mardi 31 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2101532 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | LANGUIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 avril 2021, et des mémoires enregistrés le 12 octobre 2021 et le 6 décembre 2022, Mme C B, représentée par la SCP Vallée-Languil, demande au tribunal :
1°) de condamner l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Les Escales au Havre à lui verser la somme totale de 66 410 euros, assortie des intérêts à compter de sa demande du 4 février 2021 et de la capitalisation des intérêts à compter du 4 février 2022, en réparation des préjudices résultant d'accidents de service ;
2°) de mettre à la charge de l'EHPAD Les Escales la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les dépens.
Mme B soutient que :
- l'EHPAD Les Escales engage sa responsabilité sans faute au titre des accidents de service du 21 septembre 2015 et du 5 février 2018 ;
- elle a subi des préjudices en lien avec l'accident du 21 septembre 2015 au titre de la diminution de sa prime annuelle à hauteur de la somme de 1 500 euros, de la souffrance endurée à hauteur de la somme de 6 000 euros, du préjudice esthétique temporaire à hauteur de la somme de 600 euros, du déficit fonctionnel temporaire à hauteur de la somme de 2 404 euros, du préjudice esthétique permanent à hauteur de la somme de 2 000 euros, du préjudice d'agrément à hauteur de la somme de 1 000 euros et du déficit fonctionnel permanent à hauteur de la somme de 13 120 euros ;
- elle a subi des préjudices en lien avec l'accident de trajet du 5 février 2018 au titre de la perte de la nouvelle bonification indiciaire à hauteur de la somme de 2 500 euros, au titre de la souffrance endurée à hauteur de la somme de 4 000 euros, au titre du préjudice esthétique temporaire à hauteur de la somme de 400 euros, du déficit fonctionnel temporaire à hauteur de la somme de 2 286 euros, au titre du préjudice d'agrément à hauteur de la somme de 3 000 euros et au titre du déficit fonctionnel permanent à hauteur de la somme de 27 600 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2022, l'EHPAD Les Escales, représenté par la SELARL Ékis avocats, conclut :
1°) à la modération des prétentions fondées sur la souffrance endurée, le préjudice esthétique permanent et le déficit fonctionnel permanent et au rejet du surplus de la requête ;
2°) à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les demandes fondées dans leur principe sont surévaluées dans leur montant ;
- les autres préjudices ne sont pas justifiés.
Vu :
- la décision du 31 mai 2021 accordant l'aide juridictionnelle à Mme B à hauteur de 25 % ;
- l'ordonnance de taxation des frais et honoraires d'expertise en date du 18 novembre 2020 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le décret n° 2005-442 du 2 mai 2005 ;
- le décret n° 2021-1825 du 24 décembre 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jeanmougin, première conseillère,
- les conclusions de Mme Barray, rapporteure publique,
- les observations de Me Languil pour Mme B,
- et les observations de Me Lanyi pour l'EHPAD Les Escales.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, aide-soignante puis agent des services hospitaliers qualifiée au sein de l'EHPAD Les Escales situé au Havre, demande au tribunal de condamner cet établissement public à lui verser la somme totale de 66 410 euros en réparation des préjudices en lien avec l'accident de service du 21 septembre 2015 et de l'accident de trajet survenu le 5 février 2018.
Sur la responsabilité sans faute :
2. Mme B a été reconnue le 16 novembre 2016 victime d'un accident imputable au service depuis le 21 septembre 2015 et, le 6 novembre 2018, victime d'un accident de trajet imputable au service
3. Compte tenu des conditions posées à leur octroi et de leur mode de calcul, la rente viagère d'invalidité et l'allocation temporaire d'invalidité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions qui instituent ces prestations déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incombait.
4. En premier lieu, la circonstance que le fonctionnaire victime d'un accident de service ou d'une maladie professionnelle ne remplit pas les conditions auxquelles les dispositions mentionnées ci-dessus subordonnent l'obtention d'une rente ou d'une allocation temporaire d'invalidité fait obstacle à ce qu'il prétende, au titre de l'obligation de la collectivité qui l'emploie de le garantir contre les risques courus dans l'exercice de ses fonctions, à une indemnité réparant des pertes de revenus ou une incidence professionnelle.
