mardi 9 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2100883 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | SOUBLIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 5 mars 2021, 13 juillet 2022, et 19 juillet 2022, et un mémoire récapitulatif enregistré le 4 octobre 2022, produit à la demande du tribunal en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, la société Siemens Lease Services, représentée par Me Cam, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de condamner le collège Maurice de Broglie à lui verser pour inexécution du contrat la somme de 31 701,08 euros, assortie des intérêts au taux contractuel à compter du 17 octobre 2020, dans les quinze jours de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ainsi qu'une indemnité de jouissance de 32,08 euros par jour de retard, à compter du 17 octobre 2020 jusqu'à la restitution effective des équipements ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner le collège Maurice de Broglie à lui verser la somme de 24 600 euros au titre du préjudice subi ;
3°) d'enjoindre au collège Maurice de Broglie de lui restituer le matériel loué, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge du collège Maurice de Broglie la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Siemens Lease Services soutient que :
- La responsabilité contractuelle du collège Maurice de Broglie est engagée dès lors que, malgré les mises en demeure des 7 juillet 2020 et 7 octobre 2020, celui-ci a cessé de régler les loyers à compter d'avril 2019 au titre du contrat du 30 mars 2016 ;
- Son préjudice s'élève à la somme totale de 31 701,08 euros composée de la manière suivante :
o 20 664 euros TTC au titre des loyers impayés d'avril, juillet, octobre 2019 et janvier, avril, juillet, octobre 2020 ;
o 280 euros au titre des indemnités sur échéances impayées ;
o 2 639,08 euros au titre des intérêts de retard au taux contractuel ;
o 7 380 euros HT au titre des loyers à échoir ;
o 738 euros au titre de la clause pénale ;
- Cette somme est à majorer des intérêts au taux conventionnel depuis la date de résiliation ;
- Une indemnité de jouissance de 32,08 euros par jour est due à compter de la date de résiliation jusqu'à la restitution effective des équipements ;
- Le collège Maurice de Broglie ne démontre pas quel serait le prix réel de l'équipement financé ;
- Les mentions portées au contrat ne sont pas irrégulières ;
- La méconnaissance éventuelle des règles de passation n'emporte pas d'écarter le contrat ;
- A titre subsidiaire :
o La responsabilité quasi-contractuelle du collège Maurice de Broglie, lequel a remis l'équipement à un tiers sans son consentement, est engagée ;
o Son préjudice, résultant des loyers qu'elle aurait dû percevoir, s'élève à la somme de 24 600 euros ;
o Le collège Maurice de Broglie n'a jamais procédé à la résiliation unilatérale du contrat pour motif d'intérêt général ; en tout état de cause le motif d'intérêt général invoqué n'est pas fondé ; par ailleurs, le cas échéant, la société a droit à l'indemnisation demandée du fait de la résiliation prononcée ;
- Le collège Maurice de Broglie est tenu de restituer l'équipement loué à la société, la circonstance qu'il s'en soit dessaisi auprès d'un tiers non habilité étant sans incidence sur cette obligation.
Par un mémoires en défense, enregistré le 14 juin 2022, et un mémoire récapitulatif, enregistré le 22 août 2022, produit à la demande du tribunal en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, le collège Maurice de Broglie, représenté par la SELARL Médéas, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que les demandes indemnitaires soient ramenées à de plus justes proportions et, en tout état de cause, à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société Siemens Lease Services sur les fondements des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le collège Maurice de Broglie fait valoir que :
- Le contrat du 30 mars 2016 conclu avec la société Siemens Lease Services est entaché de nullité au regard de l'illégalité de son objet, d'un vice du consentement et de la méconnaissance des règles de la commande publique ;
- La responsabilité pour enrichissement sans cause du collège Maurice de Broglie ne peut être engagée :
o La société Siemens Lease Services ayant commis une faute dès lors qu'elle ne pouvait ignorer que le contrat est intervenu dans des conditions illégales ;
o L'enrichissement du collège Maurice de Broglie s'élève à 4,09 euros TTC ;
o La société Siemens Lease Services ne démontre pas ne pas avoir pu tirer bénéfice du copieur Ineo, par exemple en le relouant ;
- A titre subsidiaire, l'établissement a procédé à la résiliation du contrat en litige pour motif d'intérêt général le 8 octobre 2018 à compter du 31 décembre 2018 ;
- Les écritures de la société Siemens Lease Services ne permettent pas de chiffrer son préjudice lié aux dépenses engagées et aux pertes de gains ;
- Le copieur a été rendu le 12 mars 2020 à la société Burotikhome.
