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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2103023

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2103023

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2103023
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantLALAIN CONSTANCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juillet 2021 et des mémoires complémentaires enregistrés les 6 juin et 23 août 2022 et le 3 octobre 2023, Mme B C, agissant en son nom personnel et en qualité de tuteur légal de son fils, A, représentée par Me Lalain, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme totale de 81 400 euros en réparation des préjudices résultant de la carence fautive de l'Etat dans la prise en charge adaptée des troubles du jeune A C, somme assortie des intérêts de droit à compter de sa demande indemnitaire préalable présentée le 7 mai 2021 ;

2°) de condamner l'Etat aux dépens ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des frais de l'instance.

Mme C soutient que :

- la responsabilité de l'Etat se trouve engagée, au regard de l'obligation de résultat lui incombant en vertu des articles L. 114-1 et L. 246-1 du code de l'action sociale et des familles, à raison de l'absence de prise en charge adaptée de A C conforme à l'orientation décidée par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH) depuis le 26 octobre 2020 ;

- A C n'a, en effet, jamais fait l'objet d'une prise en charge adaptée en unité localisée pour l'inclusion scolaire (ULIS), faute de places disponibles ;

- en outre, sa prise en charge au sein du Centre de Rééducation de l'Ouïe et de la Parole (CROP) Ronsard, est défaillante, en raison des problèmes structurels rencontrés par cet établissement ;

- faute d'avoir pu bénéficier d'une prise en charge pluridisciplinaire adaptée du 26 octobre 2020 au 31 août 2022, A C a subi un préjudice patrimonial s'élevant à 66 400 euros, sa mère assurant l'assistance par tierce personne ;

- l'absence de prise en charge adaptée lui a, en outre, causé un préjudice moral pouvant être évalué à 5 000 euros ;

- cette situation a également causé un préjudice moral à Mme C, au regard du sentiment d'impuissance ressenti face à l'absence de prise en charge de son fils, préjudice qu'il convient de fixer à 10 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 février 2022, l'Agence Régionale de Santé de Normandie, représentée par Me Hourmant, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que les prétentions indemnitaires soient ramenées à la somme de 3 500 euros, tous postes de préjudices confondus ;

3°) à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros au titre des frais de l'instance.

L'Agence Régionale de Santé de Normandie fait valoir que :

- la requête doit être rejetée en tant qu'elle est portée devant une juridiction incompétente ;

- en effet, les préjudices subis par Mme C et son fils trouvent leur origine dans l'absence de désignation d'établissement d'accueil par la CDAPH ;

- or, la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître de conclusions tendant à la réparation de préjudices résultant d'une décision de la CDAPH ;

- par ailleurs, les ULIS n'étant pas des établissements médico-sociaux et étant placées sous la tutelle du ministère de l'Education Nationale, la requête est mal dirigée ;

- faute d'indiquer les noms et domicile des parties, la requête est irrecevable ;

- à titre subsidiaire, la requête est mal fondée ;

- l'ARS ne disposait d'aucune compétence pour désigner un établissement d'accueil dans le cadre d'une décision d'orientation ; aucune faute ne saurait donc lui être reprochée ;

- la requérante ne justifie pas avoir accompli les diligences nécessaires aux fins que son fils soit scolarisé dans une ULIS ;

- le lien de causalité entre la carence alléguée et les dommages subis n'est pas démontré ;

- les prétentions indemnitaires de la requérante sont excessives.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 juillet 2023 et un mémoire complémentaire enregistré le 20 octobre 2023, la rectrice de l'académie de Normandie conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les conclusions indemnitaires formées par la requérante sont irrecevable, en l'absence de demande indemnitaire préalable présentée devant elle ;

- Mme C a refusé la proposition d'admission en ULIS pour l'année 2021-2022 ;

- elle n'entend pas contester la réalité de l'absence de prise en charge au titre de la période comprise entre le 26 octobre 2020 et le 6 juillet 2021 ;

- toutefois, le préjudice patrimonial dont la requérante demande indemnisation, qui n'est pas démontré, est, en tout état de cause, sans lien avec cette carence ;

