lors de l'établissement du décompte définitif détermine les droits et obligations définitifs des parties. Il appartient au juge du contrat, en l'absence de décompte général devenu définitif, de statuer sur les réclamations pécuniaires des parties et de déterminer le solde de leurs obligations contractuelles respectives.
7. Par courrier du 22 mai 2020, notifié le 29 mai 2020, la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie a mis l'EHPAD La résidence des reflets d'argent en demeure d'établir le décompte général du marché. Par courrier du 2 juin 2020, réceptionné le 4 juin 2020, l'EHPAD La résidence des reflets d'argent a notifié à la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie un " décompte final à titre conservatoire ", lequel doit être regardé comme le décompte général du marché. Eu égard à la contestation élevée par la société requérante le 2 juillet 2020, soit dans le délai de 30 jours prévu à l'article 13.4.3 du CCAG, le décompte général du marché établi par l'EHPAD La résidence des reflets d'argent le 2 juin 2020, constituant la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie créditrice à hauteur de 1 751 373,95 euros, n'a pas acquis de caractère définitif en application de l'article 13.4.5 du CCAG-Travaux, et la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie est donc recevable à demander au juge du contrat d'arrêter celui-ci.
En ce qui concerne l'allongement de la durée du chantier :
8. Les difficultés rencontrées dans l'exécution d'un marché à forfait ne peuvent ouvrir droit à indemnité au profit de l'entreprise titulaire du marché que dans la mesure où celle-ci justifie soit que ces difficultés trouvent leur origine dans des sujétions imprévues ayant eu pour effet de bouleverser l'économie du contrat, soit qu'elles sont imputables à une faute de la personne publique commise notamment dans l'exercice de ses pouvoirs de contrôle et de direction du marché, dans l'estimation de ses besoins, dans la conception même du marché ou dans sa mise en œuvre, en particulier dans le cas où plusieurs cocontractants participent à la réalisation de travaux publics.
9. D'une part, la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie demande à être indemnisée des coûts liés à l'allongement de la durée des travaux, qui se sont achevés avec vingt mois de retard, qu'elle impute à une faute de l'EHPAD La résidence des reflets d'argent dans l'exercice de son pouvoir de contrôle et de direction du chantier. Elle soutient que le maître d'ouvrage a commis des fautes du fait des nombreuses modifications demandées à l'origine de travaux modificatifs et supplémentaires sans rémunération, excédant les aléas normaux à assumer par les entreprises, des erreurs de conception du projet dans l'estimation initiale de ses besoins et de sa décision de poursuivre les travaux en dépit de la désorganisation et des difficultés induites par la survenance de l'incendie sur le chantier en mars 2019. La société requérante se borne toutefois à évoquer le rapport d'expertise, lequel relève seulement que le maître d'ouvrage, qui a considéré que le chantier, après l'incendie, pouvait se poursuivre dans les zones n'ayant pas été endommagées, n'a pas réussi à imposer un arrêt de chantier qui aurait permis une reprise des travaux selon un planning davantage étudié. Ainsi, elle n'apporte pas d'éléments suffisamment précis et détaillés de nature à établir que le maître d'ouvrage aurait commis une faute, ni n'aurait été à l'origine d'une quelconque défaillance dans l'organisation des travaux.
10. D'autre part, la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie soutient qu'elle est fondée à être indemnisée par l'EHPAD La résidence des reflets d'argent des difficultés d'exécution qui constituent des sujétions exceptionnelles, imprévisibles, et extérieures aux parties, ayant entrainé un bouleversement réel de l'économie du marché du fait de la survenance de l'incendie criminel en cours de chantier au mois de mars 2019, des erreurs et des omissions de conception, des défaillances dans la synthèse et le suivi des travaux attribués à la maîtrise d'œuvre et de la réception des travaux prononcée assortie de réserves en janvier 2020, avec effet au 13 décembre 2019, soit avec un retard de vingt mois. Selon le rapport d'expertise, l'origine de l'incendie du chantier en mars 2019 réside dans l'absence de gardiennage physique dont la charge était confiée à l'entreprise Léon Grosse, ce qui n'a empêché, ni contrarié les intrus et qui a permis au feu de se propager sans être détecté et d'être circonscrit au plus tôt. Ainsi, la survenue de ce sinistre, à défaut d'être exceptionnel compte tenu des conditions d'exécution du chantier, et imprévisible au moment de la conclusion du contrat, ne peut constituer une sujétion imprévue. Par ailleurs, les erreurs et les omissions de conception, les défaillances dans la synthèse et le suivi des travaux attribués à la maîtrise d'œuvre, en l'absence de caractère exceptionnel et imprévisible de ces circonstances, ne peuvent constituer des sujétions imprévues.
