vendredi 16 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2101238 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | HELLOT-ROUSSELOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er avril 2021 et un mémoire enregistré le 11 juillet 2023, Mme B C, représentée par Me Lemiegre, demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement la commune de Saint-Marcel, la société ACM TP, la société Colas et la société Soderef à lui verser les sommes de 3 828 euros TTC au titre du désordre relatif à l'humidité de son terrain, 264 079,42 euros TTC au titre du désordre relatif à l'affaissement de sa maison, 15 000 euros au titre des troubles dans les conditions d'existence, 15 000 euros au titre du préjudice de jouissance, 380 000 euros au titre de la perte de la valeur vénale de sa maison et 21 812.90 euros au titre de travaux non pris en compte lors du référé provision et faisant l'objet d'un nouveau décompte ;
2°) de condamner solidairement la commune de Saint-Marcel, la société ACM TP, la société Colas et la société Soderef à lui verser la somme de 12 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-le tribunal administratif est compétent pour connaître du dommage relatif à l'humidité du terrain dès lors que cette humidité se rattache à l'exécution d'une opération de travaux publics, et les travaux effectués par la société ACM TP en méconnaissance des règles de l'art sont la cause de ce dommage ;
-l'affaissement de sa maison résulte de l'inondation due à la mauvaise maîtrise de l'écoulement des eaux de pluie lors des travaux de voiries réalisés en 2008, ainsi que l'a relevé le rapport d'expertise ;
- elle a droit à l'indemnisation de l'ensemble des préjudices causés par ces travaux.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 23 août et le 16 septembre 2022, la Société ACM TP, représentée par Me Malbesin, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter la requête de Mme C en tant qu'elle est introduite devant une juridiction incompétente pour en connaître et de condamner Mme C à lui verser la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
2°) à titre subsidiaire, de rejeter la requête de Mme C dirigée à son encontre et les demandes de garantie formées par les autres défendeurs à son encontre et de condamner Mme C à lui verser la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) à titre infiniment subsidiaire, de prononcer une condamnation n'excédant pas la somme de 3 190 euros HT correspondant aux travaux de reprise du drain, de condamner solidairement la commune de Saint-Marcel, la société Colas et la société Soderef à la garantir de toute condamnation excédant cette somme et de les condamner à lui verser la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-le tribunal administratif n'est pas compétent pour connaître de sa responsabilité ;
-le dommage relatif à l'affaissement de la maison ne saurait lui être imputable dès lors qu'elle n'est pas intervenue dans les travaux de 2008 et qu'il n'y a pas de lien de causalité entre le désordre et les travaux de drainages de juin 2011 ;
-le dommage relatif à l'humidité du terrain ne saurait lui être imputable dès lors que la zone humide préexistait aux travaux de drainage de juin 2011 ;
-elle est fondée à appeler en garantie la commune de Saint-Marcel, les sociétés Colas et Soderef pour le dommage relatif à l'affaissement de la maison, et la commune de Saint-Marcel pour le dommage relatif à l'humidité du terrain.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er septembre 2022, 21 juillet 2023 et 15 septembre 2023, la société Colas France, représentée par Me Chamard-Sablier et venant aux droits de la société Colas Ile-de- France Normandie, venant aux droits de la société SCREG Ile-de-France Normandie, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter la requête ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner solidairement la Commune de Saint-Marcel et la Société Soderef à la garantir intégralement de toute condamnation au titre du désordre relatif à l'affaissement de la maison, et de de condamner la société ACM TP à la garantir de toute condamnation au titre des désordres tenant à l'humidité du terrain ;
3°) à titre très subsidiaire, de rejeter les demandes présentées par Mme C au titre de la perte de la valeur vénale de sa maison, des factures omises dans le premier décompte, des troubles dans les conditions d'existence et du préjudice de jouissance ;
4°) à titre infiniment subsidiaire, de limiter le montant les condamnations à la somme de 223 753,58 euros correspondant à celle versée dans le cadre du référé provision ;
5°) de mettre à la charge de Mme C ou de toute partie succombant la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-l'action de Mme C à son encontre est prescrite ;
-il n'y a pas de lien de causalité entre les travaux réalisés en 2008 et le désordre relatif à l'affaissement de la maison ;
