jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2103229 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL EKIS AVOCATS ASSOCIES |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 16 août 2021 sous le n°2103229, la SAS Desjardins Cléon, représentée par Me Tugaut, demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre de perception émis le 19 avril 2021 d'un montant de 44 475 euros au titre de la redevance d'archéologie préventive, le titre de perception émis le 19 avril 2021 d'un montant de 366 922 euros au titre de la taxe d'aménagement, le titre de perception émis le 14 mai 2021 d'un montant de 366 921 euros au titre de la taxe d'aménagement ainsi que la décision de rejet de sa réclamation ;
2°) de prononcer la décharge de la taxe d'aménagement d'un montant de 733 843 euros et de la redevance d'archéologie préventive d'un montant de 44 475 euros ;
3°) de donner acte de la suspension du recouvrement des titres de perception contestés ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le titre de perception du 14 mai 2021 relatif à la taxe d'aménagement méconnait l'article L. 331-24 du code de l'urbanisme ;
- les titres de perception relatifs aux taxes d'aménagement sont entachés d'un défaut de base légale ;
- les trois titres de perceptions attaqués sont entachés d'une insuffisance de motivation et n'indiquent pas les bases de liquidation applicables ;
- les trois titres de perceptions attaqués sont entachés d'une erreur commise dans la liquidation.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 septembre 2021, le directeur départemental des finances publiques du Calvados informe le tribunal de ce qu'il ne peut pas conclure sur la requête.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 novembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les moyens relatifs au recouvrement et à la suspension de la créance ne sont pas fondés ;
- il n'est pas compétent pour se prononcer sur le bienfondé de la créance.
II. Par une requête enregistrée le 7 avril 2022 sous le n°2201427, la SAS Desjardins Cléon, représentée par Me Tugaut, demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre de perception émis le 2 juillet 2021 d'un montant de 1 267 euros au titre de la redevance d'archéologie préventive, le titre de perception émis le 2 juillet 2021 d'un montant de 10 452 euros au titre de la taxe d'aménagement, le titre de perception émis le 2 juillet 2021 d'un montant de 10 451 euros au titre de la taxe d'aménagement ainsi que la décision de rejet de sa réclamation ;
2°) de prononcer la décharge de la taxe d'aménagement d'un montant de 20 903 euros et de la redevance d'archéologie préventive d'un montant de 1 267 euros ;
3°) de donner acte de la suspension du recouvrement des titres de perception contestés ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le titre de perception du 2 juillet 2021 relatif à la seconde échéance de la taxe d'aménagement méconnait l'article L. 331-24 du code de l'urbanisme ;
- les titres de perception relatifs aux taxes d'aménagement sont entachés d'un défaut de base légale ;
- les trois titres de perceptions attaqués sont entachés d'une insuffisance de motivation et n'indiquent pas les bases de liquidation applicables.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2022, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
III. Par une requête enregistrée le 13 novembre 2023 sous le n°2304472, la SAS Desjardins Cléon, représentée par Me Tugaut, demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre de perception émis le 22 juin 2023 d'un montant de 900 euros au titre de la redevance d'archéologie préventive, le titre de perception émis le 22 juin 2023 d'un montant de 14 843 euros au titre de la taxe d'aménagement, ainsi que la décision de rejet de leur réclamation du 7 septembre 2023 ;
2°) de prononcer la décharge de la taxe d'aménagement d'un montant de 14 843 euros et de la redevance d'archéologie préventive d'un montant de 900 euros ;
3°) de donner acte de la suspension du recouvrement des titres de perception contestés ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le titre de perception relatif à la taxe d'aménagement est entaché d'un défaut de base légale ;
- les deux titres de perceptions attaqués sont entachés d'une insuffisance des indications des bases de liquidation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 juin 2024 et non communiqué, le directeur départemental des finances publiques du Calvados informe le tribunal de ce qu'il ne peut pas conclure sur la requête.