- en outre, l'enfant a fait l'objet d'une prise en charge partielle au sein du CROP Ronsard ;

- l'indemnisation demandée au titre de l'assistance par tierce personne est donc, et en tout état de cause, excessive ;

- les prétentions indemnitaires de la requérante au titre des autres postes de préjudices sont également excessives.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Cazcarra, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Âgé de quatorze ans, A C souffre de dyslexie sévère, de troubles visio-spatiaux, de dyspraxie, de dysgraphie, de retard du langage et de la parole dus, notamment, à sa naissance prématurée. Par trois décisions en date du 26 octobre 2020, la Commission des Droits et de l'Autonomie des Personnes Handicapées (CDAPH) de la Seine-Maritime a attribué à Mme C une allocation d'éducation de l'enfant handicapé (AEEH) à raison d'une incapacité supérieure à 50% et inférieure à 80% pour la période du 26 octobre 2020 au 31 août 2023, orienté A C en service d'éducation spéciale et de soins à domicile (SESSAD), en accueil permanent, pour la période du 26 octobre 2020 au 31 mars 2023, le SESSAD Langage Hélène Keller a été désigné en ce sens, par la Commission, et, enfin, orienté l'enfant en unité localisée pour l'inclusion scolaire (ULIS) pour la période du 26 octobre 2020 au 31 août 2025. Cette orientation n'a pu être mise en œuvre. A C a cependant fait l'objet d'une prise en charge partielle au sein du Centre de Rééducation de l'Ouïe et de la Parole (CROP) Ronsard.

2. Par un courrier en date du 7 mai 2021, Mme C a adressé au ministre de la santé et des solidarités une demande d'indemnisation des préjudices résultant du défaut de prise en charge adaptée de son fils à compter du 26 octobre 2020. Le silence gardé sur cette demande, reçue le 10 mai 2021, a fait naître une décision implicite de rejet à l'expiration d'un délai de deux mois. Par la présente instance, Mme C demande que l'Etat soit condamné à réparer les préjudices résultant de sa carence fautive à assurer une prise en charge adaptée du jeune A C.

Sur la recevabilité :

3. En premier lieu, L'ARS de Normandie fait valoir que les conclusions indemnitaires formées par Mme C sont irrecevables dès lors, d'une part, que l'absence de prise en charge adaptée du jeune A résulte de ce que la CDAPH n'a désigné aucun établissement de manière nominative, et, d'autre part, que la responsabilité de l'Etat ne saurait être recherchée à raison des décisions par lesquelles la CDAPH se prononce sur l'orientation et l'accueil des personnes handicapées, dès lors que ces décisions sont prises au nom de la maison départementale des personnes handicapées.

4. Toutefois, la requête introduite par Mme C ne tend pas à l'engagement de la responsabilité de l'Etat sur le fondement d'une faute imputable à la CDAPH tenant à l'absence de désignation nominative d'un établissement susceptible de prendre en charge son fils, mais à raison de la carence fautive de l'Etat à lui assurer une prise en charge adaptée. Au demeurant, il résulte suffisamment de l'instruction que l'absence de prise en charge adaptée du jeune A C ne saurait résulter de la seule absence de désignation nominative d'une ULIS par la décision d'orientation de la CDAPH du 26 octobre 2020. Il s'évince notamment des termes mêmes de cette décision que l'absence de désignation d'une ULIS résulte de l'absence de places disponibles, à la date de son édiction. Il convient, au surplus, de relever, que la requérante a contesté la décision précitée de la CDAPH devant le pôle social du tribunal judiciaire du Havre. Par suite, l'ARS de Normandie n'est pas fondée à faire valoir que la requête est mal dirigée.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. () ".

6. Au cas d'espèce, la requête fait mention de " l'Etat français représenté par le ministre de la santé et des solidarités ", dont l'adresse est indiquée. Ces éléments suffisent à répondre aux prescriptions de l'article R. 411-1 précité. La fin de non-recevoir opposée par l'ARS de Normandie tirée de l'absence de précision concernant le défendeur ne peut être accueillie.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " () Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".