Par courrier du 4 avril 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce qu'il ne peut pas être fait application de la clause d'indemnité de privation de jouissance du matériel telle que prévue par les conditions générales du contrat en raison de la disproportion manifeste existant entre l'indemnité qui en résulterait et le montant du préjudice subi par le cocontractant.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des marchés publics ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Delacour, rapporteure publique,
- et les observations de Me Leréverend, représentant le collège Maurice de Broglie.
La société Siemens Lease Services n'était ni présente, ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Le collège Maurice de Broglie a conclu le 30 mars 2016 avec la société Siemens Lease Services un contrat portant sur la location d'un copieur " Develop Ineo + 308 ", avec accessoires et consommables, pour un loyer trimestriel d'un montant de 2 460 euros HT, soit 2 952 euros TTC, durant 21 trimestres à compter du 4 avril 2016 jusqu'au 30 septembre 2021. Le collège Maurice de Broglie a ensuite cessé de régler les loyers à Siemens Lease Services à compter d'avril 2019. La société Siemens Lease Services a envoyé deux mises en demeure au collège Maurice de Broglie, respectivement le 7 juillet 2020 réceptionnée le 24 août 2020, et le 7 octobre 2020 réceptionnée le 13 octobre 2020, puis une mise en demeure valant résiliation à compter du 1er janvier 2021 par courrier du 17 octobre 2020, réceptionné le 2 novembre 2020, lui demandant de procéder à la restitution de l'intégralité des biens loués et de lui verser sans délai la somme de 28 773,88 euros. La société Siemens Lease Services demande au tribunal de condamner le collège Maurice de Broglie à la somme de 31 701,08 euros ainsi qu'une indemnité de jouissance de 32,08 euros par jour de retard, à compter du 17 octobre 2020 jusqu'à la restitution effective des équipements.
Sur la validité du contrat :
En ce qui concerne l'objet du contrat :
2. D'une part, lorsqu'une partie à un contrat administratif soumet au juge un litige relatif à l'exécution du contrat qui la lie, il incombe en principe à celui-ci, eu égard à l'exigence de loyauté des relations contractuelles, de faire application du contrat. Toutefois, dans le cas seulement où il constate une irrégularité invoquée par une partie ou relevée d'office par lui, tenant au caractère illicite du contenu du contrat ou à un vice d'une particulière gravité relatif notamment aux conditions dans lesquelles les parties ont donné leur consentement, il doit écarter le contrat et ne peut régler le litige sur le terrain contractuel. En cas de divisibilité des clauses illicites du contrat, le juge peut toutefois régler le litige dans le cadre contractuel en écartant l'application de ces seules clauses.
3. D'autre part, lorsque le juge est saisi d'un litige relatif à l'exécution d'un contrat, les parties à ce contrat ne peuvent, en principe, invoquer un manquement aux règles de passation, ni le juge le relever d'office, aux fins d'écarter le contrat pour le règlement du litige. Par exception, il en va toutefois autrement lorsque, eu égard, d'une part, à la gravité de l'illégalité et, d'autre part, aux circonstances dans lesquelles elle a été commise, le litige ne peut être réglé sur le fondement de ce contrat.