IV. Par une requête enregistrée le 13 novembre 2023 sous le n°2304473, la SAS Desjardins Cléon, représentée par Me Tugaut, demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre de perception émis le 22 juin 2023 d'un montant de 717 euros au titre de la redevance d'archéologie préventive, le titre de perception émis le 22 juin 2023 d'un montant de 11 826 euros au titre de la taxe d'aménagement, ainsi que la décision de rejet de leur réclamation du 7 septembre 2023 ;
2°) de prononcer la décharger de la taxe d'aménagement d'un montant de 11 826 euros et de la redevance d'archéologie préventive d'un montant de 717 euros ;
3°) de donner acte de la suspension du recouvrement des titres de perception contestés ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le titre de perception relatif à la taxe d'aménagement est entaché d'un défaut de base légale ;
- les deux titres de perceptions attaqués sont entachés d'une insuffisance des indications des bases de liquidation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 juin 2024 et non communiqué, le directeur départemental des finances publiques du Calvados informe le tribunal de ce qu'il ne peut pas conclure sur la requête.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code du patrimoine ;
- le code général des impôts et le livre de procédure fiscale ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Esnol,
- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique,
- et les observations de Me Tugaut, représentant la société SAS Desjardins Cléon.
Considérant ce qui suit :
1. Les 9 et 12 avril 2019, le maire de la commune de Cléon a délivré deux permis de construire à la société Artes Verdes pour la construction d'une jardinerie sur le territoire de la commune de Cléon. Par deux arrêtés des 1er et 2 février 2021, ces deux permis de construire ont été transférés à la SAS Desjardins Cléon.
2. Le 19 avril 2021, la direction générale des finances publiques du Calvados a émis deux titres de perception à l'encontre de la SAS Desjardins Cléon, le premier n°01400 023 075 076 179944 2021 0029697 relatif à la redevance d'archéologie préventive d'un montant de 44 475 euros, et le second n°014 00 23 075 076 465240 2021 0029698 relatif à la première échéance de la taxe d'aménagement d'un montant de 366 922 euros. Le 14 mai 2021, la direction générale des finances publiques du Calvados a émis un titre de perception n°01400 023 075 076 465240 2021 0036275 à l'encontre de la SAS Desjardins Cléon relatif à la deuxième échéance de la taxe d'aménagement d'un montant de 366 921 euros. La SAS Desjardins Cléon a présenté une réclamation le 6 juin 2021 qui a été rejetée par l'ordonnateur le 2 août 2021. Ces décisions sont contestées dans la requête n°2103229.
3. Le 2 juillet 2021, la direction générale des finances publiques du Calvados a émis trois titres de perception à l'encontre de la SAS Desjardins Cléon, le premier n°01400 023 075 076 179944 2021 0049302 relatif à la redevance d'archéologie préventive d'un montant de 1 267 euros, le deuxième n°014 00 23 075 076 465240 2021 0049303 relatif à la première échéance de la taxe d'aménagement d'un montant de 10 452 euros, et le troisième n°01400 023 075 076 465240 2021 0049332 relatif à la deuxième échéance de la taxe d'aménagement d'un montant de 10 451 euros. La SAS Desjardins Cléon a présenté une réclamation le 18 août 2021 qui a été rejetée par l'ordonnateur le 10 février 2022. Ces décisions sont attaquées dans la requête n°2201427.
4. Deux permis de construire modificatifs ont été accordés le 19 et le 20 mai 2022 à la SAS Desjardins Cléon par le maire de la commune de Cléon.
5. Le 22 juin 2023, la direction générale des finances publiques du Calvados a émis deux titres de perception à l'encontre de la SAS Desjardins Cléon, le premier n°01400 023 075 076 179944 2023 0057215 relatif à la redevance d'archéologie préventive d'un montant de 900 euros, et le second n°014000 23 075 076 465240 2023 0057216 relatif à la taxe d'aménagement d'un montant de 14 843 euros. La SAS Desjardins Cléon a présenté une réclamation le 18 août 2023 qui a été rejetée par l'ordonnateur le 7 septembre 2023. Ces décisions sont attaquées dans la requête n°2304472.