8. Mme C a adressé, le 7 mai 2021, au ministre de la santé et des solidarités une demande indemnitaire préalable. Le contentieux a, ainsi, été lié, à l'égard de l'Etat. La fin de non-recevoir opposée par la rectrice de Normandie tirée de l'absence de liaison du contentieux devant elle, doit être rejetée.

Sur la responsabilité de l'Etat :

9. Aux termes de l'article L. 111-1 du code de l'éducation : " L'éducation est la première priorité nationale. Le service public de l'éducation est conçu et organisé en fonction des élèves et des étudiants. Il contribue à l'égalité des chances () Le droit à l'éducation est garanti à chacun afin de lui permettre de développer sa personnalité, d'élever son niveau de formation initiale et continue, de s'insérer dans la vie sociale et professionnelle, d'exercer sa citoyenneté () Pour garantir ce droit, la répartition des moyens du service public de l'éducation tient compte des différences de situation objectives, notamment en matière économique et sociale () ". Aux termes de l'article L. 111-2 du même code : " Tout enfant a droit à une formation scolaire qui, complétant l'action de sa famille, concourt à son éducation () Pour favoriser l'égalité des chances, des dispositions appropriées rendent possible l'accès de chacun, en fonction de ses aptitudes, aux différents types ou niveaux de formation scolaire () ". Aux termes de l'article L. 112-1 du même code : " Pour satisfaire aux obligations qui lui incombent en application des articles L. 111-1 et L. 111-2, le service public de l'éducation assure une formation scolaire, professionnelle ou supérieure aux enfants, aux adolescents et aux adultes présentant un handicap ou un trouble de la santé invalidant. Dans ses domaines de compétence, l'Etat met en place les moyens financiers et humains nécessaires à la scolarisation en milieu ordinaire des enfants, adolescents ou adultes handicapés. Tout enfant, tout adolescent présentant un handicap ou un trouble invalidant de la santé est inscrit dans l'école ou dans l'un des établissements mentionnés à l'article L. 351-1, le plus proche de son domicile, qui constitue son établissement de référence. Dans le cadre de son projet personnalisé, si ses besoins nécessitent qu'il reçoive sa formation au sein de dispositifs adaptés, il peut être inscrit dans une autre école ou un autre établissement mentionné à l'article L. 351-1 par l'autorité administrative compétente, sur proposition de son établissement de référence et avec l'accord de ses parents ou de son représentant légal. Cette inscription n'exclut pas son retour à l'établissement de référence. () ".

10. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 114-1 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne handicapée a droit à la solidarité de l'ensemble de la collectivité nationale, qui lui garantit, en vertu de cette obligation, l'accès aux droits fondamentaux reconnus à tous les citoyens ainsi que le plein exercice de sa citoyenneté. L'Etat est garant de l'égalité de traitement des personnes handicapées sur l'ensemble du territoire et définit des objectifs pluriannuels d'actions. ". Aux termes de l'article L. 114-1-1 du même code : " La personne handicapée a droit à la compensation des conséquences de son handicap quels que soient l'origine et la nature de sa déficience, son âge ou son mode de vie. () ". Aux termes de l'article L. 246-1 du même code : " Toute personne atteinte du handicap résultant du syndrome autistique et des troubles qui lui sont apparentés bénéficie, quel que soit son âge, d'une prise en charge pluridisciplinaire qui tient compte de ses besoins et difficultés spécifiques. Adaptée à l'état et à l'âge de la personne, cette prise en charge peut être d'ordre éducatif, pédagogique, thérapeutique et social. () ".

11. Ces dispositions imposent à l'Etat et aux autres personnes publiques chargées de l'action sociale en faveur des personnes handicapées d'assurer, dans le cadre de leurs compétences respectives, une prise en charge effective dans la durée, pluridisciplinaire et adaptée à l'état comme à l'âge des personnes atteintes du syndrome autistique. En vertu de l'article L. 241-6 du code de l'action sociale et des familles, il incombe à la Commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH), à la demande des représentants légaux, de se prononcer sur l'orientation des personnes atteintes du syndrome autistique ou d'autre handicap et de désigner les établissements ou les services correspondant aux besoins de celles-ci et étant en mesure de les accueillir, ces structures étant tenues de se conformer à la décision de la commission. Ainsi, lorsqu'une personne handicapée ne peut être prise en charge par l'une des structures désignées par la CDAPH en raison d'un manque de place disponible, l'absence de prise en charge pluridisciplinaire qui en résulte est, en principe, de nature à révéler une carence de l'Etat dans la mise en œuvre des moyens nécessaires pour que cette personne bénéficie effectivement d'une telle prise en charge dans une structure adaptée.

