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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2101917

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2101917

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2101917
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantCHERRIER BODINEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 mai 2021 et le 3 mai 2022, M. D A, représenté par la SCP Cherrier Bodineau, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Gonfreville-l'Orcher à lui verser la somme globale de 300 098,52 euros au titre des préjudices subis du fait de sa maladie professionnelle constatée le 25 janvier 2018 et de son accident de service survenu le 26 avril 2018 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Gonfreville-l'Orcher, outre les entiers dépens de l'instance, la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité sans faute de la collectivité est engagée en raison de la maladie professionnelle qu'il a contractée et de l'accident de service dont il a été victime ;

- en retenant un coût horaire de 20 euros, les frais d'assistance par tierce personne avant consolidation s'élèvent à la somme de 7 880 euros ;

- son état de santé nécessite l'acquisition d'un véhicule équipé d'un embrayage automatique qui représente un surcoût évalué à 2 000 euros ; son préjudice s'élève ainsi à 12 414 euros en tenant compte du renouvellement du véhicule tous les 6 ans ;

- les frais d'assistance par tierce personne après consolidation s'élèvent, à raison d'une aide de quatre heures par semaine, à la somme totale de 180 463,52 euros ;

- il sollicite la somme de 30 000 euros au titre de l'incidence professionnelle ;

- il a subi un déficit fonctionnel temporaire total pendant 14 jours et un déficit fonctionnel temporaire partiel évalué à 30 % pendant 394 jours, soit, en retenant une base journalière de 30 euros, un préjudice total de 3 966 euros ;

- il sollicite la somme de 10 000 euros au titre des souffrances endurées ;

- le préjudice esthétique temporaire s'élève à 2 000 euros ;

- le déficit fonctionnel permanent évalué à 15 % doit être indemnisé, compte tenu de son âge, à hauteur de 30 375 euros ;

- il subit un préjudice d'agrément du fait de l'impossibilité dans laquelle il se trouve d'entretenir seul son jardin, préjudice qui peut être évalué à 10 000 euros ;

- son préjudice sexuel s'élève à 10 000 euros ;

- son préjudice esthétique évalué à 1 sur une échelle allant jusqu'à 7 doit être indemnisé à hauteur de 3 000 euros.

Par un mémoire enregistré le 4 avril 2022, la commune de Gonfreville-l'Orcher, représentée par Me Pierson, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit ordonné un complément d'expertise avant dire droit afin d'indiquer, pour la période après consolidation, si l'assistance constante ou occasionnelle d'une tierce personne est nécessaire pour effectuer les démarches et, plus généralement, pour accomplir les actes de la vie quotidienne, de préciser la nature de l'aide ainsi que sa durée quotidienne et de déterminer si cette assistance est nécessaire à titre viager, à ce qu'il soit sursis à statuer sur ce préjudice dans l'attente du rapport d'expertise, à ce que l'indemnisation de l'ensemble des préjudices subis par le requérant soit limitée à la somme totale de 150 267,77 euros et à ce que sa responsabilité soit limitée, eu égard à l'existence d'un état pathologique antérieur, à 50 % de cette somme.

Elle soutient que :

- la maladie professionnelle que le requérant a contractée et l'accident de service dont il a été victime ont été causés, au moins en partie, par des antécédents médicaux qui ont justifié une cure de hernie discale effectuée le 8 novembre 2007 et par la mauvaise manipulation d'un ostéopathe ; cet état pathologique antérieur est de nature à limiter sa responsabilité à hauteur de 50 % des préjudices subis par le requérant ;

- en l'absence de fautes imputables à la collectivité, le droit à indemnisation du requérant doit être limité aux souffrances morales et physiques subies, au préjudice esthétique, au préjudice d'agrément ainsi qu'aux troubles dans les conditions d'existence ;

- les frais d'assistance par tierce personne avant consolidation ne sont pas indemnisables et doivent, à titre subsidiaire, être limités, sur la base d'un taux horaire de 12,35 euros en 2019 et de 12,54 euros en 2019, à la somme de 4 879,58 euros ;

- les frais d'assistance par tierce personne après consolidation ne constituent pas un préjudice indemnisable et ne peuvent, en tout état de cause, excéder la somme de 8 069,82 euros, conformément à la demande préalable formée par le requérant ; à titre subsidiaire, si le tribunal venait à retenir ce chef de préjudice, une mesure d'expertise complémentaire serait nécessaire pour déterminer la nécessité d'une aide à titre viager ; l'indemnisation doit, en cas de caractère viager, être cantonnée à de plus justes proportions et ne saurait excéder la somme de 106 479,35 euros ;

