mardi 28 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2102997 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | BARRABE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 juillet 2021, et des mémoires, enregistrés les 21 octobre et 25 novembre 2022, l'Etablissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) Noury, représenté par Me Boyer, demande au tribunal :
1°) de condamner in solidum la société Missenard-Quint, la société Bureau 112, la société IPH Ingénierie et la société Engie Energie Services à lui verser la somme de 19 200 euros TTC au titre des travaux de reprise des désordres affectant le système de chauffage de l'établissement ;
2°) de condamner in solidum la société Missenard-Quint, la société Bureau 112, la société IPH et la société Engie à lui verser la somme de 20 768,78 euros TTC au titre du préjudice subi du fait des conséquences de ces désordres ;
3°) de condamner in solidum la société Missenard-Quint, la société Bureau 112, la société IPH et la société Engie à lui verser la somme de 5 000 euros au titre des troubles de jouissance ;
4°) de condamner in solidum la société Missenard-Quint, la société Bureau 112, la société IPH et la société Engie à lui verser la somme de 24 712,93 euros au titre des frais d'expertise ;
5°) de mettre à la charge in solidum de la société Missenard-Quint, de la société Bureau 112, de la société IPH et de la société Engie la somme de 10 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les désordres sont de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination ;
- ils trouvent leur cause dans un défaut lié au phasage et à la conception des travaux, ainsi que dans la maintenance de l'installation et sont, dès lors, imputables tant à la société Missenard-Quint et à la maîtrise d'œuvre en raison d'une violation des règles de l'art relativement à la mise en service de l'installation de chauffage, qu'à la société Engie qui était chargée de l'entretien de cet équipement ;
- la responsabilité décennale de la société Missenard-Quint, de la société IPH et de la société Bureau 112 est donc engagée ;
- bien qu'elle ait émis des réserves, la société Engie, qui n'a pas pris toutes les dispositions nécessaires pour préserver les installations, a laissé s'aggraver les désordres, de telle sorte que sa responsabilité contractuelle est engagée ;
- les interventions de ces sociétés ont toutes concouru aux dysfonctionnements de l'installation de chauffage ;
- le coût des travaux de reprise s'élève à la somme de 19 200 euros TTC ;
- le préjudice au titre des frais engagés consécutivement aux désordres s'élève à la somme de 20 768,78 euros TTC ;
- il sollicite la somme de 5 000 euros en réparation des troubles de jouissance ;
- les dépens de l'instance ont été liquidés à la somme de 24 712,93 euros TTC.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 novembre 2021 et le 8 novembre 2022, la société Engie, représentée par Me Prud'homme, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et des demandes formées par les autres parties à son encontre et, à titre subsidiaire, à ce que sa responsabilité soit limitée à hauteur de 5 % du montant des préjudices, soit 2 509,83 euros HT, et à ce qu'elle soit garantie par la société Missenard-Quint, la société IPH et la société Bureau 112 de toutes les condamnations prononcées à son encontre.
