mercredi 2 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2101460 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | DESMEULLES NICOLAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 15 avril 2021, 13 juin 2022 et 5 juillet 2022, le société HNTP, représentée par Me Desmeulles, demande au tribunal :
1°) de condamner l'office public de l'habitat de la communauté urbaine Le Havre Seine Métropole Alceane à lui verser la somme de 183 000 euros au titre de son préjudice né de son éviction irrégulière du marché litigieux, avec intérêts au taux légal courant à compter du 5 janvier 2021, et capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'office public de l'habitat de la communauté urbaine Le Havre Seine Métropole Alceane la somme de 3 600 euros à lui verser au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
La société HNTP soutient que :
- la procédure de passation du marché litigieux est irrégulière en raison de l'erreur d'appréciation de son offre par le pouvoir adjudicateur, conduisant à une minoration de sa note attribuée pour le critère " valeur technique ", dès lors que :
o les moyens matériels et humains n'ont pas été pris en considération dans leur intégralité et leur réalité ;
o les éléments relatifs aux travaux préparatoires, aux travaux de désamiantage ainsi qu'aux travaux de terrassement et à la gestion des matériaux amiantés relatifs étaient suffisamment précis, détaillés et exhaustifs pour être considérés conformes au CCTP concernant les moyens mis en œuvre et l'identification des contraintes pour gérer les différentes phases d'exécution du marché ;
- l'irrégularité de la procédure est susceptible d'avoir eu une incidence sur sa notation finale, dès lors que la société a obtenu les meilleures notes sur les critères prix et délais d'exécution, et, par conséquence, sur l'attribution du marché ;
- en raison de ses chances très sérieuses de remporter le marché, elle est fondée à être indemnisée de la perte des bénéfices escomptés, évaluée à hauteur de 183 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 août 2021 et 27 juin 2022, le président de l'office public de l'habitat de la communauté urbaine Le Havre Seine Métropole Alceane, représenté par la SELARL Ekis Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société HNTP la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ordonnance du 6 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 juillet 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Delacour, rapporteure publique,
- et les observations de Me Desmeulles, représentant la société HNTP, et de Me Le Velly, représentant l'office public de l'habitat de la communauté urbaine Le Havre Seine Métropole Alceane.
Considérant ce qui suit :
1. Par un avis d'appel public à concurrence publié le 6 mai 2020, l'office public de l'habitat de la communauté urbaine Le Havre Seine Métropole Alceane a lancé une procédure d'appel d'offre ouvert en vue de l'attribution d'un marché public relatif à l'exécution de travaux de démolition de 432 logements et 80 garages sur le secteur Graville la Vallée, divisé en deux lots couvrant les " bâtiments A, B, C, et D - extérieurs et garages " pour le lot n°1 et les " bâtiments E et F, extérieurs et garages " pour le lot n°2. Par un courrier du 8 octobre 2020, le pouvoir adjudicateur a informé la société HNTP de ce que son offre relative au lot n°2 avait été rejetée au bénéfice de celle de la société Boutte. La société HNTP a sollicité la communication du rapport d'analyse des offres et la transmission des motifs détaillés de rejet de son offre. Elle a, par une demande indemnitaire préalable adressée le 30 décembre 2020, demandé à l'office public de l'habitat de la communauté urbaine Le Havre Seine Métropole Alceane de lui verser une indemnité de 183 000 euros au titre de son préjudice résultant de son éviction irrégulière de la procédure, rejetée par décision expresse notifiée le 16 février 2021.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Lorsqu'un candidat à l'attribution d'un contrat public demande la réparation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait de l'irrégularité ayant, selon lui, affecté la procédure ayant conduit à son éviction, il appartient au juge, si cette irrégularité est établie, de vérifier qu'elle est la cause directe de l'éviction du candidat et, par suite, qu'il existe un lien direct de causalité entre la faute en résultant et le préjudice dont le candidat demande l'indemnisation. Lorsqu'une entreprise candidate à l'attribution d'un marché public demande la réparation du préjudice né de son éviction irrégulière de ce dernier, il appartient au juge de vérifier d'abord si l'entreprise était ou non dépourvue de toute chance de remporter le marché ; que, dans l'affirmative, l'entreprise n'a droit à aucune indemnité ; que, dans la négative, elle a droit en principe au remboursement des frais qu'elle a engagés pour présenter son offre ; qu'il convient ensuite de rechercher si l'entreprise avait des chances sérieuses d'emporter le marché ; que, dans un tel cas, l'entreprise a droit à être indemnisée de son manque à gagner, incluant nécessairement, puisqu'ils ont été intégrés dans ses charges, les frais de présentation de l'offre qui n'ont donc pas à faire l'objet, sauf stipulation contraire du contrat, d'une indemnisation spécifique.
3. Concernant les moyens affectés à l'exécution du marché, la société requérante s'est vue attribuer la note de 7 sur 14. S'agissant des moyens humains, si l'offre soumise précise le curriculum vitae du personnel encadrant et comprend une courbe prévisionnelle de main d'œuvre globale par semaine, elle ne détaille cependant pas les fonctions des différentes catégories d'effectif déployées, ni les effectifs journaliers par poste. Ainsi, le pouvoir adjudicateur n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en évaluant les moyens humains affectés à l'exécution comme n'étant pas en adéquation par rapport aux travaux à réaliser. S'agissant des moyens matériels, l'offre soumise présente une simple liste du matériel pour les moyens mis en place pour l'accès au chantier, la phase de désamiantage, l'évaluation des déchets ainsi que le concassage des matériaux, sans apporter de précision sur leur utilisation ni sur leur usage spécifique dans le cadre de chaque phase des travaux à réaliser. Par ailleurs, aucune précision n'est apportée concernant les moyens mis en place pour la dépose des panneaux de façade amiantés. Ainsi, le pouvoir adjudicateur n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en évaluant les moyens matériels affectés à l'exécution du marché comme étant partiellement identifiés et partiellement adaptés aux travaux à réaliser. Il résulte de ce qui précède que, contrairement à ce que soutient la société requérante, le pouvoir adjudicateur a pris en considération les moyens matériels et humains présentés dans son offre dans leur intégralité et leur réalité.