4. Le collège Maurice de Broglie allègue que la clause contractuelle relative au prix est illicite dans la mesure où celui-ci est manifestement disproportionné par rapport au prix de vente du même photocopieur. S'il fait notamment valoir un devis fournisseur non daté selon lequel le copieur Develop Inéo C308 est vendu au prix de 2 690 euros HT alors que l'échéancier établi le 17 octobre 2020 prévoit des loyers d'un montant trimestriel de 2 460 euros HT, ce prix de vente ne tient pas compte de la décote résultant de l'ancienneté de l'appareil à la date du devis. Par ailleurs, la société Siemens Lease Services produit la facture adressée par son fournisseur, la société SMRJ, dont il ressort que le copieur a été acquis au prix de 9 589,43 euros HT. De plus, les loyers incluaient, outre la location du copieur, la fourniture de consommables et d'accessoires. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que les loyers versés n'auraient pas eu de réelles contreparties. Par suite, l'exception, soulevée en défense, tirée du caractère manifestement disproportionné des prix de location, n'est pas de nature à justifier que le contrat soit écarté.
En ce qui concerne le consentement du collège Maurice de Broglie :
5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le principal du collège Maurice de Broglie a signé le 10 mars 2016 la première page du contrat de location, dont les stipulations détaillent les conditions particulières en faisant explicitement référence aux conditions générales, reproduites au verso du document. Eu égard à la clarté de ses stipulations, le collège Maurice de Broglie ne saurait sérieusement soutenir que son consentement aurait été vicié en raison de l'absence de connaissance alléguée des conditions générales. Par ailleurs, ce contrat précise à deux reprises que la société Siemens Lease Services est le bailleur et la société Allburotic le fournisseur de ce matériel et comporte les tampons de la société Siemens Lease Services indiquant le nom du signataire ainsi que le lieu et la date de signature pour cette partie. Par suite, le collège Maurice de Broglie ne peut soutenir qu'il a été trompé sur l'identité du cocontractant ou même qu'il aurait commis une erreur excusable et déterminante portant sur l'identité du cocontractant alors même qu'il n'a eu d'échanges en cours de location qu'avec le fournisseur. Enfin, les circonstances que le contrat a été signé sur un formulaire-type et que la mention de la durée irrévocable a été laissée en blanc ne sont pas de nature à vicier le consentement du collège Maurice de Broglie. Il résulte de ce qui précède que le collège Maurice de Broglie n'est pas fondé à soutenir que le contrat est entaché d'un vice d'une particulière gravité relatif aux conditions dans lesquelles il a donné son consentement.
En ce qui concerne la passation du contrat :
6. Aux termes de l'article 1er du code des marchés publics dans sa rédaction applicable au litige : " () II. Les marchés publics et les accords-cadres soumis au présent code respectent les principes de liberté d'accès à la commande publique, d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures. Ces principes permettent d'assurer l'efficacité de la commande publique et la bonne utilisation des deniers publics. Ces obligations sont mises en œuvre conformément aux règles fixées par le présent code. () ". Aux termes de l'article 26 du même code : " I. - Les pouvoirs adjudicateurs passent leurs marchés et accords-cadres selon les procédures formalisées suivantes : / 1° Appel d'offres ouvert ou restreint ; / 2° Procédures négociées, dans les cas prévus par l'article 35 ; / 3° Dialogue compétitif, dans les cas prévus par l'article 36 ; / 4° Concours, défini par l'article 38 ; / 5° Système d'acquisition dynamique, défini par l'article 78. / II. - Les marchés et accords-cadres peuvent aussi être passés selon une procédure adaptée, dans les conditions définies par l'article 28, lorsque le montant estimé du besoin est inférieur aux seuils suivants : / 2° 207 000 € HT pour les marchés de fournitures et de services des collectivités territoriales () ". Aux termes, enfin, de l'article 28 de ce code : " I. Lorsque leur valeur estimée est inférieure aux seuils de procédure formalisée définis à l'article 26, les marchés de fournitures, de services ou de travaux peuvent être passés selon une procédure adaptée, dont les modalités sont librement fixées par le pouvoir adjudicateur en fonction de la nature et des caractéristiques du besoin à satisfaire, du nombre ou de la localisation des opérateurs économiques susceptibles d'y répondre ainsi que des circonstances de l'achat () ".