-le dommage relatif à l'humidité du terrain ne lui est pas imputable dès lors qu'il résulte de la mauvaise exécution des travaux de drainages réalisés par la société ACM TP ;
-le dommage relatif à l'affaissement de la maison ne saurait lui être imputable dès lors qu'elle n'était pas chargée de la direction des travaux et qu'un procès-verbal de levée des réserves a été dressé ;
-le dommage relatif aux travaux de reprise ne saurait être évalué à hauteur de 220.066,18 euros HT dès lors que l'expert a évalué ceux-ci à 211.566,08 euros HT ;
-les autres préjudices ne sont pas établis.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 novembre 2022 et le 21 juillet 2023, la société Soderef, représentée par Me Hellot, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de rejeter la requête ;
2°) à titre subsidiaire, de défalquer la somme de 71 731,20 euros TTC du montant réclamé par Mme C quant à l'affaissement de sa maison, de rejeter ses autres demandes et de rejeter les appels en garantie introduits à son encontre par la commune de Saint-Marcel et les sociétés Colas France et ACM TP ;
3°) dans tous les cas, de condamner solidairement la commune de Saint-Marcel, la société ACM TP et la société Colas à la garantir intégralement de toute condamnation et frais de procédure.
Elle soutient que :
-l'action de Mme C à son encontre est prescrite ;
-il n'y a pas de lien de causalité entre les travaux réalisés en 2008 et le désordre relatif à l'affaissement de la maison ;
-les dommages relatifs à l'affaissement de la maison et à l'humidité du terrain ne lui sont pas imputables dès lors que l'incident de chantier n'est pas lié à la maîtrise d'œuvre.
-les préjudices allégués ne sont pas établis ou sont évalués de manière excessive.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 septembre 2023, la commune de Saint-Marcel, représentée par Me Lacan, demande au tribunal :
1°) de rejeter la requête de Mme C ;
2°) de condamner la société ACM TP à la garantir intégralement de toute condamnation au titre du désordre relatif à l'humidité du terrain et les sociétés Soderef et Colas à la garantir intégralement de toute condamnation au titre du désordre relatif à l'affaissement de la maison ;
3°) de condamner ces sociétés à lui rembourser les sommes qu'elle a réglées à Mme C à titre de provision ;
4°) de rejeter les recours en garantie présentés par ces sociétés ;
5°) de condamner, le cas échéant, la société Soderef à la garantir de toute condamnation du fait de la méconnaissance de son devoir de conseil ;
6°) de condamner solidairement les sociétés ACM TP, Soderef et Colas à lui verser la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-le dommage relatif à la zone humide est imputable à la société ACM TP qui n'a pas effectué les travaux de drainage dans les règles de l'art, ainsi que l'a révélé le rapport d'expertise ;
- la société Soderef a méconnu son devoir de conseil en ne la prévenant pas de la nécessité de ne pas réceptionner ou de réceptionner avec réserves les travaux réalisés en 2008, ce qui l'a empêché d'exercer son recours en garantie contre les constructeurs ;
-les préjudices relatifs à la perte de la valeur vénale de la maison, au nouveau décompte, aux troubles dans les conditions d'existence et à la perte de jouissance ne sont pas établis.
Par une ordonnance du 6 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 2 octobre 2023 à 12 heures.
Vu :
- le rapport d'expertise de M. A, enregistré au greffe du tribunal le 5 avril 2019 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Armand,
- les conclusions de Mme Delacour, rapporteur public,
- et les observations de Me Mekkaoui substituant Me Lemiegre pour Mme C, et de Me Aulombard pour la société Soderef,
- les autres parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Au cours de l'année 2008, la commune de Saint-Marcel (Eure) a fait réaliser des travaux de réaménagement de la rue Saint-Martin. Le maître d'œuvre de ces travaux était la société Soderef et le lot n°1 (terrassement-voirie-assainissement EP-ouverture chez les particuliers) a été confié à la société SCREG Ile-de- France Normandie, aux droits de laquelle est venue la société COLAS Ile-de-France Normandie, et se trouve aujourd'hui la société Colas France. La société ACM TP, qui n'a pas participé aux travaux de voirie, est intervenue, quant à elle, à la demande de la commune en 2011, pour réaliser des travaux de drainage et de curage tant sur la voirie que sur la propriété de Mme C. A la suite de ces travaux, Mme C, dont la propriété est située le long de la rue Saint-Martin à Saint-Marcel, a constaté un affaissement de sa maison, ainsi que la présence d'une zone humide dans son jardin. Elle demande au tribunal, qui a désigné M. A comme expert et dont le rapport a été remis le 5 avril 2019, de condamner la commune de Saint-Marcel et les sociétés Colas France, Soderef et ACM TP à réparer l'ensemble des dommages consécutifs à la réalisation de ces travaux.