4. Concernant les moyens mis en œuvre et d'identification des contraintes pour gérer les différentes phases d'exécution du marché, la société requérante s'est vue attribuer la note de 18 sur 36. S'agissant des travaux préparatoires, l'offre soumise ne propose aucun descriptif des études préliminaires et des parties documentaires à fournir à l'exception des constats d'huissier, lesquels n'étaient pas exigés au cahier des clauses techniques particulières. Par ailleurs, sur le curage avec coltinage vertical des déchets par trémie intérieure de la cage d'ascenseur ou par l'extérieur, si la société requérante fait valoir qu'elle propose d'utiliser un lift et un chariot élévateur, ce matériel est inclus dans la liste relative au matériel de désamiantage, aucune indication n'étant apportée quant à son utilisation pour le curage. Sur la mise en place de barrière Heras pour le périmètre de sécurité en phase démolition sur la zone concernée, si la société fait valoir que le tapis pare-gravat présenté dans l'offre devait être considéré comme une variante, elle n'établit ni même n'allègue qu'un sous-dossier particulier a été déposé conformément au règlement de consultation. De plus, le tapis pare-gravat a été pris en compte par le pouvoir adjudicateur au titre du matériel de démolition. Enfin, l'offre ne comprend aucune précision sur les clôtures utilisées au titre des travaux préparatoires. Par ailleurs, aucune précision n'est apportée sur le gardiennage. Ainsi, le pouvoir adjudicateur n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en évaluant les travaux préparatoires et les méthodologies à l'exécution du marché comme étant partiellement identifiés et partiellement adaptés à la mission.
5. S'agissant des travaux de désamiantage, l'offre soumise procède à une simple identification des phases par étage au travers de fiches de processus de retrait par type de matériau amianté de manière sommaire, sans indiquer la méthodologie retenue. Par ailleurs, elle ne comprend aucune précision sur la zone d'approche et de récupération des matériaux amiantés détaillée par phase d'exécution. Ainsi, le pouvoir adjudicateur n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en évaluant les travaux de désamiantage à l'exécution du marché comme étant sommairement identifiés et comme manquant de précision sur la méthodologie à mettre en œuvre. S'agissant des travaux de démolition et de gestion des déchets, l'offre ne comprend aucune précision sur la méthodologie de la phase de démolition des éléments de l'ITE, sur le détail des listes des prestataires de traitements des déchets et sur la mise en place d'un schéma d'organisation et de suivi de l'élimination des déchets (SOSED) ou d'un schéma d'organisation et de gestion des déchets (SOGED). Ainsi, le pouvoir adjudicateur n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en évaluant, d'une part, les travaux de démolition à l'exécution du marché comme sommairement identifiés et non en adéquation par rapport à la mission et, d'autre part, la gestion des déchets affectée à l'exécution du marché comme partiellement identifiée et non adaptée aux travaux à réaliser. S'agissant des travaux de terrassement et de gestion des matériaux amiantés, l'offre soumise indique un concassage en 0/80, contrairement aux stipulations du cahier des clauses techniques particulières, lesquelles prévoyaient un concassage en 0/60. Contrairement à ce que soutient la société requérante, aucun élément dans l'offre soumise ne permettait de considérer cette indication comme une simple erreur matérielle au sens du règlement de consultation. Le pouvoir adjudicateur n'était donc pas tenu d'inviter la société requérante à rectifier son offre sur ce point. Ainsi, le pouvoir adjudicateur n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en évaluant, d'une part, les travaux de terrassement à l'exécution du marché comme étant partiellement identifiés et partiellement adaptés à la mission mentionnant une non-conformité au CCTP et, d'autre part, la gestion des matériaux amiantés non listés dans les diagnostics amiante lors de l'exécution du marché comme étant partiellement identifiée et partiellement adaptée à la mission.
6. S'agissant de la gestion des matériaux amiantés, l'offre ne comprend que des précisions partielles sur le descriptif détaillé des matériaux amiantés non listés dans les diagnostics amiante avant démolition. Ainsi, le pouvoir adjudicateur n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en évaluant la gestion des matériaux amiantés non listés dans diagnostics amiante à l'exécution du marché comme étant partiellement identifiée et partiellement adaptée à la mission.
7. Dans ces conditions, le moyen de tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par l'office public de l'habitat de la communauté urbaine Le Havre Seine Métropole Alceane dans l'appréciation des capacités techniques de la société HNTP doit être écarté. Par conséquent, la société requérante ne peut se prévaloir d'une irrégularité de la procédure et ses conclusions indemnitaires, par voie de conséquence, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'office public de l'habitat de la communauté urbaine Le Havre Seine Métropole Alceane, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société HNTP demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société HNTP la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par celle-ci et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société HNTP est rejetée.
Article 2 : La société HNTP versera la somme de 1 500 euros à l'office public de l'habitat de la communauté urbaine Le Havre Seine Métropole Alceane en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société HNTP et à l'office public de l'habitat de la communauté urbaine Le Havre Seine Métropole Alceane.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Boyer, présidente,
- Mme Boucetta, conseillère,
- Mme Favre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2022.
La rapporteure,
L.A
La présidente,
C.BOYER Le greffier,
J.-L. MICHEL
La République mande et ordonne au préfet de Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026