11. Il résulte de ce qui précède qu'en l'absence d'une part, de faute du maître d'ouvrage et, d'autre part, de sujétions imprévues ayant eu pour effet de bouleverser l'économie du contrat, la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie n'est pas fondée à demander une indemnisation par le maître d'ouvrage au titre des surcoûts générés que lui aurait causé l'allongement de la durée du chantier.
En ce qui concerne les travaux supplémentaires :
12. Dans le cadre d'un marché à prix global et forfaitaire, l'entrepreneur a le droit d'être indemnisé du coût des travaux supplémentaires, non prévus au contrat, s'ils ont été prescrits par ordre de service ou acceptés par le maître de l'ouvrage ou si à défaut d'ordre de service ou d'acceptation du maître de l'ouvrage, ils présentent un caractère indispensable à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art. La charge définitive de l'indemnisation incombe, en principe, au maître de l'ouvrage.
13. La société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie soutient qu'elle a dû réaliser des travaux supplémentaires liés à la modification des radiateurs sèche-serviette, à la modification de la taille des centrales de traitement d'air, au déplacement de la gaine zone cuisine, au calfeutrement des réservations dans les murs en béton, au déplacement du coffret plancher chauffant au RDC, à la modification des tuyauteries EG, au déplacement des batteries EG, à l'augmentation du nombre de radiateurs, à l'augmentation du nombre de panneaux rayonnants, à l'ajout de vannes d'arrêt / vannes de réglage, à la modification des gaines de ventilation dans les gaines techniques des chambres, à l'adaptation des réseaux au fur et à mesure des modifications apportées à l'ouvrage en cours de chantier, à l'installation de manchettes démontables sur les gaines de ventilation, à l'augmentation de la taille des pompes de chauffage et à l'incorporations en dalles, lesquels ont augmenté les dépenses du compte prorata et le préfinancement des frais financiers.
14. En premier lieu, la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie se borne à affirmer que les travaux supplémentaires ont été validés par la société Otéis lors de l'analyse des devis produits à l'appui de sa réclamation ainsi que par le maître d'ouvrage dès lors qu'ils n'ont pas été contestés durant l'expertise. Aucun élément ne permet toutefois de considérer les prestations supplémentaires dont elle se prévaut comme résultant de demandes de la part du maître d'ouvrage ou de la maitrise d'œuvre lors de l'exécution des travaux.
15. En deuxième lieu, la société requérante se prévaut du rapport d'expertise, lequel procède à une évaluation du montant de l'ensemble des travaux à hauteur de 269 336,21 euros HT en cause à partir des documents qui lui ont été produits, sans toutefois fournir d'analyse quant à leur caractère supplémentaire ou indispensable, ni donner de précision quant aux circonstances qui ont conduit la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie à les réaliser permettant d'apprécier s'il y a lieu ou non de condamner le maître d'ouvrage à les régler.
16. Eu égard aux documents contractuels précités, la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie n'établit pas que les travaux liés à la modification des radiateurs sèche-serviette pour se conformer aux règles d'accessibilité aux personnes en situation de handicap conformément aux articles I.5 et IV.7.3 du CCTP, à la modification de la taille des centrales de traitement d'air réalisée du fait d'une erreur de cumuls de débit sur les plans mais visant à réaliser des prestations prévues par le marché conformément aux articles I.8 et II.6 du CCTP, à la modification des tuyauteries EG et au déplacement des batteries EG, pour réaliser les prestations conformément au marché et comprises dans le forfait ainsi que le prévoit l'article II.7 du CCTP, à l'adaptation des réseaux au fur et à mesure des modifications apportées à l'ouvrage en cours de chantier du fait de l'insuffisance des plans d'exécution et de synthèse, compris dans le forfait conformément aux articles I.4 et II.7 du CCTP, à l'installation de manchettes démontables sur les gaines de ventilation afin de répondre aux besoins du marché et à l'augmentation de la taille des pompes de chauffage, compte tenu des oublis de puissance de chauffage, afin de répondre aux besoins du marché, ne relevaient pas de ses obligations contractuelles. Par ailleurs, les travaux liés au déplacement de la gaine zone cuisine ont déjà été pris en compte pour un montant de 2 780,19 euros HT par l'ordre de service n°7.