- le préjudice lié aux frais de véhicule adapté n'est ni indemnisable ni établi par le requérant qui ne justifie pas l'achat d'un véhicule ;

- le requérant ne peut solliciter, en l'absence de faute, une indemnisation au titre des incidences professionnelles, ce préjudice étant couvert par le versement d'une allocation temporaire d'invalidité ; à titre subsidiaire, ce préjudice doit être limité à 6 000 euros ;

- le déficit fonctionnel temporaire n'est pas indemnisable et peut, à titre subsidiaire, être évalué à la somme de 1 718,60 euros, en retenant un salaire journalier de 13 euros ;

- les souffrances endurées peuvent être indemnisées à hauteur de 4 000 euros ;

- les préjudices esthétiques temporaire et permanent peuvent être indemnisés à hauteur de 1 000 euros ;

- le déficit fonctionnel permanent est couvert par la rente d'invalidité et ne saurait, en l'absence de faute, faire l'objet d'une indemnisation ; à titre subsidiaire, compte tenu du taux d'invalidité de 10 % retenu par la commission de réforme, ce préjudice peut être évalué à la somme de 18 000 euros ;

- le préjudice d'agrément n'est pas établi et ne saurait, en tout état de cause, excéder la somme de 3 000 euros ;

- le préjudice sexuel présente un caractère temporaire et ne saurait, en tout état de cause, excéder la somme de 2 000 euros.

Vu :

- l'ordonnance du 16 février 2021 par laquelle les frais et honoraires de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 500 euros, ont été mis à la charge de M. A ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 85-603 du 10 juin 1985 ;

- le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de Mme B,

- et les observations de Me Maleysson, représentant M. A, et de Me Cohen-Salmon substituant Me Pierson, représentant la commune de Gonfreville-l'Orcher.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, adjoint technique principal de 1er classe employé par la commune de Gonfreville-l'Orcher, souffre d'une sciatique par hernie discale L4-L5 et L5-S1, maladie professionnelle constatée le 25 janvier 2018 et dont l'imputabilité au service a été reconnue à compter du 8 novembre 2017 par un arrêté du 13 mars 2019 du maire de Gonfreville-l'Orcher. Le 26 avril 2018, M. A a été victime d'un accident de service, également reconnu imputable au service par un arrêté du 26 février 2019, accident qui lui a causé de nouvelles douleurs lombaires irradiant le côté gauche et qui est à l'origine d'une sciatique hyperalgique de type S1. M. A, qui perçoit une allocation temporaire d'invalidité au taux rémunéré de 10 % au titre de sa lombosciatique, a demandé, par une requête enregistrée le 16 avril 2020, la désignation d'un expert au juge des référés du tribunal administratif de Rouen qui, par une ordonnance du 27 novembre 2020, a prescrit la mesure sollicitée. Le rapport d'expertise a été déposé au greffe le 22 janvier 2021, date à laquelle M. A a adressé une demande indemnitaire à la commune tendant à la réparation des préjudices subis du fait de sa lombosciatique et évalués à la somme totale de 126 857,82 euros. En l'absence de réponse, M. A demande au tribunal de condamner la commune de Gonfreville-l'Orcher à lui verser la somme globale de 300 098,52 euros.

Sur la responsabilité de la commune :

2. Compte tenu des conditions posées à son octroi et de son mode de calcul, l'allocation temporaire d'invalidité doit être regardée comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions qui instituent cette prestation déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font, en revanche, pas obstacle à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice. Elles ne font pas non plus obstacle à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne.

3. Ainsi qu'il a été dit au point 1 du présent jugement, la maladie professionnelle et l'accident de service dont a été victime M. A ont été reconnus imputables au service. Le requérant peut, dès lors, solliciter de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ses préjudices personnels et ses préjudices patrimoniaux d'une nature autre que ceux réparés par l'allocation temporaire d'invalidité, comprenant, contrairement à ce qui est soutenu en défense par la commune, le déficit fonctionnel, les frais d'assistance par tierce personne et les frais de véhicule adapté.

Sur l'évaluation des préjudices :

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

S'agissant des incidences professionnelles :

4. Il résulte de l'instruction que M. A perçoit une allocation temporaire d'invalidité. Dans ces conditions, les incidences professionnelles dont la réparation est demandée ne peuvent être indemnisées par la commune, l'allocation temporaire d'invalidité ayant pour objet de réparer ce préjudice et le requérant ne se prévalant d'aucune faute qui aurait été commise par la commune. La demande de M. A présentée à ce titre ne peut, dès lors, qu'être rejetée.

