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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2102338

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2102338

lundi 9 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2102338
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge Unique 1
Avocat requérantMOUTOUSSAMY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 juin 2021, Mme A B, représentée par la SELARL DBKM Avocats demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Seine-Maritime a implicitement refusé de faire droit à la contestation de son indu d'aide personnalisée au logement (APL) et de lui accorder la remise de cette dette ;

2°) de faire droit à sa demande de dommages et intérêts et de condamner la CAF de la Seine-Maritime à lui verser la somme de 11 245,58 euros ;

3°) de la décharger de payer l'indu de revenu de solidarité active (RSA) et de prime exceptionnelle de fin d'année ;

4°) d'enjoindre au département de lui reverser les montants prélevés ;

5°) de mettre à la charge du département de la Seine-Maritime la somme de 1 223 euros au titre du 2e alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à verser directement à son conseil.

Elle soutient que :

* en ce qui concerne la procédure suivie :

* sa requête est recevable ;

* les décisions attaquées méconnaissent les règles relatives à l'exercice du droit de communication et à la protection des données personnelles ;

* l'agent de contrôle de la CAF ne disposait d'aucun agrément et les éléments de fait fondant le motif de l'indu de RSA ne sont pas établis ;

* l'agent contrôleur de la CAF ne bénéficiait d'aucune assermentation, de sorte qu'aucun rapport d'enquête ne saurait fonder une décision d'indu ;

* les indus ne sont pas fondés ;

* qu'elle n'a pas effectué de fausses déclarations.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2022, la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime, représentée par son directeur, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la contestation relative à l'indu est tardive et que, s'agissant de la remise de dette, les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées le 17 novembre 2022 que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public tiré de la tardiveté des conclusions dirigées contre l'indu d'APL.

Vu :

* la décision du 7 juin 2021 admettant Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

* la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

* la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

* les autres pièces du dossier.

Vu :

* le code de la construction et de l'habitation ;

* le code de la sécurité sociale ;

* la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

* le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Deflinne, magistrat désigné, ayant été entendu au cours de l'audience publique.

À l'issue de l'audience, l'instruction a été clôturée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 13 septembre 2017, Mme B a notamment été déclarée redevable d'un indu d'APL d'un montant initial de 11 245,58 euros pour la période d'août 2015 à septembre 2017. Le 26 octobre 2020, Mme B a formé un recours administratif auprès de la CAF de la Seine-Maritime en contestation de cet indu tout en demandant la remise gracieuse de sa dette et le paiement de dommages et intérêts. La CAF a implicitement rejeté son recours gracieux et sa demande indemnitaire. Mme B demande l'annulation de ces décisions et la condamnation de la CAF de la Seine-Maritime à l'indemniser du préjudice qu'elle estime avoir subi.

Sur les conclusions relatives aux indus de RSA et de prime exceptionnelle de fin d'année :

2. Par jugement du 23 juin 2022 devenu définitif, le tribunal de céans s'est prononcé sur les conclusions, présentées par Mme B, tendant à la décharger de l'obligation de payer l'indu de revenu de solidarité active (RSA) et de prime exceptionnelle de fin d'année mis à sa charge. La présente instance présente la même identité de cause, parties et objet. Par suite, l'autorité de la chose jugée faisant obstacle à ce que les mêmes faits soient jugés une deuxième fois, ces conclusions ne peuvent être que rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'annulation des indus d'APL :

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

4. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci en a eu connaissance. Dans cette hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. S'agissant des titres exécutoires, sauf circonstances particulières dont se prévaudrait son destinataire, le délai raisonnable ne saurait excéder un an à compter de la date à laquelle le titre, ou à défaut, le premier acte procédant de ce titre ou un acte de poursuite a été notifié au débiteur ou porté à sa connaissance.

5. La règle énoncée ci-dessus, qui a pour seul objet de borner dans le temps les conséquences de la sanction attachée au défaut de mention des voies et délais de recours, ne porte pas atteinte à la substance du droit au recours, mais tend seulement à éviter que son exercice, au-delà d'un délai raisonnable, ne mette en péril la stabilité des situations juridiques et la bonne administration de la justice, en exposant les défendeurs potentiels à des recours excessivement tardifs. Il appartient, dès lors, au juge administratif d'en faire application au litige dont il est saisi, quelle que soit la date des faits qui lui ont donné naissance.