17. En outre, comme le fait valoir l'EHPAD La résidence des reflets d'argent, la société requérante ne justifie pas du caractère indispensable des travaux de calfeutrement des réservations dans les murs en béton, de déplacement du coffret plancher chauffant au RDC, d'augmentation du nombre de radiateurs, liés à l'augmentation du nombre de panneaux rayonnants, d'ajout de vannes d'arrêt / vannes de réglage, de modification des gaines de ventilation dans les gaines techniques des chambres, et d'incorporations en dalles, pour l'exécution, selon les règles de l'art, des ouvrages prévus par le marché. Si la société Otéis les a acceptés dans son analyse de la réclamation, cette circonstance ne permet pas pour autant d'établir leur caractère indispensable.
18. Par voie de conséquence, la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie ne peut faire valoir que les dépenses du compte prorata et le préfinancement des frais financiers ont été augmentés par la réalisation de travaux supplémentaires.
19. Ainsi, la société requérante ne justifie pas d'un droit au paiement de prestations supplémentaires, ni d'un droit au paiement de travaux supplémentaires.
En ce qui concerne l'application des pénalités de retard :
20. L'ensemble des opérations auxquelles donne lieu l'exécution d'un marché de travaux publics est compris dans un compte dont aucun élément ne peut être isolé et dont seul le solde arrêté lors de l'établissement du décompte général et définitif détermine les droits et obligations définitifs des parties. L'ensemble des conséquences financières de l'exécution du marché sont retracées dans ce décompte même lorsqu'elles ne correspondent pas aux prévisions initiales. Il revient notamment aux parties d'y mentionner les conséquences financières de retards dans l'exécution du marché ou le coût de réparations imputables à des malfaçons dont est responsable le titulaire. Après la transmission au titulaire du marché du décompte général qu'il a établi et signé, le maître d'ouvrage ne peut réclamer à celui-ci, au titre de leurs relations contractuelles, des sommes dont il n'a pas fait état dans le décompte, nonobstant l'engagement antérieur d'une procédure juridictionnelle ou l'existence d'une contestation par le titulaire d'une partie des sommes inscrites au décompte général. Il ne peut en aller autrement, dans ce dernier cas, que s'il existe un lien entre les sommes réclamées par le maître d'ouvrage et celles à l'égard desquelles le titulaire a émis des réserves.
21. Par courrier du 31 juillet 2020, réceptionné le 6 août 2020, l'EHPAD La résidence des reflets d'argent a notifié à la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie des pénalités contractuelles d'un montant total de 585 160 euros HT, composé de 381 410 euros HT au titre du retard dans l'exécution des travaux, 197 100 euros HT au titre du retard dans la levée des réserves à réception, 1 650 euros HT au titre des absences aux rendez-vous de chantier et 5 000 euros HT au titre du retard dans la remise du DOE. Toutefois, comme il a été énoncé au point 7, par courrier du 2 juin 2020, réceptionné le 4 juin 2020, l'EHPAD La résidence des reflets d'argent a notifié à la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie un " décompte final à titre conservatoire ", lequel doit être regardé comme le décompte général du marché. Ce décompte général comprenait une pièce arrêtant le décompte général à la somme de 1 751 373,95 euros TTC, ne comportant aucune somme au regard des pénalités. Il ne résulte pas de l'instruction, et il n'est pas soutenu, que les pénalités infligées le 31 juillet 2020 par le maître d'ouvrage soient en lien avec les sommes réclamées par la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie dans son mémoire en réclamation. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que l'EHPAD La résidence des reflets d'argent ne pouvait déduire ultérieurement du solde du marché dont il restait redevable envers la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie le montant qu'il estimait pouvoir retenir au titre des pénalités pour absence aux rendez-vous de chantiers, retards dans la levée des réserves à réception, retard dans la remise du DOE et retards d'exécution, et dont d'ailleurs il n'est pas demandé l'application dans la présente instance.