5. Il en résulte que Mme B, qui n'a pas, au jour du jugement, perçut l'allocation temporaire d'invalidité et ne se prévaut d'aucune faute qu'aurait commise l'EHPAD Les Escales, n'est en tout état de cause pas fondée à demander sa condamnation au titre de la diminution de sa prime annuelle et de la perte de la nouvelle bonification indiciaire.
6. En deuxième lieu, il ressort du rapport d'expertise du Dr A, désigné en référé, que Mme B a souffert, au titre des deux accidents de service, d'un déficit fonctionnel total pendant 5 jours et d'un déficit fonctionnel de 50 % pendant environ 7 mois, de 30 % pendant trois mois et de 20 % pendant environ 37 mois. Il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire en lui allouant la somme de 6 000 euros. Il résulte de l'instruction que Mme B souffre, en lien avec son accident de 2015, d'un déficit fonctionnel permanent évalué à 8 % et, en lien avec son accident de 2018, de 15 %. Il sera fait une juste évaluation de ce poste de préjudice en lui allouant la somme de 40 000 euros.
7. En troisième lieu, il sera fait une juste évaluation du préjudice subi au titre des souffrances endurées, physiques comme psychologiques, évaluées dans le rapport d'expertise du Dr A à 3,5/7 au titre de l'accident de 2015 et à 3/7 au titre de l'accident de 2018, en lui allouant la somme de 7 000 euros.
8. En quatrième lieu, il sera fait une juste évaluation des préjudices esthétiques, évalués dans le rapport d'expertise à 3/7 à titre temporaire et 2/7 à titre permanent au titre de l'accident de 2015 et à 2/7 à titre temporaire au titre de l'accident de 2018, en lui allouant la somme de 1 500 euros.
9. En dernier lieu, Mme B, qui ne démontre par aucune pièce qu'elle pratiquait avant son accident des activités sportives et de loisir, n'est pas fondée à demander l'indemnisation d'un préjudice d'agrément.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à demander la condamnation de l'EHPAD Les Escales à lui verser la somme totale de 54 500 euros en réparation de ses préjudices. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 20 avril 2021, date de l'introduction de sa requête. Ces intérêts seront capitalisés à compter du 20 avril 2022 et à chaque échéance annuelle ultérieure.
Sur les dépens :
11. Dès lors que Mme B bénéficie de l'aide juridictionnelle, les dépens taxés et liquidés à la somme de 1 000 euros par ordonnance du 18 novembre 2020 sont mis à la charge définitive de l'État, en application de l'article 40 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et compte tenu du taux de 25 % d'admission de Mme B à l'aide juridictionnelle, de mettre la somme de 400 euros à la charge de l'EHPAD Les Escales sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, au profit de la SCP Vallée-Languil, sous réserve que cette société renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et de mettre la somme de 1 000 euros à la charge de l'EHPAD sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
13. Mme B n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions de l'EHPAD Les Escales à son encontre au titre des frais d'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : L'EHPAD Les Escales est condamné à verser à Mme B la somme de 54 500 euros. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 20 avril 2021. Ces intérêts seront capitalisés à compter du 20 avril 2022 et à chaque échéance annuelle ultérieure.
Article 2 : L'EHPAD Les Escales versera la somme de 400 euros à la SCP Vallée-Languil, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Article 3 : L'EHPAD Les Escales versera la somme de 1 000 euros à Mme B en application de l'article L. 761 du code de justice administrative.
Article 4 : Les honoraires et frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 000 euros, sont mis à la charge définitive de l'État.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête et les conclusions présentées par l'EHPAD Les Escales sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Anaëlle Languil, à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Les Escales et au ministre de la justice, garde des sceaux.
Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
Mme Jeanmougin, première conseillère,
M. Le Vaillant, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.
La rapporteure,
H. JEANMOUGIN
Le président,
P. MINNE Le greffier,
N. BOULAY
N°210153
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026