mardi 6 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2102698 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | MESNILDREY LEPRETRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 juillet 2021 et le 28 juin 2022, la société Camping Le Clos Saint-Nicolas, représentée par Me Mesnildrey, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler les factures d'assainissement valant titres exécutoires émises par la communauté de communes Intercom Bernay Terres de Normandie pour le règlement de la redevance d'assainissement collectif au titre des années 2018, 2019 et 2020, et de la décharger de l'obligation de payer les sommes mises à sa charge ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner la communauté de communes Intercom Bernay Terres de Normandie à lui verser la somme de 10 005 euros en réparation des préjudices subis du fait de la facturation de volumes d'eau non assainis ;
3°) de mettre à la charge de la communauté de communes Intercom Bernay Terres de Normandie une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les sommes facturées concernent des volumes d'eau consommés qui ne sont pas rejetés dans le réseau d'assainissement, ce qui lui cause un préjudice financier important ;
- si la communauté de communes l'a invitée à se rapprocher du syndicat d'eau pour la pose d'un branchement spécifique, cette proposition va au-delà des prescriptions posées par l'article R. 2224-19-2 du code général des collectivités territoriales ; la communauté de communes refuse d'effectuer les travaux de pose d'un branchement spécifique, cette attitude constitue un abus de position dominante et une vente forcée de nature à engager sa responsabilité ;
- la communauté de communes Intercom Bernay Terres de Normandie devra être condamnée à lui rembourser la somme de 10 005 euros, correspondant à la facturation des volumes d'eau non assainis.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 novembre 2021 et le 13 juillet 2022, la communauté de communes Intercom Bernay Terres de Normandie conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est présentée devant une juridiction incompétente pour en connaître ; relèvent ainsi de la compétence du juge judiciaire les litiges relatifs à la facturation et au recouvrement de la redevance due au titre d'un service public industriel et commercial par les usagers ; en outre, si le camping tente de rattacher sa demande à la compétence de la juridiction administrative, la collectivité n'a pas manqué à ses obligations en ce qui concerne les travaux de raccordement au réseau des eaux usées ;
- ces conclusions sont tardives, dès lors que la société ne disposait que d'un délai de deux mois pour contester les titres exécutoires ;
- les autres moyens soulevés par la société Camping Le Clos Saint-Nicolas ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- l'arrêté préfectoral n° DCL/BCLI/2021-31 du 30 juin 2021 portant modification des statuts de la communauté de communes Intercom Bernay Terres de Normandie ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. La communauté de communes Intercom Bernay Terres de Normandie a émis à l'encontre de la société Camping Le Clos Saint-Nicolas des factures valant titres exécutoires au titre des années 2018, 2019 et 2020 pour le règlement de la distribution d'eau potable et de l'assainissement collectif. Par lettre du 27 août 2020, la société Camping Le Clos Saint-Nicolas a contesté le montant de ces factures. Le 6 novembre 2020, le président de la communauté de communes a rejeté ce recours gracieux. A la suite du paiement partiel des factures, la société Camping Le Clos Saint-Nicolas doit être regardée, par la présente requête, comme demandant, d'une part, l'annulation des titres exécutoires émis pour le règlement de la redevance d'assainissement collectif au titre des années 2018, 2019 et 2020, et la décharge de l'obligation de payer les sommes mises à sa charge et, d'autre part, la condamnation de la communauté de communes Intercom Bernay Terres de Normandie à lui verser la somme de 10 005 euros du fait de la facturation des volumes d'eau non assainis.
Sur le cadre du litige :
2. Eu égard aux rapports de droit privé nés du contrat qui lie le service public industriel et commercial de l'assainissement à ses usagers, les litiges relatifs aux rapports entre ce service et ses usagers relèvent de la compétence de la juridiction judiciaire. Ainsi, il n'appartient qu'à la juridiction judiciaire de connaître des litiges relatifs à la facturation et au recouvrement de la redevance due par les usagers, aux dommages causés à ces derniers à l'occasion de la fourniture du service, peu important que la cause des dommages réside dans un vice de conception, l'exécution de travaux publics ou l'entretien d'ouvrages publics, ou encore un refus d'autorisation de raccordement au réseau public. En revanche, un litige né du refus de réaliser ou de financer des travaux de raccordement au réseau public de collecte, lesquels présentent le caractère de travaux publics, relève de la compétence de la juridiction administrative.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 2224-11 du code général des collectivités territoriales : " Les services publics () d'assainissement sont financièrement gérés comme des services publics à caractère industriel et commercial ".
