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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2103025

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2103025

jeudi 25 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2103025
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantJasper avocats Association d'Avocats à Responsabilité Professionnelle Individuelle

Texte intégral

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Cazcarra, rapporteure publique ;

- les observations de Me Jégu, pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre de son activité professionnelle d'agent territorial spécialisé des écoles maternelles (ATSEM), Mme A a fait l'objet d'une vaccination obligatoire contre l'hépatite B (HB), les 22 novembre et 20 décembre 1996, le 11 avril 1997 et le 21 juin 2005, ainsi que du DT Polio, les 10 janvier, 7 février et 7 mars 1997 et le 19 mai 1998. A compter de 2004, Mme A, qui a souffert d'un épisode dépressif majeur, entre 2001 et 2008, a commencé de présenter des douleurs aux jambes, des douleurs articulaires, des troubles sensitifs à type d'engourdissement, ainsi qu'un état de grande fatigabilité, troubles dont l'étiologie n'a pas pu être clairement identifiée, malgré la réalisation de très nombreux examens cliniques. Une biopsie du deltoïde pratiquée le 5 novembre 2012 au sein de l'hôpital Henri Mondor de Créteil a mis en évidence une myofasciite à macrophages. Mme A a effectué, le 2 mai 2013, une déclaration d'accident du travail remontant au 21 juin 2005, date de sa dernière vaccination, et a été placée en congé de longue maladie. Estimant sa symptomatologie imputable à l'administration de vaccins HB contenant des adjuvants aluminiques, Mme A a saisi l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM), sur le fondement de l'article L. 3111-9 du code de la santé publique, aux fins d'indemnisation, au titre de la solidarité nationale, des conséquences dommageables des vaccinations précitées. Dans le cadre de la procédure amiable ainsi ouverte, l'ONIAM a mandaté deux experts, le Dr C, rhumatologue, et le Pr B, pharmacologue clinicien, lesquels ont rendu leur rapport, le 28 décembre 2016. Au vu des conclusions de l'expertise et après analyse du dossier médical de Mme A par son service médical, l'ONIAM a rejeté la demande d'engagement de la solidarité nationale présentée par l'intéressée, le 18 juin 2021. Par la présente instance, Mme A demande au tribunal, à titre principal, d'une part, de reconnaître l'existence d'un lien de causalité entre les vaccinations obligatoires dont elle a fait l'objet et l'apparition d'une myofasciite à macrophages dont les conséquences dommageables peuvent être indemnisées, au titre de la solidarité nationale, et, d'autre part, la désignation d'un expert psychiatre et d'un collège d'experts aux fins de se prononcer sur l'imputabilité à ces vaccinations obligatoires, des affections qu'elle présente.

Sur l'engagement de la solidarité nationale :

2. Aux termes de l'article L. 3111-9 du code de la santé publique : " Sans préjudice des actions qui pourraient être exercées conformément au droit commun, la réparation intégrale des préjudices directement imputables à une vaccination obligatoire pratiquée dans les conditions mentionnées au présent chapitre, est assurée par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales institué à l'article L. 1142-22, au titre de la solidarité nationale. () ".

3. Saisi d'un litige individuel portant sur les conséquences pour la personne concernée d'une vaccination présentant un caractère obligatoire, il appartient au juge, pour écarter toute responsabilité de la puissance publique, non pas de rechercher si le lien de causalité entre l'administration du vaccin et les différents symptômes attribués à l'affection dont souffre l'intéressé est ou non établi, mais de s'assurer, au vu du dernier état des connaissances scientifiques en débat devant le juge, qu'il n'y a aucune probabilité qu'un tel lien existe.

4. Il appartient ensuite au juge, après avoir procédé à la recherche mentionnée au point précédent, soit, s'il en était ressorti, en l'état des connaissances scientifiques en débat devant lui, qu'il n'y a aucune probabilité qu'un tel lien existe, de rejeter la demande indemnitaire, soit, dans l'hypothèse inverse, de procéder à l'examen des circonstances de l'espèce et de ne retenir alors l'existence d'un lien de causalité entre les vaccinations obligatoires subies par l'intéressé et les symptômes qu'il avait ressentis que si ceux-ci étaient apparus, postérieurement à la vaccination, dans un délai normal pour ce type d'affection, ou s'étaient aggravés à un rythme et une ampleur qui n'étaient pas prévisibles au vu de son état de santé antérieur ou de ses antécédents et, par ailleurs, qu'il ne ressortait pas du dossier qu'ils pouvaient être regardés comme résultant d'une autre cause que ces vaccinations.