Sur la compétence de la juridiction administrative pour connaître du dommage relatif à la présence d'une zone humide dans le jardin :
2. Même lorsqu'ils sont exécutés sur une propriété privée et sous réserve qu'ils n'aient pas été effectués par emprise irrégulière, les travaux immobiliers effectués par une collectivité publique dans un but d'intérêt général présentent le caractère de travaux publics. Les litiges consécutifs à l'exécution de ces travaux et à la réparation des dommages dont ils ont pu être la cause relèvent de la compétence du juge administratif.
3. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que la présence d'une zone humide dans le jardin de Mme C résulte des travaux publics de voirie engagés par la commune de Saint-Marcel en 2008, qui ont détourné les divers passages de l'eau en provenance de la rue Saint Martin, ainsi que des travaux réalisés par la société ACM TP, lesquels, ayant pour but de mettre fin à ce dommage, constituent également des travaux publics. Dès lors, la juridiction administrative est compétente pour connaître de l'action en responsabilité introduite par Mme C afin d'obtenir la réparation des dommages causés par l'ensemble de ces travaux. Il s'ensuit que l'exception d'incompétence opposée par la société ACM TP doit être écartée.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité :
S'agissant du dommage relatif à l'affaissement de la maison :
4. Il résulte de l'instruction que, lors d'une interruption des travaux de voirie entre le 7 et le 11 novembre 2008 alors que les caniveaux prévus et le revêtement d'étanchéification de la rue Saint Martin n'étaient pas achevés, de l'eau pluviale provenant de la voirie a inondé la maison de Mme C, d'abord dans la nuit du 8 au 9 novembre 2008 puis le 10 novembre 2008, cette seconde inondation ayant d'ailleurs rendue nécessaire l'intervention des pompiers. Il ressort d'un courrier du 11 novembre 2008 des époux C à leur assureur que ces inondations ont " occasionné l'accumulation d'eau derrière les murs et amené une infiltration très rapide au bas des murs ". Au mois de décembre 2012, Mme C a constaté l'apparition d'une fissure importante sur le mur séparant le salon du garage, accompagnée du basculement d'un centimètre du sol dans le salon. Selon l'expert, cet affaissement de la maison, qui continue au surplus d'entraîner des fissures, résulte de ce que l'eau provenant des inondations de 2008 s'est engouffrée sous la maison, a stagné dans les terres argileuses en remblai situées contre le mur séparant le salon du garage (mur de refend), a fini par sécher et, en séchant, a entraîné la contraction des argiles, déstabilisant elle-même le mur de refend, qui a fini par s'affaisser en entraînant les phénomènes constatés par Mme C en décembre 2012. L'expert ajoute qu'il n'est pas anormal qu'un délai de quatre ans ait séparé les inondations de l'affaissement du mur de refend s'agissant d'un mur " bloqué " par les murs l'encadrant. Pour aboutir à cette conclusion, l'expert s'est notamment assuré le concours d'un sapiteur qui a réalisé de nombreux sondages et a auparavant étudié, pour les écarter, d'autres hypothèses, notamment le lien avec des désordres survenus en 1998 dans la maison à la suite d'un épisode de sécheresse et le lien avec le bouleversement de la circulation des eaux conduisant à l'existence dans le jardin de Mme C d'une zone qui reste toujours humide. S'il est par ailleurs constant que la maison de la requérante, construite au XVIIIème siècle, repose sur un sol argileux ayant une très forte capacité à gonfler puis à se rétracter en cas de venues d'eau, et que ses fondations ne correspondent pas aux normes actuelles de construction, la fragilité ou la vulnérabilité d'un immeuble ayant subi un dommage ne peuvent être prises en compte pour atténuer la responsabilité du maître d'ouvrage ou de l'entreprise, sauf lorsqu'elles sont elles-mêmes imputables à une faute de la victime, ce qui n'est pas même allégué en l'espèce. Dans ces circonstances, le dommage relatif à l'affaissement de la maison de Mme C doit être regardé comme ayant été causé directement par les travaux de voirie litigieux.