12. En revanche, lorsque les établissements désignés refusent d'admettre la personne pour un autre motif, ou lorsque les représentants légaux estiment que la prise en charge effectivement assurée par un établissement désigné par la commission n'est pas adaptée aux troubles de l'intéressé, l'Etat ne saurait, en principe, être tenu pour responsable de l'absence ou du caractère insuffisant de la prise en charge, lesquelles ne révèlent pas nécessairement, alors, de l'absence de mise en œuvre par l'Etat des moyens nécessaires. En effet, il appartient alors aux intéressés, soit, s'ils estiment que l'orientation préconisée par la commission n'est en effet pas adaptée, de contester la décision de cette commission, qui rend ses décisions au nom de la maison départementale des personnes handicapées, laquelle a le statut de groupement d'intérêt public, devant des tribunaux judiciaires spécialement désignés en application de l'article L. 241-9 du code de l'action sociale et des familles, soit, dans le cas contraire, de mettre en cause la responsabilité des établissements désignés n'ayant pas respecté cette décision en refusant l'admission ou n'assurant pas une prise en charge conforme aux dispositions de l'article L. 241-6 du code de l'action sociale et des familles.

13. Enfin, en l'absence de toute démarche effectivement engagée auprès de la CDAPH, la responsabilité de l'Etat ne saurait être engagée du fait de l'absence ou du caractère insatisfaisant de la prise en charge d'un enfant. Compte tenu des difficultés propres à l'administration de la preuve en ce domaine, s'il appartient aux intéressés de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer une carence de l'Etat dans la mise en œuvre des décisions de la CDAPH, il incombe à l'Etat de renverser cette présomption en produisant tous ceux permettant d'établir que l'absence de prise en charge ne lui est pas imputable.

14. Il résulte de l'instruction que par une décision du 26 octobre 2020, la CDPAH de la Seine-Maritime a orienté le jeune A C en ULIS, en accueil permanent, en vue d'une prise en charge adaptée pour la période du 26 octobre 2020 au 31 août 2025. Il n'est pas contesté par la rectrice de l'Académie de Normandie, en défense, que A C n'a fait l'objet d'aucune prise en charge en ULIS au titre de la période comprise entre le 26 octobre 2020 et la fin de l'année scolaire 2020-2021, aucune place n'ayant pu être proposée pour l'accueil de l'enfant. Il est constant, en outre, que A C a pu bénéficier d'une telle prise en charge, à compter de l'année scolaire 2022-2023, au sein de l'ULIS du collège Claude Bernard, du Havre. Il n'est pas contesté, enfin, par les parties défenderesses que A C, quoique toujours scolarisé au sein du collège précité, ne bénéficie plus, au titre de l'année scolaire 2023-2024, d'un accueil permanent en ULIS.

15. La rectrice de l'Académie de Normandie fait valoir que l'absence de prise en charge adaptée en ULIS au profit de A C, pour l'année scolaire 2021-2022, résulte de ce que sa mère a décliné une proposition d'accueil en ULIS, au sein du collège Claude Bernard, qui lui a été faite, le 31 mai 2021, par une enseignante référente de la MPDH, de sorte que la responsabilité de l'Etat ne saurait être engagée au titre de l'année 2021-2022, l'absence de prise en charge de l'enfant résultant du refus exprimé par Mme C. Toutefois, les éléments versés aux débats, en particulier les succincts échanges par sms en date des 31 mai et 14 juin 2021, dont se prévaut l'Académie de Normandie, ne permettent pas de tenir pour établi que Mme C a clairement opposé un refus à une proposition ferme de prise en charge faite par l'administration, mais seulement que l'intéressée a manifesté le souhait de maintenir son fils dans le collège privé où il était scolarisé et de l'inscrire sur liste d'attente en vue de sa prise en charge dans un établissement public, dans des conditions conformes à l'orientation de la CDAPH, sitôt une place disponible. Dans les circonstances particulières de l'espèce, et compte tenu, notamment, de la carence de l'Etat à assurer une prise en charge adaptée au jeune A, au titre de l'année scolaire 2020-2021, l'expression de ce souhait, par la mère de l'enfant, ne peut être tenue pour constitutive d'un refus ferme de prise en charge de nature à exonérer l'Etat de sa responsabilité.