Elle soutient que :
- la société Missenard-Quint a commis des fautes en installant des chaudières en fonte d'acier sans procéder au traitement de l'eau ni même installer un pot à boues adapté ; les désordres sont également imputables au maître d'œuvre ;
- son contrat de maintenance ne prévoit pas le traitement de l'eau du réseau de chauffage de sorte qu'elle n'a commis aucune faute ;
- elle a alerté, avant même la passation de la maintenance, la société Missenard-Quint sur la nécessité de poser un pot à boues et de réaliser un conditionnement approprié du réseau de chauffage ; elle a donc émis des réserves qui n'ont pas été levées par les constructeurs, en particulier la société Missenard-Quint ;
- elle a en outre fait procéder au détartrage des canalisations et a informé le maître d'ouvrage de la nécessité de réaliser un désembouage de l'installation de telle sorte qu'un défaut de conseil ne saurait lui être reproché ;
- en ce qui concerne les travaux de réparation, la somme de 4 895,89 euros HT correspondant à la nouvelle réparation de la chaudière n° 1, ne devrait en aucune manière pouvoir lui être imputée, même partiellement ; le désembouage, le rinçage et le traitement de l'eau étaient dus par les constructeurs lors de la mise en service des installations ; elle n'est concernée que par la remise en état de la chaudière n° 2, soit la somme de 2 509,83 euros HT ;
- la mise en place du nouveau filtre magnétique doit être supporté exclusivement par les constructeurs ; quant à l'injection de coroxyl, la responsabilité incombe à la société Allux ; elle n'est donc concernée que très marginalement par la somme de 12 049 euros HT au titre de la remise en état de la chaudière n° 1, du rinçage et de l'évacuation des boues de la chaudière n° 2 ;
- l'Ehpad Noury n'a pas qualité pour agir au nom des résidents qui se sont plaints d'un manque de chauffage de sorte que le préjudice de jouissance ne peut être indemnisé ;
- dès lors qu'elle n'a pas concouru à l'apparition des désordres, elle ne peut être condamnée solidairement avec les constructeurs ;
- sa responsabilité ne peut être recherchée qu'à hauteur de 5 % ;
- elle demande à être garantie par les constructeurs.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 octobre 2022, la société Missenard-Quint, représentée par Me Roth, conclut, à titre principal, au rejet de toutes les demandes formées à son encontre, à titre subsidiaire, à la condamnation in solidum de la société Bureau 112, de la société IPH et de la société Engie à la garantir à hauteur de 90 % de l'ensemble des condamnations et, en tout état de cause, à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de toute partie perdante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle doit être mise hors de cause dès lors, d'une part, qu'il est impossible que le corps de chauffe installé en 2014 ait été endommagé par une mauvaise qualité de l'eau du réseau de chauffage et, d'autre part, qu'elle n'assurait plus l'entretien et la maintenance de l'installation lorsque les désordres sont apparus ;
- elle sollicite la condamnation in solidum des quatre entreprises intervenues sur l'installation à hauteur de 90 % de l'ensemble de ses condamnations.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 octobre 2022, la société IPH, représentée par Me Barrabé, conclut à ce que sa condamnation soit limitée à la somme de 4 800 euros au titre des travaux de reprise et à la somme de 6 178,23 euros au titre des frais d'expertise, à ce que toutes les autres demandes de l'Ehpad Noury soient rejetées, à ce que, subsidiairement, la société Missenard-Quint, la société Engie et la société Bureau 112 la garantissent de toutes les condamnations qui seraient prononcées à son encontre au-delà de 25 % de part de responsabilité et à ce que les autres demandes formées à son encontre soient toutes rejetées.
Elle soutient que :
- l'expert a retenu la responsabilité prépondérante de la société Missenard-Quint;
- la responsabilité peut être partagée à concurrence des pourcentages proposés par l'expert de telle sorte que la condamnation qui serait prononcée à son encontre doit être fixée à 4 800 euros au titre des travaux de reprise et à 6 178,23 euros au titre des frais d'expertise ;
- elle doit être garantie par la société Missenard-Quint, la société Engie et la société Bureau 112 de toutes les condamnations qui seraient prononcées à son encontre au-delà de 25 % de part de responsabilité, sur le fondement des articles 1382 et 1147 du code civil ;
- les dépenses relatives aux frais engagés par le maître d'ouvrage, qui sont dus à l'inaction dans l'entretien et la maintenance des installations, ne doivent pas être supportées par les constructeurs ;
- l'Ehpad Noury n'établit pas l'existence des troubles de jouissance.