5. Il résulte de ce qui précède que Mme C est fondée à rechercher la responsabilité solidaire de la commune de Saint-Marcel et des sociétés Colas France et Soderef afin d'obtenir la réparation des dommages causés par les travaux publics litigieux.
S'agissant du dommage relatif à la présence d'une zone humide dans le jardin :
6. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que le jardin de Mme C présente une zone humide, située en partie haute du terrain, juste en dessous d'une jardinière surélevée derrière le mur de clôture séparant sa propriété de la rue Saint Martin. Selon l'expert, la présence de cette zone humide est due, d'une part, aux travaux de voirie et réseaux qui ont été réalisés par la commune de Saint-Marcel en 2008 et, d'autre part, aux travaux de drainage et de curage qui ont effectués par la société ACM TP en 2011 à la demande de la commune, lesquels n'ont pas permis de mettre fin à ce dommage. Par suite, la requérante est fondée à rechercher la responsabilité solidaire de la commune de Saint-Marcel et des sociétés Colas France, Soderef et ACM TP, pour obtenir la réparation des dommages causés par ces travaux.
En ce qui concerne la réparation des préjudices :
S'agissant du dommage relatif à l'affaissement de la maison :
7. En premier lieu, Mme C demande le versement d'une somme de 264 079,42 euros TTC au titre de la réparation des désordres liés à l'affaissement de sa maison. Toutefois, l'expert, qui a prévu des travaux incluant la réalisation d'injections de résine sous les fondations sur une zone étendue pour acquérir une stabilité d'ensemble, a évalué la somme nécessaire à cette réparation à 211 566,08 euros HT. Il y a dès lors lieu de retenir cette somme soit 232 722,69 euros TTC, avec un taux de taxe sur la valeur ajoutée de 10 % eu égard à la date de construction de la maison. Il n'y a, par ailleurs, pas lieu d'accorder une somme complémentaire de 8 500 euros au titre d'aléas de chantier, qui sont purement éventuels.
8. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de constat de péril ordinaire établi le 17 décembre 2018, qu'à compter de l'année 2012 jusqu'à la vente de son bien qui est intervenue le 2 novembre 2022, Mme C n'a pu occuper une partie de son habitation, et notamment le salon et une chambre située à l'étage, l'immeuble comportant, en outre, des étaiements de renforts, de nombreuses fissures intérieures sur les murs, les plafonds et les sols, tandis qu'il lui était impossible, compte-tenu de l'affaissement de la maison, d'ouvrir certaines fenêtres et des portes intérieures et de placard. Dès lors, il sera, dans les circonstances de l'espèce, fait une juste réparation des troubles dans les conditions d'existence subis par Mme C et de son préjudice de jouissance en lui accordant une somme de 10 000 euros.
9. En troisième lieu, Mme C demande une somme de 380 000 euros au titre de la perte de la valeur vénale de sa propriété. Si elle soutient que celle-ci a été évaluée à la somme de 600 000 euros avant que ne surviennent les désordres qui l'ont affectée, elle ne produit toutefois aucun élément justificatif de cette évaluation. En outre, si le bien immobilier de la requérante a été cédé pour un montant de 235 000 euros, et non 220 000 euros comme il est soutenu, le prix de cette vente a nécessairement pris en compte le coût des travaux nécessaires à sa remise en l'état, travaux dont l'absence de réalisation par Mme C n'est pas contestée. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de réparation de ce préjudice.