7. Lorsque le juge est saisi d'un litige relatif à l'exécution d'un contrat, les parties à ce contrat ne peuvent, en principe, invoquer un manquement aux règles de passation, ni le juge le relever d'office, aux fins d'écarter le contrat pour le règlement du litige. Par exception, il en va toutefois autrement lorsque, eu égard, d'une part, à la gravité de l'illégalité et, d'autre part, aux circonstances dans lesquelles elle a été commise, le litige ne pouvant alors être réglé sur le fondement de ce contrat.
8. Il est constant que le contrat en litige constitue un marché public au sens des dispositions précitées de l'article 1er du code des marchés publics. Si, eu égard à son montant, ce marché pouvait être passé selon la procédure adaptée prévue à l'article 28 du code des marchés publics, il était toutefois soumis aux principes de liberté d'accès à la commande publique, d'égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures et devait, par suite, faire l'objet de mesures de publicité et de mise en concurrence adaptées. Il n'est pas contesté par le collège Maurice de Broglie que la conclusion du contrat en litige n'a été précédée d'aucune forme de publicité ou de mise en concurrence. Toutefois, le manquement aux règles de passation du contrat en cause, qui se rattache à la procédure de choix du cocontractant, ne rend pas illicite le contenu du contrat dans son ensemble. Dès lors, l'irrégularité affectant la procédure d'attribution du contrat en litige n'est pas susceptible de conduire à écarter son application.
9. Il résulte de ce qui précède que les exceptions soulevées en défense, tirées de l'irrégularité du contrat litigieux, ne sont pas de nature à justifier que le contrat soit écarté et que le litige ne puisse être réglé sur le terrain contractuel.
Sur la résiliation pour motif d'intérêt général :
10. En dehors du cas où elle est prononcée par le juge, la résiliation d'un contrat administratif résulte, en principe, d'une décision expresse de la personne publique cocontractante. Cependant, en l'absence de décision formelle de résiliation du contrat prise par la personne publique cocontractante, un contrat doit être regardé comme tacitement résilié lorsque, par son comportement, la personne publique doit être regardée comme ayant mis fin, de façon non équivoque, aux relations contractuelles. Les juges du fond apprécient souverainement, sous le seul contrôle d'une erreur de droit et d'une dénaturation des pièces du dossier par le juge de cassation, l'existence d'une résiliation tacite du contrat au vu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, en particulier des démarches engagées par la personne publique pour satisfaire les besoins concernés par d'autres moyens, de la période durant laquelle la personne publique a cessé d'exécuter le contrat, compte tenu de sa durée et de son terme, ou encore de l'adoption d'une décision de la personne publique qui a pour effet de rendre impossible la poursuite de l'exécution du contrat ou de faire obstacle à l'exécution, par le cocontractant, de ses obligations contractuelles.
11. Il résulte de l'instruction que le collège Maurice de Broglie disposait d'un premier copieur de marque " Riso " fourni par la société SMRJ, sous l'enseigne Allburotic. En raison des dysfonctionnements de ce copieur, le collège a convenu le 7 avril 2016 avec l'entreprise SMRJ que celle-ci prenne à sa charge le coût du contrat de location du copieur " Riso " et qu'elle lui verse 11 mensualités de 3 060 euros du 15 avril 2016 au 15 octobre 2018. A compter de juillet 2017, la société SMRJ a cessé ses versements à l'établissement. Par lettre recommandée du 8 octobre 2018, le collège Maurice de Broglie a rappelé à la SMRJ enseigne Allburotic qu'elle lui devait la somme de 15 300 euros au titre de ses participations non réglées, a dénoncé le contrat la liant avec elle à compter du 31 décembre 2018 et a indiqué informer Siemens Lease Services de cet état de fait. Toutefois, cette circonstance n'est pas opposable à la société Siemens Lease Services, laquelle n'était pas partie à ce contrat. En effet, il ne ressort pas des termes du courrier que le collège Maurice de Broglie avait également décidé de résilier le contrat de location du copieur " Inéo " conclu avec la société Siemens Lease Services. Au surplus, si le collège Maurice de Broglie indiquait informer la société Siemens Lease Services de cette décision afin d'annuler la facturation, cette notification n'est au demeurant pas établie. Par ailleurs, la circonstance que le collège Maurice de Broglie a cessé de procéder au règlement des loyers à la société Siemens Lease Services à compter d'avril 2019 ne permet pas d'établir la volonté du collège Maurice de Broglie de prononcer de manière non équivoque la résiliation de ce marché. Par suite, le collège Maurice de Broglie ne peut faire valoir qu'il a procédé à compter du 31 décembre 2018 à la résiliation du contrat litigieux.