Par des mémoire en défense, enregistrés le 21 octobre 2021 et les 25 novembre et 28 décembre 2022, la société Bureau 112, représentée par Me Lemiegre, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et de toutes les demandes formées à son encontre, à titre subsidiaire, à ce que sa condamnation soit limitée à 5 % des condamnations qui seraient prononcées à son encontre et à ce que la société Missenard-Quint, la société IPH et la société Engie la garantissent de la totalité des condamnations ou, à défaut, à hauteur de 95 %, et, en tout état de cause, à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'Ehpad Noury ou de toute partie perdante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle n'avait pas à intervenir sur les échanges techniques entre l'entreprise de travaux et son bureau d'étude, l'expert judiciaire lui reprochant ainsi de n'avoir pas approfondi des éléments techniques qui relevaient de la seule compétence de la société IPH qui était présente au moment de la direction des travaux et de la réception ;
- sa responsabilité doit être limitée à 5 % des condamnations qui seront prononcées ;
- le maître d'ouvrage ne justifie pas les troubles de jouissance qu'il allègue ;
- elle demande la condamnation in solidum des codéfendeurs à la garantir de la totalité des condamnations qui seraient prononcées à son encontre, ou, à défaut, à hauteur de 95 %.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur les appels en garantie présentées et dirigées contre la société Engie, dès lors que cette dernière, qui est liée par un contrat de prestations de service de maintenance avec l'Ehpad Noury, ne peut être qualifiée de participant à l'exécution de travaux publics.
Vu :
- l'ordonnance du 16 avril 2021 du président du tribunal administratif de Rouen par laquelle les frais et honoraires d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 24 712,93 euros TTC, ont été mis provisoirement à la charge de l'Ehpad Noury ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de Mme B,
- et les observations de Me Languil substituant Me Boyer, représentant l'Ehpad Noury, et de Me Barrabé, représentant la société IPH.
Considérant ce qui suit :
1. L'Ehpad Noury a engagé en 2009 une opération de restructuration et d'extension de la résidence " Noury " située sur le territoire de la commune de La Feuillie. Cette opération comprenait notamment la réfection des installations de production de chauffage et d'eau chaude sanitaire, et plus particulièrement la mise en place de deux chaudières à gaz. La maîtrise d'œuvre des travaux a été confiée à un groupement solidaire, composée de la société Bureau 112, mandataire, et de la société IPH en qualité de bureau d'études thermiques. La société Missenard-Quint, cotraitant d'un groupement d'entreprises, était chargée de l'exécution du lot n° 7 " chauffage - plomberie - ventilation ". Les travaux du lot ont été réceptionnés le 27 novembre 2012. La seconde chaudière n'a été mise en service qu'en octobre 2014. L'Ehpad Noury a confié à la société Missenard-Quint, à compter du 1er novembre 2012 et pour une durée d'un an, l'entretien courant et le dépannage des installations de chauffage, notamment des chaudières à gaz de la résidence. Par un contrat conclu le 1er janvier 2013, la société Engie a été chargée de l'entretien des installations de chauffage, de production d'eau chaude sanitaire et de traitement d'eau. Ce marché a été résilié par l'Ehpad Noury à compter du 30 avril 2015. Le système de chauffage a présenté, au cours de l'année 2015, divers désordres, en particulier une perte d'eau chaude, des micro-fuites et un encrassement des canalisations. Par une ordonnance du 7 novembre 2017, le juge des référés du tribunal administratif de Rouen, saisi par l'Ehpad Noury, a ordonné une expertise, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, relativement aux désordres affectant le système de chauffage de l'établissement. L'expert a remis son rapport le 17 février 2021. L'Ehpad Noury demande, par la requête susvisée, la condamnation in solidum de la société Missenard-Quint, de la société Bureau 112, de la société IPH et de la société Engie à lui verser la somme totale de 44 968,78 euros TTC au titre des désordres affectant le système de chauffage de la résidence.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
2. Les litiges nés de l'exécution d'un marché de travaux publics et opposant des participants à l'exécution de ces travaux, sur le fondement de la responsabilité quasi-délictuelle, relèvent de la compétence de la juridiction administrative, sauf si les parties en cause sont unies par un contrat de droit privé.
3. Il résulte de l'instruction que la société Engie, qui n'est pas contractuellement liée aux sociétés Missenard-Quint, IPH et Bureau 112, a conclu un marché de prestations de service avec l'Ehpad Noury portant sur la maintenance de l'installation de production de chauffage et d'eau chaude sanitaire. Ce contrat administratif n'a pas pour effet de lui conférer la qualité de participant à l'exécution de travaux publics. Par suite, il appartient aux juridictions de l'ordre judiciaire de connaître de l'appel en garantie de la société Engie et des appels en garantie formés par les sociétés Missenard-Quint, IPH et Bureau 112 à l'encontre de la société Engie.