S'agissant des frais de véhicule adapté :

5. Si M. A sollicite le versement d'une somme de 12 414 euros correspondant à l'aménagement de son véhicule, il résulte toutefois du rapport d'expertise que son état de santé n'est pas compatible avec la conduite automobile, l'intéressé ne justifiant pas d'ailleurs avoir fait l'acquisition d'un embrayage automatique. Ce préjudice ne présente, en l'état de l'instruction, qu'un caractère éventuel et n'est pas, dès lors, susceptible de donner lieu à indemnisation. Il appartiendra, le cas échéant, à M. A, s'il s'y croit fondé, de saisir ultérieurement la juridiction de conclusions tendant à l'indemnisation de ce préjudice.

S'agissant des frais d'assistance par tierce personne :

6. Lorsque le juge administratif indemnise la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire permettant, dans les circonstances de l'espèce, le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat, sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier.

7. Pour les préjudices futurs de la victime non couverts par des prestations de sécurité sociale, il appartient au juge de décider si leur réparation doit prendre la forme du versement d'un capital ou d'une rente selon que l'un ou l'autre de ces modes d'indemnisation assure à la victime, dans les circonstances de l'espèce, la réparation la plus équitable.

8. D'une part, il résulte de l'instruction que M. A a eu besoin de l'aide d'une tierce personne non spécialisée à raison d'une heure par jour pendant 398 jours correspondant, comme l'indique l'expert, aux périodes de déficit fonctionnel temporaire partiel, soit du 25 janvier au 27 mai 2018 (123 jours), du 2 juin au 2 juillet 2018 (31 jours) et du 14 juillet 2018 au 14 mars 2019 (244 jours). L'aide nécessaire se limitant à accompagner les gestes de la vie quotidienne pour l'habillage et les autres contraintes domestiques, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en l'indemnisant sur la base d'un taux horaire moyen de 13 euros tenant compte du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de la période considérée, augmenté des charges sociales et majoré pour tenir compte des congés payés et du travail les jours fériés et le dimanche, soit 412 jours sur une année. Dans ces conditions, il y a lieu d'évaluer ce préjudice à la somme de 5 840,24 euros ((412/365)*13*398).

9. D'autre part, il résulte de l'instruction que l'état de santé de M. A a nécessité, du 15 mars 2019, date de consolidation non contestée de sa pathologie, jusqu'à la date du présent jugement, soit pendant 1 216 jours, l'assistance d'une tierce personne à raison de 4 heures par semaine. Il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en l'indemnisant sur la base d'un taux horaire de 13 euros, tenant compte des cotisations dues par l'employeur et des majorations de rémunération pour travail du dimanche. Ce préjudice s'élève, dès lors, pour la période comprise entre le 15 mars 2019 et le 12 juillet 2022, à la somme de 10 196,31 euros ((412/365)*13*(4/7)*1216).

10. Pour la période postérieure au présent jugement, il y a lieu, au titre des dépenses futures du poste d'assistance par tierce personne, de porter ce taux horaire à 15 euros et de mettre à la charge de la commune le versement d'une rente, payable par trimestre échu, et dont le montant annuel est fixé à 3 531,42 euros ((412/365)*15*(4/7)*365). Cette rente sera diminuée, en cas d'hospitalisation du requérant, au prorata des périodes passées hors du domicile et sera revalorisée annuellement par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale. En tant que de besoin, il appartiendra à M. A, en cas d'évolution de ses besoins et de son état de santé, d'en informer la commune et de convenir d'une réévaluation ou d'une suppression de la rente, sauf à saisir le tribunal en cas de désaccord persistant sur les conditions d'évolution de la rente.

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :

S'agissant des préjudices temporaires :

Quant au déficit fonctionnel :

11. Le poste de préjudice de déficit fonctionnel temporaire, qui répare la perte de qualité de vie de la victime et des joies usuelles de la vie courante pendant la maladie traumatique avant sa consolidation, intègre le préjudice sexuel et le préjudice d'agrément subis pendant cette période et comprend les troubles dans les conditions d'existence.

12. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que le déficit fonctionnel temporaire subi par M. A en conséquence de sa maladie professionnelle et de son accident de service a été fixé à 100 % durant les périodes d'hospitalisation, à savoir du 28 mai au 1er juin 2018 (5 jours) et du 3 juillet au 13 juillet 2018 (11 jours), représentant un total de 16 jours, et à 30 % du 25 janvier au 27 mai 2018 (123 jours), du 2 juin au 2 juillet 2018 (31 jours) et du 14 juillet 2018 au 14 mars 2019 (244 jours), soit une période totale de 398 jours. L'expert relève également l'existence d'un préjudice sexuel constitué par une altération de la libido du requérant en raison, notamment, de la prise de psychotropes. Il sera fait une juste appréciation du préjudice subi à ce titre en l'évaluant à la somme de 2 400 euros.