Sur l'indemnisation de la société requérante sur le terrain contractuel :
12. D'une part, le collège Maurice de Broglie ne peut utilement se prévaloir de la circonstance que la société SMRJ sous l'enseigne AllBurotik était débitrice à son égard des loyers restants à courir concernant la location du copieur " Riso " pour s'exonérer de sa responsabilité auprès de la société Siemens Lease Services concernant la location du copieur " Inéo ".
13. D'autre part, il résulte de l'instruction que la société Siemens Lease Services a, par deux lettres recommandées en date du 7 juillet 2020 et 7 octobre 2020 réceptionnées respectivement le 24 août 2020 et le 13 octobre 2020, mis en demeure le collège Maurice de Broglie de procéder au règlement des loyers échus et non versés, puis, par un courrier du 17 octobre 2020 réceptionné le 2 novembre 2020, a mis en œuvre la clause résolutoire insérée dans le contrat de location à compter du 1er janvier 2021.
14. Il résulte de ce qui précède que la société requérante est fondée à rechercher la responsabilité contractuelle du collège Maurice de Broglie.
En ce qui concerne les loyers échus et restant à échoir ainsi que des pénalités y afférentes :
15. Aux termes de l'article 9-l des conditions générales du contrat : " Le contrat pourra être résilié de plein droit par le bailleur par simple notification écrite au locataire () - huit jours après une simple mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception demeurée infructueuse en cas de non-respect par le locataire de l'une quelconque de ses obligations () telles que le non-paiement d'un seul terme de loyer () ". Aux termes de l'article 9.2 du contrat : " - En cas de résiliation du contrat pour quelque cause que ce soit, le locataire restituera l'équipement sur simple demande du bailleur et versera immédiatement au bailleur () outre les loyers échus impayés () une indemnité égale à la somme des loyers restant à courir jusqu'au terme du contrat, taxes en sus. (). A titre de pénalités pour inexécution du contrat, le locataire paiera en sus au bailleur une somme égale à 10 % du montant hors taxe de l'indemnité de résiliation stipulée ci-dessus. () ". Aux termes de l'article 14.5 du contrat précité : " Tout retard de règlement donnera également lieu de plein droit et sans qu'aucune mise en demeure ne soit nécessaire au paiement d'une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement d'un montant de 40 euros ". Aux termes de l'article 14.4 du contrat : " Toute somme due au titre du contrat par le locataire au bailleur ou cessionnaire du contrat, portera intérêt aux taux conventionnel de 1,50 % par mois à compter du jour de sa date d'exigibilité, sans qu'il soit besoin de mise en demeure, et il sera fait application de l'article 1154 du code civil ".
16. D'une part, la société Siemens Lease Services a droit au paiement des loyers échus et impayés jusqu'au 1er janvier 2021, date de la résiliation du contrat en cause. Il résulte de l'échéancier non contesté qu'à la date de la résiliation du contrat, le montant des 7 loyers trimestriels de 2 952 euros TTC non perçus, c'est-à-dire d'avril 2019 à octobre 2020 s'élève à la somme totale de 20 664 euros TTC. La société Siemens Lease Services a également droit à l'indemnité forfaitaire de 40 euros pour chacun des 7 loyers impayés, soit un total de 280 euros TTC.