6. Le 22 juin 2023 également, la direction générale des finances publiques du Calvados a émis deux titres de perception à l'encontre de la SAS Desjardins Cléon, le premier relatif n°01400 023 075 076 179944 2023 0057243 relatif à la redevance d'archéologie préventive d'un montant de 717 euros, et le second n°014000 23 075 076 465240 2023 0057244 relatif à la taxe d'aménagement d'un montant de 11 826 euros. La SAS Desjardins Cléon a présenté une réclamation le 18 août 2023 qui a été rejeté par l'ordonnateur le 7 septembre 2023. Ces décisions sont attaquées dans la requête n°2304473.
Sur la jonction :
7. Les requêtes n° 2103229, 2201427, 2304472 et 2304473 présentées par la SAS Desjardins Cléon présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions aux fins d'annulation des titres et de décharge :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des titres attaqués :
8. Aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Dans les conditions prévues pour chaque catégorie d'entre elles, les recettes sont liquidées avant d'être recouvrées. La liquidation a pour objet de déterminer le montant de la dette des redevables. Les recettes sont liquidées pour leur montant intégral, sans contraction avec les dépenses. / Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. En cas d'erreur de liquidation, l'ordonnateur émet un ordre de recouvrer afin, selon les cas, d'augmenter ou de réduire le montant de la créance liquidée. Il indique les bases de la nouvelle liquidation. Pour les créances faisant l'objet d'une déclaration, une déclaration rectificative, indiquant les bases de la nouvelle liquidation, est souscrite. / L'ordre de recouvrer peut être établi périodiquement pour régulariser les recettes encaissées sur versement spontané des redevables. " Ces dispositions imposent à la personne publique qui émet un état exécutoire d'indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par référence à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur, les bases de la liquidation.
9. D'une part, les titres de perception litigieux n°01400 023 075 076 179944 2021 0029697 du 19 avril 2021, n°01400 023 075 076 179944 2021 0049302 du 2 juillet 2021, n°01400 023 075 076 179944 2023 0057215 du 22 juin 2023 et n°01400 023 075 076 179944 2023 0057243 du 2 juin 2023 mentionnent que les créances sont relatives à la redevance d'archéologie préventive prévue par l'article L. 524-1 et suivants du code du patrimoine. Ils comportent en dernière page, un encadré intitulé " détail de la somme à payer " qui comprend un descriptif du projet soumis à la taxe, et en particulier la surface taxable totale créée de la construction de 14 714 m² pour le premier permis de construire, de 267 m² pour le deuxième permis de construire, de 15 056 m² pour le premier permis de construire modificatif et de 466 m² pour le second permis de construire modificatif, ainsi que les montants et éléments de calcul et précisant notamment le montant brut de la redevance, la valeur forfaitaire applicable en dehors d'Ile-de-France à la date de l'autorisation, les emplacements de stationnement ainsi que les abattements et exonérations.
10. D'autre part, les titres de perception litigieux n°014 00 23 075 076 465240 2021 0029698 et n°01400 023 075 076 465240 2021 0036275 du 19 avril 2021, n°014 00 23 075 076 465240 2021 0049303 et n°01400 023 075 076 465240 2021 0049332 du 2 juillet 2021, et n°014000 23 075 076 465240 2023 0057244 et n°014000 23 075 076 465240 2023 0057216 du 2 juin 2023 indiquent que la créance correspond à la taxe d'aménagement, prévue par les articles L. 331-1 à L. 331-34 du code de l'urbanisme et mentionne s'il s'agit de la première ou la seconde échéance. Ils comportent, en dernière page, un encadré intitulé " détail de la somme à payer " qui comprend un descriptif du projet soumis à taxe, et en particulier la surface taxable totale créée de la construction de 14 714 m² pour le premier permis de construire, de 267 m² pour le deuxième permis de construire, de 15 056 m² pour le premier permis de construire modificatif et de 466 m² pour le second permis de construire modificatif, ainsi que les éléments de calcul, celui de la part communale de la taxe d'aménagement, les taux communaux et départementaux appliqués au projet et les valeurs forfaitaires applicable en fonction des dates des autorisations en dehors d'Ile-de-France. Contrairement à ce que soutient la requérante, le défaut de mention dans les titres exécutoires de la délibération de conseil municipal fixant la part communale de l'imposition est sans incidence sur la légalité des titres attaqués dès lors que les bases de liquidation sont indiquées.