En ce qui concerne la fixation du solde du marché :
22. Il résulte de ce tout ce qui précède que le montant du décompte général et définitif du lot n°9 " chauffage / rafraichissement ventilation désenfumage " doit être arrêté à la somme de 1 751 373,95 euros TTC. Eu égard aux acomptes déjà versés par le maître d'ouvrage, d'un montant non contesté de 1 786 725, 09 euros TTC, le solde du décompte général définitif de ce marché doit être fixé à la somme de 35 351,14 euros TTC en faveur l'EHPAD La résidence des reflets d'argent, qu'il y a lieu de condamner la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie à lui verser.
Sur la responsabilité quasi-délictuelle des autres intervenants :
23. Dans le cadre d'un litige né de l'exécution de travaux publics, le titulaire du marché peut rechercher la responsabilité quasi-délictuelle des autres participants à la même opération de construction avec lesquels il n'est lié par aucun contrat, notamment s'ils ont commis des fautes qui ont contribué à l'inexécution de ses obligations contractuelles à l'égard du maître d'ouvrage, sans devoir se limiter à cet égard à la violation des règles de l'art ou à la méconnaissance de dispositions législatives et réglementaires. Il peut en particulier rechercher leur responsabilité du fait d'un manquement aux stipulations des contrats qu'ils ont conclus avec le maître d'ouvrage.
En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par la société Apave Nord-Ouest :
24. Aux termes de l'article 3.2.3 c- du CCAP du lot n°1 coordonnateur SPS et du lot n°2 contrôle technique : " le décompte général et définitif se fera par la reprise totale de la Décomposition du Prix Global et Forfaitaire et de modifications détaillés en plus ou en moins apportées lors de l'exécution, à la demande du maître d'ouvrage ".
25. La société Apave Nord-Ouest fait valoir que les demandes dirigées à son encontre sont irrecevables au regard de la réception sans réserve et du règlement total de ses honoraires par l'EHPAD La résidence des reflets d'argent le 25 février 2021. Toutefois, la fixation du décompte définitif ne peut découler du simple paiement, par le maître d'ouvrage, des sommes figurant dans la facture du 2 décembre 2020, laquelle se rapporte uniquement à la période de parfait achèvement. Au demeurant, ni le principe d'unicité du décompte, ni le caractère définitif du décompte, ne peuvent être opposés par la société Apave Nord-Ouest à l'encontre, d'une part, de la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie, à laquelle elle n'est pas liée par un contrat, et, d'autre part, aux appels en garanties présentés à son encontre. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la société Apave Nord-Ouest devra être écartée.
En ce qui concerne l'allongement de la durée du chantier :
26. Il résulte de l'instruction et notamment des termes du rapport d'expertise que l'allongement de la durée du chantier à hauteur de vingt mois résulte de carences dans la réalisation des missions confiées à la maîtrise d'œuvre, de la conception à la surveillance des travaux tout au long du chantier, du retard dans la réalisation des travaux de gros-œuvre de l'ordre de 21 semaines, de l'incendie survenu en mars 2019 à l'origine de 38,5 semaines de retard et de la non-conformité des systèmes de ventilation rendant nécessaire de multiples travaux de reprise causant 13,5 semaines de retard.
27. La société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie soutient que les sociétés Artefact, architecte et mandataire, Oteis, BET Fluides et électricité ainsi que coordonnateur SSI, et Verdi BCF, BET structures, membres du groupement de maîtrise d'œuvre, sont à l'origine de certaines des difficultés rencontrées sur le chantier. Il résulte de l'instruction, comme le relève le rapport d'expertise, que la maîtrise d'œuvre, dans le cadre de ses missions DET, EXE et SYN, au regard de l'insuffisance des moyens quantitatifs et qualitatifs alloués lors des différentes phases de conception et de réalisation des plans d'exécution, a commis des erreurs de dimensionnement et des omissions dans la conception des équipements du lot n°9, des erreurs et des omissions dans les plans d'exécution et de synthèse ainsi que dans sa gestion des aléas du chantier, lesquels ont affecté le bon déroulement des travaux. Par ailleurs, la maîtrise d'œuvre a, en échouant à faire respecter par la société Léon Grosse son obligation de gardiennage, failli dans sa mission DET. En outre, la mission a fait l'objet par Oteis d'une sous-estimation, validée par le mandataire de la maîtrise d'œuvre.