Sur la responsabilité décennale des constructeurs :
4. Il résulte des principes qui régissent la responsabilité décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables. Un constructeur ne peut échapper à sa responsabilité conjointe et solidaire avec les autres entreprises co-contractantes, au motif qu'il n'a pas réellement participé aux travaux révélant un tel manquement, que si une convention, à laquelle le maître de l'ouvrage est partie, fixe la part qui lui revient dans l'exécution des travaux.
5. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que les désordres du système de chauffage de la résidence, qui se manifestent notamment par une formation de boues et une corrosion des canalisations, ainsi qu'un percement du corps de chauffe de la chaudière, trouvent leur origine dans le phasage et la conception des installations de chauffage.
6. D'une part, il ne résulte pas de l'instruction que les différents dommages relevés par l'expert proviendraient d'une cause étrangère aux prestations incombant à la société Missenard-Quint, qui était chargée de l'exécution du lot n° 7 " chauffage - plomberie - ventilation " et qui a donc installé les deux chaudières à gaz. La responsabilité décennale de la société Missenard-Quint est, dès lors, engagée relativement à ces désordres.
7. D'autre part, alors que le cahier des clauses techniques particulières prévoyait l'installation des chaudières à condensation en acier, il résulte de l'instruction que la société Missenard-Quint a installé deux chaudières en fonte d'aluminium et que ces installations impliquaient la mise en œuvre d'un pot à boues et un traitement de l'eau après un conditionnement du réseau d'eau. L'expert a relevé que les chaudières n'avaient pas été raccordées à l'ancien réseau hydraulique conformément aux règles de l'art. La société IPH et la société Bureau 112 étaient membres d'un groupement solidaire de maîtrise d'œuvre et avaient, notamment, en charge les missions EXE et DET. Les désordres constatés sont en lien avec les missions de ce groupement de maîtrise d'œuvre, en particulier la conception des installations de chauffage et la direction technique des travaux. Il ne résulte pas de l'instruction qu'une convention fixant la part de chaque membre de ce groupement dans l'exécution des travaux ait été conclue. Le tableau de répartition des honoraires entre les membres du groupement, annexé à l'acte d'engagement, qui prévoit au demeurant des honoraires pour chacun d'eux au titre de ces missions, ne saurait être assimilé à une telle convention. Il suit de là que la responsabilité décennale de plein droit de la société IPH et de la société Bureau 112 est engagée.
8. Il résulte de tout ce qui précède que l'Ehpad Noury est fondé à rechercher la responsabilité décennale de la société Missenard, de la société IPH et de la société Bureau 112 et à demander leur condamnation in solidum dès lors que les différentes interventions de ces constructeurs ont toutes concouru aux mêmes dommages.
Sur la responsabilité contractuelle de la société Engie :
9. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que les désordres sont imputables au phasage des travaux et à une installation inadaptée des chaudières qui ont été raccordées au réseau hydraulique sans que les précautions d'usage aient été prises et qui ont été mises en service en méconnaissance des règles de l'art en ce qui concerne l'eau de remplissage en l'absence de traitement préalable du réseau de chauffage.
10. L'expert relève que la société Engie n'a pas sensibilisé le maître d'ouvrage sur le désembouage des installations et l'injection de produits additifs ni n'a pas pris les dispositions efficaces, ce qui a aggravé le dysfonctionnement des chaudières.