17. D'autre part, la société requérante est fondée à demander le versement d'une indemnité égale aux trois loyers trimestriels de 2 460 euros HT restant à échoir du jour de la résiliation jusqu'au terme du contrat, c'est-à-dire de janvier à septembre 2021, soit un total de 7 380 euros HT, compte tenu de la circonstance que les matériels loués ne lui ont pas été restitués avant le terme du contrat, ce qui l'a privée de la possibilité de les relouer. La société Siemens Lease Services a également droit à la pénalité égale à 10% du montant des loyers restant à échoir, soit un total de 738 euros HT.
18. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que le collège Maurice de Broglie doit être condamné à verser à la société Siemens Lease les sommes totales de 20 944 euros TTC et de 8 118 euros HT, majorées des intérêts au taux contractuel de 1,5% par mois à compter du 17 octobre 2020, date de la mise en demeure valant résiliation du courrier. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette condamnation d'une astreinte.
En ce qui concerne l'indemnité de privation de jouissance :
19. Aux termes des stipulations de l'article 10.2 du contrat en litige : " A défaut de restitution immédiate de l'équipement en fin de contrat ou après résiliation, le bailleur pourra mettre en recouvrement auprès du locataire, sans mise en demeure préalable, une somme égale au montant du dernier loyer facturé pour une période équivalente, à titre d'indemnité de privation de jouissance, sans que son paiement entraîne pour autant remise dans le bénéfice du bail () ".
20. En vertu des règles générales applicables aux contrats administratifs, l'étendue et les modalités de l'indemnisation des préjudices résultant pour le cocontractant de la résiliation du contrat peuvent être déterminées par les stipulations du contrat, sous réserve qu'il n'en résulte pas, au détriment d'une personne publique, une disproportion manifeste entre l'indemnité ainsi fixée et le montant du préjudice résultant, pour le cocontractant, des dépenses qu'il a exposées et du gain dont il a été privé.
21. D'une part, les stipulations précitées de l'article 10.2 du contrat en litige, en tant qu'elles prévoient le versement d'une indemnité de privation de jouissance pour la période allant de la résiliation anticipée du contrat à l'échéance normale de celui-ci, en sus des loyers restant à payer jusqu'au terme du contrat, conduisent à indemniser à la fois le préjudice lié au manque à gagner correspondant aux loyers à échoir et celui lié à la privation de jouissance du matériel sur la période initiale du contrat. Une telle indemnisation présenterait un caractère manifestement disproportionné au regard du préjudice subi et conduirait à un enrichissement sans cause du bailleur.
22. D'autre part, la société requérante n'établit ni même n'allègue qu'au terme de plus de quatre années d'utilisation, correspondant à la durée normale d'utilisation, le matériel loué conserverait une valeur économique permettant d'espérer son réemploi. L'indemnisation de privation de jouissance prévue par les stipulations précitées de l'article 10.2 du contrat pour la période allant de l'échéance normale du contrat à la restitution du matériel, qui est égale aux recettes locatives brutes prévues par le contrat de location en cause, lesquelles comprennent le copieur ainsi que les consommables et les accessoires, ne correspond pas au préjudice réellement subi par la société requérante au titre de la non-restitution du copieur.
23. Il résulte de ce qui a été dit aux points 20 et 21 ci-dessus que les stipulations de l'article 10.2 du contrat en litige, qui sont divisibles du reste du contrat, sont illicites et doivent être écartées.
Sur la restitution du matériel loué :
24. Lorsque le juge administratif statue sur un recours indemnitaire tendant à la réparation d'un préjudice imputable à un comportement fautif d'une personne publique et qu'il constate que ce comportement et ce préjudice perdurent à la date à laquelle il se prononce, il peut, en vertu de ses pouvoirs de pleine juridiction et lorsqu'il est saisi de conclusions en ce sens, enjoindre à la personne publique en cause de mettre fin à ce comportement ou d'en pallier les effets.