10. En dernier lieu, Mme C est fondée à demander le versement d'une somme de 2 289,60 euros TTC correspondant aux frais, dont elle justifie le paiement, facturés par la société Abrotec, qui lui a remis un rapport en novembre 2015 établissant le lien entre le désordre lié à l'affaissement de sa maison et les travaux de voirie réalisés par la commune de Saint-Marcel en 2008, ainsi que d'une somme de 238,24 euros TTC de frais d'huissier, soit une somme totale de 2 527,84 euros TTC. En revanche, les autres éléments invoqués par la requérante dans son " nouveau décompte ", soit ne sont pas établis, soit font l'objet de demandes spécifiques comme les frais de procédure, soit, enfin, s'agissant des frais d'expertise, ont été la mise à la charge de la commune de Saint-Marcel en exécution de l'ordonnance de la juge des référés du 22 janvier 2021.
11. Il résulte de qui précède que Mme C est fondée à demander le versement d'une somme de 245 250,53 euros TTC en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait de l'affaissement de sa maison, de laquelle sera déduite la somme de 204 749, 09 euros TTC versée à titre de provision en exécution de l'ordonnance de la juge des référés du 22 janvier 2021.
S'agissant du dommage relatif à la présence d'une zone humide dans le jardin :
12. L'expert a évalué le montant des travaux de reprise permettant de mettre un terme au dommage relatif à la présence d'une zone humide dans le jardin de Mme C à 3 828 euros TTC. Par suite, la requérante est fondée à demander à ce que cette somme lui soit versée.
Sur les appels en garantie :
En ce qui concerne le dommage relatif à l'affaissement de la maison :
13 En premier lieu, la société ACM TP n'ayant pas participé aux travaux de voirie de 2008 à l'origine des désordres liés à l'affaissement de la maison de Mme C, les conclusions d'appel en garantie de la société Soderef dirigées, à ce titre, contre la société ACM TP doivent être rejetées. Pour les mêmes motifs, les conclusions d'appel en garantie de la société ACM TP dirigées contre la commune de Saint-Marcel et les sociétés Colas France et Soderef doivent être rejetées.
14. En second lieu, d'une part, la réception est l'acte par lequel le maître de l'ouvrage déclare accepter l'ouvrage avec ou sans réserve. Elle met fin aux rapports contractuels entre le maître de l'ouvrage et les constructeurs en ce qui concerne la réalisation de l'ouvrage et interdit, par conséquent, au maître de l'ouvrage d'invoquer, après qu'elle a été prononcée, et sous réserve de la garantie de parfait achèvement, des désordres causés aux tiers, dont il est alors réputé avoir renoncé à demander la réparation. D'autre part, le maître d'œuvre qui s'abstient d'attirer l'attention du maître d'ouvrage sur des désordres affectant l'ouvrage dont il pouvait avoir connaissance, en sorte que la personne publique soit mise à même de ne pas réceptionner l'ouvrage ou d'assortir la réception de réserves, commet un manquement à son devoir de conseil de nature à engager sa responsabilité. Le caractère apparent ou non des vices en cause lors de la réception est sans incidence sur le manquement du maître d'œuvre à son obligation de conseil, dès lors qu'il avait eu connaissance de ces vices en cours de chantier. Cependant, le devoir de conseil du maître d'œuvre au moment de la réception ne concerne que l'état de l'ouvrage achevé et ne s'étend donc pas aux désordres causés à des tiers par l'exécution du marché. Ainsi, le maître d'œuvre ne commet aucune faute en s'abstenant d'attirer l'attention du maître de l'ouvrage sur la nécessité pour lui, en vue de sauvegarder ses droits, d'assortir la réception de réserves relatives aux conséquences de tels désordres.