5. Au cas d'espèce, il appartient ainsi au tribunal de rechercher d'abord s'il n'y a aucune probabilité qu'un lien de causalité existe entre la symptomatologie présentée par Mme A et une vaccination contre le virus de l'hépatite B puis, le cas échéant, de procéder à l'examen des circonstances de l'espèce pour vérifier l'existence d'un lien de causalité entre la vaccination et les symptômes présentés par l'intéressée.

6. Il résulte de l'instruction, que l'Académie de Médecine a procédé à l'examen d'un ensemble de travaux scientifiques réalisés depuis 1999 en vue de rechercher l'existence d'un éventuel lien de causalité entre la vaccination contre l'hépatite B et la survenue d'une myofasciite à macrophages. La synthèse de ces recherches a été formalisée dans une note en date du 22 septembre 2022, versée aux débats par l'ONIAM.

7. Si le comité consultatif pour la sécurité des vaccins de l'Organisation mondiale de la Santé a, en 1999, conclu à un lien de causalité probable entre l'hydroxyde d'aluminium des vaccins et la lésion histologique de myofasciite à macrophage et recommandé la réalisation d'études complémentaires, le conseil scientifique de l'Agence de sécurité sanitaire des produits de santé, a, le 5 mai 2004, procédé à un examen des connaissances en la matière en y incluant notamment le rapport publié en 2003 par cette même agence et portant, en réponse aux préconisations de l'OMS, sur des cas-témoins. Ce conseil a observé que si l'association de la lésion histologique sur le site musculaire de la vaccination et l'administration de vaccins contenant un adjuvant aluminique est hautement probable, il indique qu'en revanche, l'état des connaissances scientifiques ne permet pas de considérer qu'il existe une association entre l'entité histologique " myofasciite à macrophages " et un syndrome clinique spécifique. L'Académie de médecine se réfère également aux travaux effectués par elle en 2012, ainsi qu'à ceux du Haut Conseil de la santé publique de 2013 et de l'Académie nationale de pharmacie de 2016 qui aboutissent aux mêmes conclusions sur l'absence de lien entre la lésion localisée histologique et un syndrome spécifique associant myalgies, arthralgies et/ou asthénie.

8. Au regard de ces éléments, l'Académie de médecine conclut que " si l'hypothèse que la persistance d'une quantité microscopique d'aluminium au site d'injection pendant des années après une vaccination reflèterait la distribution normale de l'élimination de l'aluminium au sein d'une population vaccinée peut être retenue, celle de son rôle éventuel dans la mise en œuvre d'une maladie clinique générale, qu'elle soit inflammatoire et/ou auto-immune n'est pas démontrée à ce jour ".

9. Mme A n'apporte, dans le cadre de la présente instance, aucun élément de nature à contrarier ces conclusions de l'Académie nationale de médecine.

10. Dans ces conditions, en l'état des connaissances scientifiques telles que rappelées ci-dessus, aucune probabilité d'un lien de causalité entre l'injection du vaccin contre le virus de l'hépatite B contenant ou non un adjuvant aluminique et la survenue de symptômes pouvant se rattacher aux manifestations cliniques caractéristiques d'une myofasciite à macrophages ne peut être retenue.

11. Il suit de là, en application des principes cités aux points n°3 et 4, dès lors que la probabilité d'un lien de causalité entre l'administration du vaccin obligatoire et les différents symptômes présentés par l'intéressée fait défaut, que les conclusions formées par Mme A tendant à ce que le tribunal retienne l'existence d'un tel lien aux fins d'engagement de la solidarité nationale, et ses conclusions tendant à la désignation d'un expert psychiatre et d'un collège d'experts, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'ONIAM, qui n'a pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à la caisse primaire d'assurance maladie de Rouen-Elbeuf-Dieppe-Seine-Maritime et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux.

Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Bouvet, premier conseiller,

M. Mulot, premier conseiller,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2024.

Le rapporteur,

signé

C. BOUVET

La présidente,

signé

A. GAILLARD

Le greffier,

signé

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne à la ministre du Travail, de la Santé et des Solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

S. Combes

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