Quant aux souffrances endurées :

13. Les souffrances, tant physiques que morales, éprouvées par M. A ont été estimées par l'expert à 3,5 sur échelle allant jusqu'à 7. Le préjudice subi à ce titre doit, dans ces conditions, être évalué à la somme de 5 000 euros.

Quant au préjudice esthétique :

14. L'expert a admis l'existence d'un préjudice esthétique temporaire, constitué d'une raideur rachidienne et du port d'un corset, préjudice qu'il a évalué à 3 sur une échelle de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme demandée par le requérant de 2 000 euros.

S'agissant des préjudices permanents :

Quant au déficit fonctionnel :

15. M. A conserve, après consolidation de son état de santé, une perte fonctionnelle totale que l'expert judiciaire a évalué à 15 %. Compte tenu de l'âge du requérant à la date de la consolidation, soit 44 ans, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en fixant à 20 000 euros la somme destinée à réparer le déficit fonctionnel permanent.

Quant au préjudice d'agrément :

16. Si l'expert relève que l'état de santé du requérant n'est pas compatible avec l'entretien de son jardin et occasionne une gêne pour les activités de jardinage, ce préjudice d'agrément, dont la réalité est contestée par la commune, n'est pas documenté, l'intéressé n'apportant par ailleurs aucun élément de nature à établir la réalité, la nature et la fréquence de ses activités de jardinage. Ce poste de préjudice ne saurait, dans ces conditions, être indemnisé.

Quant au préjudice sexuel :

17. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que M. A présente, en raison notamment des douleurs ressenties, un préjudice sexuel permanent. Il y a lieu d'évaluer ce préjudice à la somme de 2 000 euros.

Quant au préjudice esthétique :

18. M. A demande l'indemnisation de son préjudice esthétique définitif qu'il évalue à la somme de 3 000 euros. Toutefois, si l'expert reconnaît l'existence d'un tel préjudice qu'il qualifie de très léger et qu'il quantifie à 1,5 sur une échelle allant jusqu'à 7, le rapport d'expertise, qui se borne à indiquer que ce préjudice est constitué du fait du port d'un corset à la demande, ne précise ni la durée ni la fréquence du port de cet appareil orthopédique, le requérant n'apportant pas davantage de précisions sur ce préjudice. Dans ces conditions, ce préjudice ne peut être regardé comme présentant un caractère réel et certain. La demande de M. A présentée à ce titre doit, dès lors, être rejetée.

19. Il résulte de tout ce qui précède que le montant total des préjudices subis par M. A doit être évalué à la somme de 47 436,55 euros, à laquelle s'ajoute une rente annuelle de 3 531,42 euros. Si la commune de Gonfreville-l'Orcher soutient que cette indemnisation doit être diminuée de 50 % dès lors que le requérant présentait des antécédents médicaux qui ont justifié, notamment, une cure de hernie discale effectuée le 8 novembre 2007, il ne résulte toutefois pas de l'instruction que les préjudices indemnisés par le présent jugement résulteraient directement d'un état pathologique antérieur.

20. Il s'ensuit que M. A est fondé à demander, et sans qu'il soit besoin d'ordonner un complément d'expertise, la condamnation de la commune de Gonfreville-l'Orcher à lui verser en capital la somme de 47 436,55 euros ainsi qu'une rente annuelle de 3 531,42 euros payable par trimestre échu.

Sur les dépens :

21. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 500 euros par l'ordonnance du 16 février 2021 du président du tribunal administratif, à la charge définitive de la commune de Gonfreville-l'Orcher.

Sur les frais liés au litige :

22. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Gonfreville-l'Orcher, qui est la partie perdante dans la présente instance, une somme de 1 300 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Gonfreville-l'Orcher est condamnée à verser à M. A une somme en capital de 47 436,55 euros.

Article 2 : La commune de Gonfreville-l'Orcher est condamnée à verser à M. A une rente annuelle de 3 531,42 euros payable par trimestre échu dans les conditions définies au point 10 du présent jugement.

Article 3 : La commune de Gonfreville-l'Orcher versera à M. A la somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 500 euros, sont mis à la charge définitive de la commune de Gonfreville-l'Orcher.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la commune de Gonfreville-l'Orcher.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- M. Guiral, conseiller,

- Mme Boucetta, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

Le rapporteur,

S. C

La présidente,

A. MACAUD

Le greffier,

J.-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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