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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2101570

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2101570

mardi 17 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2101570
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantLANGUIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 avril 2021, M. C D, représenté par la SCP Vallée-Languil, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat sur le fondement de la responsabilité pour faute à lui verser la somme totale de 50 000 euros au titre des préjudices subis, portant intérêt à taux légal à compter de la réception de sa réclamation préalable et capitalisation des intérêts ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à titre principal, à verser à la SCP Vallée-Languil au titre de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, valant renonciation de l'avocat à la part contributive de l'Etat, et, à titre subsidiaire, à lui verser cette somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. D soutient que :

- l'Etat a commis une faute, d'une part, en l'absence de proposition à sa famille d'une nouvelle affectation définitive dans un hébergement durable et, d'autre part, en ne traitant pas de manière semblable les populations rapatriées d'Algérie ;

- il a subi une perte de chance de bénéficier d'une nouvelle affectation définitive dans un hébergement durable permettant à sa famille de pouvoir s'intégrer plus facilement au sein de la société française ;

- le préjudice subi au titre des souffrances endurées et de la perte de chance s'élève à 50 000 euros.

Par ordonnance du 25 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 août 2022.

Le ministre des armées a produit un mémoire non communiqué le 9 décembre 2022.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 22 février 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Par décision du président du tribunal, M. B a été désigné temporairement pour exercer temporairement les fonctions de rapporteur public en application des articles R. 222-24 et R. 222-32 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Guiral, rapporteur public,

- et les observations Me Languil, représentant M. D.

Le ministre des armées n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, fils d'un ancien supplétif de l'armée française en Algérie, a été rapatrié en France en même temps que son père en 1965, a résidé avec celui-ci dans le camp de transit et de reclassement des anciens supplétifs de l'armée française en Algérie et de leurs familles, situé à Saint Maurice l'Ardoise, puis a été transféré au camp de Mirande où il a vécu, avec sa famille, jusqu'en 1971, avant d'être transféré au hameau forestier de Zonza où il a vécu, avec sa famille, jusqu'en 1976. Par jugement n°1601347 du 18 décembre 2018, le tribunal a condamné l'Etat à hauteur de 15 000 euros en réparation des préjudices matériel et moral qui ont été directement causés à M. D du fait des conditions dans lesquelles il a vécu entre son arrivée au camp de Saint Maurice l'Ardoise en 1965 et son départ du camp de Zonza en 1976. Par un courrier du 27 septembre 2020, reçu le 30 septembre 2020, M. D a adressé au ministre de l'Europe et des affaires étrangères une demande d'indemnisation préalable au titre des préjudices qu'il estime avoir subi du fait de l'absence d'affectation de sa famille dans un hébergement durable, rejetée par décision implicite.

2. Si M. D entend se prévaloir du rapport intitulé " aux Harkis la France reconnaissante " paru en juillet 2018, résultant du groupe de travail mis en place le 23 janvier 2018 par la secrétaire d'Etat auprès de la ministre des armées, il ne caractérise pas précisément quelle faute aurait commis l'Etat en ne proposant pas à sa famille une nouvelle affectation définitive dans un hébergement durable. Par ailleurs, s'il dénonce le fait que les populations rapatriées d'Algérie n'ont pas été traitées de manière semblable, les circonstances dont il est fait état ne suffisent pas à caractériser la discrimination alléguée. Ainsi, par les pièces qu'il produit, M. D n'établit pas que l'Etat aurait commis, à son égard, une quelconque faute au regard des circonstances dont il se prévaut.

3. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par M. D, et, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'intérêt et de capitalisation des intérêts ainsi que ses conclusions présentées sur le fondement de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à la SCP Vallée-Languil et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- Mme Boucetta, conseillère,

- Mme Favre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.

La rapporteure,

L. A

La présidente,

C. BOYER Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

SG

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