28. La société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie soutient que la société Léon Grosse, à laquelle ont été confiés les travaux du lot n°1 " Gros œuvre " et, à ce titre la gestion du compte prorata et le gardiennage du chantier, est à l'origine de difficultés dans la réalisation des travaux du lot gros-œuvre et de l'incendie survenu en mars 2019. Il résulte de l'instruction, comme le relève le rapport d'expertise, que les retards dans la réalisation des travaux de gros-œuvre relèvent de la société Léon Grosse. Par ailleurs, malgré l'ordre de service n°17 du 20 mars 2019, la société n'a pas mis en place un gardiennage de chantier par l'entreprise conformément à l'article 31.4 du CCAP. Si la société Léon Grosse affirme, comme au cours de l'expertise, avoir installé un système de vidéosurveillance d'un commun accord avec les autres entreprises tout en précisant qu'aucune stipulation contractuelle n'exigeait la mise en place d'un gardiennage physique, elle n'établit pas avoir mis en œuvre une solution de gardiennage adaptée susceptible d'empêcher l'intrusion dans les locaux en construction, ou, du moins, de réagir rapidement et d'éviter la propagation de l'incendie causé en l'espèce au cours du mois de mars 2019. En outre, elle ne saurait soutenir que cette mission incombait à l'ensemble des entreprises dans le cadre du compte prorata, compte tenu de l'objet de celui-ci qu'est de permettre la gestion des frais financiers communs résultant des travaux, et leur répartition. Par ailleurs, si l'article 31.2 du CCAP précise que " chaque entreprise demeure responsable de ses propres dispositifs de sécurité ", la fourniture des dispositifs communs de sécurité restait à sa charge.
29. La société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie soutient que la société Apave Nord-Ouest, à laquelle ont été confiées les missions de contrôle technique, des missions complémentaires (PS, P1, Pha, Th, Hand, F, EL-VC/IN, Pv, attestations après-travaux) et la mission de coordonnateur sécurité et protection de la santé, est à l'origine de la détection tardive de la non-conformité des systèmes de ventilation, consécutive à une erreur de conception de la société Otéis. Il résulte de l'instruction, comme le relève le rapport d'expertise, que la société Apave Nord-Ouest a délivré un avis favorable au système de ventilation et n'a alerté le maître d'ouvrage que le 18 septembre 2018, en cours d'exécution des travaux, sur la non-conformité majeure des dispositifs de ventilation. Cette non-conformité dans la conception a rendu nécessaire la reprise des travaux afin d'ajouter des clapets coupe-feu et a allongé la durée du chantier à hauteur de 3,11 mois selon l'expert.
30. Il résulte de ce qui précède que le société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie est fondée à soutenir que la responsabilité quasi-délictuelle des sociétés Artefact, Otéis, Verdi BCF, Léon Grosse et Apave Nord-Ouest est engagée du fait de la désorganisation des chantiers à l'origine de l'allongement anormal des délais d'exécution.
En ce qui concerne les préjudices résultant de l'allongement du chantier :
31. Lorsque l'une des parties à un marché de travaux a subi un préjudice imputable à la fois à l'autre partie, en raison d'un manquement à ses obligations contractuelles, et à d'autres intervenants à l'acte de construire, au titre de fautes quasi-délictuelles, elle peut demander au juge de prononcer la condamnation solidaire de l'autre partie avec les co-auteurs des dommages. En revanche, ces derniers ne peuvent être rendus solidairement débiteurs de sommes correspondant à des préjudices qui ne leur sont aucunement imputables non plus que de sommes figurant dans le décompte général ne présentant pas de caractère indemnitaire.
32. La société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie soutient avoir subi des préjudices à raison de l'allongement de la durée du chantier d'un montant global de 547 830 euros. Il résulte de l'instruction que les travaux du lot n°9 ont été réceptionnés le 13 décembre 2019, soit dans un délai total de 37 mois et 11 jours, au-delà du délai d'exécution initialement fixé à 18 mois selon l'ordre de service n°1 lançant le démarrage des travaux du lot n°9 le 2 novembre 2016.