11. D'une part, il résulte de l'instruction que, le 27 septembre 2013, la société Engie a signalé à la société Missenard-Quint, avant même la passation de la maintenance des chaudières, que l'installation d'un désemboueur était indispensable, tout comme un conditionnement approprié du réseau de chauffage, en particulier pour les chaudières en fonte d'aluminium, afin d'éviter à terme un percement du corps de chauffe. Par un courriel du 23 juillet 2014, le maître d'ouvrage a également été informé par la société Engie de l'absence de pot de boues sur l'installation et de la nécessité de procéder sans tarder à un conditionnement du réseau. La société Engie a averti, le 31 octobre 2014, l'Ehpad Noury que le désemboueur, qu'avait fini par installer la société Missenard-Quint, était, outre un mauvais positionnement, inadapté dès lors qu'il n'était pas muni d'un barreau magnétique permettant de capter les ions ferreux et lui a rappelé de nouveau les risques susceptibles d'être causés par un conditionnement inadapté du réseau de chauffage. Le 20 novembre 2014, la société Engie a d'ailleurs proposé à l'Ehpad Noury, pour protéger les installations sanitaires, de faire réaliser par son prestataire le désembouage des canalisations et le conditionnement du réseau d'eau. Dans ces conditions, la société Engie, qui doit être regardée comme ayant suffisamment attiré l'attention du maître d'ouvrage sur les travaux nécessaires pour assurer la pérennité des installations de chauffage, n'a pas méconnu ses obligations contractuelles.
12. D'autre part, si l'expert reproche à la société Engie de n'avoir pas pris les dispositions efficaces pour éviter l'aggravation des dommages, il ne précise pas cependant les prestations prévues au contrat de maintenance qui n'auraient pas été exécutées par cette entreprise. Il est d'ailleurs constant que la société Engie a fait procéder à un détartrage des canalisations, alors même que cette prestation ne lui incombait pas en vertu de son contrat de maintenance. Si l'Ehpad Noury fait valoir que la société Engie était tenue de procéder à une chasse d'eau rapide pour évacuer les boues, de contrôler le pH du circuit de chauffage et de nettoyer les filtres, il ne résulte pas de l'instruction que la cause des dommages constatés par l'expert serait liée à ces prestations, dont il n'est au demeurant pas établi qu'elles n'auraient pas été réalisées par cette entreprise. Il ne résulte pas davantage du contrat de maintenance qui n'inclut que les prestations de type " P2 " relatives à la maintenance et au petit entretien, que l'installation d'un pot de boues et le conditionnement du réseau étaient contractuellement à la charge de cette entreprise. Il suit de là que la société Engie n'a pas commis de faute dans l'exécution des obligations de son contrat de maintenance.
13. Il résulte de ce qui précède que l'Ehpad Noury n'est pas fondé à rechercher la responsabilité contractuelle de la société Engie au titre des désordres affectant le système de chauffage de la résidence.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les travaux de reprise :
14. Il résulte de l'instruction que les travaux de reprise consistent en un désembouage des canalisations, un nettoyage des réseaux et une injection de produits spécifiques compatibles avec les corps de chauffe des chaudières ainsi qu'une vérification de l'ensemble des purgeurs et, plus généralement, de l'étanchéité de l'installation. L'expert chiffre le coût de ces travaux à la somme non contestée de 19 200 euros TTC.
En ce qui concerne les frais engagés consécutivement aux désordres :
15. Au regard des factures produites par le maître d'ouvrage et après avoir déduit les interventions relatives à l'entretien courant des installations, l'expert a évalué à la somme de 20 768,78 euros TTC les frais supportés par l'établissement en rapport avec les désordres constatés. Ces dépenses, qui présentent ainsi un lien direct et certain avec les désordres, doivent donner lieu à une indemnisation au profit de l'Ehpad Noury.
En ce qui concerne le préjudice de jouissance :
16. Si l'Ehpad Noury sollicite la somme de 5 000 euros en réparation de troubles de jouissance, il ne résulte toutefois pas de l'instruction, et notamment des attestations de quelques résidents qui sont peu précises sur la nature des troubles causés et la période concernée, que cet établissement aurait été privé, fût-ce temporairement, d'eau chaude ou de chauffage du fait du dysfonctionnement de la seule chaudière principale. Cette demande indemnitaire ne peut donc qu'être rejetée.
17. Il résulte de tout ce qui précède que l'Ehpad Noury est fondé à demander la condamnation in solidum de la société IPH, de la société Bureau 112 et de la société Missenard-Quint à lui verser la somme totale de 39 968,78 euros TTC.