4. Les conclusions de la société Camping Le Clos Saint-Nicolas tendant à l'annulation des titres exécutoires émis par la communauté de communes Intercom Bernay Terres de Normandie pour le recouvrement de la redevance d'assainissement collectif, service public industriel et commercial, et à la décharge des sommes mises à sa charge, relèvent de la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions formulées par la société Camping Le Clos Saint-Nicolas tendant à l'annulation des factures valant titres exécutoires pour le règlement de la redevance d'assainissement collectif au titre des années 2018, 2019 et 2020, et à la décharge de l'obligation de payer les sommes mises à sa charge doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Sur les conclusions indemnitaires :
6. Aux termes de l'article R. 2224-19-2 du code général des collectivités territoriales : " La redevance d'assainissement collectif comprend une partie variable et, le cas échéant, une partie fixe. / La partie variable est déterminée en fonction du volume d'eau prélevé par l'usager sur le réseau public de distribution ou sur toute autre source, dont l'usage génère le rejet d'une eau usée collectée par le service d'assainissement. Ce volume est calculé dans les conditions définies aux articles R. 2224-19-3 et R. 2224-19-4. / La partie fixe est calculée pour couvrir tout ou partie des charges fixes du service d'assainissement. / Les volumes d'eau utilisés pour l'irrigation et l'arrosage des jardins, ou pour tout autre usage ne générant pas une eau usée pouvant être rejetée dans le système d'assainissement, dès lors qu'ils proviennent de branchements spécifiques, n'entrent pas en compte dans le calcul de la redevance d'assainissement. "
7. La société requérante affirme qu'elle entend engager la responsabilité de la collectivité au motif qu'elle refuse d'effectuer des travaux de raccordement. Toutefois, il résulte de l'instruction que sa contestation se rapporte au refus de la communauté de communes Intercom Bernay Terres de Normandie de prendre en charge la pose d'un compteur spécifique requise si l'usager souhaite voir sa consommation d'eau dont l'usage ne génère pas d'eau usée pouvant être rejetée dans le système d'assainissement déduite de la redevance d'assainissement due en application de l'article R. 2224-19-2 du code général des collectivités territoriales. Alors que ces travaux ne constituent pas un raccordement au réseau public de distribution ou de collecte des eaux et ne présentent dès lors pas le caractère de travaux publics, le litige dont la société Camping Le Clos Saint-Nicolas se prévaut relève de relations de droit privé entre un service public industriel et commercial et ses usagers. Par suite, les conclusions indemnitaires de la société requérante ne relèvent pas de la compétence du juge administratif.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions formulées par la société Camping Le Clos Saint-Nicolas tendant à la condamnation de la communauté de communes Intercom Bernay Terres de Normandie doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté de communes Intercom Bernay Terres de Normandie, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Camping Le Clos Saint-Nicolas demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En outre, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société requérante une somme à verser à la communauté de communes Intercom Bernay Terres de Normandie à ce même titre.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête de la société Camping Le Clos Saint-Nicolas sont rejetées comme étant portées devant une juridiction incompétente.
Article 2 : Les conclusions de la communauté de communes Intercom Bernay Terres de Normandie formulées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Camping Le Clos Saint-Nicolas et à la communauté de communes Intercom Bernay Terres de Normandie.
Délibéré après l'audience du 15 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Boyer, présidente,
- M. Guiral, conseiller,
- Mme Boucetta, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.
La rapporteure,
H. A
La présidente,
C. BOYER Le greffier,
J.-L. MICHEL
La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606980
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme B..., ressortissante camerounaise, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Norvège, responsable de sa demande d'asile en vertu du règlement (UE) n° 604/2013. Le tribunal a jugé que la décision de transfert était suffisamment motivée, le préfet ayant visé le règlement et indiqué que Mme B... détenait un visa norvégien périmé depuis moins de six mois. Il a également estimé que le préfet avait procédé à un examen particulier de sa situation, incluant sa vulnérabilité, et que les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation n'étaient pas fondés. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606981
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. C..., un ressortissant libyen, qui contestait le refus de l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil pour demandeur d'asile. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, jugeant la décision suffisamment fondée en droit et en fait. Il a également estimé que l'OFII n'avait pas commis d'erreur de droit en refusant l'accueil au seul motif que M. C... avait présenté une demande de réexamen, et que le requérant n'avait pas démontré que sa vulnérabilité ou la dignité humaine avaient été méconnues. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 551-15, et la directive 2013/33/UE.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606983
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme A..., ressortissante burkinabée, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Belgique pour l'examen de sa demande d'asile. Le tribunal a jugé que la décision de transfert était suffisamment motivée, en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et a écarté les moyens tirés de la méconnaissance des articles 4, 5, 21 et 3 du règlement (UE) n°604/2013. La solution retenue confirme la légalité de la procédure de détermination de l'État responsable, fondée sur le visa délivré par les autorités belges.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606985
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. E..., ressortissant érythréen, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Suisse, pays responsable de l'examen de sa demande d'asile en application du règlement (UE) n° 604/2013. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire, le défaut de motivation, la violation des droits à l'information et à l'entretien individuel, ainsi que l'existence de défaillances systémiques en Suisse. Il a jugé que la décision était suffisamment motivée et que la situation personnelle de l'intéressé ne justifiait pas l'application de la clause discrétionnaire de l'article 17 du règlement. En conséquence, la demande d'annulation et les conclusions accessoires ont été rejetées.
01/06/2026