33. En premier lieu, la société requérante soutient que l'allongement anormal de la durée du chantier a engendré des surcoûts à sa charge liés à la présence de l'encadrement de ses équipes à hauteur de 285 790 euros HT. Toutefois, comme le relève le rapport d'expertise, l'intéressée n'a pas déduit de cette somme les journées de congés payés, dont le coût est pris en compte dans les charges salariales. L'expert a évalué les surcoûts à ce titre à la somme de 100 491,98 euros HT au regard des bulletins de salaries transmis et de la date contractuelle de fin des chantiers au 27 avril 2018, dont il faut déduire la somme 7 219,59 euros HT imputée à l'EHPAD La résidence des reflets d'argent et les sommes de 7 209,55 euros HT et 7 219,59 euros HT imputées à la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie. Ainsi, la société requérante est fondée à demander l'indemnisation de ses surcoûts d'encadrement à un montant de 78 843,25 euros HT.
34. En deuxième lieu, la société requérante soutient que l'allongement anormal de la durée du chantier a engendré des surcoûts matériels à sa charge à hauteur de 12 130 euros HT. Toutefois, comme le relève le rapport d'expertise, l'usage des échafaudages est directement lié à la réalisation des travaux et non à la durée du chantier. L'expert a évalué les surcoûts à ce titre à la somme de 5 350 euros HT dont il faut déduire la somme de 457,88 euros HT imputée à l'EHPAD La résidence des reflets d'argent et les sommes de 427,88 euros HT et 481,98 euros HT imputées à la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie. Ainsi, la société requérante est seulement fondée à demander l'indemnisation de ses surcoûts matériels résultant du bureau et du conteneur à un montant de 3 982,26 euros HT.
35. En troisième lieu, la société requérante soutient que l'allongement anormal de la durée du chantier a engendré des surcoûts à sa charge liés à une sous-couverture des frais généraux à hauteur de 180 540 euros HT. Toutefois, la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie ne justifie pas ce préjudice alors que le rapport d'expertise relève que le montant total des travaux a été augmenté par les travaux modificatifs ayant fait l'objet d'avenants, ce qui a pu occasionner une sous-couverture de frais généraux sur la première année qui a été compensée par une sur-couverture l'année suivante. Ainsi, l'indemnisation sollicitée par la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie à ce titre devra être écartée.
36. En dernier lieu, la société requérante soutient que l'allongement anormal de la durée du chantier a engendré des surcoûts à sa charge liés aux études de synthèse à hauteur de 69 370 euros HT. Toutefois, comme le relève le rapport d'expertise, l'intéressée ne justifie pas qu'une telle mobilisation de ressources aurait été nécessaire, et au surplus, de la réalité de la quantité d'heures de travail fourni par deux de ses collaborateurs. Ainsi, l'indemnisation sollicitée par la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie à ce titre devra être écartée.
37. Il y a dès lors lieu de condamner in solidum, compte tenu des fautes invoquées par la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie au point 30 du présent jugement, au titre des préjudices liés aux surcoûts d'encadrement et matériels résultant de l'allongement anormal de la durée du chantier, les sociétés Artefact, Otéis, Verdi BCF, Léon Grosse et Apave Nord-Ouest à la somme totale de 82 825,51 euros HT à verser à la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie. Dès lors que la somme de 82 825,51 euros est relative aux préjudices résultant de l'allongement anormal de la durée du chantier, il n'y a pas lieu de lui appliquer la TVA.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
38. Les sociétés Léon Grosse, Artefact, Oteis, Apave Nord-Ouest et Verdi BCF n'étant pas liées contractuellement avec la société requérante, les intérêts moratoires doivent être calculés au taux légal, le taux contractuel n'ayant pas lieu de s'appliquer. Dès lors, l'ensemble des sommes auxquelles les sociétés Léon Grosse, Artefact, Oteis, Apave Nord-Ouest et Verdi BCF sont condamnées, ainsi qu'il résulte du point 37 du présent jugement, doivent donner lieu à intérêts à compter du 29 janvier 2021, date d'enregistrement de la requête de la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie devant le tribunal. La société requérante demande également la capitalisation des intérêts. Il y a donc lieu de faire droit à cette demande à compter du 29 janvier 2022, date à laquelle une année entière d'intérêts était due et à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les appels en garantie :
39. En premier lieu, en l'absence de toute condamnation prononcée à son encontre au titre de l'allongement anormal de la durée du chantier, les demandes d'appel en garantie présentées par l'EHPAD La résidence des reflets d'argent doivent être rejetées.