16. En outre, par les pièces versées aux débats, lesquelles révèlent que de nombreux contacts ont été entrepris, par téléphone, par Mme C et rendent, de ce seul fait, l'administration de la preuve particulièrement malaisée, la requérante, qui élève seule son fils, démontre suffisamment la réalité des démarches entreprises aux fins de mise en œuvre de la décision d'orientation précitée. L'ARS de Normandie ne saurait dès lors, invoquer l'absence de diligences de la mère de A C, à titre de cause exonératoire de responsabilité pour l'Etat dans sa carence à mettre en œuvre une prise en charge adaptée au profit de l'enfant.

17. Au regard de ces éléments, pris dans leur ensemble, l'instruction permet d'établir, d'une part, que Mme C a procédé aux diligences requises aux fins de trouver une place dans un établissement spécialisé susceptible d'accueillir son fils, et, d'autre part, qu'aucune prise en charge pluridisciplinaire adaptée correspondant à l'intégralité de la décision d'orientation de la CDAPH, n'a pu être mise en œuvre au bénéfice de l'enfant, faute de places disponibles depuis le 26 octobre 2020, date d'édiction de cette décision, jusqu'à la date de mise à disposition du présent jugement. Ainsi, il y a lieu de regarder comme établie la carence des services de l'Etat dans la mise en œuvre des moyens nécessaires pour garantir l'effectivité d'une prise en charge adaptée durant cette période. Il suit de là que la requérante est fondée à rechercher la responsabilité de l'Etat au titre de la méconnaissance du droit de son fils à une scolarisation et à une prise en charge adaptées à son handicap.

18. Il résulte cependant de l'instruction que A C a fait l'objet, lors des périodes précitées, d'une prise en charge partielle au sein du Centre de Rééducation de l'Ouïe et de la Parole (CROP) Ronsard le lundi, de 11 heures 30 à 15 heures 45, les mardi, jeudi et vendredi de 8 heures 15 à 15 heures 45 et le mercredi, de 8 heures 15 à 13 heures. A cet égard, et aussi regrettables soient-elles, les circonstances dont se prévaut Mme C, qui fait état de l'absentéisme et des grèves perturbant de façon récurrente le fonctionnement de l'établissement, ne sont pas, par elles-mêmes, de nature à mettre en doute la réalité de cette prise en charge ou son caractère effectif, pas plus qu'elles ne sont de nature à engager la responsabilité de l'Etat au titre d'une quelconque carence fautive dans la mise en œuvre des décisions de la CDAPH. En outre, l'enfant a fait l'objet d'une prise en charge partielle en ULIS, au titre de l'année scolaire 2022-2023. Si ces prises en charge ne permettent pas d'exonérer l'Etat de sa responsabilité, il doit néanmoins en être tenu compte dans la détermination des préjudices indemnisables.

19. Il résulte de tout ce qui précède que la responsabilité de l'Etat est engagée à raison de sa carence à assurer une prise en charge adaptée au jeune A C au titre de la période comprise entre le 26 octobre 2020 et le 8 février 2024, date de mise à disposition du présent jugement.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne le préjudice patrimonial de A C :

20. Mme C sollicite le versement d'une somme totale de 66 400 euros au titre du préjudice patrimonial qui aurait été subi par son fils, préjudice tenant à ce qu'elle-même " assume, a minima, à temps partiel, le rôle de tierce personne ". Toutefois, les décisions de la CDAPH du 26 octobre 2020 ne prévoient pas le recours à une assistance par tierce personne. En outre, en demandant que lui soit versée une indemnité au titre du temps qu'elle a été contrainte de consacrer à pallier la carence de l'Etat à assurer une prise en charge adaptée de son fils, Mme C sollicite, en réalité, l'indemnisation d'un préjudice tenant au trouble dans ses conditions d'existence résultant de cette carence fautive. Il suit de là qu'aucune indemnisation d'un préjudice patrimonial de A C ne peut être accordée à la requérante, un tel préjudice n'étant pas fondé dans son principe même.