Sur les appels en garantie :
18. Le recours entre les constructeurs non contractuellement liés ne peut avoir qu'un fondement quasi-délictuel. Coauteurs obligés solidairement à la réparation d'un même dommage envers la victime, ces constructeurs ne sont tenus entre eux que chacun, pour sa part, déterminée à proportion du degré de gravité des fautes respectives qu'ils ont personnellement commises.
19. D'une part, si la société Missenard-Quint soutient qu'elle a procédé, au moment de la mise en service des chaudières, au nettoyage des réseaux, les procès-verbaux d'essais qu'elle produit qui ne mentionnent qu'une purge d'air ne permettent pas de corroborer ses allégations, l'expert ayant d'ailleurs relevé que la mise en service des chaudières n'avait pas été effectuée dans le respect des règles de l'art relativement au traitement de l'eau. La société Missenard, qui en outre a installé tardivement un pot de boues inadapté, a dès lors commis une faute.
20. D'autre part, la société IPH et la société Bureau 112 étaient chargées d'une mission de maîtrise d'œuvre complète et avaient notamment en charge la conception du système de chauffage ainsi que la direction technique des travaux. Ainsi, en s'abstenant de contrôler les travaux exécutés par la société Missenard-Quint en ce qui concerne l'eau de remplissage du réseau de chauffage, elles ont manqué à leurs obligations contractuelles.
21. Dans ces conditions, compte tenu de la gravité des fautes respectives commises par les constructeurs, il y a lieu de retenir un partage de responsabilité à hauteur de 70 % pour la société Missenard-Quint, de 25 % pour la société IPH et de 5 % pour la société Bureau 112.
22. Il résulte de tout ce qui précède que la société Missenard-Quint, la société IPH et la société Bureau 112 doivent mutuellement se garantir à hauteur, respectivement, de 70 %, de 25 % et de 5 % du montant de 39 968,78 euros TTC.
Sur les dépens :
23. Les frais et honoraires de l'expertise ont été taxés et liquidés à la somme de 24 712,93 euros TTC. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre définitivement ces frais et honoraires à la charge, d'une part, de la société Missenard-Quint à hauteur de 70 %, soit la somme de 17 299,05 euros, d'autre part, de la société IPH à hauteur de 25 %, soit la somme de 6 178,23 euros, et, enfin, de la société Bureau 112 à hauteur de 5 %, soit la somme de 1 235,65 euros.
Sur les frais liés au litige :
24. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge in solidum des sociétés Missenard, IPH et Bureau 112 le versement à l'Ehpad Noury de la somme globale de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, les conclusions présentées à ce titre par les sociétés Missenard-Quint, IPH, Engie et Bureau 112 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions d'appel en garantie présentées par la société Engie et les conclusions d'appels en garantie formées par les sociétés Missenard-Quint, IPH et Bureau 112 à l'encontre de la société Engie sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 2 : La société Missenard-Quint, la société IPH et la société Bureau 112 sont condamnées in solidum à verser à l'Ehpad Noury la somme de 39 968,78 euros TTC.
Article 3 : La société Missenard-Quint, la société IPH et la société Bureau 112 se garantiront mutuellement à hauteur, respectivement, de 70 %, de 25 % et de 5 % de la condamnation mentionnée à l'article 2 du présent jugement.
Article 4 : Les frais et honoraires d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 24 712,93 euros TTC, sont mis à la charge définitive de la société Missenard-Quint à hauteur de 17 299,05 euros TTC, de la société IPH à hauteur de 6 178,23 euros TTC et de la société Bureau 112 à hauteur de 1 235,65 euros TTC.
Article 5 : La société Missenard-Quint, la société IPH et la société Bureau 112 verseront in solidum à l'Ehpad Noury la somme globale de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à l'Etablissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Noury, à la société Missenard-Quint B, à la société IPH Ingénierie, à la société Bureau 112 et à la société Engie Energie Services.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Boyer, présidente,
- M. Guiral, conseiller,
- Mme Favre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.
Le rapporteur,
S. ALa présidente,
C. BOYER
Le greffier,
J.-L. MICHEL
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026