11. Les titres contestés mentionnent ainsi les bases de la liquidation. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation des titres de perception doit être écarté dans les quatre requêtes.
En ce qui concerne les moyens propres au titre exécutoire relatifs aux taxes d'aménagement :
12. Aux termes de l'article L. 331-14 du code de l'urbanisme, applicable à l'ensemble des titres de perception litigieux : " Par délibération adoptée avant le 30 novembre, les communes ou établissements publics de coopération intercommunale bénéficiaires de la part communale ou intercommunale de la taxe d'aménagement fixent les taux applicables à compter du 1er janvier de l'année suivante. / Les communes ou établissements publics de coopération intercommunale peuvent fixer des taux différents dans une fourchette comprise entre 1 % et 5 %, selon les aménagements à réaliser, par secteurs de leur territoire. () La délibération est valable pour une période d'un an. Elle est reconduite de plein droit pour l'année suivante si une nouvelle délibération n'a pas été adoptée dans le délai prévu au premier alinéa. / En l'absence de toute délibération fixant le taux de la taxe, ce dernier est fixé à 1 % dans les communes ou les établissements publics de coopération intercommunale où la taxe est instituée de plein droit. " Aux termes de l'article L. 331-17 du code de l'urbanisme, applicable à l'ensemble des titres de perception litigieux : " Par délibération adoptée avant le 30 novembre, les conseils départementaux et l'Assemblée de Corse fixent le taux de la part départementale de la taxe d'aménagement applicable à compter du 1er janvier de l'année suivante. () Le taux de la part départementale de la taxe ne peut excéder 2,5 %. / Les délibérations prévues aux premier et deuxième alinéas sont valables pour une période d'un an. Elles sont reconduites de plein droit pour l'année suivante si une nouvelle délibération n'a pas été adoptée dans les délais prévus aux mêmes premier et deuxième alinéas. "
13. Il est constant que l'ensemble des titres de perception litigieux relatifs à la taxe d'aménagement mentionne que le taux fixé pour la part communale de la taxe d'aménagement est de 5% et de 1,6% pour la part départementale. Il résulte de l'instruction que par une délibération n°D-2015-10-8293 du 12 octobre 2015, régulièrement publiée, le conseil de la métropole de Rouen Normandie a fixé à 5% le taux de la part communale de la taxe d'aménagement. Il en va de même pour la part départementale qui a été maintenue à 1,6%, par une délibération du conseil départemental de Seine-Maritime du 10 décembre 2018, régulièrement affichée. Cette délibération confirme le taux fixé par la précédente délibération du 11 décembre 2017. En l'absence de délibérations postérieures, ces délibérations ont été reconduites de plein droit pour les années suivantes, elles sont donc opposables pour les faits générateurs réalisés en 2019 et 2022. Il résulte de l'instruction que les titres exécutoires relatifs aux échéances des taxes d'aménagement ont été émis pour des autorisations d'urbanisme délivrées les 9 et 12 avril 2019 et 19 et 20 mai 2022, si bien que les taux de 5% et 1,6% pouvaient régulièrement être opposés. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de base légale des titres émis pour le recouvrement de la taxe d'aménagement doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre les titres émis le 19 avril 2021 et le 14 mai 2021 :
14. Aux termes de l'article L. 524-7 du code du patrimoine dans sa version applicable aux titres contestés : " I. - Lorsqu'elle est perçue sur les travaux mentionnés au a de l'article L. 524-2, l'assiette de la redevance est constituée par la valeur de l'ensemble immobilier déterminée dans les conditions prévues aux articles L. 331-10 à L. 331-13 du code de l'urbanisme. / Le taux de la redevance est de 0,40 % de la valeur de l'ensemble immobilier. () " Aux termes de l'article L. 542-2 du code du patrimoine dans sa version applicable aux titres contestés : " Le montant de la redevance d'archéologie préventive est calculé selon les