En ce qui concerne les troubles dans les conditions d'existence et le préjudice moral de A C :

21. Il résulte de l'instruction que l'absence d'une prise en charge de A C conforme à l'orientation prononcée par la CDAPH le 26 octobre 2020 lui a causé un préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence, résultant, notamment, de la perte de chance de voir son état évoluer favorablement. Il résulte toutefois de l'instruction que le jeune A C a pu bénéficier d'une prise en charge au sein du Centre de Rééducation de l'Ouïe et de la Parole (CROP) Ronsard et en ULIS, au titre de l'année scolaire 2022-2023, dans les conditions rappelées au point n°18. Par suite, et compte tenu de ces circonstances, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par le jeune A C en l'évaluant à la somme de 10 000 euros.

En ce qui concerne les troubles dans les conditions d'existence et le préjudice moral de B C :

22. Mme C soutient avoir subi un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence résultant de l'absence de prise en charge adaptée de son fils. Il résulte à cet égard de l'instruction que la carence fautive de l'Etat à assurer une prise en charge adaptée du jeune A C a non seulement privé sa mère de la possibilité de voir son enfant grandir et évoluer dans de bonnes conditions, mais l'a également contrainte à accomplir un important travail de démarches administratives et à organiser elle-même une prise en charge alternative de son fils afin de pallier la carence de l'Etat et ce, en sus des soins journaliers ordinaires qu'elle est tenue de lui prodiguer. Il n'est pas sérieusement contestable, en outre, qu'un tel investissement a eu un retentissement négatif sur la vie professionnelle ainsi que sur l'équilibre psychique de la requérante. Ainsi, la carence de l'Etat à assurer une prise en charge conforme à l'orientation de la CDAPH de son fils, à compter du 26 octobre 2020, lui a causé un préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence dont il sera fait une juste appréciation en les évaluant à la somme de 10 000 euros.

23. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C est fondée à demander la condamnation de l'Etat à lui verser une somme totale de 20 000 euros en réparation des préjudices subis par A C et par elle-même, résultant de la carence fautive à assurer une prise en charge adaptée de son fils mineur. Ladite somme portera intérêts au taux légal à compter du 10 mai 2021, date de réception par l'administration de sa demande indemnitaire préalable.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que l'ARS de Normandie demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en application de ces dispositions et dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au bénéfice de Mme C.

D É C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser une somme de 10 000 euros à Mme C, en sa qualité de représentante légale de son fils mineur, A, au titre des préjudices subis par celui-ci. Ladite somme portera intérêts au taux légal à compter du 10 mai 2021.

Article 2 : L'Etat est condamné à verser une somme de 10 000 euros à Mme C, au titre de ses préjudices. Ladite somme portera intérêts au taux légal à compter du 10 mai 2021.

Article 3 : Il est mis à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Mme C au titre des frais de l'instance.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à la ministre du Travail, de la Santé et des Solidarités et à la ministre de l'Éducation nationale, de la Jeunesse, des Sports et des Jeux Olympiques et Paralympiques.

Copie en sera adressée, pour information, à l'ARS de Normandie et au Rectorat de Normandie.

Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Bouvet, premier conseiller,

M. Mulot, premier conseiller,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.

Le rapporteur,

signé

C. BOUVET

La présidente,

signé

A. GAILLARD

Le greffier,

signé

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne à la ministre du Travail, de la Santé et des Solidarités et à la ministre de l'Éducation nationale, de la Jeunesse, des Sports et des Jeux Olympiques et Paralympiques en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

S. Combes

N°2103023

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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