40. En deuxième lieu, si les sociétés Léon Grosse, Artefact, Oteis, Apave Nord-Ouest et Verdi BCF font valoir que le marché a souffert des multiples manquements du maître d'ouvrage, lesquels ont conduit à un allongement de la durée des travaux, les éléments généraux qu'elles produisent ne permettent pas de démontrer que ces circonstances, à les supposer établies, seraient à l'origine des retards de l'exécution des travaux qui leur sont imputés. Par suite, les appels en garantie présentés à l'encontre de l'EHPAD La résidence des reflets d'argent doivent être rejetés.
41. En troisième lieu, il résulte de l'instruction, comme le relève le rapport d'expertise, qu'aucun manquement susceptible d'être à l'origine de l'allongement anomal du chantier portant sur le lot n°9 ne peut être relevé à l'encontre des sociétés TMCP, économiste, Géodis, BET VRD et Albedo ingénierie environnementale, BET HCE thermique exploitation, membres du groupement de maîtrise d'œuvre ainsi qu'à l'encontre de la société Fouchard, titulaire du lot n°10 " plomberie ". Par suite, les appels en garantie présentés à l'encontre des sociétés TMCP, Géodis, Albedo ingénierie environnementale et Fouchard doivent être rejetés.
42. En quatrième lieu, il appartenait à la société CIB, à laquelle a été confiée la mission d'ordonnancement, pilotage et coordination (OPC) du chantier, de proposer des mesures visant au respect des délais d'exécution des travaux, de mettre en application les diverses mesures d'organisation conformément au point 7 de l'arrêté du 21 décembre 1993 précisant les modalités techniques d'exécution des éléments de mission de maîtrise d'œuvre confiés par des maîtres d'ouvrage publics à des prestataires de droit privé encore applicable au litige. Il résulte de l'instruction, comme le relève le rapport d'expertise, que les plannings de chantier ont été actualisés tardivement par la société CIB. Toutefois, leur transmission tardive, laquelle doit être effectuée par ordre de service émanant du maître d'œuvre conformément au CCAP, est imputable à la maîtrise d'œuvre. Par suite, les sociétés Léon Grosse, Artefact, Oteis et Apave Nord-Ouest sont fondées à appeler en garantie la société CIB.
43. En cinquième lieu, si la société Léon Grosse soutient que l'allongement de la durée du chantier est également imputable à la gestion du sinistre de la part du maître d'œuvre qui n'aurait pas pris les mesures suffisantes pour reprendre le chantier et éviter un nouveau décalage, il résulte néanmoins de l'instruction que le chantier n'a pas été entièrement interrompu et s'est poursuivi dans les zones non affectées par l'incendie. En outre, si la société Apave Nord-Ouest invoque la mauvaise gestion financière de la part de la maîtrise d'œuvre, elle n'apporte pas d'élément permettant de démontrer l'existence d'une telle faute, et le rôle que celle-ci aurait joué dans la prolongation du délai d'exécution des travaux.
44. En sixième lieu, dans ces conditions, eu égard à la part respective de chacun dans la réalisation de ces causes, il y a lieu de regarder l'allongement anomal du chantier de travaux du lot n°9 comme imputable à la société Léon Grosse à hauteur de 60 % du fait du retard pris dans la réalisation des travaux de gros-œuvre et de l'absence de mise en œuvre de l'obligation d'assurer le gardiennage du chantier, à hauteur de 18 % à la société Artefact du fait des erreurs de conception, de sa défaillance dans ses missions de direction de l'exécution des travaux et d'assistance lors des opérations de réception, à hauteur de 10% à la société Otéis du fait d'une mauvaise conception dans ses missions EXE et SYN, notamment des systèmes de ventilation, engendrant un manque de moyen humains mis à disposition en vue de l'exécution du marché, à hauteur de 5 % à la société Verdi BCF pour manquements au titre de la conception, et dans la mission EXE, à hauteur de 5 % à la société Apave Nord-Ouest, du fait de sa défaillance dans sa mission de contrôle résultant de la détection tardive de la non-conformité des systèmes de ventilation et à hauteur de 2% à la société CIB du fait de ses manquements dans la mise au point et la diffusion tardive des plans de chantier.
45. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que les sociétés Léon Grosse, Artefact, Oteis, Apave Nord-Ouest, Verdi BCF et CIB doivent mutuellement se garantir à hauteur, respectivement, de 60 %, 18 %, 10 %, 5 %, 5 % et 2% du montant de 82 825,51 euros HT.
Sur les dépens :
46. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge définitive de l'EHPAD La résidence des reflets d'argent à hauteur de 35%, de la société Léon Grosse à hauteur de 33%, de la société Artefact à hauteur de 20%, de la société Oteis à hauteur de 8% et de la société Verdi BCF à hauteur de 4%, les dépens de l'instance, constitués des frais et honoraires de l'expertise prescrite par ordonnance du 1er décembre 2020 du tribunal, liquidés et taxés à la somme de 14 982,46 euros TTC par une ordonnance du président du tribunal du 19 décembre 2022.
Sur les frais liés au litige :
47. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge in solidum des sociétés Léon Grosse, Artefact, Oteis, Apave Nord-Ouest et Verdi BCF, le versement à la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie de la somme globale de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, les conclusions présentées à ce titre par les sociétés Léon Grosse, Artefact, Oteis, Verdi BCF, Apave Nord-Ouest, CIB, TMCP et l'EHPAD La résidence des reflets d'argent à Conches-en-Ouche doivent être rejetées.
48. Il résulte du point 45 du présent jugement que les sociétés Léon Grosse, Artefact, Oteis, Apave Nord-Ouest, Verdi BCF et CIB doivent mutuellement se garantir à hauteur, respectivement, de 60 %, 18 %, 10 %, 5 %, 5 % et 2% de la somme de 3 000 euros versée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le montant du décompte général et définitif du lot n°9 " Chauffage - Rafraichissement - Ventilation - Désenfumage " est arrêté à la somme de 1 751 373, 95 euros TTC et le montant du solde au crédit de l'EHPAD La résidence des reflets d'argent à la somme de 35 351,14 euros TTC.
Article 2 : Les sociétés Léon Grosse, Artefact, Oteis, Apave Nord-Ouest et Verdi BCF sont condamnées in solidum à verser à la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie la somme de 82 825,51 euros HT, assortie des intérêts au taux légal à compter du 29 janvier 2021. Les intérêts échus à la date du 29 janvier 2022, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 3 : Les sociétés Léon Grosse, Artefact, Oteis, Apave Nord-Ouest, Verdi BCF et CIB se garantiront mutuellement à hauteur, respectivement, de 60 %, 18 %, 10 %, 5 %, 5 % et 2% de la condamnation mentionnée à l'article 2 du présent jugement.
Article 4 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 14 982,46 euros TTC euros, sont mis à la charge définitive de l'EHPAD La résidence des reflets d'argent à hauteur de 35%, de la société Léon Grosse à hauteur de 33%, de la société Artefact à hauteur de 20%, de la société Oteis à hauteur de 8% et de la société Verdi BCF à hauteur de 4%.
Article 5 : Les sociétés Léon Grosse, Artefact, Oteis, Apave Nord-Ouest et Verdi BCF verseront in solidum la somme de 3 000 euros à la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Les sociétés Léon Grosse, Artefact, Oteis, Apave Nord-Ouest, Verdi BCF et CIB se garantiront mutuellement à hauteur, respectivement, de 60 %, 18 %, 10 %, 5 %, 5 % et 2% de la condamnation mentionnée à l'article 5 du présent jugement.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à la société Eiffage Energie Systèmes - Clévia Normandie, à la société Léon Grosse, à la société Artefact, à la société Otéis, à la société Verdi Bâtiment Cœur de France, à la société Apave Nord-Ouest, à la société Concept ingénierie Bâtiment, àla société Technic Metreurs Concept Prescrit, à la société Fouchard, à la société Géodis, à la société Albedo ingénierie environnementale, à la société BET Acoustique A et à l'EHPAD La résidence des reflets d'argent de Conches-en-Ouche.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Van Muylder, présidente,
- M. Cotraud, premier conseiller,
- Mme Favre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.
La rapporteure,
Signé : L. FAVRE
La présidente,
Signé : C. VAN MUYLDER
Le greffier,
Signé : J.-B. MIALON
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
J.-B. MIALON
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026