modalités suivantes : / I Il est institué une redevance d'archéologie préventive due par les personnes, y compris membres d'une indivision, projetant d'exécuter des travaux affectant le sous-sol et qui : / a) Sont soumis à une autorisation ou à une déclaration préalable en application du code de l'urbanisme ; () " Aux termes de l'article L. 331-10 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable aux titres contestés : " L'assiette de la taxe d'aménagement est constituée par :/ 1° La valeur, déterminée forfaitairement par mètre carré, de la surface de la construction ; / 2° La valeur des aménagements et installations, déterminée forfaitairement dans les conditions prévues à l'article L. 331-13. / La surface de la construction mentionnée au 1° s'entend de la somme des surfaces de plancher closes et couvertes, sous une hauteur de plafond supérieure à 1,80 mètre, calculée à partir du nu intérieur des façades du bâtiment, déduction faite des vides et des trémies. " Et enfin, aux termes de l'article L. 331-12 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable aux titres contestés : " Un abattement de 50 % est appliqué sur ces valeurs pour : / 1° Les locaux d'habitation et d'hébergement ainsi que leurs annexes mentionnés aux articles 278 sexies et 296 ter du code général des impôts et, en Guyane et à Mayotte, les mêmes locaux mentionnés aux mêmes articles 278 sexies et 296 ter ; / 2° Les cent premiers mètres carrés des locaux d'habitation et leurs annexes à usage d'habitation principale, cet abattement ne pouvant être cumulé avec l'abattement visé au 1° ; / 3° Les locaux à usage industriel ou artisanal et leurs annexes, les entrepôts et hangars non ouverts au public faisant l'objet d'une exploitation commerciale et les parcs de stationnement couverts faisant l'objet d'une exploitation commerciale. ".
15. Pour contester les titres attaqués, la requérante soutient qu'elle peut se prévaloir d'un abattement à hauteur de 50% sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 331-12 du code de l'urbanisme pour une surface totale de 2 537 m² et que l'ordonnateur n'a pas pris en compte les abattements dans le calcul du montant dû.
16. D'une part, il résulte de l'instruction, et notamment du dossier de demande au regard duquel le permis de construire du 9 avril 2019 a été délivré, que la construction comprend une surface de 12 927 m² en destination " commerce et activités de service " dont 363 m² ayant " restauration " pour sous-destination et 387 m² ayant " activités de services où s'effectue l'accueil d'une clientèle " en sous-destination. Contrairement à ce que soutient la société requérante, ces deux surfaces ne constituant pas des " entrepôts ou hangars non ouverts au public faisant l'objet d'une exploitation commerciale ", elle ne peut donc pas se prévaloir de l'abattement prévu à l'article L. 331-12 du code de l'urbanisme pour ces surfaces. Toutefois, la surface de 1 787 m², qui correspond aux entrepôts et bureaux, entre dans le champ d'application de cet abattement selon ces mêmes dispositions.
17. D'autre part, il résulte de l'instruction qu'en appliquant l'abattement de 50% mentionné au point précédent à la surface de 1 787 m², le montant global de la taxe d'aménagement au titre du permis de construire du 9 avril 2019 est de 733 844 euros et le montant de la redevance d'archéologie préventive de 44 475 euros. Contrairement à ce que soutient la société requérante, l'abattement a bien été intégré dans les calculs de la direction départementale du territoire et de la mer dès lors que l'ordonnateur a adressé deux titres de 366 921 euros et 366 922 euros soit un total de 733 844 euros pour le recouvrement de la taxe d'aménagement et un titre d'un montant de 44 475 euros pour le recouvrement de la redevance d'archéologie préventive.
18. Dans ces conditions, la SAS Desjardins n'est pas fondée à soutenir que la direction départementale du territoire et de la mer de la Seine-Maritime aurait commis une erreur dans le calcul de la liquidation des taxes et méconnu les dispositions précitées. Le moyen doit ainsi être écarté.