6. Mme B demande l'annulation de l'indu d'APL mis à sa charge. Il résulte de l'instruction que cet indu résulte d'une décision de la CAF de la Seine-Maritime du 13 septembre 2017. Tout d'abord, il n'est pas réellement contesté que cette décision, qui mentionnait les voies et délais de recours, a été notifiée le 15 septembre 2017. Ensuite, il résulte de l'instruction que Mme B, qui est en mesure de joindre cette décision à son recours, d'une part, a, par l'intermédiaire de son avocat, adressé un courrier de demande de justification de la fraude reprochée à la CAF de la Seine-Maritime le 31 juillet 2018. D'autre part, il n'est pas argué que le courrier de réponse du 1er octobre 2018 adressé par la CAF à l'avocate de Mme B, et qui contenait copie des décisions du 13 septembre 2017, n'aurait pas été reçu par celle-ci ou reçu dans des délais anormalement longs.

7. Il est constant que Mme B n'a exercé aucun recours juridictionnel à l'encontre des décisions du 13 septembre 2017 antérieurement au 26 octobre 2020, soit postérieurement à un délai d'un an qui a suivi la réception du courrier du 1er octobre 2018. Par suite, Mme B est irrecevable à demander l'annulation des indus litigieux.

Sur les conclusions indemnitaires :

8. L'expiration du délai permettant d'introduire un recours en annulation contre une décision expresse dont l'objet est purement pécuniaire fait obstacle à ce que soient présentées des conclusions indemnitaires ayant la même portée.

9. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 que la décision du 13 septembre 2017, qui a un objet exclusivement pécuniaire, était devenue définitive. Par suite, les conclusions présentées par Mme B tendant à la condamnation de la CAF de la Seine-Maritime à l'indemniser du préjudice résultant de la restitution des sommes qui lui ont été réclamées ne sont pas recevables.

Sur les conclusions relatives à la remise gracieuse :

10. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que le bénéficiaire de l'APL ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

11. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu d'APL, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, dans le cas où l'allocataire aurait pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

12. En premier lieu, une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu présentée par un bénéficiaire de l'APL ne trouve pas sa base légale dans la décision de récupération de cet indu et n'est pas davantage prise pour son application, de sorte que le bénéficiaire qui conteste un refus de remise gracieuse ne peut utilement exciper, à l'appui de sa demande d'annulation de ce refus, de l'illégalité de la décision de récupération. Dans ces conditions, les moyens par lesquels Mme B conteste la procédure ayant conduit à l'édiction des décisions de récupération des indus et le bienfondé de ces indus sont inopérants. En conséquence, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 114-19 et L. 114-21 du code de la sécurité sociale, de l'absence de nomination d'un agent de contrôle assermenté et disposant d'un agrément et de l'absence de matérialité des indus doivent être écartés.

13. En second lieu, il résulte de l'instruction que l'indu d'APL en litige a pour origine le fait que Mme B a omis de déclarer sa situation maritale de même que l'intégralité de ses revenus, à savoir, salaires, indemnités de chômage journalières ainsi que dépôts d'espèces et de chèques. La requérante ne pouvait légitimement ignorer qu'elle était tenue de déclarer, à la fois, sa situation familiale et sa situation professionnelle et financière dans la mesure, d'une part, où elle est allocataire depuis 2013 et, d'autre part, qu'il ressort d'un rapport de contrôle de 2013 que des faits identiques avaient déjà été constatés et reprochés à Mme B. Dès lors, la requérante, en se déclarant comme étant isolée tout en déclarant ne percevoir aucune ressource sur les années 2014, 2015 et 2016, doit être regardée comme ayant eu l'intention de dissimuler la réalité de sa situation. Ainsi, en raison du caractère frauduleux de ces omissions, la bonne foi de Mme B ne peut être retenue. Par suite, Mme B n'est pas fondée à solliciter la remise gracieuse de ses dettes.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à la SELARL DBKM Avocats et à la caisse d'allocations familiales de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

T. C

Le greffier,

Signé

N. BOULAY

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N. BOULAY

N°2102338

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