jeudi 29 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2102572 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique 3 |
| Avocat requérant | BERRADIA NEJLA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 juillet 2021, M. A B, représenté par Me Nejla Berradia, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a rejeté son recours administratif contre la décision du 11 janvier 2021 refusant de lui octroyer une allocation d'adolescent autonome ;
2°) de mettre à la charge du département de la Seine-Maritime la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 à verser directement à Me Berradia, à condition que cette dernière renonce à l'aide juridictionnelle.
M. B soutient que la décision du président du conseil départemental de la Seine-Maritime :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2021, le département de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme C comme juge statuant seule dans les matières prévues par l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision du 7 juin 2021 prononçant l'admission de M. B à l'aide juridictionnelle totale ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport a été présenté au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance (ASE) à la suite d'une décision du juge des enfants du 7 décembre 2018. Il a bénéficié du 26 juillet 2020 au 25 août 2020 d'un accompagnement provisoire jeune majeur. Il a bénéficié de l'octroi d'une " allocation adolescent autonome " du 1er septembre 2020 au 30 novembre 2020. Le 26 novembre 2020, M. B a sollicité un renouvellement de cette allocation. Par une décision du 11 janvier 2021 le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a refusé de lui octroyer cette allocation. Le 18 janvier 2021, M. B a formulé un recours administratif contre cette décision. Par une décision du 5 février 2021, le président du conseil départemental de la Seine-Maritime a rejeté le recours administratif. M. B doit être regardée comme contestant cette dernière décision, la décision implicite de rejet de son recours gracieux visée dans ses écritures n'existant pas.
2. Aux termes de l'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". Aux termes du septième alinéa de l'article L. 222-5 du même code : " Peuvent être également pris en charge à titre temporaire par le service chargé de l'aide sociale à l'enfance les mineurs émancipés et les majeurs âgés de moins de vingt et un ans qui éprouvent des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisants ".
3. Sous réserve de l'hypothèse dans laquelle un accompagnement doit être proposé au jeune pour lui permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée, le président du conseil départemental dispose d'un large pouvoir d'appréciation pour accorder ou maintenir la prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un jeune majeur de moins de vingt et un ans éprouvant des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisants et peut à ce titre, notamment, prendre en considération les perspectives d'insertion qu'ouvre une prise en charge par ce service.
4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant une prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner la situation de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler, s'il y a lieu, cette décision en accueillant lui-même la demande de l'intéressé s'il apparaît, à la date à laquelle il statue, eu égard à la marge d'appréciation dont dispose le président du conseil départemental dans leur mise en œuvre, qu'un défaut de prise en charge conduirait à une méconnaissance des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives à la protection de l'enfance et en renvoyant l'intéressé devant l'administration afin qu'elle précise les modalités de cette prise en charge sur la base des motifs de son jugement.
5. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que M. B ne peut utilement soutenir, à l'appui de sa requête, que la décision rejetant sa demande de prise en charge serait insuffisamment motivée.
6. En second lieu, aux termes de la fiche 2.3 du règlement départemental d'aide sociale de la Seine-Maritime adopté par délibération n°1.5 du 10 décembre 2020 : " l'allocation autonomie est accessible aux jeunes réunissant les conditions suivantes : /- Être un mineur émancipé, un majeur âgé de moins de vingt et un ans ou un mineur hébergé en structure hôtelière ou chez un tiers accueillant bénévole. / - Avoir été confié à l'ASE de Seine-Maritime, et accompagné dans un lieu d'accueil habilité sur le territoire de Seine-Maritime. / - Faire la demande dans la continuité du placement. / - Être confronté à des difficultés d'insertion sociales faute de ressources ou d'un soutien familial insuffisant ".
7. M. B fait valoir qu'il a un comportement exemplaire, qu'il est économe, et qu'il a besoin de l'allocation pour faire face à la rupture de son contrat d'apprentissage. Toutefois, d'une part, il ne résulte pas de l'instruction que l'intéressé, qui n'en apporte pas la moindre preuve, aurait subi une rupture de contrat. D'autre part, le département fait valoir, sans être contesté, que M. B s'était déjà construit une épargne de 2 783,82 euros en mai 2020, qu'il a un salaire moyen d'environ 750 euros, que son loyer est de 350 euros, que son assurance est de 7,20 euros, que sa consommation d'énergie est de 50 euros et que son forfait alimentaire et hygiène peut être évalué à 200 euros. Par suite, et dès lors que le requérant dispose d'un reste à vivre d'environ 150 euros par mois et qu'il ne démontre pas être confronté à des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisant, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées de même que, par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Nejla Berradia et au département de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.
La magistrate désignée,
A. CLe greffier,
J.-L. MICHEL
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
N°2102572
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01/06/2026
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