En ce qui concerne les moyens tirés de l'irrégularité de l'assiette de taxation pour les secondes échéances de la taxe d'aménagement le 14 mai 2021 et le 2 juillet 2021 :
19. Aux termes de l'article L. 331-24 du code de l'urbanisme alors applicable : " La taxe d'aménagement et la pénalité dont elle peut être assortie en vertu de l'article L. 331-23 sont recouvrées par les comptables publics compétents comme des créances étrangères à l'impôt et au domaine. / Le recouvrement de la taxe fait l'objet de l'émission de deux titres de perception correspondant à deux fractions égales à la moitié de la somme totale à acquitter, ou de l'émission d'un titre unique lorsque le montant n'excède pas 1 500 €. / Le titre unique ou le premier titre est émis à compter de quatre-vingt-dix jours après la date d'exigibilité de la taxe. Le second titre est émis six mois après la date d'émission du premier titre. / Les sommes liquidées en application de l'article L. 331-23 font l'objet de l'émission d'un titre unique dont le recouvrement est immédiatement poursuivi contre le constructeur ou la personne responsable de l'aménagement. Aux termes de l'article L. 331-26 du code de l'urbanisme alors applicable : " En cas de transfert total de l'autorisation de construire ou d'aménager, le redevable de la taxe d'aménagement est le nouveau titulaire du droit à construire ou d'aménager. Un titre d'annulation est émis au profit du redevable initial. De nouveaux titres de perception sont émis à l'encontre du ou des nouveaux titulaires du droit à construire. / () En cas de transfert total ou partiel, le ou les titres de perception sont émis dans les trente-six mois suivant l'émission du titre d'annulation. "
20. Le fait générateur de la taxe d'aménagement et de la redevance d'archéologie préventive étant la délivrance du permis de construire, ces taxes d'urbanisme doivent être déterminées selon les règles applicables à la date à laquelle ce permis a été accordé. La délivrance d'un permis modificatif ne peut constituer le fait générateur de nouvelles taxes d'urbanisme se substituant aux précédentes que dans le cas où ce nouveau permis doit être regardé comme se substituant lui-même au permis primitif.
21. Il résulte de l'instruction que les permis de construire initiaux ont été accordés à la société Artes Verdes les 9 et 12 avril 2019. Ces permis ont été transférés à la SAS Desjardins Cléon le 1er et le 2 février 2021. L'administration a " annulé ", le 26 avril 2021, les titres de perception initiaux de la taxe d'aménagement émis au nom de la société Artes Verdes le 19 juin 2020, et émis de nouveaux titres au nom de la SAS Desjardins Cléon les 19 avril 2021, 14 mai 2021 et 2 juillet 2022. Dans ce cas, le droit de l'administration d'émettre de nouveaux titres à l'égard du bénéficiaire du transfert du permis de construire délivré avant cette date est régi par le troisième alinéa de l'article L. 331-26 du code de l'urbanisme, entré en vigueur le 31 décembre 2014. La circonstance que le délai de l'article L. 331-24 du même code, qui s'applique aux seuls titres initiaux, n'aurait pas été respecté entre l'émission de premier et du second titre de perception, est dépourvue d'incidence sur l'exercice de ce droit. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 331-24 du code de l'urbanisme doit ainsi être écarté comme inopérant.
22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par la SAS Desjardins Cléon tendant à l'annulation et la décharge des titres émis les 19 avril 2021, 14 mai 2021, 2 juillet 2022 et 22 juin 2023 au titre de la taxe d'aménagement et de la redevance d'archéologique préventive doivent être rejetées. Les conclusions tendant à ce qu'il soit pris acte de la suspension des créances doivent nécessairement être rejetées dès lors que les requêtes ont eu pour effet, par elles-mêmes, de suspendre le recouvrement des créances en application de l'article 1117 du décret du 7 novembre 2022.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes nos 2103229, 2201427, 2304472 et 2304473 présentées par la SAS
Desjardins Cléon sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Desjardins Cléon, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie en sera adressée à la direction départementale des territoires et de la mer de la Seine-Maritime, au préfet de la Seine-Maritime et à la direction départementale des finances publiques du Calvados.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Armand, premier conseiller faisant fonction de président,
M. Cotraud, premier conseiller,
Mme Esnol, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.
La rapporteure,
B. Esnol
Le premier conseiller faisant fonction de président,
G. Armand La greffière,
A. Hussein
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2103229; 2201427 ; 2304472 ; 2304473
ah
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026