15. Il résulte de l'instruction que les travaux de voirie de 2008 effectués par la société SCREG Ile-de-France Normandie, aux droits de laquelle se trouve aujourd'hui la société Colas France, ont fait l'objet d'une décision de réception avec réserves le 12 novembre 2008, les réserves ayant été levées le 24 mars 2009. En outre, pour les motifs énoncés au point 14, la commune de Saint-Marcel ne peut utilement faire valoir que la société Soderef, en s'abstenant de la prévenir de la nécessité de ne pas réceptionner les travaux litigieux ou de ne les réceptionner qu'avec réserves, aurait commis un manquement à son devoir de conseil, l'empêchant ainsi de sauvegarder son droit à l'exercice d'un appel en garantie pour les dommages causés à Mme C, qui ont le caractère de dommages causés à un tiers à l'exécution de ces travaux. Par suite, la commune de Saint-Marcel doit supporter la charge finale de l'intégralité des sommes allouées à Mme C en réparation des préjudices subis par l'affaissement de sa maison. En conséquence, il y a lieu, et sans qu'il soit besoin de statuer sur l'exception de prescription quinquennale opposée par ces sociétés, de condamner la commune à garantir intégralement les sociétés Soderef et Colas France des condamnations prononcées par le présent jugement et de rejeter, dans le même temps, les conclusions de la commune aux fins d'être garantie par ces sociétés, ainsi que les conclusions aux fins d'appel en garantie de la société Soderef dirigées contre la société Colas France et de la société Colas France contre la société Soderef.
En ce qui concerne le dommage relatif à la présence d'une zone humide dans le jardin :
16. Dans son rapport, l'expert indique que pour remédier au dommage relatif à la présence d'une zone humide dans le jardin de Mme C, la commune de Saint-Marcel, contactée par l'intéressé, a proposé de positionner dans la jardinière juste au-dessus de la zone humide et juste derrière le mur de clôture un drain captant ces eaux pour les diriger vers un réseau préexistant dans le jardin de Mme C, qui récupérait déjà des eaux de sources. La commune a mandaté la société ACM TP afin de réaliser lesdits travaux. Le rapport d'expertise précise que " ces travaux se sont révélés ultérieurement inefficaces et l'eau est revenue aussitôt en surface de pelouse (). La solution proposée par la maire était judicieuse et elle aurait dû être efficace si les travaux avaient été correctement réalisés ", ce qui, selon l'expert, n'est pas le cas dès lors que le drain est insuffisamment protégé par une zone de cailloux et un géotextile au pourtour, si bien qu'il est rempli de végétaux et de boues et se trouve totalement occulté. Compte-tenu des termes de ce rapport, la société ACM TP doit supporter la charge finale de l'intégralité des sommes allouées à Mme C en réparation du préjudice relatif à la présence d'une zone humide dans son jardin. En conséquence, il y a lieu de condamner la société ACM TP à garantir intégralement la commune de Saint-Marcel et les sociétés Colas France et Soderef des condamnations prononcées par le présent jugement et de rejeter, dans le même temps, les conclusions de la société ACM TP aux fins d'être garantie par la commune de Saint-Marcel.
Sur les frais liés au litige :
17. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, d'une part, de mettre à la charge de la commune de Saint-Marcel la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens et, d'autre part, la même somme à la charge de la société ACM TP au titre des frais exposés par la commune de Saint-Marcel et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Saint-Marcel, la société Colas France et la société Soderef sont condamnées solidairement à verser à Mme C une somme de 245 250,53 euros TTC, sous déduction de la provision de 204 749, 09 euros TTC déjà versée à l'intéressé en exécution de l'ordonnance de la juge des référés du 22 janvier 2021.
Article 2 : La commune de Saint-Marcel garantira la société Colas France et la société Soderef de l'intégralité de la condamnation prononcée à l'article 1er du présent jugement.
Article 3 : La commune de Saint-Marcel et les sociétés Colas France, Soderef et ACM TP sont condamnées à verser à Mme C une somme de 3 828 euros TTC.
Article 4 : La société ACM TP garantira la commune de Saint-Marcel et les sociétés Colas France et Soderef de l'intégralité de la condamnation prononcée à l'article 3 du présent jugement.
Article 5 : La commune de Saint-Marcel versera une somme de 1 500 euros à Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : La société ACM TP versera une somme de 1 500 euros à la commune de Saint-Marcel au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à la commune de Saint-Marcel, à la société Colas France, à la société Soderef et à la société ACM TP.
Délibéré après l'audience du 2 février 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Van Muylder, présidente,
- M. Armand, premier conseiller,
- M. Cotraud, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.
Le rapporteur,
G. ARMAND
La présidente,
C. VAN MUYLDERLe greffier,
J.-B. MIALON
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
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01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026