25. Aux termes de l'article 10.1 des conditions générales du contrat : " - Quelle que soit la cause de restitution, l'équipement devra être : / - rendu en France au lieu et à la date indiquée par le bailleur, en bon état d'entretien et de fonctionnement, conforme aux spécifications techniques d'utilisation imposées par la réglementation en vigueur. / () Les frais de restitution de l'équipement (démontage, emballage, transport, remise en état) seront à la charge du locataire. ". Aux termes de l'article 11 des conditions générales du contrat : " L'équipement reste la propriété exclusive du bailleur ou de ses ayants droits. Le locataire s'engage à faire respecter le droit de propriété du bailleur en toutes circonstances, notamment par l'apposition d'une plaque de propriété visible sur l'équipement. En cas de saisie ou de toute autre intervention sur l'équipement, le locataire est tenu d'en aviser le bailleur dans les deux jours ouvrés, par lettre recommandée avec accusé de réception ".
26. Il résulte de l'instruction que l'entreprise SMRJ sous l'enseigne Allburotic était à la fois le fournisseur du premier copieur de marque " Riso " et du second copieur " Develop Ineo + 308 ", la société Siemens Lease Services étant bailleur de ce dernier. L'entreprise SMRJ a été placée en redressement judiciaire le 12 juillet 2018 puis en liquidation judiciaire le 12 septembre 2018. Par un courrier du 18 novembre 2019, la société Burotikhome, ayant repris la clientèle de la société SMRJ, informait le collège Maurice de Broglie que la société Siemens Lease Services l'avait mandatée afin d'assurer la maintenance des équipements loués. Par courriel du 9 mars 2020, le collège Maurice de Broglie indiquait à cette entreprise que le contrat la liant avec la société SMRJ concernant le copieur de marque " Riso " avait été dénoncé et que le matériel était dans l'attente de reprise. La société Burotikhome a procédé à l'enlèvement du copieur " Inéo " le 12 mars 2020. Le collège Maurice de Broglie a envoyé un message à la société Burotikhome le 21 septembre 2020 lui indiquant que celle-ci n'était pas le propriétaire du photocopieur enlevé et que ce matériel était réclamé par la société Siemens Lease Services. La société Siemens Lease Services a, par un courrier du 17 octobre 2020 réceptionné le 2 novembre 2020, mis en demeure le collège Maurice de Broglie de procéder immédiatement à la restitution de l'intégralité des biens loués, sous sa responsabilité et à ses frais, en les faisant parvenir à son mandataire, le " stockage du Val d'Oise ", à St Ouen l'Aumone (95310). Toutefois, le collège Maurice de Broglie, étant dans l'impossibilité de restituer le matériel malgré les diligences effectuées, il n'y a pas lieu de prononcer l'injonction demandée.
Sur les frais liés au litige :
27. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge du collège Maurice de Broglie la somme demandée par la société Siemens Lease Services au titre des dispositions de l'articles L. 761-1 du code de justice administrative. La société Siemens Lease Services n'étant pas en l'espèce la partie perdante, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par le collège Maurice de Broglie au titre des mêmes dispositions
D E C I D E :
Article 1er : Le collège Maurice de Broglie est condamné à payer la société Siemens Lease Services les sommes totales de 20 944 euros TTC et de 8 118 euros HT, majorées des intérêts, au taux contractuel de 1,5% par mois à compter du 17 octobre 2020.
Article 2 : Le surplus de la requête de la société Siemens Lease Services est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par le collège Maurice de Broglie sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié au collège Maurice de Broglie et à la société Siemens Lease Services.
Copie à la chambre régionale des comptes de Normandie.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Boyer, présidente,
- Mme Boucetta, conseillère,
- Mme Favre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.
La rapporteure,
L.A
La présidente,
C.BOYER Le greffier,
J.-B. MIALON
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026